Vita PetV' Galesin^ c. xvi et xviii
Le pape Clément IV avait, dit-on, une telle déférence pour saint Bonaventure qu'il affirmait ne rien connaiître qui pût lui être comparé. Ohrapporte que selon le désir du pape sairit Pie V on ne devait dicter dans l'Ordre rien autre que les écrits duséraphique docteur. Sixte V fonda à Rome le collège des douze Apôtres voulant qu'il n'y fût enseigné autre doctrine que celle de notre saint. C'est là du moins ce que nous lisons dans le Pèi'e Boule, religieux du couvent de Lyon, au xvm^ siècle.
soudain. Guillaume de Saint-Amour lança le brandon de discorde en publiant son fameux libelle : Les périls des derniers temps, diatribe, indigne du talent de l'auteur.
Les choses en étaient là quand un certain Gérard de Borgo san Donnino, frère mineur eut la malencontreuse idée d'écrire un livre néfaste qu'il intitula : Introduction à l'Evangile éternel. Longtemps on attribua faussement cet ouvrage à Jean de Parme ; son auteur est réellement frère Gérard, qui, ditSalimbene, « ne fit autre chose, en le publiant' et le distribuant parmi les ignorants, que divulguer sa fatuité et sa bêtise. La sottise d'un seul ne doit pourtant pas retomber sur l'Ordre entier. Le pape Alexandre IV l'entendait ainsi, et mettait en garde l'opinion publique, ne voulant pas qu'elle s'égarât pour incriminer tous les Frères Mineurs. »
Alors qu'il faisait le plus b«l éloge de la vip religieuse, l'auteur décriait et abaissait le clergé séculier. L'inévitable conséquence fut un accroissement de haine, une augmentation d'animosité ; l'Évangile éternel allait servir d'arme contre les Religieux. Vain effort. La cour romaine désavoua le livre de Gérard, te condamna, établit une commission pour examiner l'œuvre de Guillaume de Saint- Amour. Thomas d'Aquin et Bonaventure écrivirent respectivement l'Apologie des Pauvres, et la Pauvreté de Jésus-Christ, en réponse aux odieuses insinuations de leur détracteur. En date du 5 novembre 1256, Alexandre IV condamna solennellement l'œuvre impie de Guillaume : Les périls des derniers temps.
Cette malheureuse controverse eut toutefois pour résultat immédiat l'éloignement des Maîtres appartenant aux deux Ordres des Prêcheurs et des Mineurs. De ce fait, Thomas d'Aquin et Bonaventure durent abandonner leur chaire. Comme seul le chancelier de l'Université avait le droit de conférer le bonnet de docteur.
LE THÉOLOGIEN. 'le MAITRE, 45
ce n'est que deux ans plus tard que, s'inclinant devant la volonté du Pape, la Faculté consentit à les inscrire au registre des docteurs; le 23 octobre laS^, l'un et l'autre reçurent leur pancarte, ce qui fut une occasion pour Bonaventure de laisser éclater toute sa profonde humilité.
L'ostracisme pourtant qui frappait également les deux Ordres cessa bientôt en faveur des Frères Mineurs grâce à la délicate intervention de Jean de Parme. En présence de toute l'CFniversité, Maîtres et élèves, le bienheureux parla avec une telle puissance d'éloquence, que bientôt les docteurs de son ordre purent reprendre leur office, a Vous êtes nos maîtres et nos seigneurs, leur dit-il, c'est à votre école que nous avons tous appris, de jour et de nuit, nous vous sommes redevables, et nous sommes prêts à nous dépenser en priant pour vous, en prêchant et en nous rendant utiles à vos âmes... faites de nous ce que vous jugerez bon et droit ^. »