‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 57 sur 82 · I. Lettre analysée par saint Boniface, Epist, 88, p. a · texte numérisé non relu

I. Lettre analysée par saint Boniface, Epist, 88, p. a

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du roi, auprès de qui elle a été calomniée, les exigences du fisc et des grands, qui réclament plus qu'elle ne peut payer, la perte de ses amis et de ses proches. Tant d'épreuves réunies lui ont gâté Texistence et elle a presque la vie en dégoût. Mais à ces plaintes succède l'expression d'un sentiment moins amer : « Tout homme, quand il ne se suffit pas à lui-même et qu'il se défie de sa propre sagesse, cherche un ami fidèle à qui il puisse accorder sa confiance et ouvrir le secret de son cœur. Quoi de plus doux, comme dit le proverbe, que d'avoir quelqu'un avec qui on puisse s'entretenir comme avec soi-même ? Moi aussi, pour les raisons que je viens d'exposer, j'avais besoin de chercher un tel ami, en qui j'eusse plus de confiance qu'en moi-même, qui regardât comme siennes mes douleurs et mes souffrances, qui me consolât, m'encourageât, me soutînt par ses paroles salutaires. J'ai la confiance de l'avoir trouvé en vous. Plût à Dieu qu'il m'eût été permis d'être transportée comme Habacuc dans la fosse de Daniel ou le diacre Philippe auprès de l'eunuque, dans ce pays où vous êtes en pèlerinage! Que ne puis-je entendre de votre propre bouche ces paroles que vous m'adressez, seigneur, et qui me sont plus

douces que le miel * ! »

Elle consulte ensuite saint Boniface sur le projet

qu'elle nourrit d'aller en pèlerinage à Rome. Étant I. Epist, i4ipp* 66-71.

déjà vieille, elle voudrait, avec sa fille Bugga, faire pour Texpiation de ses péchés ce pèlerinage qu'ont fait tant d'autres de ses amies et parentes; elle a Tassentiment de son ancienne abbesse Wale, sa mère spirituelle. Mais elle sait que ce projet n'est pas approuvé de tout le monde ; les canons veulent, dit-on, que chacun vive là où il a fait ses vœux. Dans son incertitude elle recourt à Boniface ; elle le supplie de prier pour elle et pour sa fille; Dieu, sans doute, lui fera connaître si elle doit s'exiler ou rester dans la patrie.

Eangythe mourut, ce semble, sans avoir fait le pèlerinage désiré, mais il resta le rêve de sa fille, Bugga, que nous retrouvons parmi les correspondantes les plus assidues du saint. Lui-même témoigne à Bugga une confiance qu'il ne prodigue pas ; il la place dans son amitié au-dessus de toutes les personnes de son sexe \ Il lui raconte son premier voyage de Rome, ses relations avec le souverain pontife, la mort de Radbod, le songe qui a décidé de sa mission de Frise, les premiers résultats de son apostolat'. Ils échangent des présents ; elle lui envoie des livres, de Fargent, des ornements d'autel; en retour, elle lui demande des livres encore, des prières, des messes. Elle revient à la charge auprès de lui au sujet du pèlerinage de Rome. « Je n'ose, lui

I. Omnibus feminini sexus praeferendae sorori fiagan, Epist, 88, p. i36.

a. Epist. i6, p. 75.

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répond-il, ni vous interdire absolument, ni vous conseiller en toute confiance le pèlerinage de Rome ; je me bornerai donc à vous donner ma simple manière 4e voir. Si, pour trouver la paix et pour vous livrer à la contemplation, vous avez déposé la mission que vous aviez vis-à-vis des serviteurs et des servantes de Dieu, pourquoi Faudrait-il que maintenant vous fussiez soumise aux volontés des séculiers et eussiez des soucis et des responsabilités? Je crois qu'il vaut mieux pour vous, étant donné que les séculiers ne vous permettent pas de jouir dans votre patrie de la paix de Tâme, de vous procurer par votre pèlerinage la liberté de la contemplation, comme a fait notre sœur Wiethburg. Elle me mande qu'elle a trouvé près du tombeau de saint Pierre la paix qu'elle a si longtemps désirée. En ce qui concerne votre projet — car je lui en avais écrit — elle ajoute que vous feriez bien d'attendre pour le mettre à exécution, jusqu'à ce que les troubles du pays de Rome et les craintes d'invasion des Sarrasins soient dissipés : elle vous écrira alors elle-même pour vous inviter à la rejoindre. Voilà ce qui me parait le mieux. Préparez donc votre voyage et attendez des nouvelles de Wiethburg ; vous ferez ensuite ce que le Seigneur vous ordonnera*. »

Les nouvelles de Wiethburg furent favorables sans doute, car nous voyons que Bugga put donner

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