‹ Saint Bruno et l'ordre des chartreux [microform]Chapitre 108 sur 387 · R. P. DOM BASILE · texte numérisé non relu

R. P. DOM BASILE

ASILE, dit de Bourgogne, fit Profession à la Grande Chartreuse. Quelques auteurs pen-

sent qu'il fut auparavant Moine de Cluny, mais il est

^ Baronius, Martyrol. Roman^ t. XII. — Martène, Brevis Hist. t. XI. p. 168. — Anonymus, Vita S. Antheîmi ap. Bolland, Acta SS. 26 juin. — Surius, Vita Sanctorum. t. III. — S. Bernard, Epist. CCLXX . — Sutor. de vita Cartiis. lib. II, tract. III. cap. v. — Dorlandus, lib. IV. cap. vi-vii. — Pétréius, Eliicid. lib. IV. — Morozzo,p. 21-42. — De Tracy, oj^. cit. p. 196 et seq. — Hist. littér. de la Ft-ance. t. XIV, p. 612. — L'abbé A. Marchai. Vie de S. Anthelme.

plus probable qu'il se rendit directement en Chartreuse, car entré fort jeune dans POrdre, il fut nommé Général, à l'âge d'environ vingt-cinq ans. « Lequel — dit le traducteur de Dorland — parla prestance de sa doctrine et vertu a été grandement utile à l'Ordre universel, ayant fait de belles, utiles et louables Constitutions Tous les Chartreux l'honorent et le tiennent pour l'une des plus fortes et meilleures colonnes de leur Ordre ; car Ton n'en trouvoit presque un plus dévot, plus sainct et plus fervent en la Maison delà Chartreuse, Il estoit tellement addonné aux lettres qu'il nous a donné plusieurs beaux livres et entre autres un discours de la vie solitaire, recommandant avec beaucoup de louanges le grand profit et utilité que nous apporte la saincte quiétude. »

Dom Basile ajouta plusieurs règlements aux Coutumes du Vénérable Guignes ; ce fut aussi sous son gouvernement que le chant fut introduit dans les Offices des Chartreux. Quelques auteurs pensent qu'il coordonna les Constitutions de l'Ordre, telles qu'elles furent approuvées par le Saint-Siège sous Innocent III. Ce qui est plus certain, c'est que dans un Chapitre Général qu'il convoqua, en ii63, il fut résolu que le Chapitre se réunirait chaque année et que toutes les maisons de l'Ordre se soumettraient à ses décisions.

Sous son gouvernement, le bienheureux Humbert comte de Savoie , « fonda à la Grande Chartreuse une belle Chapelle avec la maison de l'hospitalité pour les survenants. » Ce prince venait souvent

au Monastère et y vivait dans une solitude complète. Il désirait se faire Chartreux, mais Dom Basile sut lui faire comprendre qu'il devait sacrifier ses goûts au bonheur de son peuple.

Ami des livres, ce savant Prieur porta tous ses soins à accroître la Bibliothèque de la Grande Chartreuse. Lui-même composa quelques traités ; le plus connu a pour titre : Eloge de la vie solitaire. D'après les Bénédictins, dans leur Histoire littéraii^e de la France^ cet écrit a été attribué fort mal-à-propos à saint Basile le Grand, par quelques bibliographes. On possède aussi une lettre de Dom Basile à Pierre IX, Abbé de Cluny, en ii5i. Par son édifiante et sage administration, ce Général attira un grand nombre de prêtres et de laïques à la vie monastique ; il reçut dans l'Ordre Gérard, comte de Nevers, et le célèbre saint Hugues, plus tard Évêque de Lincoln. Les talents et les vertus de Dom Basile lui valurent l'amitié des hommes les plus éminents de son temps ; ses rapports avec saint Pierre Maurice et Pierre de Celle sont restés célèbres.

Dom Basile de Bourgogne mourut, en odeur de sainteté, le 14 juin iiyS, après avoir gouverné l'Ordre pendant vingt-trois ans * .

^ Borland, op. cit. lib. IV. cap. xv. — Pétréius, Elucid. lib. IV. — Martène, Veter.Scriptor. in Brev. Hist. cit. t. IV, p. 275. — Sutor, op. cit. lib. II, p. 522. — Bibliot. Cluniac. Epist. XLI. lib. VI. — Annales Ord. Cartiis. lib. II, cap. ix, fol. i3i. — Hist. littér. de la France.^ t. IX, p. 120 et t. XIII, p. 578. — Bergier, Dict. théolog.

R. p. DOM GUIGUES II.

UIGUES II était profès de la Grande Chartreuse, Les Religieux Télurent Général à cause de sa grande piété et de ses rares vertus. Ce saint Solitaire était entièrement livré à la contemplation des choses du ciel, et par là même peu propre à gouverner les affaires de la terre. Ce qui fait qu'on le regardait non comme un homme, mais comme un ange, et c'est sous ce nom qu'on le disignait ordinairement.

D'après Dom Cellier et les auteurs de VHistoire littéraire de la France^ on lui attribue l'ouvrage qui a pour titre '.De quadripat^tito exercitio cellœ^ « Des quatre exercices de la cellule. » Ces quatre exercices sont : la lecture, la méditation, la prière et le travail. Cet ouvrage a été publié à Dijon par le Père Pierre François Chifflet, en 1657, sous le titre : Manuale Solitariorum., e veterum Patriim Cartusiensium cellis depromptimi . Il est dédié, croit-on, à Dom Bavon , Prieur de la Chartreuse di Witham, en Angleterre. Toutefois, nous devons constater que si ce traité a été véritablement dédié à ce Prieur, il ne put l'être qu'après l'abdication de Guignes, car la Chartreuse de Witham fut fondée en 11 78, et Doni Bavon ne fut Prieur qu'après saint Hugues de Lincoln, en 1186.

Dans ce traité, Guigues indique les moyens que doit prendre un Chartreux pour soutenir et sanctifier la solitude : éviter de s'occuper des affaires du monde, méditer les vérités de la Religion, s'appliquer à la prière, et, à certaines heures, s'occuper de quelque ouvrage manuel. On croit que Dom Guigues a aussi écrit un traité sur le Chapitre Général, dans lequel il démontre l'avantage important que la discipline régulière en a retiré. Dom Cellier, d'après un auteur allemand du nom de Fabricius, attribue encore àce Général un écrit sur la vie contempla- '^ive, intitulé : Scala paradisi, scala claustraliiim^ sive tractatus de modo orandi. « L'échelle du paradis et des cloîtres, ou de la manière de prier. » Cet ouvrage est imprimé dans les œuvres de saint Augustin et de saint Bernard.

Guigues II resta peu de temps Prieur de la Grande Chartreuse. Désireux de retrouver les douceurs de la solitude , il donna sa démission , en 1176. Cette même année, le Pape Alexandre III lui envoya une Bulle datée d'Anagni, le 4 des nones de septembre, par laquelle il prend sous sa protection TOrdre des Chartreux, ainsi que leurs propriétés. La Bulle a pour suscripîion Giiidonî Priori Cartusiejisi, ejusqiie Fratribiis. Dom Guigues mourut en odeur de sainteté, en 1 188 ^.

' Anonymus ap. Martène, Veter. Scriptor. t. VI, p. 176. — Morozzo, Theat. cit. p. 22. — Tromby, Storia cit. t. IV. id. app. p. cxLi. — Dom Cellier, Auteurs Ecdesiast. t.Xyilï, p. 294. — De Tracy, op. cit. p. 240.— Biblioth. des Pères, t. XXIV, p. 1463.

R. P. DOM JANCELIN.

ANGELIN ou Jocelin avait fait Profession à la Grande Ghartreuse, où il était ent ré jeune encore. Il a laissé dans l'Ordre le souvenir de l'humilité la plus profonde, mais cette vertu ne lui avait pas enlevé l'énergie et l'autorité nécessaires pour gouverner sagement les nombreux Religieux qui formaient la famille cartusienne. Son autorité était telle, dit la Caî^te des Généraux, qu'il défendit à un Moine, mort depuis peu, de faire des miracles à son tombeau, parce que la solitude du Monastère était troublée par l'affluence des malades qui accouraient pour obtenir leur guérison; il fut obéi. Ge Religieux était le Révérend Père Dom Guignes IL Ge fait a été rappelé dans l'épitaphe gravée sur le tombeau de Dom Jancelin, et citée par Morozzo.

Tantas fuit authoritatis, ut. defunctum Monachum A miraculis cessare dicto compulerit.

« Nostre dévot Père, dit Dom Dorland, estoit parvenu à telle saincteté de vie qu'il estoit réputé entre l'un de ces anciens Pères du désert. » Assidu au travail, il fut toujours détaché des honneurs et éloigné de toute ostentation. Il gouverna pendant cinquante huit ans : « et cecy avec tant de prudence et industrie que jamais l'Ordre n'avoit

esté si fleurissant , dont son odeur et renommée estoit épanduë par tout le monde. » En effet, à répoque de sa mort, l'Ordre comptait déjà plus de cinquante fondations.

Sous son gouvernement, plusieurs Papes accordèrent des privilèges aux Chartreux et confirmèrent divers règlements décrétés par le Chapitre Général. Parmi eux, on compte Alexandre III, Lucius III, Urbain III, Clément III, Innocent III, et Honorius III. En 1 1 96, ce Général fit un accord avec Guy, Abbé de Citeaux, par lequel il fut décidé qu'aucun Religieux ne pourrait passer de l'un q l'autre Ordre, sans la permission réciproque des deux Supérieurs. Dom Jancelin donna l'habit de Frère Convers à Pierre Frecoldy, père du Pape Clément IV. Ce Vénérable Prieur mourut en une sainte vieillesse, le 22 octobre i233 . Quelques auteurs lui donnent le titre de Bienheureux ' .

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