‹ Saint Bernard abbé de Clairvaux et les abbayes de Cluny et de CiteauxChapitre 5 sur 9 · SAINT BERNARD 8S · texte numérisé non relu

SAINT BERNARD 8S

fixa sa fête dans TÉglise au 20 août, jour auquel l'ont placée lesBoUandistes.

Saint Bernard a laissé un petit nombre d'ouvrages, recueillis av(îc un soin extrême par le savant Mabillon, de TOrdre de Saint-Benoît : car Cluny, Glairvaux, comme Ctteaux, n'étaient qu'une réforme, une branche de cette suprême institution. Ses Traités, ses Sermons, un Commentaire sur le Cantique des Cantiques^ forment la liste de ses ceuvres authentiques : les hommes qui ont la paiole iacile, de grands succès d'éloquence, composent rarement des livres. Les œuvres de saint Bernard sont purement ascétiques ou didactiques, les deux formes spéciales de la littérature du XII* siècle (1).

Aucune affaire de son temps ne lui reste étrangère ; il s'en préoccupe , il dirige et domine même les Conciles* Tel est le caractère de. sa cone^poiîdance avec Suger, qu'il félicite de ses réformes, de celles surtout qu'il a réalisées dans le monastère de Saint-Denis : u Cette maison servait aux affaires de la Cour et aux armées des rois ; le cloître était souventenvironné

(1) Le douzième volume de VEistoire littéraire de la FVaneef par les Bénédiclios, continiiée par ï* Académie des inscriptions^ est consaeré k S« Bernard.

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de gens de guen^e, et l'on avait vu souvent des femmes s y promener avec immodestie. A présent, dit saint Bernard, on y fait de saintes lectures, on y chante les louanges de Dieu, on y étudie les livres pieux, on y garde un éternel silence. » •

Les lettres de saint Bernard, toutes frappées

d'un caractère particulier, sont hardies, impartiales, quelque fois dures pour tous : il écrit aux rois avec la même liberté qu'aux simples reli- ^eux et aux abbés ; respectueux avec les Papés, il ne leur cache pas la vérité, il ne leur dissimule ni les fautes ni les vices de certaines mesures: il garde lapuissance d'un esprit supérieur, libre sans ambition, qui a dédaigné toute autorité, tout honneur, en dehors de son titre d'abbé de Clairvaux; il ne commande que par le respect qu' il inspire ; il vient tout seul à tant de grandeurs. Les traités de saint Bernard sont comme ' les commentaires et le développement de ses lettres. Le premier et le plus considérable est adressé au Pape Eugèiie iU, son élève ; il a pour titre De la Comidératim. Avec la fermeté, l'énergie de la vérité, saint Bernard trace à grands traits les devoirs de la Papauté envers Dieu et envers l'Église ; rien ne l'arrête dans la définition de cette dictature morale.

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Il ne possède aucune digoité dans la hiérarchie ecclésiastique, il porte seulement Thabit

de moiue et la crosse abbatiale ; et pourtaut il parle haut à tous, quels que soient leur rang, leur naissance. Dans ce même esprit, il écrit sur la vie, les mœurs et les devoirs des évèques : saint Bernard veat que TÉglise soit la lumière la plus brillante, la plus pure parmi les peuples : or, pour que cette puissance soit justiliée, il faut qu'elle se distingue et s'élève par l'austérité de ses mœurs et la science de ses fils : il n'y a d'autorité sérieuse dans le monde qu'à la condition de se respecter soi-même.

Le livre capital de saint Bernard, qui porte le titre De la Grâce et du libre Arbitre^ est un résumé très-savant sur cette question tant discu* tée depuis saint Augustin, et reproduite sous toutes les formes moyen âge (1). Saint Ber^ liard ise proiioiice pour la liberté et la conscience du moi, que Dieu a mis dans Thomme et qu il tient de son origine divine, de sa destinée céleste* Ces sortes de thèses, saint Ber*

(I) Cette question sur le libre arbitre a été parfaitement raisonnée par les pères Barnabites dans une disser« talion sur le Concile de Valence et taffàire de Goddescaît^ commnniquée au recueil Analecia Juris pantifieiL Mars et

avril 18G4.

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nard les développe devant bes frères réuDisen chœur ; souvent il commente FÉcriture sainte, et c'est un travail de quelqu'importance que son Commentaire sur les Cantiques des dm- Hques. Au XIP siècle, ces cantiques étaient le sujet de presque toutes les méditations des docteurs : l'Épouse c'est l'Église ; et son mariage, c'est Tunion mystique du Seigneur avec son peuple. Saint Bernard possédait la science profonde des Écritures et la connaissance des Pères grecs et latins de la primitive Église : les deux bibliothèques de Glairvaux et de Ci* . teaox possédaient de riches manuscrits byzantins, or, carmin, ciselés sur de dures peaux et serrés de fermoirs d'argent.

On a élevé la question de savoir si les sermons de saint Bernard étaient prononcés en langue latine ou en idiome vulgaire, c'estràdire dans la langue d'oïl ou la langue d'oc ; ce qui grandit encore ce doute, c'est que plusieurs passages des sermons de saint Bernard oiit été retrouvés écrits dans la langue d'oïl. La critique doit faire ici une distinction : il est hors de doute que, lorsque l'Abbé de Glairvaux prononçait Je soir un discours, soit au réfectoire, soit au cloître, il devait se. servir de la langue latine, parlée par les savants et les religieux ; mais

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lorsque saint Bernard s'adressait au peuple, évi-

déminent, pour en être compris, il devait se servir deridiome vulgaire: CD n'exerceune influence enthousiaste quà la condition d'être facilement compris; les masses ne pouvaient être remuées que par leur idiome. Quand saint Bernard prêchait la Croisade dans la campagne ou sur les places publiques, il devait donc, comme Pierre r£rmite, employer Fidiome vulgaire ; « Dieu le volt^ ou le veultlu

La vie de saint Bernard avait jeté un tel éclat sur la maison de l'Ordre, que les trois premiers abbés élus furent glorifiés par la béatification ou par la canonisation ; on y compta de pieux évôques, des Papes, moins pourtant qu'à Gileaux. Avec la marche des temps, les diverses colonies de r Ordre de sain^ Benoît perdirent de leur importance, par Fappaiition des religieux de saint Dominique et des mendiants de saint Franço s d'Assise. Dieu a constitué son Église dans de telles formes, avec un caiactére si universel, qu*à chaque phase de la société il s* élève ou se développe des institutions qui répondent aux besoins des idées et des peuples* Au milieu de la société barbare, dans un territoire dévasté, couvert de bruyères, parmi des peuples qui n'avaient ni règles ni sciences, l'Ordre de saint Be-

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nott apparat comme une grande lumière pour

enseigner et civiliser les peuples, et ses trois institutions aimées furent Gluny, CIteaux, Clair** vaux. Leur importance diminua bientôt, car de nouvelles nécessités se faisaient sentir dans le

uioude.

Le XllPgiècle fut plein d'hérésiesi d'erreurs :

les Cisterciens lii eut quelques efforts pour les combattre ; on les voit même se mêler à la Croisade contre les Albigeois ; mais leur concours n'était passuflisant et leur action un peu usée* Alors s*éleva TOrdre vigoureux de saint Dominique, avec la missioo spéciale de prêcher, de controverser, de réprimer. Les idées religieuses avaient besoin de se maintenir dans leur unitéf dans leur autorité ; il fallait un Ordre jeune, ar*dent, convaincu : les Dominicains eurent la mission de combattre à outrance l'hérésie» Avec la même mission d'une prédication active t saint François d'Assise fonda les Ordres men* diants; il ajouta le vœu de pauvreté absolue : point de propriétés, aucun luxe^ une robe de bure, les pieds nus dans des sandales. Que pouvaient dire le» hérétiques en présence d^une telle abnégation (1) ?

(1) Je prépare aussi un Uavail sur S» François d'As^ sise et les Ordres mendiofUs.

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On pouvait donc croire que la mission des re^

ligieux de T Ordre de saint Benoit Unissait avec le XIV* siècle : l'esprit de la société ne leur appartenait plus ; renfermés dans une retraite savante, ils se bornûent à l'observation des règles, à i'étude et à la prière. Ces études étaient vastes, historiques : aujourd'hui encore, dans ia bibliothèque de la ville de Troyes, on voit soixante mille volumes et trois mille manuscrits, qui proviennent de l'ancienne ai)baye de Glairvaux. Mais la vie érudite est toujours en dehors de l'action sur le monde : l'Ordre de Cluny,en pleine possession de ses richesses, ne se mêlait plus au peuple ; ses religieux, pleins de quiétude dans leurs vastes cloîtres, une véri-* table ville, restaient sous la protection du souvenir de salut Bernard : la société vivante, agis* saute, n'était plus avec eux ; Téclat de leur prédication ne se faisait plus sentir, ils se bornaient à perfectionner leur luethode (.rcigricuUure.

Souslespremierssuccesseursde saint Bernard on comptait dans le cloître 750 religieux, et cependant des milliers de frères avaient quitté l'abbaye, pour fonder des colonies sur tous les points du monde. L'abbé de Glairvaux, dignitaire de l'Église, possédait toutes les prérogatives de l'épiscopat : la crosse d'or, la mitre.

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l'anneau^et même il pouvait conférer les ordres

Jusqu'à la prêtrise. Clairvaux avail la suzeraineté de villes* de villages en grand nombre : les peuples éuiiont venus d'eux-mêmes ^^e placer SOUS la juricdiction du monastère, qui leur en* saignait l'art d'ensemencer les terres, d'arroser les prairies, le travail des moulins et des forges. Légitime souveraineté que celle^làl En Espagne, r Ordre militaire de Galalrava, illustre entre tous, s'honorait d'être une fondation de Clair-, vaux : quand Tabbé visitait les maisons de cet Ordre, on devait lui offrir dans chacune d'elles quatre belles mules, eu souvenir des secours de saint Bernard, qui avait préparé les victoires nationales sur les Maures (1).

Saint Bernard vivait encore lorsque Alphonse P', roi de Portugal, marchant au combat contre les Sarrasins, fit vœu de fonder un monastère sous la règle de Clairvaux, silavictoirecouronnidt ses armes* Alphonse triompha : son yœu fut accompli parlafoudation de l'illustre monastère d'Alcobaça/dans l'Ësuramadure, placé sous l'observance de Clairvaux. La piété du Roî alla plus loin encore : dans ces siècles tout se réglait

(1) Consultes le Père Chifflet, dans ses Recherches star

Us Ordres de CUeaux et dt Clairvaux,

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par la loi féodale; les idées de vassalité dominaient les esprits ; souvent la supériorité n'était qu'uûe liction d'honneur ; ainsi faut-il interpréter la charte d'Alphonse I", qui place le royaume de Portugal sous la suzeraineté de la sainte Vierge dans l'observance de Glairvaux. Cinquante maiavédis d'or devaient être déposés sur l'autel avec rhommage d'un faucon : noble oiseau qui a disparu de nos contrées avec les lois de la chevalerie» emportant dans ses éperons d'or les purs éaïaux des blasons.

Vers le commencement du XVP siècle, la splendide église de Churvaux lui elévoiée par un incendie ; elle avait été consacrée par Gau-» thier, évêque de Langres. Ses murailles, ses ogives furent lézardées parles flammes; il n'en resta que des débris. A travers mille périls, les irëressauvèrent les bâtiments du cloître, et particulièrement lacellule où saint Bernard avait vécu et où il était mort. On garde avec un respect profond les souvenirs des lieux où ont habité les hommes célèbres : les reliques, reliquiœ (les restes), dans tous les temps, dans toutes les opinions, appellent un culte particulier.

Au commencement du XVI* siècle, un brillant pèlerinage arriva aux portes de l'abbaye de Clairvaux.La reine de Sidle, Yolande^ le ducet

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la duchesse de Guise, de la maison de Lorraine» après avoir prié sur la tombe du saint abbé, vi<sitèrent les vastes dépendances de l'abbaye et demandèrent à voir la cellule de saint Bernard. La reine do Sicile, fort letirée, un peu poute, a écrit elle-même ses impressions après cette pieuse visite : a Tirant au bout de hault, vers le grand cimetière, est la chambre de monseigneur saint Bernard, qui est de bois à la mode antique, lambrissée dessus en manière d église, et en laquelle chambre il compoiafa les Cmîica Canticorum ; et joignant ladite chambre, il y a ung petit oratoire en manière d'une chapelle, appeiéela chapelle de saint Bernard, surlepaset marches de laquelle est écrit ce mot ; Hk (ici) qui est le lieu où monseigneur St Bernard rendit Tesprit sur les cendres, et plusieurs ont en grande révérence et dévotion ledit lieu.... On donne le nom de petit St-Bernard aux bâtiments primitivement élevés par le saint fondateur où se conserve son chalict (sa couche) , qui estoit de bois et le chevet de pierre ; près de là estoit encore la vieille église de bois, et sur laquelle le saint voyolt par une fenestre estant dans sa chambre (1). »

(i) Le Journal de TréwmXf ramarquable. recueil, a publié une bel!e dissertatioii sur les antiquités de Clairvaux*

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II fiit impossible de i*e8taurer la vieille église abbatiale entièrement détruite; les religieux décidèrent d'en construire une nouvelle, moins vaste, bientôt devenue aussi illustre par ses reliques, les tombes des abbés et des hauts aei* gneurs, saint abxi pour les trépasses, rjui lurent placés sons les voûtes de l'abbaye. Le cosur battait au pèlerin quand il pénétrait sous ces sombres ogives : derrière le maltre->autel était la tombe où le corps de saint Bernard fut déposé par le cardinal Henri après sa canonisation. Au pied de la statue du Saint, usée par le temps, était suspendu par des chaînes de fer un diptyque sur lequel on lisait : nUk requiescil sanctus BemardtiSf primas abbas sacri manasterii Clarœvallensis ; » et uiipeuà côté : « Uic testatnentum beatissimi patris Bemardi abbatis. « Le corps et la pensée étaient déposés sous les voûtes de l'abbaye.

Plusieurs autres tombes brillaient dans Téglise, d'un caractère grave et sévère : celle de saint Malachie, Tami, le compagnon le plus fidèle de saint Bernard ; et un peu plus loin, la sépul* ture de quelques abbés de Glairvaux,le cardinal Henri, Jacques de Plaisance, Jean de BlanchemiB, archevêque de Lyon, qui avait sacrifié les insignes et la dignité de primat des Gaules pour

se retirer à Glairvaux, solitude aimée. Des chapelles latérales étaient consacrées à la mémoire des féodaux batailleurs implacables durant leur vie, et qui mouraient pieusement, leur épée en forme de croix sur la poitrine. La plus éclatante de toutes était celle de Philippe, comte de Flandre, et de sa femme, la comtesse Mathilde : tous deux étaient partis pour la Croisade ; au siège de Saint-Jean-d* Acre, Philippe fut frappé d*un coup d'arbalète, et son dernier vœu avait été d'être enseveli dans Tabbaye de Clairvaux. Une autre chapelle latérale contenait les tombes et les ccBurs d'Isabelle, fille de St Louis, et de Margueiite, palatine du Rhin, toutes deux reines de Navarre, comtesse de Champagne. Isabelle était la iciiuiic aimée de Thibaud, le gai chanteur, le trouvère protégé par Blanche, la mère de saint Louis.

La renommée scientilique de Ciuuy survécut à sa puissance politique, Cluny fut une grande maison d'euseignement, un collège modèle : on était fier d'être étudiant de Cluny ; les écoliers parcouraient les voies, les chemins, les villes, garantis par leurs privilèges. A Paris, même au flanc, des jardins et dumont Ste Geneviève s'élevait un charmant collège àtourelles, destiné aux étudiants boursiers de Cluny, renommés par

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leur esprit, leur science» leur méthode, les plus gais, les plus étourdis élèves de la mellifiaote Uûiversité* Des bâtiments de Cluny on a fait aujourd'hui un musée, pêle-mêle d'antiquités : crosses abbatiales, mitres byzantines, reliquaires bénis, que nous croirions mieux en harmonie avec les ogives des cathédrales et les autels antiques de Notre-Dame et des deux Saint-Germain, des Prés et TAuxerrois (1).

Ctteaux, Glairvaux eurent moins que Cluny d'initiative dans l'Université : les deux abbayes se laissèrent aller aux attraits d'une douce et antique existence. Le concordat de Léon X et de François 1*' modifia sensiblement la hiérar* chie des abbayes et leur impoi unce. Tant que les religieux avaient eux-mêmes élu leurs

abbés, ils avaieiiL considéré la sairUété, la vie savante pour faire un choix. L'esprit de saint Bernard dominant encore, on comptait des bienheureux, des religieux modestes et dévoués à leur Ordre; mais quand le choix des bénéUces eut été confié ou soumis à l'autorité royale, il y eut bien des abus, et les

(i) Loin de moi la pensée d'attaquer la coUeclion de li de Somerand ; mais je préférerais voir la croises abbatiales dans le trésor de nos cathédrales, comme cela se voit à Gol<^e et à Mayencew

abbayes furent souvent données à la faveur, ou

servirent à récompenser des services laïques. Si Gluny, Citeaux et Glairvaux, en vertu des bulles de fondation, échappèrent quelquefois à cet abus dans la distribution des béné&^es, ils en subirent la fâcheuse influence. D*ou vint le relâchement de la discipline, et, comme conséquences les reproches de paresse, d'oisiveté, jetés au front des moines de Gluny, de Giteaux

et de Clairvaux, reproches faux et fort exagérés à plusieurs points de vue : les recherches de rérudition,laiiiédiUlioii, laprière, ne sont-elles pas des œuvres méritoires? le travail manuel, corporel, est-il la loi suprême de l'humanité ? la société, pour être parfaite, est^elle condamnée, par un nouveau servage, au travail matériel à perpétuité? sont-ils des oisifs, ce^x qui méditent, pensent et prient ?

La fille la plus aimée de Clairvaux, la premi^ colonie fondée par saint Bernard, fut la magnilique abbaye de I rois-Fontaines ; la charte de donation est revêtue duscel de Hugues, comte de Yitry, qui concéda les terres incultes aux vingt religieux que saint Bernard y avait envoyés. La nouvelle colonie dut son éclaté Guil" laume de Champagne, évèque de Ghâlons, et à " Pierre-le-Vénérable, abbé de Gluny. Telle était

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alors la puissance des idées monastiques, que

le monastère de Xrois-Fontaines jeta un éclat aussi vif que Glaimux* D'après les chroniques contemporaines, les abbés gouvcnialcnt plus de 98 villes ou villages,qui s'étaient volontairement placés sous leur juridiction. Apres ces saints abbés, vinrent les illustres noms de princes de Lorraine, des Ruzé d'EfTiat (1) , de Thiard de Bissy , évêque de Meaux, et du cardinal de ïen* cin, qui tous s'honorèrent du titre d'abbé de Trois-i' ontaines, comme le caidînal Richelieu avait porté le titre d'abbé de Glteaux.

De pieuses iemmes s'associèrent & Clairvaux. Dès l'origine de la prédication de saint Bernard (2) , de nobles dames de Dijon avaient - ^ quitté les vanités du monde pour la vie du cloître i saint Bernard dicta leurs règles, leur prescrivit des devoirs, la prière, le travail des mains. Ces Ordres dereligieusesseconiinuèrent à travers les siècles, sous le nom de Bernardines de l'observance de Glairvaux. Le plus célèbre de ces monastères Ait celui de Montreuil, trèsvéuéré des fidèiesi parce que son église possé-

(1) Journal de Trévoux. Lesd'Effiat furent Irès^èbfes 8008 Louis XIII par le grand ùcuyor Ciii(i-Mars,

(2) Les Bernaidiiics avaieat été établies par Nobeiioe, la sœur de & Bemaid.

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dait la relique de la Sainte Face ou suaire de Ste Véronique, que le Pape Grégoire I" lui avait donné. Leur règle était la même que celle de Clairvaux. Plusieurs de ces religieuses, illustres d'origine, néanmoins portaient des robes grossièresdecouleurbiaoche, eu Thonueurdela sainte Vierge ; le travail des mains ne consistait pas seulemeut à tisser la laine, à façonner des vêtements, mais encore elles bêchaient la terre, fendaient le bois, arrachaient dans les champs les ronces et les épines, comme les frères et les premiers compagnons de saint Bernard. On venait de toute part au couvent des Bernardines de Montreuii pour adorer la Sainte-Face.

Toutes les institutions monastiques furent attaquées auXVIlP siècle. Les trois grandes branches de l'Ordre de Saint-Bernard n'échappèrent point aux reproches de paresse, d'inutilité : on convoitait leur fortune ; on . multipliait les accusations pour justifier des lois spoliatrices. C'était réi)oque du dernier abbé de Olairvaux, du nom liiodeste de Raucourt. Né à Reims d'une famille honorable, il avidt été professeur de théologie, puis coadjuteur de l'abbé, et enfin chef suprême de l'abbaye de Clairvaux. Plein de science, de sérénité et d'aspu alioiis littéi aigres ou scientifiques, il acheta pour son abbaye

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. la bibliothèque da président Bouhier» immense

recueil destiné à l'étude ; il appela les artistes à Citeaux pour orner Tégiise et élever une statue àsaint Bernard. La Révolution française le trouva dans l'exécution de copieux devoir ; elle dispersa les solitaires, confisqua les biens im« menses des monastères pour les vendre à vil prix. Nous trouvons dans le bulletin du tribunal révolutionnaire que l'abbé Courtin, supérieur de l'abbaye de Cluny, fut envoyé à Téchafaud.

Une bande d'éaergumèaes ravagea Tégiise de Clairvaux; les tombeaux illustres furent profanés et les reliques jetées au vent ; quelquesunes de ces reliques, préservées par les fidèles^ comme celles des martyrs lors des grandes persécutions des Empereurs, sont aujourd'hui dans la cathédrale de Troyes. Le voyageur qui cherche les débris de l'abbaye de Clairvaux ne trouve plus que de vastes bâtiments destinés à une maisoa de détention. Les prisonniers travaillent ; leur œuvre n'est pas volontaire ; ils ne l'offrent point à Dieu : ils sont les serfs de la société qu'ils ont outragée. Les casernes, les manufactures et les prisons se sont élevées sur les ruines des couvents. Les générations se protègent par les éléments qui leur sont particuliers : le moyen âge avait les croyances et les monastères ; la société

lot SAIHT BB&HAaD

modome a les manulactures, servage de la ci«* ' vilisation ; elle a des soldats et des pénitenciers, cellules blanches, propres, où vivent des milliers d'hommes soof de rudes lois (1) .

- Les temps passés sont assm ément bien Unis t Ne les maudissons pas trop dans notre orgueil t ils eurentleursdouleurs ; nous avons nos plaies. Je me suis souvent demandé comment les éru* dits qui écrivent Tiustoire, peuvent attaquer, sans queleur plume tremble, les Ordres monastiques, quand ils ne peuvent écrire une seule page sur le moyen ftge sans consulter les annales, les chroniques, les chartes recueillies par les Bénédictins, les Ghartreui, les livres de Cluny, de Cîteaux et de Claii vaux : c est plus que de la calomnie, c'est de l'ingratitude*

Aujourd'hui que les gouvernements et les pouvoirs publics détruisent avec tant de vio-lence les Ordres religieux, j'ai voulu rappeler leurs services oubliés par les nouvelles génératiuus»

(1) On a, dît-on, le projet d'élever une école normale

dans le vieux cloître de Cluny : hommage rendu aux Ordres

monastiques. Nous souhaitons que les élèves s'imprègnent

de la règle et suivent les belles études des Bénédictins» t

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