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taire. L'illustre Bellarmin a fait, en quelques mots, un magnifique éloge de Dom Bruno d'Affringues. « Il est reçu maintenant, disait-il, que Ton prend le Souverain Pontife parmi les Cardinaux italiens ; si le Général des Chartreux était italien et Cardinal, c'est lui sans hésiter qu'il faudrait nommer Pape. «
Charles Emmanuel P', duc de Savoie, avait une affection toute particulière pour Dom d'Affringues, mais ses amis les plus intimes furent le célèbre président Favre et le saint Evêque de Genève. Antoine Favre entretenait avec le Général des Chartreux un commerce assidu de lettres et lui demandait toujours conseil sur les affaires importantes dont il était chargé. Lorsqu'il pubha sa célèbre consultation sur le Montferrat, il la lui fit porter par deux de ses fils, dont l'un, René de la Valbonne, était président du conseil de Genevois. Chacun était désireux de connaître la pensée ou de recevoir l'approbation de l'illustre savant.
Saint François de Sales avait aussi des rapports fréquents avec Dom Bruno. Dans une de ses lettres datée du i3 décembre i6i i, il lui écrivait : « Com- « ment cacheroit-on le feu? Je ne puis non plus ce celer l'extrême affection que j'aye au milieu de « mon cœur à vous honorer de toute ma force.
« Et chacun croid que réciproquement j'aye le bonce heur d'estre grandement aymé de vostre bonté. «
L'Évêque de Genève venait souvent à la Grande Chartreuse retremper son courage épuisé par un pénible apostolat. Jean Pierre Camus rapporte à ce propos un fait qui montre d'une manière éclatante
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la naïve simplicité et la touchante candeur du pieux Général. Laissons la parole à TEvêque de Belley.
« Lorsque le Bien-heureux François y alla, estoit lors Prieur et Général de tout TOrdre, Dom Bruno d'Affringues, 'personnage de profonde doctrine et d'encor plus profonde humihté et simplicité ; et qui n'ayant rien de cette science qui enfle, avoit beaucoup de la charité qui édifie. Je Tay cogneu et n'ay jamais reconneu en lui que douceur, candeur, bénignité, jointes à un scavoir merveilleusement exquis et qui avoit quelque chose d'infus du . ciel et qui passoit la portée humaine. Il a gouverné ce sainct asyle un fort long temps avec tant de prudence colombine que sa mémoire y durera en grande bénédiction. »
(c II reçut nostre Bien-heureux avec un accueil digne de sa piété, candeur et sincérité dont vous allez entendre un trait que François eslevoit jusques aux estoiles. Après Tavoir conduit à une des chambres des hostes, convenables à sa qualité, et s'estre entretenu avec le sainct Évesque de propos tous célestes, il se rencontra qu'il estoit quelque feste de rOrdre : ce qui obligea ce bon homme à prendre congé de nostre François, en luy monstrant qu'il luy eust bien volontiers tenu compagnie jusques à l'heure de son repas et mesme jusques à celle de son repos ; mais qu'il estimoit que sa piété auroit agréable qu'il préférast l'obéissance au sacrifice, de la civilité et qu'il se retirast en sa cellule à l'heure ordonnée pour pourvoir lanuict à leurs Matines. »
« Le Bien-heureux François approuva beaucoup
ceste exacte observance; le bon homme s'excusant encor de la feste d'un sainct fort recommandé en son. Ordre, Le congé pris avec tous les complimens de respect et d'honneur qui se peuvent désirer, comme il se retiroit en cellule, il fut rencontré par un conventuel des officiers de la Maison, qu'ils appellent Courriers et ailleurs Procureurs, qui'luy demanda où. il alloit et où il avoit laissé Monseigneur de Genève. — Je Tay, dit-il, laissé en sa chambre, et ay pris congé de luy, pour me ranger en nostre cellule et aller ceste nuict à Matin es à cause de la feste de demain. — Vrayement, luy dit cet officier. Père Révérend, vous vous entendez fort aux cérémonies du monde ! Et quoy, ce n'est qu'une feste de l'Ordre ? Avons-nous, tous les jours, en ce désert, des prélats de ceste taille ? Ne scavez-vous pas que Dieu se plaist aux hosties de l'hospitalité et de la bénéficence ? Vous aurez tousjours assez de loisirs de chanter les louanges de Dieu ; Matines ne vous manqueront pas d'autres fois : et qui peut mieux entretenir un tel prélat que vous? Quelle vergogne pour la Maison que vous l'abandonniez ainsi seul!»
« Mon enfant, dit le Révérend Père, je croy certes que vous avez raison et que j'ay mal faict. — De ce pas il retourna vers Monsieur de Genève, et en le rencontrant dans sa chambre, luy dit tout froidement : — Monseigneur, j'ay en m'en allant rencontré un de mes officiers qui m'a dit que j'avois fait une impertinence de vous avoir laissé seul et que je ne manqueray pas de recouvrer Matines une autre fois, mais que nous n'aurons pas tous les jours
un Monseigneur de Genève. Je l'ay cru et m'en suis revenu tout droit vous demander pardon et vous prier d'excuser ma sottise ; car je vous assure que ignorans feci ; et que je ne ment pas. — Le Bienheureux François fut esbloiiy de ceste notable rondeur, candeur, ingénuité, simplicité et me dit qu'il en fut plus ravy que s'il luy eust veu faire un miracle. «
Après la mort de saint François de Sales, Dom Bruno écrivit, rapportent certains auteurs, la vie de rillustre Évêque de Genève, pour faire goûter au monde les merveilleux enseignements qu'il avait recueillis de cette; bouche d'or. Cet ouvrage, s'il a été terminé, n'est pas venu jusqu'à nous.
Sous le gouvernement de ce Général, le Couvent de Chartreuse fut, en 1611, détruit en partie par un nouvel incendie. C'était la septième fois, depuis i32o, que ce célèbre Monastère devenait la proie des flammes. Mais semblable au phénix de la fable, toujours il semblait, renaître de ses cendres. Dieu voulait conserver à l'Église et à la société ce foyer puissant de pénitence, de sacrifice et de réparation .
Dom Bruno d'Affringues, prétextant son grand âge, insistait auprès du Chapitre Général, pour qu'il lui fit miséricorde ; mais les membres du Chapitre refusaient chaque année d'accéder à son désir. Le 4 février i63i, une attaque d'apoplexie étant venue lui enlever l'usage de ses membres, le Chapitre Général se trouva dans l'obhgation de lui donner un successeur. Dom Bruno d'Affringues
mourut l'année suivante, le 6 mars i632, à Tâge de quatre-vingt deux ans ; il avait gouverné l'Ordre pendant trente et un ans.
La Carte du Chapitre Général, en annonçant la perte si grande que l'Ordre venait d'éprouver, disait : « Nous aurons sans cesse présents devant les yeux les grands mérites du Révérend Père Dom Bruno et tout le bien qu'il nous a fait : les peines, les soucis, les labeurs sans mesure et tout ce qu'il a souffert pendant plus de trente années. Nous n'oublierons jamais la manière de gouverner de cet homme admirable, qui savait tellement allier la douceur au zèle de l'observance que Jamais ses réprimandes ne découragèrent, ni sa bonté n'enhardit à commettre le mal-, profondément instruit, il n'est point de sujet qu'il ne voulût apprendre ; il avait une si parfaite expérience des affaires qu'il savait tout prévoir et vaincre toutes difficultés ; la sagesse était sa principale vertu, ou la première de toutes celles qu'il possédait en si grand nombre. Il nous est plus facile de les indiquer en général que de les compter et estimer à leur vraie et juste valeur'.»
' Archives de la Grande Chartreuse, Pièces diverses n. 55, 58. — Dom Le Vasseur, Ephemerides Cartusiance^ 6 mars. mss. — Lettres et discours mss.de Dom Bruno d'Affringues, t. II. — Jean Pierre Camus, Évêque de Belley, Esprit de Saint François de Sales, part. III, sect. xxxii. — Collot. L'Esprit de Saint François de Sales, IIP p. ch. xvii. — Saint François de Sales, lettre clxiii. — More'ri, Dict. Histor. — Chorier, Estât politique cit. — Burnier, Chartreuse de Saint-Hugon. — Gallia Christiana. — xMorozzo , ut supra. — De Tracy, op. cit. p. 282. La Grande Chartreuse par un Chartreux, p. 129 et sq.
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