‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 72 sur 82 · I. Willibald, c. 8, p · texte numérisé non relu

I. Willibald, c. 8, p

a. Epist» 91, pp. 339-240.

170 SAINT BONIFAOE.

de si saintes reliques. Seule, la tête d'Eoban, séparée de son tronc, n'avait pu être retrouvée. Pendant que les restes des compagnons du saint étaient confiés à la terre, on garda son corps avec le grabat sur lequel il avait été exposé, pour l'enterrer dans le tombeau qu'on lui préparait à la cathédrale. C'est là, semblaitil, qu'il devait reposer, au milieu du peuple pour lequel il était mort et dont il devenait le patron céleste.

Mais déjà la funèbre nouvelle était parvenue à Mayence, et LuU avait envoyé des religieux et des fidèles, sous la conduite de Hadda, compatriote du saint, avec mission de réclamer les reliques. La population d'Utrecht opposa d'abord quelque résistance à cette revendication; on prétendait que le roi Pépin avait lancé un édit défendant de transporter le corps du saint ailleurs qu'à Utrecbt. Finalement, toutefois, l'opposition céda, et les délégués de l'archevêque de Mayence purent emporter le précieux trésor. On remonta le Rhin, et en route on rencontra des moines de Fulda qui, envoyés par Sturmi, s'étaient portés au-devant du maître vénéré. Le 4 juillet, trente jours après sa mort, ses restes rentraient dans sa ville archiépiscopale, où l'attendaient des multitudes en larmes accourues de toute part. LuU était revenu en hâte de la cour royale, où il était allé sans doute pour obtenir l'autorisation de ramener les reliques à Mayence, et il rentrait tout juste à temps pour rendre les derniers devoirs à son saint prédécesseur.

Celait, on Ta vu, la dernière volonté du saint de reposer dans sa chère solitude de Fulda. Mais la population de Mayence ne voulait pas se laisser enlever les restes de son archevêque. La situation était embarrassante, surtout pour Lullqui était placé dans ralternative, ou de violer formellement les dernières volontés de son maître et bienfaiteur, ou de paraître trahir les intérêts de son siège épiscopal et les vœux de tout son peuple. Un diacre de Téglise de Mayence trancha la difficulté en racontant que le saint lui était apparu dans une vision et lui avait ordonné de dire à LuU qu'il voulait être enterré à Fulda. Lorsque le diacre eut attesté par serment la réalité de sa vision, Mayence céda comme avait cédé Utrccht, et les moines de Fulda purent emporter dans leur monastère la dépouille glorieuse de leur fondateur.

La translation fut l'occasion d'un de ces concours extraordinaires de peuple comme les provoquaient au moyen âge tous les grands événements religieux. Suivi d'une vraie flottille d'embarcations portant la foule des fidèles qui avaient voulu faire cortège à leur évèque, le vaisseau chargé de ses précieux restes remonta le Mein jusqu'à Hochheim, oii l'on mit pied à terre. Après y avoir passé la nuit, le pieux cortège, ayant à sa tête LuU lui-même, gagna la solitude de Fulda, marquant par des croix de pierre, selon la coutume du temps, les diverses étapes de son itinéraire, et grossi en chemin par des foules toujours nouvelles venant remplacer celles qui repartaient.

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