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LE GARD

La Chartreuse de Notre-Dame-du-Gard, près de Picquigny, au diocèse d'Amiens, département de la Somme, fut établie pour des Moniales, sous le

Révérend Père Dom-Charles-Marie Saisson. Ce Monastère avait été occupé par des Religieux de l'Ordre de Citeaux, depuis ii38, jusqu'à la Révolution française. En 1816, il fut acheté et reconstruit par les Trappistes qui le cédèrent, en 1842, au baron de Vert-Pré, en échange de l'Abbaye de Sept-Fonts. Les Religieux du Saint-Cœur-de-Marie qui en étaient devenus propriétaires le revendirent à leur tour, à M. l'Abbé de Genlis pour y établir un orphelinat. Le succès n'ayant pas répondu à l'attente du fondateur, lés Chartreux achetèrent cette Maison et ses dépendances, pour des Moniales de leur Ordre. La Communauté, constituée en 1870, comprend 25 Religieuses de chœur.

PARKMINSTER.

La Chartreuse de Saint-Hugues-de- Lincoln , à Parkminster, non loin de Brigthon, au diocèse de Southwark, comté de Sussex (Angleterre), a été fondée par l'Ordre, sous le Révérend Père Dom Charles-Marie Saisson, le 21 janvier 1873. Les travaux commencés le i3 septembre 1876 ne furent terminés qu'en 1882, et l'année suivante, le Chapitre Général put constituer la nouvelle Communauté. Le cloître de cette magnifique Maison contient 36 cellules. L'église a été consacrée le 10 mai i883 par Mgr. Robert Coffin, Évêque de Southwark.

L'Ordre des Chartreux est actuellement divisé

en trois Provinces et compte, en dehors de la,

> Grande Chartreuse, vingt-six Maisons : treize, en

France ; huit, en Italie -, deux, en Espagne ; une, en

Suisse ; une, en Allemagne, et une, en Angleterre.

Première Province de France :

/.- . i,«?ît?u.'- , Beauregard^ fonde' en 1822 (V. p. 376) ; Le :v.vs-(>,j. i Reposoir ^ racheté en 1844 (V. p. 23o) ; Portes, '' 'S

racheté et restauré en i856 (V. p. 217) -, Val- ^jMisi,-; : Sainte (V. p. 262) ; Séligtiat ^ rétabli en 1867 j^"' ■•■ — ^ (V. p. 242) : Le Gard^ fondé en 1870 (V. p. 378) -, Mo«/^rez«7/ reconstruit en 1872 (V. p. 281) ; Miraflores\^ reconstitué par le Chapitre Général de 1881 (V. p. 339) ; Mont-AVegre, (V. p. 334).

Seconde Province de France :

■ 'x-' ^Mougèi-es^ fondé en 1826 (V. p. 377); Nancy, '>S^^ racheté en i835, (V. p. 374) ; Valbonne^ racheté 3^ f^' en i836 (V. p. 244) ; Mojit-Rieiix ^ racheté en 1843 (V. p. 221) ; Montauban , fondé en 1864 ^ '■'[oJ:-''xiy. p. 377) \ Vauclair^ racheté et rétabli en i858^ . .' (V. p. 292) -, Glandier^ reconstruit en 1869 (y.1.€yJ p. 247) ; Haïn, fondé en 1869 {V. p. 378) ; Parkmitister^ en Angleterre, fondé en 1873 (V. p. 379).

Province d'Italie :

Rome^ rétabh en 18 14 (V, p. 3 10) ; Trisulti, rétabli en 1814 (V. p. 246) ; Pise, reconstitué en 18 16 (V. p. 3o8) ; Florence^ rétabli en 18 18 (V. p. 299) ; Naples ^ rétabli en i836 (V. p. 285) ;

Pavie^ rendu à l'Ordre en 1843 (V. p. 325) ; Calabre, ou Saint-Étienne-et-Saint-Bruno, racheté' en 1854 (V. p. 216) ; Védana, racheté' en 1882

— *— sic 5^SSQ a*-^

Nous avons cru utile, en terminant cet ouvrage, de donner un résumé des Chartreuses qui existent actuellement en Europe ; le lecteur a pu ainsi mieux juger du mouvement de renaissance de l'Ordre des Chartreux. Au déclin de la Révolution française, il ne restait aux enfants de saint Bruno qu'un seul Monastère, perdu dans les montagnes de la Suisse, la Part-Dieu, et on ne pouvait humainement prévoir la résurrection de cet Ordre célèbre, frappé de mort avec tant de retentissement et d'éclat.

D'après les dates de rachat et de rétablissement, il est facile de constater que cette résurrection s''est opérée lentement et par la force même des choses. Les destinées des Ordres monastiques étant unies par des liens presque indissolubles aux destinées mêmes de l'Église, les Chartreux ont reparu aussitôt que la religion a joui de la liberté ; ils ont relevé les ruines accumulées par la Révolution ou le despotisme, et repris, avec bonheur, leur vie de sacrifice et d'abnégation.

L'apparition des disciples de saint Bruno, au milieu des populations, a été exempte d'hostilité ; le plus souvent, ils ont été acceptés avec une certaine sympathie ou tout au moins avec une pacifique indifférence . Qu'iniportent, à la plupart des

hommes de notre temps, les desseins de la Providence en faisant reparaître ces saints Religieux ; ils ne comprennent pas le rôle du Moine et par là même ils le tolèrent, mais à la condition que celui-ci restera dans la solitude de son cloître et ne fera pas sentir extérieurement son influence sur la société civile. «L'attention des contemporains, — écrivaiton dernièrement en parlant des Moines en général, — n'a pu voir en eux que des hommes de prière et de pénitence. Etrangers aux affaires de ce monde, ils n'ont pas inspiré la crainte, parce qu'on croyait sérieusement n'en avoir rien à craindre. Leurs armes, toutes spirituelles, ne sont pas du nombre de celles qui sont redoutées par une génération qui regarde le surnaturel comme une illusion ou un rêve. Leurs larmes et leurs gémissements ont paru inoffensifs. On y a même pris un certain intérêt. On a trouvé piquant, en plein dix-neuvième siècle, d'avoir à visiter, au bout d'une excursion, de touriste, une Chartreuse ou une Trappe 1.»

L'Église a une pensée plus élevée; elle veut, par la prière de ces pieux Solitaires et des Religieux leurs émules, désarmer la colère céleste, par leurs saintes expiations acquitter la dette de la société envers la justice divine, et par leurs mortifications mukipliées apporter le remède salutaire contre le sensualisme contemporain. Les vrais catholiques l'ont bien compris, c'est pourquoi eux du moins

^ L'abbé F. Martin, Les Moines, t. II.

ont reçu les Chartreux avec bonheur et avec véne'ration.

Fait remarquable, la renaissance de cet Ordre illustre s'est produite aussi bien dans les pays les plus remués par l'esprit révolutionnaire que parmi les nations Protestantes où le schisme règne encore en dominateur. Plus que jamais, on comprend la nécessité de ces pieux asiles où l'âme, fatiguée des luttes de la vie, effrayée des progrès de l'athéisme, vient, dans la pratique de la pénitence et de la vertu, chercher un refuge et une consolation. «Telle est maintenant la situation des esprits, disait Balmès, tel est le développement simultané de toutes les facultés de l'âme, tel le vide que sentent les cœurs généreux, que si on apprend qu'une maison de retraite s'est élevée dans quelque désert et que cette maison est habitée par la mortification et la prière, elle deviendra l'objet des visites empressées de cette ardente jeunesse qui cherche un aliment à ses passions de feu, et beaucoup laisseront les bruyants plaisirs de Rome pour le silence et les austérités de Bethléem*. »

Nous ne croyons pas nous bercer de douces illusions et de vaines espérances., mais, tout en constatant les obstacles qui s'élèvent contre le bien, tout en faisant la part et des idées révolutionnaires répandues au milieu des peuples et de leurs conséquences inévitables, nous sommes persuadés qu'un jour viendra où l'œuvre d'iniquité sera battue en

^ Mélanges, t. II.

brèche et qu'une re'action religieuse rendra la paix au monde. Alors les Monastères sortiront pleins de vie du milieu -des décombres amoncele's ; une sève nouvelle remontera au vieil arbre, privé de ses branches, mais encore plein de vigueur, et sous les arceaux des cloîtres se presseront des âmes fortes et généreuses, décidées à se consacrer à Tamour de Dieu, à Tédification du prochain et au salut de la société. «■ Quand la Religion aura remporté la victoire, disait encore l'éminent écrivain que nous venons de citer, quand la religion aura du moins brisé les chaînes qui pèsent de toutes parts sur elle, qui paralysent son action et brisent ses influences, quand il sera permis à la foi et à la charité de reprendre le cours interrompu de leurs œuvres divines, alors renaîtront d'une manière ou d'une autre les Communautés religieuses. Les cités et les déserts verront se rétablir leurs maisons de prière; les hommes se réuniront encore pour réaliser dans la vie commune les plus sublimes conseils de l'Évangile : ils pourront, dans le concert de toutes les vertus, élever au ciel un cœur ardent et pur; ils pourront prier pour le bonheur et la conversion de ceux qui se montrèrent leurs plus implacables ennemis. »

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