Ibid
cuta dans tout l’univers. Partout où s'élevait un couvent de Frères-Mineurs, on célébra un triduum en l'honneur du nouveau Saint; nulle part ces ovations liturgiques ne revêtirent un caractère plus intime el plus enthousiaste que dans les deux villes qui se prévalent de la gloire d’être, l'une son berceau, l'autre la gardienne de sa tombe, Bagnoréa et Lyon. La cité lyonnaise, qui avait veillé avec tant de sollicitude sur la mémoire du grand homme, en attendant l'heure où il serait déclaré un grand saint, se surpassa elle-même dans l'expression de son allégresse, et imprima au culte du vénéré cardinal un élan qui ne devait plus s'arrêter, avec un cachet populaire qui ne devait pas s’effacer.
A partir de cette heure, et sans détriment pour les martyrs de Fourvières, Bonaventure devient le saint de Lyon, et son tombeau le grand pèlerinage de Lyon. Prélats et rois subissent l'entrainement universel. Le 6 avril 1484, l'archevêque, Charles de Bourbon, revenant à la pensée qui a présidé à la construction de l'édifice, change le vocable de l'église, et charge l'évêque d’Utique de la dédier solennellement à saint Bonaventure. Dix ans après, le roi Charles VIII s'arrête à Lyon, avant d'aller à la conquête du Milanais. Avec Anne de Bretagne, son épouse, il s’agenouille sur la dalle du tombeau vénéré, recommande au Bienheureux son armée, sa couronne et le succès de ses armes, enveloppe les reliques dans des soieries brochées d’or, et les en: ferme dans une châsse précieuse, non sans en avoir détaché trois parcelles considérables. Il emporte une
de ces parcelles en Italie, cède l’autre à Venise, et la troisième, un bras du Saint, au P. Francois Samson, Général des Mineurs, qui otre cette insigne relique à Bagnoréa (1).
En 1496, c’est le tour d’un prince du sang, Pierre de Bourbon, frère de l’archevêque de Lyon. Il vient, accompagné d'Anne de France, son épouse et sœur de Charles VIIT, prier sur le tombeau du Saint et implorer quelque faveur particulière. Plus encore que le roi, il laisse au sanctuaire des gages de sa grati-
tude et de sa munificence. Il fait lamer d’argent le
reliquaire donné par Charles VIII, pendant qu’Anne de France enchâsse la tête, à part, dans un buste d'argent représentant le Bienheureux en habits pontificaux, avec une mitre sertie de gemmes et de pierres précieuses. Sur le désir de la princesse, on porte processionnellement les deux châsses à travers les rues de la ville, au chant des hymnes et des cantiques. Au retour, un Cordelier monte en chaire, et il prononce le panégyrique du Saint avec tant d'éloquence, que le gouverneur et les consuls de la ville, mieux éclairés sur l'importance du rôle joué parle fils des Fidanza, réclament d’une voix unanime et obtiennent de l’autorité épiscopale que saint Bonaventure soit proclamé patron de la cilé.
1. Histoire abrégée, p. 143. — Résumons en deux mots, ici, l'historique des trois reliques mentionnées. La première, après avoir décoré la chapelle royale de Fontainebleau, est cédée par Anne d'Autriche, en 1662, au grand couvent des Cordeliers de Paris et disparaît dans la tourmente révolutionnaire. Les deux autres sont intégralement conservées, l’une à Me l’autre au dôme de Bagnoréa.
Plus tard Henri II, Henri IV, Anne d’Autriche, viendront à leur tour visiter le tombeau de l’humble Franciscain et se mettre sous sa protection. Mais, disons-le tout de suite, le xv° siècle est la belle période du pèlerinage, la période des grâces plus signalées et des grandes foules. L'église conventuelle s'agrandit, s’orne de chapelles rayonnantes, et s’em- béllit de fresques dues au pinceau des Stella, famille d'artistes lyonnais. La cellule du Bienheureux n’est pas oubliée. Elle est transformée en oratoire, et l’on y conserve, à titre de reliques, un crucifix, un calice, une chasuble et d’autres ornements sacerdotaux qui ont servi à son usage.
L'église Saint-Bonaventure devient en outre un centre d'œuvres moitié religieuses, moitié sociales, et les historiens comptent jusqu’à vingt-sept associations différentes, confréries ou corporations, dont elle est le siège régulier. Citons, entre autres, la confrérie royale des Pénitents blancs dont nous avons parlé précédemment; celle de Saint-Bonaventure, avec laquelle on pourrait reconstruire l’armorial de la contrée (1); et la corporation des tisseurs et des tisserands, dont on retrouve encore des vestiges à Lyon, à Fresnay-sur-Sarthe et dans d’autres centres industriels,
. 1. Archives de la bibl. de la ville de Lyon.