II PRÉFACE
mant à l'usage du public les résultats de tant d'efforts. Ils permettent d'espérer que le jour n'est plus éloîg-né où, armé de toutes les ressources de l'érudition contemporaine, un historien viendra qui édifiera à la mémoire du saint le monument définitif.
En attendant, on voudra bien me pardonner si ce modeste petit volume vient allonger la liste déjà considérable des histoires provisoires de saint Boniface. Je n'écris que pour les lecteurs français, qui le connaissent trop peu, et les Allemands eux-mêmes, je pense, me sauront gré de contribuer à répandre la gloire de leur patron national chez un peuple voisin. Je n'ai pas l'ambition d'apprendre au public des choses inconnues, mais j'ai voulu que tout au moins il trouvât ici, sous une forme accessible à tout le monde, tout ce qu'il est possible de connaître aujourd'hui, et je puis dire que, pour cela, je ne me suis épargné aucun labeur. Si j'étais parvenu à ressusciter la figure du saint dans sa vérité vivante, à donner au lecteur l'impression d'avoir vécu avec lui, mon livre répondrait au but que je me proposais en commençant de l'écrire, mais je n'ose me flatter d'y avoir réussi.
D'autre part, j'aurais singulièrement dépassé les proportions assignées à ce travail si je m'étais atta-» ché, comme dans les travaux d'érudition, à justifier toutes mes assertions ou à discuter celles d'autrui. Il suffira au lecteur de savoir que je n'avance rien dont je ne possède par devers moi la preuve, que j'ai lu et relu, plume en main, toutes les sources, que je me suis mis soigneusement au courant de la vaste bibliographie du sujet, et qu'il n'est pas un seul des ouvrages signalés dans l'appendice de ce volume, auquel je n'aie consacré un examen attentif. Chaque fois
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qu'il m'a été nécessaire d'y renvoyer le lecteur, je l'ai fait de la manière la plus sommaire possible pour ne pas encombrer de notes bibliographiques le bas de mes pages, maison trouvera dans la Bibliographie critique^ à l'appendice de ce volume, toutes les indications que le lecteur consciencieux a le droit de demander à un historien ^
J'ai voulu écrire ce livre à Fulda, auprès du tombeau du saint. J'y ai trouvé un milieu tout imprégné de son souvenir, une population qui garde son culte avec amour, des horizons grandioses, des solitudes suaves, des paysages qui semblent faits pour les évocations historiques. J'y ai passé quelques semaines heureuses à l'ombre de ce sanctuaire qui garde le plus grand trésor religieux de l'Allemagne, et des beaux arbres séculaires qui alignent autour de lui leurs solennelles avenues, si hospitalières au rêveur recueilli. Plus d'une fois, du haut de la colline où fut l'ermitage du saint, je me suis plu h contempler cette ville catholique s'endormant dans le calme du soir, pendant que la fumée s'élevait des toits et qu'au loin la longue ligne dentelée des faîtes de la Ron s'estompait dans le brouillard. Nulle part le passé déjà lointain ne me semblait plus rapproché de moi que dans ce cadre à la fois austère et doux. Il me semblait revivre les scènes idylliques dont on trouvera le récit dans ces pages : Sturmi explorant sur son âne la vallée encore boisée, les moines défrichant la forêt et jetant les fondements de leur sanc-
I. Les renvois à la correspondance du saint et à sa biographie par Wiliibald visent l'ëditibn de Jaffé, qu'on trouve au tome III de sa Bibliotkeca Rerum Germanicarum. Tous les ouvrages cites en abrëgé dans les notes sont indiques avec leur titre complet dans l'Appendice.
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tuaire, le saint descendant, après sa méditation faite, du haut de la colline où j'étais, pour encourager et pour stimuler le zèle de ses religieux. Tout parle encore de lui dans cette paisible contrée, ou plutôt c'est lui qui parle du fond de son tombeau, et qui redit la parole gravée sur le socle de la belle statue que Fulda lui a élevée en 1 842 :
Veritds Domini manet in œternum.
Puisse ce petit livre, que je rapporte de mon pèlerinage au tombeau du grand apôtre, faire aimer aux lecteurs la belle figure qu'il retrace, et laisser dans leur àme quelque chose de la joie et de la paix dans lesquelles il a été écrit!
Fulda, le 4 septembre 1901.