CHAPITRE I. fi
son désert. Il hésitait.... mais un rayon de la grâce brilla à ses yeux : il rougit de sa faiblesse , et , voulant vaincre la chair par l'esprit , la volupté par la pénitence y il se jeta dans un buisson de ronces qui croissait auprès de sa caverne.... Plusieurs siècles après , ce buisson existait encore ; et saint François d'Assise, qui était venu à Sublac /voulut , pour honorer la mortification de Benoît , greffer des rosiers sur ces ronces; depuis elles produisirent de magnifiques fleurs . images suaves de l'amour divin , qui ne fleurit jamais mieux que parmi les épines et les croix.
Fondation de l'Ordre de saint Benoît.
Cependant. le bruit de la sainteté de Benoit se répandait de jour en jour; il formait autour de lui de nombreux disciples , et les religieux du monastère de Vicovare souhaitèrent ardemment de Tavoir pour abbé.
Ils le pressèrent avec tant d'instances qu*il y consentit ; mais l'expérience lui apprit bientôt que ces religieux étaient fort éloignés de la perfection qu'exige Vétat monastique. Comme il voulait les corriger par de sages remontrances , et les obliger à vivre conformément à leur vocation , ils se repentirent bientôt de Tavoir choisi pour abbé , et leur révolte grandissant toujours , ils prirent unanimement le parti de se défaire de lui , en lui donnant du vin empoisonné. Â table , au réfectoire ^ on lui
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présenta à bénir la première coupe ^ qui lui était destinée; tous, selon Tusage du monastère , tenaient en main leurs coupes pour être bénites en même temps. Benoit étendit la main et fit le signe de la croix; aussitôt la coupe où se trouvait le breuvage mortel se brisa en plusieurs morceaux. L'bomme de Dieu comprit ce signe y et se levant de table y il dit aux moines d'un visage tranquille : a Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous , mes frères ! Pourquoi avez-vous voulu me traiter de la sorte ? Ne vous avais-je point dit que vos mœurs et les miennes ne pourraient s'accorder? Allez cber* cher un supérieur qui vous convienne ; vous ne m'aurez plus à l'avenir. » Leur ayant ainsi parlé , il retourna dans sa chère solitude. C'était vers l'an 5i0.
Ses vertus, ses discours, ses miracles avaient attiré autour de lui tant de disciples , que la solitude de Sublac s'était peuplée , et que Benoit fut forcé de bâtir douze monastères pour y abriter ceux qui voulaient vivre sous sa direction. Dans chaque monastère il plaça douze religieux , et il les visitait tour à tour. Où lui confiait de jeunes enfants pour les élever dans le service du Seigneur, et l'Ordre bénédictin commençait ainsi , par les soins donnés à
ié SAINT BENOÎT.
ces âmes innocentes , Tapostolat auquel il était appelé. On remarqua , parmi ces enfants ^ Maur et Placide , fils, Tun du sénateur Equitius , et l'autre du patrice TertuUus. Tous les deux , fidèles aux leçons de leur maître , furent placés au rang des Saints, et très-jennes encore ils furent l'objet et l'instrument d'un miracle célèbre dans les annales de Saint-Benoît.
Le saint fondateur habitait un de ses monastères , situé non-loin du lac de Sublac , lorsque le jeune Placide, allant puiser de l'eau ^ tomba dans le lac et fut emporté aussitôt loin de la rive. Une vision révéla à saint Benoît ce qui se passait ; il appela Maur, et lui dit : a Mon frère , courez vite 3 cet enfant est tombé dans le lac , et l'eau l'entraîne. Maur demanda sa bénédiction, courut vers le lac ^ préoccupé d'une seule pensée , celle de l'obéissance , marcha d'un pied ferme vers l'endroit où se trouvait Placide , le saisit par les cheveux et l'emporta dans ses bras. Arrivé sur la rive , il regarda derrière lui^ et voyant qu'il avait marché sur les eaux, il en fut épouvanté. Il vint raconter le fait à saint Benoît , qui attribua ce miracle à son obéissance. Saint Maur, à son tour, l'attribuait au commandement de son maître , soutenant qu'il ne pouvait avoir de part