‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 32 sur 121 · A SAINT BONAVENTURE · texte numérisé non relu

A SAINT BONAVENTURE

Ordres mendiants, et vint réjouir le couvent des Mineurs. 1É Le Docteur irréfragable n’apportait pas seulement, en effet, à ses frères en religion l’auréole de la science et le bénéfice d’une considération universelle. . Il allait leur assurer dans l’Université, par son crédit et son influence, une place qui leur permettrait de prendre leur part de labeur, et aussi de gloire, dans les carrières libérales. Il était chancelier de l’Université, c'est-à-dire le représentant du Pape, ayant droit, à ce titre, d’inspecter l’enseignement, de conférer les grades et de délivrer les diplômes, Il obtint sans peine du corps des professeurs qu'une chaire de théologie fût accordée aux Cordeliers, que leur école conventuelle fût agrégée à l’Université et pût jouir de ses franchises; et quand il se démit de ses fonctions (1238), il se consola, en pensant qu’une voix franciscaine se ferait encore entendre de cette attrayante jeunesse à laquelle il avait voué son

cœur,

Ses désirs furent accomplis, et les docteurs franciscains se succédérent sans relâche, jusqu’à la Révolution, sur la chaire qu'il leur avait léguée. Jean de la Rochelle, Guillaume de Méliton et Jean de Parme furent les premiers à jouir des privilèges obtenus par son entremise. A partir de cette heure aussi, les Cordeliers acquirent plus d'influence, et leur couvent, plus d’extension. Leur situation avait été jusque-là bien précaire. D'abord établis à Saint- Denys (1219), ensuite dans le quartier de Vauvert — jardins du Luxembourg — (1224), ils s'étaient enfin

fixés aux abords de la porte Gibard, sur un terrain gracieusement concédé par l’abbé de Saint-Germain des Prés (1), paroisse Saint-Côme, rive gauche de la Seine (1229). Mais là encore, leur résidence était des plus modestes. Elle ne comprenait qu’une douzaine de pauvres petites cellules, taillées sur le modèle de la Portioncule d'Assise. Tout à coup elle s’agrandit, s’anime, se peuple d’une jeunesse enthousiaste, et s’orne d'une superbe église, due à la munificence de saint Louis (2). A qui attribuer cette heureuse transformation, sinon à la présence d'Alexandre de Halès, au prestige de son nom et aux innovations fécondes qu’il a semées dans le sol franciscain ? Pour lui, tout en se félicitant d’avoir rendu service à ses frères, il ne songeait qu’à savourer les délices de la solitude, lorsque lui parvint, vers 1240, la lettre d’Aymond de Faversham créant un centre d’études théologiques à Paris et le nommant lui-même directeur de cette école. Il obéit sans hésiter, reprit, sous . une autre forme et sur un théâtre plus modeste, les cours qui avaient charmé la jeunesse universitaire, et fut bientôt entouré de disciples accourus des diverses Provinces de l'Ordre, entremêlés de clercs séculiers de toutes les nations, tous avides de l’entendre. « Grâce à lui, remarque un de ses contemporains, François de Fabriano, sept des nôtres 4. Longueval, Hist. de l'Eglise gallicane, t. XV, p. 497. — Analecta Franciscana, t. Al, p. 24. — Meindre, Histoire de Paris, t. II, p. 419.

9, Eglise consacrée en 1263, sous le vocable de sainte Marie- Madeleine; brûlée en 1582; rebâtie sous Henri IT. C’est aujourd’hui le Musée Dupuytren.

furent promus aux grades académiques (1) »; entre autres Eudes Rigaud, plus tard archevèque de Rouen, et ce jeune étudiant d’Orviéto dont nous avons raconté les premiers succès et qui est destine a effacer la gloire de tous les autres, y compris son maître. |

« Les bons maîtres font les bons élèves (2). » Rarement cet adage de la sagesse antique à recu une plus saisissante application que dans les deux personnages qui nous occupent : Alexandre de Hales et saint Bonaventure. L’un est le maître applaudi, et digne de l'être, que nous venons d'entendre; l’autre, avec ses vingt ans et l'essor naissant de son génie, demeure l'idéal de l'étudiant. Transporté d’Orviéto à Paris, du calme d’une petite ville d'Italie aux fébriles agitations d’une jeunesse houleuse el turbulente, il ne change pas, si ce n’est en mieux, et demeure fidèle à sa devise : « En toutes choses regarde Dieu; en toutes choses loue Dieu. »

Le Docteur irréfragable ne fut pas longtemps sans distinguer, entre tous, ce jeune Italien, au profil si beau, à la physionomie si ouverte; et en le voyant si parfait, toujours docile, pieux, affable, inaccessible aux séductions de la terre, il laissa échapper ce mot célèbre : « En vérité, on dirait que ce jeune homme n’a pas hérité de la tache originelle (3)! » Mot dont Bernard de Besse nous garantit l'authenticité.

Le maître était fier de son disciple; et le disciple,

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