‹ Saint Bruno et l'ordre des chartreux [microform]Chapitre 3 sur 387 · VI · texte numérisé non relu

VI

Lumen et ordo viee ducentis ad alta sophiee Occidit, hinc cedens nature Bruno recedens Par pecudis brutse. Tibi, Bruno, magister acute, Viluit hic flore mundus, sterilique décore.

Flos fuit in fœno, viguit sub sole sereno, Dùm tua cantaret, studio dùm musa vacaret, Dùm modo lactaret Remos, modo pane cibaret.

Hinc tamen, abjectis opibus studiisque rejectis, Clausus in obscuro frueris labamine duro, Nilque sequens Bruno varium, fundatus in uno, Sic pater, ô Bruno, capis unum captus ab uno.

Pour ressente?- ces liens si affectueux et si chrétiens, une sainte association de prières fut établie, vers le milieu du xii" siècle, entre les Chartreux et les Bénédictins de Saint-Vaast. Touchante et pieuse union gui fait resplendir, dans toute sa grandeur, la foi et la piété de ces vieux Moines des siècles passés. Ensemble, ils veulent unir leurs efforts pour attirer la miséricorde du Seigneur sur la société coupable ; ensemble, ils veulent, par la réparation, travailler au salut des âmes.

Alonseigneur , cette union des Chartreux avec votre diocèse, deviendra plus intime encore dans les siècles suivants. Une sainte émulation fera

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jaillir du sol béni du diocèse d'Arras et de la partie du diocèse de Thérouanne, actuellement soumis à votre juridiction épiscopale, plusieurs Monastères de l'Ordre des Chartreux. Évêques, puissants seig-neurs, nobles dames, s'estimaient heureux de posséder, sur leurs terres, ces pieux Solitaires dont les belles et saintes existences étaient entièrement dévouées à l'Église et à la société.

Avant la fin du xhp siècle, Jehan de Sainte- Aldegonde, seigneur de Noi^tkehnes, avait fondé., à, la pieuse sollicitation de son épouse et avec l'assentiment de Jacques de Boulogne, Evêque de Thérouanne, la Chartreuse de Notre-Dame-du- Val- Saint e- Aide gonde, à Longuenesse^ près de la ville de Saint-Omer, en i3oo.

Au siècle suivant^ Thierry d'Érichon, prévôt d'Aire, chancelier de la comtesse d'Artois, qui plus tard devait monter sur le trône épiscopal d'Arras, voidut aussi doter la contrée d'un Monastère de Chartreux. D2 concert avec Mahault comtesse de Bourgogne et d'Artois, il établissait., en i320, les disciples de saint Bruno, dans une de ses pro-

priétés, à Gosnay, près de Béthime, et élevait la Chartreuse du Val-Saint-Esprit.

Quelques années plus tard, le même Thierry d'Érichon forma le projet d'établir, encore sur le territoire de Gosnay, une Char^treuse de Moniales. La mort ne lui ayant pas peniiis de pourvoir à cette fondation, la comtesse Mahault ., son exécutrice testamentaire, réalisa les pieuses intentions del'Evêque d'Arras et fonda la Cha7^treuse du Mont- Sainte-Marie, en i32g.

Dans le même siècle, en 1824^ s'élevait, sur les bords de la Candie, en Boulomiais, la Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés .^ à Neuville sous Montreiiil. Ce Monastère comptait, au nombre de ses fondateurs, le haut et puissant seigneur Robert III, comte de Boulogne et d'Auvergne, Guillaume III, son Jils et son successeur, et Marguerite d'Évreux, sa belle-fille.

Plus près de nous, dans les premières années du XVII' siècle, en 1618 , Jean Le Vasseur, écujer, licencié en droit, mayeur de la ville de Lille,

seigneur de la Boutillerie^ donnait ce domaine aux enfants de saijit Bruno et y fondait, de ses deniers^ la Chartreuse de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs près de Fleur baix.

Ces Monastères ont disparu dans la tourmente révolutiomiaii^e, mais les ruines qui jonchent le sol rappellent leur souvenir. Les habitants de ces saintes de77ieur es, chassés de leur solitude, se cachèrent pour la plupart dans tios campagnes , se dévouant au ministère pastoral si périlleux à cette époque ; quelques-uns furent martyrs de leur foi et de leur soumission au Souverain Pontife. Ces précieux souvenirs ne sont pas effacés au milieu des catholiques populations de votre diocèse , et les vieillards otit redit à leurs enfants quelles furent les vertus et la sainteté de ces pieux Cénobites.

En dehors de ces touchants souvenirs, un lien plus puissant rattache encore ces saints Religieux à notre contrée. Votî^e diocèse, Monseigneur, eut l'insigne homteur de donner trois Généraux, des plus célèbres., à l'Ordre des Chartreux :.

Dom Pierre, dit Le Franc, natif de la ville de Béthune. Ce clerc noble, comme le qualifie l'histoire, fut disciple de saint Bruno, à Reims, et son compagnon à Molesmes, dans l'Ermitage de Saisse-Fontaine. Vers la fin de sa vie, en i loi, il fut appelé à diriger les Solitaires du Désert de Chartreuse, après la mort de Lajiduin, l'ami et le collaborateur du saint Patriarche.

Dom Jérôme Marchand, d' Auxi-le-Châteaii, élu Général, en iS88. Belle et noble figure dont le vif éclat a rejailli sur l'Ordre tout entier. Sa douce piété, son inépuisable chaj^ité, ses mortifications poussées jusqu'à l'héroïsme, lui méritèrent le titre de Vénérable, et ses vertus sont encore présentes à la mémoire de ses frères.

Dom Bruno d' Affjnngues, de Saint-Omer . Ce pieux et savant docteur , do?it saint François-de-Sales a fait le plus bel éloge, fut élu Général, en 1600. Dans son humilité, il aspirait toujours à redevenir simple Religieux ; après avoir gouverné l'Ordre, avec éclat , pejidant plus de trente ans, il abandonna généreusement les'honneurs pour se préparer

dans la solitude du cloître, loin du tracas des affaires, à paraître devant Dieu.

Ces vieux souvenirs, ces antiques traditions qui unissent si intimement le diocèse d'Arras à l'Ordre des Chartreux, nous faisaient un devoir, Monseigneur, devoir bien doux pour notre cœur, de vous offrir la dédicace de ce livre et de le mettre sous votre haut patronage. Par la dignité épiscopale dont vous êtes revêtu, n'êtes-vous pas le continuateur des nobles traditions des siècles passés ? N'êtesvous pas comme l'héritier des grands personnages qui dotèrent notre contrée de ces Chat^treuses qu'uji vieil historien Boulonnais appelait « la fleur de la vie monastique » ? En vous, revit le pieux esprit des anciens âges. En vous, revit la religieuse vénération qu'ils montrèrent en tout temps, envers les enfants de saint Bruno.

Un fait providentiel a récemment j^éveillé au milieu de nous l'heureux souvenir de ces pieux Solitaif^es . Il y a quelques années, ils vinrent dans votre diocèse, Monseigtieur, relever les ruines de l'ancienne Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés ,

et recommencer , sur cette terrée sanctiûée par leurs ancêtres dans la vie monastique, leur vie si sainte, si pénitente, si austère. Votre prédécesseur, de vénérable mémoire, les accueillit avec une touchante sympathie , une affectueuse bonté ; il se réjouissait de revoir, au milieu de ses ouailles, les Religieux qui, pendant tant de siècles, avaient embaumé Jiotre région de l'odeur de leurs vertus. Dans sa foi vive, dans son amour du bien, il prévoyait que notre société, quelque égarée quelle fût par de funestes doctrines, subirait leur salutaire influence, et que les prières et les jnorti- Jications continuelles de ces saints Religieux feraient descendre sur le diocèse d'Arras les plus abondantes bénédictions du Seigneur.

Encouragé par les conseils du pieux Prélat, noits avons entrepris l'ouvrage que nous soumettons aujourd'hui à l'approbation de Votre Grandeur. Dans l'espérance d'être utile aux gens du monde, nous avons essayé ^ Monseigneur , de retracer à grands traits la pieuse et sainte vie de l'illustre fondateur des Chartreux.^ et, tout en rappelant les faits importants de l'histoire de cet

Ordre célèbre^ nous avons cru nécessaire défaire connaître les Règles, les Observances, la vie intime et cachée des humbles et fervents disciples de saint Bruno.

Bien peu d'hommes de notre temps se reiident compte de ce que sont les Chartreux et de la mission qu'ils remplissent dans l'Eglise. Parmi les catholiques^ plusieurs même ont été surpris de les voir revenir au milieu de nous. Ils les ont salués, comme le voyageur salue ces antiques ruines qu'il reticontre sur sa route et qui lui rappellent les souvenirs d'un passé pleiti de grandeur et de majesté, ruais ils se demandent pourquoi ils reparaissent dans notre société modertie.

Lors de la bénédiction de la Chartreuse de Neuville et de la consécration de son église par votre véîiérable prédécesseur, une foide nombreuse et e7npressée vint admirer le îiouveau Monastère., avec sa g}^acieuse atxhitecture, souvenir de sa fondation primitive. Mais â quoi sert d'admirer la ruche, si on ne connaît pas les abeilles et si on ne peut s'initier à leur travail mystérieux !

Cette initiation, nous l'avons tentée dans ce livre. Nous avons pénétré intiinement au sein de cette Communauté de Moines ; nous avons respiré le parfum qui s'exhale de ce saint lieu habité par la vertu et le dévouement ; nous nous sommes identifié à cette réunion d'hommes qui ont les mêmes sentiments, aspirent au mêiiie but, suivent une même Règle qui doit les conduire et les diriger dans la voie de la perfection. De cette façon^ il nous a été possible d'étudier ce qu'on pourrait appeler « la Chartreuse spii~ituelle , » d'apprécier les services que les Chartreux ont retidus dajis le passé et rendent encore actuellement à la société, et enfin de comprendre comment cette sainte tribu du Bienheureux Bruno est venue jusqu'à nous, à travers les âges^ sans souiller sa blanche tunique aux fanges du siècle.

Si, par ce livre, il nous est donné de détruire quelques préjugés , d'expliquer la liaison de ces mortifications qui étonnent les hommes de notre temps, et d'être utile en quelque chose au salut des âmes, nous serons grande?ne)ît réco?npensé de nos labeurs et de nos recherches.

Daigne\ donc, Monseigneur, en agi^éant cet hommage de respect filial, répandre vos bénédictions sur ce livre et sur son auteur. Ce sera la plus douce récoTnpense de celui qui est, avec la plus profojide vénération, Monseigneur,

DE VOTRE GRANDEUX le très humble et très obéissant serviteur

F. A. LEFEBVRE curé d'Halinghem.

En la fête de saint Hugues de Lincoln, ij novembre 1882.

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