R. P. DOM BOSON
OSON était profès de la Grande Chartreuse.
! En 1272, nous le trouvons à la tête de la
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Chartreuse de Saint-Hugon, en Savoie, et il gouvernait encore ce Monastère, lorsqu'il fut élu Général de l'Ordre. Ses vertus et son mérite le désignaient à cette haute dignité.
^ Sur le R. P. de Montignac Cf. Arch. de la Grande Chartreuse. — De Tracy, p. 3o8. — Joseph Brunet, Notice histor. sur la Chartreuse dé Glandier. p. Sy.
Après sa promotion au Généralat, Dom Boson, à cause de sa douceur et de sa sainteté, devint l'arbitre des personnages les plus distingués de la contrée et on rechercha de tous côtés sa bienfaisante intervention. Malgré les honneurs dont on l'entourait, il conserva toujours les sentiments de la plus profonde humilité. Le traducteur de Dom Borland nous apprend qu'il « estoit si grand en mérite, qu'il obtenoit tout ce qu'il désiroit de Nostre Seigneur et encore qu'il fut sublime et élevé en saincteté de vie, il s'estimoit si peu que rien. »
Une antique chronique de la Grande Chartreuse rapporte que le Révérend Père Boson faisant construire une petite chapelle dans le cimetière de la Communauté, près du caveau où Dom Guigues avait déposé les restes des anciens Chartreux, un maître-maçon tomba du haut des échafaudages : brisé dans sa chute, il expira à l'instant. Ses compagnons consternés le portèrent à Dom Boson, le conjurant de le rendre à la vie; celui-ci, les larmes aux 3feux, se mit aussitôt en prière, et Dieu exauçant la demande de son serviteur, le malheureux ouvrier se releva sain et sauf et alla reprendre son travail.
Sous le gouvernement de ce Général, l'Ordre prit un grand accroissement ; il y eut dix-huit nouvelles fondations. Dom Mar.tène relate que le Monastère de Chalais, en Dauphiné, fondé au commencement du XII' siècle par des Moines Bénédictins, fut réuni alors à l'Ordre des Chartreux. Une mauvaise administration avait réduit cette
Abbaye à la plus grande détresse ; tous ses biens étaient aliénés ou hypothéqués en faveur d'Aymar de Bellevue. Dom Boson parvint à racheter les propriétés et obtint ensuite l'union à la Grande Chartreuse.
Malgré sa grande douceur, Dom Boson savait se montrer énergique pour défendre les domaines de l'Ordre. On rapporte que des étrangers s'étant avisés d'extraire du minerai de fer de la montagne de Bovinant, qui appartenait aux Chartreux, le Révérend Père, oubliant ses infirmités et son grand âge, se fit accompagner de ses Religieux et monta à l'endroit où l'on travaillait, malgré les difficultés de cette ascension pénible. Les ouvriers étaient en grand nombre et peu sympathiques aux propriétaires qu'ils dépouillaient. Dom Boson leur parla d'abord avec douceur, mais ces paroles bienveillantes ne produisant aucun effet, il dut montrer plus d'énergie et les menaça de venir, avec des hommes armés, les obliger de quitter la montagne. Ces ouvriers, forcés d'admirer le courage du noble vieillard, et sachant sans doute que le comte de Savoie et le Dauphin le chérissaient comme un père, jugèrent prudent de cesser leur travail et de s'éloigner.
Le Révérend Père était désireux d'abandonner le pouvoir et de se retirer dans la sohtude du cloître, mais le Chapitre Général, qui trouvait son administration profitable à l'Ordre, refusa toujours sa démission et le conserva à son poste pendant trente-cinq ans. Dans cet espace de temps, il écrivit plusieurs fois au Pape Clément V qui avait fixé
sa résidence à Avignon. Dans une de ces lettres, il supplie le Souverain Pontife de ne pas permettre que quelque nouveauté fâcheuse s'introduisit dans rÉglise. Le schisme d'Occident venait de se consommer et il était à craindre que la pureté de la foi n'en souffrît. La renommée de sainteté et de grand savoir du Général des Chartreux engagea le Pape à l'appeler au Concile de Vienne qui eut lieu en i3i I, mais le Vénérable Solitaire écrivit à Clément V pour s'excuser ; ses infirmités ne lui permettant pas de se rendre au Concile, il annonçait au Pape qu'il se ferait représenter par son Procureur.
Dom Boson mourut en odeur de sainteté, en i3i3. Dorland rapporte, d'après la chronique du Monastère, que sur le tombeau qui lui fut élevé, « il creut une herbe, laquelle estant goustée guérissoit plusieurs maladies, cause pour quoy l'on venoit de tout costé pour la cueillir. » Canisius et du Saussey ont inséré Dom Boson dans leur martyrologe, au 4 des nones de mars ^