I. Ozanam, Dante et la philosophie cathol., IIÏ, B,^ c. ii
pauvreté. Pour prier et louer Dieu, l'homme a besoin de s'entourer de beauté. Souvent, hélas ! on confond la beauté avec la richesse et le luxe, c'est une erreur. Le docteur séraphique avait une trop haute estime de l'esthétique pour oser la rejeter tout au moins des églises et chapelles de l'Ordre. L'esthétique n'est pas affaire de pure sensibilité, c'est la beauté perçue par les sens, appréciée et jugée par elle; puis, quand il s'agit de beauté religieuse, la foi intervient pour guider le jugement de l'esprit. L'entité morale de l'esthétique dans l'art religieux est soumise au critérium de la raison éclairée par la foi. Ce qui est beau en soi, ne l'est pas toujours au sens religieux, s'il y manque l'élément de convenance. L'ornementation luxueuse d'une cathédrale est choquante dans une chapelle conventuelle, où la convenance veut avant tout la simplicité, l'humilité. « L'humilité est le vêtement du Christ, dit saint Ephrem* » ; l'humilité, la simplicité font la beauté d'uneéglise de couvent. Et c'est en ce milieu de beauté monacale que devront prier les Frères Mineurs. Bonaventure luttera contre le luxe, et ne pouvant ne pas céder à certaines exigences de l'art, il dictera des règlements à suivre.
Prenons par exemple l'église des Cordeliers, à Lyon, dont l'histoire nous apprend comment l'agrandissement ne se fit que pour répondre à des nécessités urgentes. Au bout d'un peu plus d'un siècle, la modeste chapelle, où reposa d'abord le corps de saint Bonaventure, fut jugée trop petite ; vers le milieu du quatorzième siècle, un insigne bienfaiteur se chargea d'en faire construire une plus grande, n'ayant que les trois^ ou quatre premières travées de l'église actuelle ; aux jours de grands concours, le peuple se tenait devant