CHAPITRE V
LE NOVICE
C'était vers la fin de 1938 ou au commencement de l’ännée suivante. Le fils d'Albenzia aväit dix-sept ans; l’âge des rêves généreux et des belles immolations, Il apportait une santé miraculeusement rendue et miraculeusement affermie, un cœur d’une candeuf el d'une fraicheur exquises; une volonté bien détidée; à l’exemple de saint François; « à renoncer à toute possession terrestre, pour n'avoir plus d'autre trésor que Dieu (1) ». Il fallait du courage, surtout à un âge si tendre encore, pour se plier à une discipline peu conforme aux aspirations de la nature. La vie était dure, la Règle austère, les jeünes presque continuels. Mais il avait au cœur la flamme vivifiante de l'amour; de cet amour divin qui ne connaît pas d’obstacles, allège toutes les croix et enfante les plus sublimes dévouements. Il suivait donc; malgré sa jeunesse, les exercices du jour et de
4: « Nihil volebat proprietatis habere; ut omnia plenius posset in Domino possidere. » (De laudibus B.Fr.,c.1v.) Paroles de S. François.
24 à SAINT BONAVENTURE
la nuit, et ne se distinguait des autres aspirants que par plus de régularilé, de ferveur etd'empressement
au service de Dieu.
Le noviciat lui apparaissait < comme une arène mystique où l'âme s'efforce d'accomplir à la lettre le .
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précepte de l'Apôtre : la réforme de l'homme inté-
rieur ». La lulte dure autant que la vie; mais l'homme n'y est pas seul, avec sa faiblesse native el ses défaillances : autrement il courrait à une défaite
assurée ! Il est aidé par Dieu, qui renouvelle tout son
ètre par l'abondance de ses miséricordes et l'encou-
rage au combat par la perspective des récompenses éternelles (1). Il est aidé aussi par sa Regle, qui le guide sûrement dans les voies de la perfection et le conduit à la plenitude de l'amour par la rene à - de l'holocauste.
Bonaventure avait une profonde estime pour la
Règle de saint Francois : « Règle d'or, disait-il, puis-
qu'elle est formée de la plus pure substance et de la
moelle de l'Évangile; Règle admirable qui est la lu-
miere el la loi de notre vie. Elle procure à ceux qui la suivent l’opulence de la paix, et nul ne sen dé-
tourne sans se jeter dans les ténèbres (2). > 11 la mé- <
ditait jour et nuit, la savait par cœur et, ce qui vaut
mieux encore, l'observait avec une scrupuleuse .
exactitude.
Plus tard, à un jeune novice qui le consülie sur la manière de se sanctifier, ilrépondra: «Suis les recom-
4. Selecta, in-12, Quaracchi, 158; Regula novitiorum, præ- fat.