‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 21 sur 82 · I. Willibald, c. 7, p · texte numérisé non relu

I. Willibald, c. 7, p

a. V. FAnonyme de Mayence (y^J. SS., p. 474 ; JafFé, p. 475) et Othlo, chap. 14 (Migne, P. L, t. 89, col. 646; JafFé, p. 489- 490).

Peut-être cette pénurie d'ouvriers aurait-elle condamné la mission de Thuringe à végéter misérablement, si Tapôtre ne s'était souvenu, à ce moment, de sa généreuse et catholique patrie. Là vivaient à l'ombre des cloîtres bénédictins, et dans la paix de la famille monastique à laquelle il appartenait lui-mènic, des âmes consumées par le feu sacré du zèle apostolique, et dont l'activité intrépide se trouvait à l'étroit dans les frontières de leur pays et de leur peuple. Pourquoi ne les appellerait- on pas sur ce continent oii ils trouveraient des hommes de leur race et de leur langue, et où les moissons blanchissaient dans l'attente du moissonneur? fioniface les appela, et ils accoururent à son appel»

Et ici l'on peut voir à quel point son souvenir était resté populaire parmi son peuple. Carc'^est son pays, c'est l'Angleterre méridionale, c'est le Wessex qui lui envoya la plupart de ses collaborateurs. Pendant plusieurs années, nous assistons à l'exode calme et successif des missionnaires monastiques. Ils arrivent nombreux, zélés, instruits, se répandant indifféremment dans toutes les missions qu'il a fondées, à la fois moines, prêtres, missionnaires et maîtres d'école, s'offrant h toute besogne, et ne se laissant rebuter par aucune, si pénible et si difficile qu'elle fût. Les femmes ne se montraient pas moins zélées que les hommes ; elles passèrent le détroit en grand nombre, et voulurent prendre leur part de toutes les œuvres apostoliques en Germanie. Nos contemporains ont vu avec

I/ÉPISGOPAT. 49

étonnement le cardinal Lavigerie ouvrir à des femmes les portes de ses séminaires des missions africaines, et les envoyer, sous la robe blanche de son ordre, partager les fatigues des Pères d'Alger. Ce spectacle, on le voit, n'est pas nouveau dans l'histoire de l'Eglise, les femmes missionnaires enrôlées par saint Boniface ont le droit de revendiquer une part glorieuse dans les mérites de la conversion de l'Allemagne.

Il convient de suspendre, du moins pendant quelques instants, le cours de notre récit pour présenter aux lecteurs les principales physionomies de ce bataillon sacré de l'apostolat '•

Voici d'abord Lull, le petit Lull comme on l'appelait dans son entourage, qui avait été l'élève de Boniface en Angleterre, et qui, resté tendrement attaché à son maître, l'avait suivi sur le continent où il fut associé à tous ses travaux. Nul ne parut au suint plus digne de lui succéder lorsqu'il se préoccupa de l'avenir du siège de Mayence qu'il laissait vacant en partant pour sa mission de Frise. Cette confiance du maître honore le disciple et suffit à marquer la place qu'il occupait dans l'affection du saint.

A côté de Lull, beaucoup d'autres figures appellent notre attention. C'est d'abord Eoban, qui, plus d'une fois, porta les lettres du saint en Angleterre et en rap-

I. Pour cette ënumëration, j*aî surtout fait usage des renseignements contenus dans l'excellent traite de H. Hahn, Bonifaz und Lui, Ifire Angelsàchsischen Korrespondenten, Luis Leben, Leipzig, i883«

50 SAINT BONIFAGE.

porta celles de ses amis ; il raccompagna en Frise dans sa dernière mission, il y reçut de ses mains le caractère épiscopal, et il eut le bonheur d'être immolé avec lui. C'est ensuite Denehard, Tinfatigable messager toujours sur les chemins d'Allemagne à Rome ou de Rome en Allemagne. C'est Burchard, dont le saint fera un évêque de Wûrzbourg. C'est Wigbert qu'il mettra à la tête de son monastère d'Ohrdruff. Ce sont encore Wiethbert, Sola, Wittan, Meginhard, auxquels il réservera des postes de confiance, sans compter d'autres auxiliaires anglo-saxons non moins précieux qu'il ramènera ou appellera de Rome, comme Willibald et son frère Wunnibald, dont nous aurons à reparler.

Parmi les femmes, le premier rang appartient sans contredit à une parente du saint, la belle, gracieuse et savante Lioba. Cette créature exquise, qui semblait née pour faire la joie de tous ceux qui l'entouraient, était le type de la vertu aimable et souriante. Toujours gaie et tendre, douce à tous ceux qui l'approchaient, et d'un dévouement sans bornes au maître qui l'avait appelée à lui, Lioba fut une des plus belles fleurs du christianisme naissant de Germanie. En grande faveur à la cour, chérie de Timpé-' ratrice Hildegarde qui eût voulu toujours l'avoir près d'elle, elle reçut du saint une preuve d'affection aussi austère que profonde : il voulut qu'après sa mort elle fût déposée dans son tombeau.

Et à côté de Lioba, que d'autres figures virginales

et pures, pleines de cette candeur et de ce sourire qui n'appartiennent qu'aux vierges et aux anges ! Nous rencontrons ici les noms de Técla, qui fut une des meilleures auxiliatrices de Boniface, de Chunihild, la tante de LuU, et de Chunitrude, qui, comme Tëcla et Lioba, furent placées à la tête des fondations religieuses du saint, puis de Walburge, sœur de Willibald et de Wunnibald, et supérieure, elle aussi, d'un des monastères nouveaux. Ces noms sont les seuls que l'histoire ait retenus; ils supposent toute une pléiade de nobles ambitions et de dévouements généreux qui se sont donnés sans retour, dès le premier appel d'un maître chéri.

Boniface accueillit avec joie tant de précieuses collaborations. Nous avons conservé une lettre de Wiethbert racontant aux moines de Glastonbury l'accueil qu'il a reçu de lui avec ses compagnons. « Sachez, très chers, leur écrit-il, que notre archevêque Boniface, quand il eut appris notre arrivée, daigna venir lui-même à notre rencontre un long espace de chemin et nous accueillit avec une extrême bienveillance ^ »

Désormais, l'œuvre de l'apostolat de Germanie était assurée. Boniface put pourvoir à tous les besoins, réaliser tous les progrès. Ses premières fondations, Amoeneburg en Hesse et OhrdrufF en Thuringe, furent celle-là agrandie, celle-ci consolidée.

l. Epist. 98, p. 246.

52 SAINT BONIFAGE.

De plus, il édifia encore en Hesse le monastère de Fritz lar, non loin de la colline où il avait abattu le chêne sacré. A ces trois monastères d'hommes vinrent se joindre sans retard trois monastères de femmes, tant fut abondant le concours que lui prêtèrent les religieuses anglo-saxonnes. Bischofisheim sur la Tauber fut confiée à la direction de Lioba; Técla fut mise à la tête des deux monastères de Kitzingen et d'Ochsenfurt.

La sollicitude active du légat ne cessa d'entourer ces premières créations de son zèle apostolique; il continuait de les diriger de loin, et souvent, qu'il fât en voyage à Rome ou retenu au fond d'une solitude de Germanie par quelque occupation ardue, sa pensée s'échappait vers ces chers sanctuaires où tant de voix innocentes et pures s'élevaient dans le silence du désert pour prier Dieu. Nous avons conservé un fragment de la lettre qu'il écrivit de Rome aux moines de Fritzlar après la mort de leur premier abbé Wiethbert. Avec la même sollicitude minutieuse que s'il était parmi eux, il fait entre eux une nouvelle répartition des charges, depuis les plus hautes, celles de l'enseignement et du gouvernement, jusqu'à celles de la cuisine. « Travaillez tous, continue-t-il, chacun selon ses forces, à vous conserver dans la chasteté et à vous entr'aîder dans la vie commune, et demeurez dans la charité jusqu'à notre retour, alors, tous ensemble, nous louerons Dieu de ses bienfaits^ »

Page 1