‹ Saint Bruno et l'ordre des chartreux [microform]Chapitre 117 sur 387 · R.P. DOM AYMON D'AOST · texte numérisé non relu

R.P. DOM AYMON D'AOST

YMON d'Aost ou d'Aoust, en Valentinois, audiocbse de Die, était profès de la Grande Chartreuse; d'après le traducteur de la chronique

^ Chronicon Maj. Cartus. cap.xvi. — Dorlandus, Chron. cit. lib. XVI, cap. — xvin. Pétréius, Eliicid. lib. IV. — Dom

de Dorland il « estoit homme si docte qu'il pouvoit donner la leçon aux théologiens, comme montrent encore pour le présent ses escrits , il estoit plus grand en la dévotion et saincteté. » Les écrits de Dom Aymon ne sont pas parvenus jusqu'à nous et nous ignorons quels sujets le savant théologien avait traités. Ce Général fit aussi réunir en un volume toutes les Chartes et les Bulles qui concernaient l'Ordre des Chartreux , mais ce précieux manuscrit périt malheureusement dans l'incendie qui eut lieu à la Grande Chartreuse quelques années plus tard. La chronique pubhée par Dom Martène rapporte que le Révérend Père A3^mon fit rebâtir le Monastère du Désert de Chartreuse, presqu'entièrement détruit par un incendie au commencement de mai i32o. Le feu s'était déclaré dans l'appartement où se trouvaient logés les serviteurs d'Othon de Grandson venus pour demander l'incorporation de la Chartreuse de la Lance. Les pertes furent considérables, surtout en manuscrits, mais le mâle courage du Général ne défaillit pas au milieu de ces rudes épreuves. Il se mit à l'œuvre et reconstruisit en pierres les cellules et les principales obédiences-, grâce aux cotisations de toutes les Maisons de l'Ordre et aux libéralités d'un grand nombre d'Évêques, de princes et de seigneurs qui se firent un honneur de venir au secours des Chartreux.

Sutor, (fe Vita Cartiis. p. 217. — Martène, t. VI art. Boson.

— Morozzo, Theatrum cit. p. 23. — De Tra.cy, op. cit. p. 255.

— Eug. Burnier, Chartreuse de S.- Hugon, p. io3. — La Grande Chartreuse.^ p. 259.

Jusque-là le cloître ne contenait que treize ou quatorze cellules ; Dom Aymon,de concert avec le Chapitre Général, décida de bâtir ce qu'on a appelé le second cloître. Cette résolution avait pour but « de subvenir aux nécessités de TOrdre qui avait besoin de sujets pour les nouvelles Maisons. » En effet les Chartreux continuaient de se répandre dans toute l'Europe, et sous l'administration de Dom Aymon, on compte vingt-cinq nouvelles fondations.

Le zèle de cet illustre Général pour sauvegarder les biens et les droits du Monastère de Chartreuse nous apparaît dans un fait rapporté par Dom Dorland, d'après la vieille chronique de l'Ordre. Laissons la parole au naïf traducteur : <(Aymarus( Guillaume II de Montbel, d'Entremont) usurpoit des droits sur les biens et possessions de la Chartreuse, dont il advint que lorsque l'on célébroit le Chapitre Général, il envoya ses sergeants pour rompre le pont de la Chartreuse et faire autre violence. Le Révérend Père craindant plus grande insolence faict insinuer au comte de Savoye et de Vienne l'affronterie de ce seigneur, désirant en avoir raison ; mais comme les princes portoient grande affection à ce seigneur, ils ne firent cas de la complaincte du Révérend Père. Ce pourquoy il fut contraint de faire plainte au roy, ce qu'entendant il commanda au comte d'en faire la vengeance, ou autrement que détruisant la Maison de Chartreuse, laquelle ils méprisoient, il en feroit une autre plus noble et mieux bastie. Le Daulphin et le comte craindant perdre la Maison commandèrent à Aymarus et ses enfants

de marcher vers la Chartreuse la corde au col et se prosterner aux pieds des Religieux, ce qu'ils firent ayant auparavant iuré de ne plus prétendre à aucun droict. » Il est impossible de trouver une preuve plus convaincante du désir et de Tintérêt que les souverains et les seigneurs apportaient à posséder des Chartreux dans leurs États ou sur leurs domaines.

Depuis longtemps, le Révérend Père Aymon d'Aost désirait se retirer dans une cellule du cloître pour se préparer à la mort ; ses instances furent si pressantes que le Chapitre Général accepta enfin sa démission en 1329. L'année suivante, il remit son âme entre les mains de Dieu. D'après la tradition, le tombeau de ce Général serait le plus ancien du cimetière actuel de la Grande Chartreuse'.

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