I. Le £. Innocent F^ ch. ii, p. ii, Lyon
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l'importance du noviciat, de cette école où l'âme doit recevoir la formation religieuse, en se modelant sur l'exemple du Christ.
Quitter le monde et-ses vanités, dire adieu aux promesses enchanteresses de la vie, laisser plaisirs, honneurs, richesses, s'enfouir dans un cloître, s'enrôler dans la milice des pauvres de Jésus-Christ, n'est pas une entreprise sans poésie pour la vive imagination d'une jeunesse ardente autant qu'enthousiaste; le monde admire la beauté de ce geste d'un adolescent brisant en un clin d'œil une carrière pleine d'espoir, pour se jeter à corps perdu dans les voies de l'abnégation. Mais pour persévérer il faut plus que l'héroïsme d'un moment. Quand la flamme de la première ferveur est tombée, quand l'être humain se trouve en face de la réalité des sacrifices, la poésie s'évanouit, quand l'enthousiasme est tombé, et que la nature vient à manquer de ressorts, où serait la transformation spirituelle de l'homme sans la vertu d'En-haut?
En se donnant à Dieu, Jean Fidanza qui n'avait pas répondu à l'impulsion d'une ferveur irréfléchie comprit dès le premier instant que sa force ne lui viendrai» que du ciel; sa première règle fut avant tout, par-dessus tout et toujours, la prière.
Voilà par où commença le petit novice ; c'est par là qu'il continua. En ayant fait l'expérience il pourra dire plus lard: « EflPorce-toi d'employer le temps à la prière, à la lecture, à la méditation, ou à tout autre exercice : il ne cesse pas de prier celui qui ne cesse de bien faire ' . »
Ayant mis la main à la charrue, il ne regardera plus «n arrière. La Règle franciscaine veut toute la perfection qu'une âme sincère peut désirer, elle embrasse la vie contemplative aussi bien que la vie active. Dictée
I, Regid. Noni.^ ci.
Vocation, formation RELiâiÉûsÉ. sacerdoce. ''n"''-'-^'\^lQ,
par Jésus-Christ elle conduit au sommet de la vertu ceux qui en ayant fait profession s'appliquent à en garder fidèlement et scrupuleusement tous les préceptes ; dès les premiers jours ce fut le souci de notre jeune Frère.
La Règle prescrit aux Frères de réciter l'office selon la coutume de la Cour romaine, de réciter le bréviaire de la Curie pontificale, ou bréviaire du pape, qui devint celui des Frères Mineurs avant de l'être de toute l'Église. Saint François avait cette haute et juste conception de i
l'autorité souveraine : là où est le pape, là est l'Eglise. Mais dans la récitation privée, et dans les /modestes ;
chapelles conventuelles on ne pouvait se conformer à tout le cérémonial de la cour romaine, c'est-à-dire du pape et des cardinaux. Nécessité dès lors de réduire les cérémonies, de modifier les rubriques. Frère Raymond de Faversham, ministre général, futcommissionné à cet efïet par le pape Grégoire IX. Afin que les nouvelles rubriques ne restassent pas lettres mortes c'était un devoir pour tous les religieux de les étudier; dans les :
Noviciats on devait en faire une étude plus soignée. Frère Bonaventure, car tel était le nom qu'avait reçu à sa vêture religieuse Jean Fidanza, frère Bonaventure se ;
distingua parmi tous ses confrères en cet autre genre d'occupation. Il ne s'agissait de rien moinsqué d'apprendre à faire dignement l'œuvre de Dieu : l'office divin est au dire de saint Benoît Opus Dei. Le fervent novice fut en cela, comme en tout le reste, un modèle.
Eloigné du monde, dépouillé des vanités du siècle, n'ayant d'autre vêtement qu'une bure vile et grossière, frère Bonaventure jeta les bases de son édifice spirituel, -
en s'appuyant sur le Christ. « Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, j'ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus. Mais que cha- -\
cun prenne garde à la manière dont il bâtit dessus. Car
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personne me peut poser dl'autee fondement que. eelui quia été posé,, lequel, est le Christ Jésus*. » Instruit par cette doctrine de saint Paul notre novice reecxanait que le fondement de toute saîntelé repose sur la foi qui illumine l'intelligence, et sur la charité qui embrase Les affections du cœur. Mais; à la solidité, à la fermeté; de cette pierre, angulaire s'oppose la cupidité, raciae; de tous les maux. Wul moyen plus, efficace pour étouffer en son principe la cupidité terresta^e que de renoncer au monde et à ses corLvoilises. Sur la montagne le Chriist commence sa prédication par l'éloge de la première des béatitudes : Bienheureux les pauvres d'esprit, Bonaventure place la pauvreté comme fondement de son édifice religieux. Pour lui comme pour le séraphique Patriarche, la pauvreté sera l'épouse chérie dé son âme. L'ayant aimée, pratiquée^ il pourra en parler comme un maître expérimenté : « Si par la pauvreté des biens terrestres on parvient à la gloire des bienheureux, efforce-toi d'observer toujours la très sainte pauvreté, surtout dans l'usage des livres, des sandales, des tuniques,, et n'en aie pas, plus que ne l'exige la stricte nécessité, ne prétends pas que les choses superflues soient nécessaires, crains plutôt que les choses néeesTsaires ne soient superflues^. » Pour son compte, il ne fut jamais de ceux qui, au dire d'Alvarez Pelayo, mettent leur vanité dans le luxe et la multiplicité des livres; toute sa vie il se contentera de l'indispensable. Ce qu'il fut dans le zèle pour la pauvreté, il le sera a l'égard de l'obéissance: il se soumettra aux ordres de ses supérieurs lui enjoignant d'enseigner la théologie; par obéissance, il demeurera à son poste dans le professorat jusqu'à ce que l'obéissance l'en tire ; par obéissance, il
1, I Cor,, m, lo, II.