I. Hauck, t. I, p. 47S
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nombre de cas difficiles qu'il avait soumis à son jugement.
Dans ce document mémorable, où Ton voit en quelque sorte Pierre conduisant son légat par la main, les réponses sont inspirées par cette sagesse profonde, faite de mansuétude et de fermeté, qui caractérise les oracles de la chaire romaine. Le pape rassure la conscience scrupuleuse de Tapôtre et résout avec largeur les difficultés qui lui sont soumises. Il ne veut pas qu'on poussa jusqu'à l'excès la rigueur des dispositions canoniques touchant les empêchements de mariage : sans doute, il vaudrait mieux qu'ils fussent respectés entre tous ceux qui se savent unis par les liens du sang, mais vis-à-vis de peuples si barbares il faut user de certaine mesure, et il suffira d'interdire le mariage jusqu'au quatrième degré inclusivement. Il autorise la rupture du lien quand la femme est empêchée de rendre le devoir conjugal à son conjoint. Sans doute il ferait mieux de ne pas se remarier; il faudra le tolérer toutefois, à la condition qu'il ne laissera pas sans secours celle qu'il aura abandonnée. Le pape tranche, à la manière de saint Paul, et même en employant ses expressions, la question de l'emploi des viandes consacrées aux idoles. Il décide que les lépreux doivent être admis au banquet eucharistique, mais séparément. Si un prêtre est accusé sans qu'on puisse produire des témoignages décisifs contre lui, il pourra se laver par son seul serment. Le pape est plus rigoureux en ce qui concerne
les oblats, qui, une fois donnés à Dieu, ne doivent plus retourner aux voluptés du siècle. II est d^une haute fermeté sur le chapitre des questions doctrinales. Le sacrement, dit-il» a une valeur absolue, qui ne saurait être diminuée par Tindignité du ministre qui le confère : il n'y a donc pas lieu de rebaptiser ceux qui ont reçu le baptême d'un prêtre indigne ; il y a lieu, au contraire, de conférer le sacrement aux enfants qui, ayant été enlevés à leurs parents, ne se souviennent pas s'ils l'ont reçu. De même, il ne faut pas qu'on administre le sacrement de confirmation deux fois. Les religieux ont tort de fuir leur maison lorsqu'une contagion y a éclaté, comme si l'on pouvait échapper à la main de Dieu. Il n'est pas jusqu'à des questions de liturgie qui n'aient été posées par Boniface : ce n'est pas deux ou trois calices, répond le pape, qu'il faut placer sur l'autel quand on célèbre le sacrifice de la messe, mais un seul, comme a fait Jésus-Christ lorsqu'il institua l'Eucharistie.
La dernière question que contenait la lettre du saint était peut-être celle qui troublait le plus profondément sa conscience morale. Il avait prêté serment au pape de n'avoir aucune communication avec les prêtres indignes. Voici toutefois que les nécessités de son apostolat le mettaient en contact inévitable, par exemple à la cour du prince, avec de pareils prêtres, qui formaient l'entourage ordinaire de Charles Martel. Que fallait-il faire? Tenir son serment au risque de compromettre sa mission (ce qui était, en
somme, une autre manière de le violer), ou communiquer avec les indignes malgré la teneur de la promesse solennelle qu'il avait jurée au pape? Voici comment ce dernier tranquillisait Tapôtre :
« A la fin de ta lettre, tu nous exposes qu'il v a certains prêtres et évêques livrés à une multitude de vices, et dont la conduite est un opprobre pour le sacerdoce. Tu nous demandes si, quand ils ne sont pas formellement hérétiques, il t'est permis de mangor ou de parler avec eux. Voici notre réponse. Tu dois, usant de l'autorité apostolique, les avertir, les réprimander et les ramener, si possible, à la pureté delà discipline ecclésiastique. S'ils obéissent, ils sauveront leurs âmes et tu auras mérité ta récompense. En attendant, ne refuse pas de l'entretenir avec eux et de t'asseoir à la même table. Souvent, il arrive que ceux à qui la correction disciplinaire ne parvient pas à faire observer la loi de la vérité se laissent ramener au chemin de la justice par les exhortations familières de commensaux assidus. Tu observeras la même règle à l'endroit des grands qui te prêtent leur secours, et qui sont les protecteurs de ces mauvais prêtres*.
« Voilà, frère très cher, continue le pape, ce que nous te mandons en vertu de notre autorité aposto-
I. Epist. 37, pp. 88-91. Le dernier membre de phrase n^existe pas dans le texte; je l'ai ajouté dans ma traduction par manière de glose; il s*agit de Charles Martel et des mauvais prêtres de son entourage, dont le saint s'est plaint à diverses reprises dans sa correspondance.
lique, et cela suffit. Pour le reste, nous implorons la miséricorde de Dieu, afin que celui qui t'a envoyé dans ces contrées à notre place et qui a fait, par ta bouche, pénétrer la lumière de la vérité dans Tépaisse forêt du paganisme, t'accorde un accroissement de sa protection. Nous lui demandons que tu reçoives la récompense de cette œuvre de salut et qu'elle nous vaille à nous-mêmes le pardon de nos péchés ^ » Ces paroles furent pour Boniface comme le testament de Grégoire II. Ce grand pape mourut, en effet, le 1 1 février ^3 1 , après avoir eu la consolation de voir les pi^emiers fruits de la mission de Germanie. Comme son illustre prédécesseur et homonyme, Grégoire I, avait ajouté TAngleterre à la famille des peuples catholiques, il y avait, lui, ajouté TAlIemagne, et son nom est à jamais inséparable de celui de Boniface dans l'histoire de cette grande œuvre.