‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 77 sur 121 · Itinerar · texte numérisé non relu

Itinerar

et chercher sincèrement le vrai. Alors l’auteur et son ouvrage apparaissent sous leur vrai jour, et le cri de Gerson monte naturellement aux lèvres : « Oui, l’/tinerarium est une œuvre immense. »

Bonaventure s’y révèle à la fois un aigle de science, un génie aux sublimes envolées, « un Platon chrétien (1) » ; car chez lui la foi et la raison sont deux sœurs distinctes, mais inséparables, et dont il a établi ailleurs l’intime parenté. Toutes deux procèdent du même principe, qui est le Verbe. La raison est une lumière venant du Verbe incréé, la foi est une révélation venue du Verbe incarné et rédempteur. La première est une lueur vacillante, trop faible pour nous diriger à travers les écueils de l'océan de la vie; la seconde complète et centuple sa puissance, en nous fixant dans le foyer même des lumières. L'une nous fait connaitre l’existence de Dieu, et s’arrête là. L'autre va plus loin; elle plonge ses regards dans l'essence même de Dieu, et revient nous dire sa beauté, sa nature intime, ses perfeclions infinies. L'une et l’autre, quand elles sont unies, nous conduisent sûrement à notre fin, qui est la vision et l’amour de Dieu dans une béatitude sans ombre ni déclin.

Comme Bonaventure laisse loin derrière lui les théosophes de l'antiquité! Ces derniers, en effet, malgré leur génie, se sont souvent laissés égarer par de fausses lueurs : ils n’ont pas connu le vrai Dieu! Et surtout ils ne l’ont pas aimé! Sous ce rapport,

1, Ozanam.

Bonaventure a sur eux un double avantage : il a connu, il a aimé! Et voilà pourquoi les modernes auraient tort de lui reprocher son titre de philosophe chrétien, puisque c'est précisément à l’heureuse alliance de la foi et de la raison qu'il doit la meilleure part de son génie et ses plus éblouissantes clartés. |

Outre l’Zfinerarium, le Docteur séraphique composa encore, — pendant son séjour sur l’Alverne, ou peu de temps après, — deux autres petits traités aussi substantiels qu'ils sont concis : l’Incendie de l'amour, opuscule ascétique où il guide l’âme religieuse à travers les ascensions de la vie spirituelle (vie purgative, vie illuminative et vie unitive), par les différents degrés de l’oraison ; et les Six ailes du Séräphin, opuscule qui occupe toujours une place d'honneur dans la bibliothèque des Pères de la Compagnie de Jésus. Les Six ailes du Séraphin méritent cet honneur. C’est un excellent traité de gouvernement familial, indiquant les six ailes ou qualités principales qui doivent distinguer les supérieurs : la justice et la bonté, l'humilité et la patience, l'amour de Dieu et la charité fraternelle. « Le supérieur est le représentant de Dieu, le témoin, l'interprète, au besoin le vengeur de la Règle; l’exemplaire, le pasteur, l’aide et l’ami de ses Frères(1); une victime, un crucifié! C’est sur lui que pèsent toutes les responsabilités. Que de sujets s’égarent ou se perdent, par suite de sa négligence ou de son incurie, selon cette

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