‹ Saint Bruno et l'ordre des chartreux [microform]Chapitre 2 sur 387 · CAMBRAI · texte numérisé non relu

CAMBRAI

Très cher Monsieur le Curé

Je suis dans radmiration en voyant ce que vous faites ; vous êtes un Bénédictin écrivant l'histoire des Cliartreux. Que de recherches ! et en quel ordre merveilleux vous les classez, et quel parti vous en tirez pour la gloire de TEglise et l'édification des âmes ! Soyez béni et mille fois remercié pour vos beaux travaux La CharU'eiise de N.-D.-des-Prés et Saint Bruno et l'Ordre des Chartreux .

Je vous félicite, cher Monsieur, et vous assure de mes sentiments dévoués.

-]- ALFRED Archevêque de Cambrai.

A Sa Grandeur

Monseigneur

GUILLAUME-RENÉ MEIGNAN, Illustrissime et Révérendissime Évêqne d'Arras, de Boulogne et de Saint-Omer

Monseigneur,

Vers la -fin du xi^ siècle, en l'année 1082, trois hommes s'éloignaient de la ville de Reims et saluaient d'un dernier adieu la noble métropole de la Gaule Belgique. L'un d'eux portait le nom de Btnmo; écolâtre et chancelier de l'église archiépis-

copale, il était célèbre par ses talents, ses vertus et sa douce piété. Le clergé et le peuple de Reims l'appelaient à gouverner leur illustre Eglise: c'est pourquoi il fuyait. Dans son humilité, il voulait se soustraire à l'éminente dignité que le Légat de Grégoire Vil désirait lui faire accepter.

Vouer sa vie à la solitude et, loin des bruits du monde, passer son existence dans la prière et la pénitence, dans la méditation et l'expiation, telle était la pensée qui subjuguait la grande âme de Bruno. Sous l'œil de Dieu, il allait jeter les fondements d'une nouvelle famille monastique, de concert avec deux clercs nobles qui l'avaient accompagné dans sa fuite. Les noms de ces premiers disciples de saint Bruno nous ont été conservés par l'histoire : c'étaient Lambert de Bourgogne, qui plus tard dirigera la Chartreuse de Calabre^ et Pierre, dit Le Franc, Jiatif de Bethune^ en Artois. « Par ces trois saincts « hommes, — dit une vieille Chronique, — et par « ceidx qui prindrent exemple, à eulx et vesquirent « et convej^sèrent aussj comme eulx fut commen- « cié et est encore maintenu et gardé l'Ordre « de Chartreuxe. »

Vous le voye\, Monseigneur, le premier anneau de cette longue chaîne, qui devait rattacher votre diocèse à l'Institut des Chartreux, remo7îte ainsi à

l'origine de ce saint Ordre.

A la mort de leur illustre fondateur^ les Solitaires de r Ermitage Della-Torre, en Calabre, envojèreni une lettre encjclique à un grand notJibre d'églises cathédrales, monastères et abbajes de France, d'Italie et d'Angleterre, pour leur faire part de la doiilom^euse et irréparable perte qu'ils venaient de faire en la personne de Maître Brwio, et demander leurs suffrages en faveur de ce père vénéré. « Ut defuncti patris nostri, — disaient-ils « — memores esse velint, ut dilectœ illi animœ, si « adhœsit macula — ciim non sit justus qui non peccc cet — multiplicatis intercessoribus et precum i?is- « tantiâ detergatur et transeat ad requiem. »

L'Eglise d'Arr^as^ qui avait alors un de ses enfants, Pierre le Franc^ à la tête du Monastère du Désert de Chartreuse, berceau de l'Ordre, ne devait pas être oubliée; elle fut aussi des premières à exprimer sa vénération envers le Patriarche des Chartreux

Les archives de l'Ordre nous ont conservé cet éloge, lointain et poétique écho de ces âges de foi. Il disait :

Lux aeterna, Deus, preeter quam nil valet esse, Qui nobis voluit nasci de semine Jesse, Participem faciat te, Bi'uno, suse bonitatis, Qui fons multifluus est mirificee pietatis.

Rectee, Bruno, vite dux et fons philosophife Non aliter docuit, vivere quàm studuit.

Dùm bene vivendo fecit, quodcumque loquendo Vir bonus ostendit, cœlitùs emicuit.

Unde sibi merces donetur gloria perpes Ac diuturna quies et sine nocte dies.

La célèbre Abbaye de Saint- Vaast, qui avait aussi salué avec bonheur l'apparition des nouveaux Solitailles, voulut unir ses regrets, ses consolations et ses éloges à ceux de l'église cathédrale. Elle transcrivit, sur les rouleaux de parchemiti que le Rolliger lui présentait, les vers suivants :

Ploret vita brevi séries, quod transeat £evi ; Transit enim, quidquid jàm prœsens cernitur esse.

Sic decet, idque petit, quod habet natura necesse. Gloria stat rerum, périt haec in tempore finis. Nil habet eeternum, nisi sint imitamina veri. Ergo quisquis homo vult prudens esse videri, Diligat hcec tantum, qa.es sunt sibi dona salutis. Si benè stant curée, bona lucis amando futurte Non procuret ea, quae sic fugiunt, valut -aura. Quidquid habet mundus, est qusedam captio mentis, Ut seducat eam, semper vigil ars inimici.

Ille leo rugiens, quœrens quem devoret, hostis Nunquam dormitat, nec prîestat membra quieti. Irrequieta manet omnis sua cura per horas, Nec habet occasum furor hic, nec sacra voluntas. Unde, rogo, caveas, homo, ne tenearis ab illo. Mente sed intentus superis et sensibus omne Impendas studium, vero quo functus honore, Divino semper puroque fruaris amore.

Dépérit omne quod, est, sapiens simul insipiensque, Pauper, dives, inops quos vilis contegit urna, Lege necis sumpta, sic fiunt pulvis et ossa.

Justus obit, moritur. Aliquo fit crimine lœsus, Nec caret macula communi lege creatus.

Cedit enim sorti, nimirùm quam pater Adam Per matrem meruit, quam littera nominat Evam. Mens mea dùm queritur super his, per plura vagatur. Ampla nimis ratio per mentem multiplicatur.

Clare pater Bruno, peto, sit tibi vita perennis, Dicat amen quisquis mihi respondendo fidelis.

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