‹ Saint Bruno et l'ordre des chartreux [microform]Chapitre 118 sur 387 · R. P. DOM JACQUES DE VEVEY · texte numérisé non relu

R. P. DOM JACQUES DE VEVEY

ACQUES de Vevey, que plusieurs auteurs nomment Jacques de Vinay ou de Vivisio, était né en Dauphiné et avait fait Profession à la Grande Chartreuse. Lorsque les suffrages des

^ Chronicon cit. ap. Martène, t. VI. Veter.Scriptor.p. 204. — Dorlandus et son traducteur Adrian Driscar, lib. IV, cap.xis et XX. — Pétréius, Eliicid. ^lih. IV. — Morozzo, op. cit. p. 23. — Dom Le Coulteux, Abrégé des Annales, Ms. — De Tracy, p. 2 56. — La Grande Chartreuse, p. 67 et sq.

Religieux de cette Maison l'appelèrent au poste de Général, il dirigeait depuis plusieurs années le Monastère du Val-Sainte-Marie. Son élévation lui fut si pénible qu''il fit tous ses efforts pour faire accepter sa démission ; Tannée suivante, il obtint de rentrer dans une cellule du cloître, comme simple Religieux. Dom Couturier nous apprend qu'il était de si grande prudence^ discrétion et bon conseil, enfin tellement adonné à la contemplation, que ceux qui lui parlaient, pensaient se trouver en présence d'un ange.

Dans quelques années, nous trouverons de nouveau Jacques de Vevey à la tête de l'Ordre des Chartreux ^

R. P. DOM CLAIR de FONTENAY.

LAIR de Fontenay naquit en France ; il dirigeait avec sagesse la Chartreuse de Paris, lorsqu'il fut appelé à gouverner TOrdre. Homme remarquable par sa science, son érudition et son amour des lettres, il sut donner une noble direction aux études de ses Religieux. « Il estoit — rapporte un de ses biographes — doué d'une telle science et doctrine que l'on disoit ordinairement de luy que

^ Cf. Dom Sutor, o;?. cit. lib. II, tract, m. cap. vu. — Morozzo, Theatrum cit. p. 24. — De Tracy, Vie de saint Bruno,

c'estoit le second clerc du monde. » Sa piété n'était surpassée que par son humilité; aussi supplia-t-il longtemps le Chapitre Général d'accepter sa démission. Cette consolation lui fut accordée, en i336. Il avait gouverné l'Ordre pendant près de six ans. Sa mort, précieuse devant le Seigneur, arriva trois ans après, en rSSg '.

R. P. DOM JACQUES de VEVEY.

N i33o, Jacques de Vevey, par amour de la solitude, avait fait accepter sa démission. Depuis cette époque, il vivait dans une des cellules du cloître, édifiant tous les Religieux par ses vertus. A la mort du Révérend Père Dom Clair de Fontenay, les Moines de la Grande Chartreuse élurent de nouveau Dom Jacques ; aucun ne leur paraissait plus digne et plus capable de les gouverner. Forcé, par obéissance, d'accepter cette charge qui lui semblait si terrible , le nouveau Prieur offrait chaque année, avec instance, sa démission ; mais le Chapitre Général refusait toujours d'accéder à son désir.

Dans ces circonstances, Jacques de Vevey crut pouvoir se permettre une ruse qui lui réussit. Dom

^ Anonymus ap. Martène, t. VI. Veter. Scriptor. — Dorandus, lib. IV, cap. xxi. — Dom Sutor, lib. II, tract. III. cap. V. — Morozzo, op. cit. p. 24. — De Tracy, p. zb-j.

Martène nous apprend, d'après l'auteur anonyme dont il a édité l'œuvre, que ce Général réunit en Chapitre les Religieux de la Grande Chartreuse et parvint, à force d'instances, à faire accepter sa démission de Prieur de la Maison. Par là même il ne pouvait plus gouverner l'Ordre, puisque le Général doit être en même temps Prieur de la Grande Chartreuse. Ce fait avait lieu, en 1 341, et le Chapitre Général qui suivit décréta qu'il était expressément défendu d'en agir ainsi dans l'avenir, sans le consentement de l'Ordre.

Humbert, Dauphin de Vienne, avait Dom Jacques de Vevey en si grande estime qu'il lui donna pour sa Maison de Chartreuse une rente de « cent sols tournois d'argent, monnaie de France de bonne loi et juste poids » qui devait servir à donner, vers la fête de la Toussaint à tous les Moines et Clercs Rendus du Couvent, des habits monastiques et des pelisses neuves en peau de mouton. La fondation est datée du lundi, dernier jour de septembre i336.

Jusqu'à sa mort, l'ancien Général fut éprouvé par de grandes infirmités, que Dom Dorland regarde comme une punition du Seigneur . « Nostre Dieu — dit son traducteur — voulant montrer comme cette importunité lui était désagréable, l'affligea si cruellement que luyetses frères entendisent assez que le déport de la charge de repaistre ses ouailles méritoit une punition exemplaire, en laquelle cependant nostre Prieur estoit constant et patient -, car estant en cette affliction corporelle, il ne laissoit, par l'élévation de son esprit, de voler

au plus haut de la contemplation, estant de si grand conseil et discrétion que personne ne venoit à luy, qu'il ne l'admiroit plustot comme un ange du ciel que comme un homme vivant sur la terre. »

Dom Jacques de Vevey vécut ainsi quelques années, au milieu des plus grandes souffrances. Une pieuse légende rapporte, qu'après sa mort, il fut placé dans la brillante cohorte des anges qui entourent le trône du Très-Haut. De nombreux miracles eurent lieu sur son tombeau ^

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