CHAPITRE VI
l'orateur
En soi la prédication n'est pas l'affaire d«s théologiens, mais des prélats ; les théologiens ne s'y adonneront que s'ils y sont délégués. La prédication ne dépend nullement de l'étude de la théologie, mais uniquement de la doctrine de l'Eglise, de la connaissance des vices et des vertus, de la peine et de la gloire, et des moyens de salut dont la connaissance est inscrite en tous les cœurs. On ne peut nier cependant que l'enseignement de l'école est une immense ressource pour le prédicateur. Persuader les âmes est le but. Or la persuasion suit deux voies : la doctrine de l' Esprit-Saint et des Pères est la première, la méthode philosophique la seconde. Celle-ci prépare la voie à l'autre. Ceux qui n'en sont pas instruits s'arrêtent à ce qui favorise la curiosité. . Le docte Bonaventure, parfait théologien, avait appris à l'école à construire des discours, selon les lois de la métrique, du rythme et de la prose. L'art de la parole ne consiste pas à dire de belles choses, ni même à exalter la sagesse divine; son but est de faire germer dans le cœur des affections tant par la voix que le geste et le mouvement du corps. A l'exemple de son maître et modèle, à l'exemple de saint Augustin, Bonaventure sut mettre en œuvre tou|es les ressources de la nature.
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Baûs son ^rs concionandi il tYÀc'&d&srèg\es utiles, enseigne à éviter le Isaûgage trop fleuri, parce que ce qui se dit avec éloquence est écouté avec plaisir, mais ce qui se dit avec sagesse est entendu avec utilité. « La inultitude des sages est le salut du monde ^ », mais non « la multitude dès beaux parleurs », ajoute Bonaventure.
Éviter de répéter plusieurs fois la même cliose, c'est le moyen de ne pas ennuyer. Le débit, au commencement, se fera sanis éclats de voixet en termes simples. Quoi de plus insensé que de crier dès l'exorde? Mais c'est tout le traité qu'il conviendrait de lire pour connaître la méthode de notre docteur.
Sa façon de prêcher était pratique, il ne se contentait pas d'un exposé purement spéculatif, dont l'effet eût été de susciter l'admiration. De' son temps pullulaient les prédicateurs qui semblaient n'avoir d'autre but que d'étonner, et de s'attirer les applaudissements et dont parle le Dante : « Aujourd'hui, l'on s'en va prêchant avec des mots et des bouffonneries : pour peu qu'on ait fait rire l'audîloire, le capuchon se gonfle, et on n'en demande pas davantage^. » Bonaventure réprouvait une telle méthode, ne s'y conformant point, mais s'inspirant avant tout de la doctrine de ses devanciers : « L'art de prêcher est la science de dire quelque chose pour instruire. » « Moins vous direz, plus on retiendra, » disait le séraphique Patriarche; Bonaventure suivait cette règle. Les longs discours fatiguent les auditeurs -dont l'attention Se maintient difficilement, et la mémoire retient fort peu. Un sermon vaut moins par sa longueur qUe par sa forme simple, digne, claire et fidèle. C'est à cela que s'appliquait notre docteur. Son langage était