‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 12 sur 143 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Tandis que s'achevaient les études humanitaires la ^râce d'En-haut opérait silencieusement en l'âme du jeune écolâtre. Sous le régime de la discipline universitaire, Jean Fidanza avait contracté l'habitude d'une vie parfaitement ordonnée.

En même temps que la souplesse de son esprit s'adaptait à la sévérité du règlement, son naturel bon et facile se prêtait à cette transformation morale que réclame la vertu. Son âme profondément philosophique fut tôt frappée de la fragilité de tout ce qui est contingent, et vint à ne plus ambitionner que la possession des trésors cachés que la rouille n'atteint pas.

A cette époque, l'Université de Paris était fréquentée par des hommes dont la vie pénitente extraordinaire frappait l'imagination de la jeunesse^ en même temps qu'elle remplissait d'admiration tout le monde. Une bure grassière leur servait de vêtement, pour chaussures ils n'avaient que des sandales, qu'une corde pour ceinture ; ils se, nourrissaient du pain de la charité. Pour l'âme ardente de Jean, quelle éloquente prédication!

Lorsqu'un jour il répondra aux attaques des détracteurs de l'Ordre il écrira à l'adresse d'un docteur de la Sorbonne : « Ne t'émeus pas de ce qu'au début les Frères furent des gens simples et sans lettres... c'est là au contraire ce qui devrait t'inspirer plus de confiance en cet

Ordre. Quant à moi je confesse devant Dieu que c'est ce qui me fit choisir la vie du bienheureux François, car elle n'a pas été inventée par la prudence des hommes, mais\par le Christ, et comme les œuvres du Christ ne sont pas bancales, elles prouvent que celle-ci est divine 1. »

De sa plume nous apprenons ainsi la cause déterminante de sa vocation. Il embrasse sans réserve le genre de vie des Frères Mineurs, car il trouvera une règle; cette règle est vie, tout entière elle est renfermée dans l'observance des commandements de Dieu; ce n'est pas une vie nouvelle, mais la rénovation dé la vie apostolique, l'imitation de Jésus-Christ. Notre iàdolescent possède assez d'ardeur, assez de généreuse résolution pour renoncer aux plus alléchantes promesses. Ses succès à l'école pouvaient lui présager un futur et brillant avenir; il y renonce.

En quelle année, en quelle ville, à la porte de quel couvent des Frères Mineurs ce nouveau postulant allat-il frapper? Où en était-il de ses études? Le bienheureux François de Fabriano assure qu'avant son entrée dans l'Ordre franciscain Jean avait terminé à Paris le cours de ses humanités, déjà commencé la théologie, mais n'aurait été promu au grade de maître qu'une fois revêtu de l'habit religieux. Malgré ses apparences d'exactitude, ce texte déconcerte ; il n'est confirmé par nulle date et ne semble pas se concilier avec ce qu'on lit dans la. Chronique des vingt-quatre généraux^ où il est dit que tout jeune Jean Fidanza entra dans l'Ordre, que la septième année après il expliqua à Paris le Livre des Sentences^ enfin que la dixième année il obtint la chaire de maître. Or, au dire de Salimbene, un contemporain, cette dixième année fut l'an 1248. Dans ce

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