GUÉRISON MIRACULEUSE RAC
Après la grande scène de l’Alverne, François, apôtre jusqu'a la dernière heure, errait à travers les bourgades de l’Ombrie, prêchant la paix et brülant du désir de porter en tout lieu le flambeau de la vérité. Il parlait peu; mais sa seule vue n'’était-elle pas pour tous la plus émouvante des prédications? Petit de taille, pâle, à moitié mourant, mais transfiguré par l'amour, il rayonnait d’une beauté mystique supérieure à toute esthétique purement humaine et qui frappait les populations. Jusqu'ici, c’est de l’histoire (1). ;
Or, en 1225, ajoute la légende, le Patriarche séraphique, dépassant les limites de l’'Ombrie, arrivait en vue de Bagnoréa. Accompagné d’un de ses Frères, il gravissait à dos d’âne les pentes escarpées du coteau. A peine avait-ilfranchiles portes dela ville, queleshabi- tants, prévenus de son arrivée,accouraient etse pressaient autour de lui. Et lui s’avançait lentement au milieu d’un cortège d’infirmes et de curieux, les uns sollicitant quelque faveur insigne, les autres cherchant à découvrirles mystérieuses blessures qui faisaient de lui une image saisissante du divin Crucifié. Tout à coup une mère éplorée l’arrête ; et lui présentant son enfant, fleur tendre et délicate que la mort, l’inexorable mort, va faucher avant l'heure, elle lui adresse celte touchante prière : « Père, guérissez-le, et il sera vôtre! Car je fais vœu, s’il revient à la santé, de le consacrer à Dieu dans votre institut. » Au spectacle de la foi de la mère, à la vue surtout de l'enfant, du
1. Thomas de Célano, Vita prima, p. II, c. 1v; — Bonav., Vila S. Francisci, ©. xIv.
charme angélique répandu sur son front, et des mys- térieuses destinées qui lui sont réservées dans l'Église, il ne peut s'empêcher de laisser éclater sa joie, et dans son enthousiasme il s’éerie : « Q buona ventura : O l’heureuse rencontre! » L’arbitre suprême des destinées humaines venait de lui montrer, dans cet enfant prédestiné, un de ses disciples, l'héritier de ses pensées, un séraphin brûlant d'amour. Il appelle sur la tête du petit mälade toutes les bénédielions du ciel, le rend guéri à sa mère et reprend, joyeux, le cours de son apostolat et de ses dernières conquêtes.
Voilà le fond des traditions locales dont Marc de Lisbonne, le premier, s’est fait l'interprète (1), et qu'ont aecepté de confiance, à sa suite, les annalistes franciscains. Dans cette hypothèse, c’est du vivant même de saint François qu'aurail eu lieu l'épisode de Bagnoréa. Opinion peu vraisemblable et que semblent contredire les doeuments de l’époque : — ie récit de Thomas de Célano qui, parlant de la dernière excursion du fondateur, désigne formellement l'Ombrie, sans la moindre allusion à la Toscane (2); — les expressions de vœu, de mérites, d’'intercession, employées par les chroniqueurs et qui ne s'appliquent qu'aux saints dans la gloire; — enfin le silence de saint Bonaventure lui-même sur une circonstance qui eût mérité d’être relevée.
Quoiqu'ilen soit, le fait en lui-même n’a rien de fictif ni de légendaire; il appartient à l’histoire et repose