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AUX RELIGIEUX CHARTREUX RETIRÉS EN HOLLANDE

A l'occasion de la CONSTITUTION UNIGENITUS.

|ES Chers Enfans (car je vous reconnois encore jsous cette qualité) sans attendre que vous reveniez de vous-mêmes au troupeau dont vous vous êtes si malheureusement écartez, sans attendre que vous disiez avec ce fils fugitif et dénaturé, Surgam et ibo ad

Patrem, je vay vous chercher dans vôtre égarement, et vous presser avec toute la tendresse qu'un Père est capable de ressentir, de rentrer dans la bergerie, et dans le sein paternel dont vous êtes sortis. C'est vôtre sort infortuné, et le péril évident de vôtre salut qui me touchent, et non les libelles que vous avez répandus dans le public, pour l'indisposer contre la conduite de l'Ordre et la mienne. De pareils écrits ne peuvent être regardez que comme l'ouvrage de ceux qui vous ont séduits, et ne peuvent être approuvez que de ceux qu'ils ont engagés dans leurs erreurs. Malgré ces apologies, tout ce qu'il y a au monde de bons Catholiques ne voit en vous (Je le dis avec la plus vive douleur) que des transfuges de l'Eglise Romaine, et de la sainte Profession que vous avez vouée à la face des Autels.

•Le Souverain Pontife Clément XI, d'heureuse mémoire, condamne un Livre pernicieux par la Bulle Unigenitiis? Cette Bulle est reçeûe par tous les Evêques du monde hors un très petit nombre de ceux du Royaume. Le Roy Louis XIV, de glorieuse mémoire, l'authorise par ses Lettres Patentes, et la reconnoit par ses Arrêts pour loy de TEglise comme elle l'est de l'Etat. Nôtre Chapitre Général en conséquence ordonne par son Décret Qiio lelo, que cette Constitution soit reçeûe par tous les membres de l'Ordre, et que tous déclarent de vive voix qu'ils la reçoivent de cœur et d'esprit. Quoy de plus régulier que cette conduite, et de plus digne d'un Corps Religieux qui a toujours fait profession de la soumission la plus entière aux loix de l'Eglise et à celles du Prince? Le Décret est lu ensuite dans toutes nos Maisons aux jours prescrits par nos Statuts, vous en entendez la lecture, et c'est le moment fatal où vôtre révolte a éclatée. Fiers des réponses que vous aviez faites aux Supérieurs qui exigeoient de vous la plus juste et la

plus indispensable obéissance, vous les avez publiées depuis vôtre retraite, dans le libelle intitulé ( Témoignage des Chartreux contre la Constitution Unigenitiis : ) comme si nôtre Ordre étoit réduit à 3o. ou 40. Religieux rebelles à toutes les puissances ; et que tous les autres qui y sont soumis, se fussent par-là même rendus indignes du nom de Chartreux.

Je reviens au Décret Qiio ^elo qui vous a servi de Prétexte dans vôtre égarement. Vous en avez appelle d'abord comme d'abus ; le Roy ayant évoqué à son Conseil le Jugement de cet Appel a confirmé le Décret par l'Arrêt de son Conseil du 14. Aoust 1728. Dans l'intervalle de tems entre le Chapitre de 1723, où il a été porté, et le Chapitre de 1724. où il devoit être confirmé; vous avez présentés plusieurs Requêtes pour l'empêcher. Toutes vos Requêtes et mémoires ont été lus et pesez dans ce dernier Chapitre, et le Décret y ayant été confirmé, tous les Prieurs l'ont souscrit, aussi bien que tous les OflSciers et Religieux de la grande Chartreuse.

Par l'acte de confirmation du Décret, il est ordonné que tous les Sujets de l'Ordre qui à l'avenir refuseroient de s'y soumettre, encourroient les peines canoniques portées par nos Statuts n. 2. chap. 22. de la seconde partie, contre ceux qui refusent d'obéïr au Chapitre général. Cet acte de confirmation lu et publié dans toutes les Maisons de l'Ordre conformément aux Statuts et aux jours y prescrits devant tenir lieu d'admonition canonique, les Supérieurs de chaque Maison ont demandé à leurs Religieux s'ils acquiesçoient au Décret confirmé ; mais bien loin, (Mes chers Enfans), d'écouter icy la voix du devoir et de l'obéissance, vous avez persisté dans le refus de vous soumettre ; quelques uns de vous ont appelle au futur Concile, ou renouvelle leur appel au préjudice de la Déclaration du Roy du mois d'Août 1720,

qui le défendoit; d''autres en sont venus même jusques à rétracter la signature pure et simple du Formulaire auquel ils avoient souscrit depuis plusieurs années.

Le Chapitre général de Tannée i72 5,voyant le schisme et la division se glisser insensiblement, et que bien loin de profiter de l'indulgence dont on avoit usé jusques-là à vôtre égard, vous tachiez d''attirer de vos Confrères dans vos sentimens, s'est fait représenter les procez verbaux des admonitions canoniques qui vous avoient été faites, avec la Déclaration du feu Roy du mois de Février i665, et l'Arrêt du Conseil d'Etat du 20 Septembre 1724, et le tout meurenient examiné, considérant qu'il s'agissoit de maintenir l'uniformité de la foy et de la discipline, et qu'une fatale liberté de conscience aitireroit infailliblement, selon l'oracle de la Vérité même, une funeste désolation dans l'héritage de Jésus - Christ ; il s'est enfin déterminé à décerner contre vous les peines canoniques et médicinales qui ne tendoient qu'à humilier l'esprit sans intéresser le corps ; vous n'avez pas éprouvé les abstinences ni les prisons dont vous affectez de faire une peinture si affreuse : on s'est borné à en interdire quelques uns de vous des fonctions de leurs Ordres, et à en excommunier d'autres. Le Chapitre général pouvoit-il en user autrement à l'égard d'un nombre de Religieux, auprès de qui on avoit tout employé pour les engager à se soumettre, et qui persistoient néanmoins dans la plus inflexible désobéissance ?

Nos Statuts portent formellement que les Réfractaires aux Ordonnances des Chapitres généraux encourent la peine d'excommunication latœ sententice ipso facto, n. 2. chap. 22. de la seconde partie, et ils adjoutent que la promulgation et publication de cette sentence est censée faite par lesdits Statuts. En vous voyant opiniâtrement rebelles, et vôtre condamnation portée par la loy,

a-t-on pu se dispenser de s'y conformer en vous faisant subir les peines portées par la loy ?

Voila, Mes chers Enfans, ce qui a forcé les Supérieurs de vous exclurre de la participation des Sacremens. Tandis que vous persistiez dans la désobéissance ils vous trouvoient évidemment dans le cas de l'excommunication portée par les Statuts ; et ne se seroient-ils pas rendus coupables eux-mêmes de la profanation qu'ils auroient soufferte, en vous laissant approcher des saints Mystères? C'est donc à tort, Mes chers Enfans, que vous vous plaignez de la conduite qu'on a tenue à vôtre égard ; vous prétendez que la conscience ne vous permetioit pas d'obéir ; mais vos Supérieurs ont-ils pu croire que la conscience leur permît de vous laisser l'usage des Sacremens avant que vous fussies rentrez dans la subordination ? Vôtre dernière démarche fait bien voir jusques où alloit en vous l'esprit d'indépendance, lorsque vous vous êtes déterminez à une fuite scandaleuse au mépris de vos vœux de stabilité et d'obéissance ; ces liens sacrés auroient paru indissolubles à tout autre : vous avez sçû vous rassurer contre l'indispensable obligation qu'ils vous imposoient: et sur quoy vous êtes-vous rassurez ?

On vouloit, dites-vous, vous obliger par les censures d'abandonner la vérité. En ce cas-là même, il auroit fallu souffrir humblement l'éloignement des saints Mystères qui n'auroit pu vous être imputé, et qui auroit pu même vous être méritoire par la cause pour laquelle vous l'auriez souffert. Étants fidelles à la vérité, il auroit fallu l'être aussi aux vœux que vous aviez prononcez à la face du Ciel et de la terre; ces deux devoirs n'auroient rien eu d'incompatible.

Vous avez beau exagérer vos craintes et les peines qui vous menaçoient ; vous ne trouverez jamais en suivant

les principes de la religion, de quoi authoriser vôtre fuite. Les premiers Chrétiens quittoient les Villes pour fuir la persécution; mais ils n'avoient point fait vœu de stabilité dans les Villes. Il s'agissoit pour eux d'éviter la mort et les plus cruels supplices. C'est la cellule plus étroitement gardée, et Tabstinence un peu plus rigoureuse q«ii vous fait violer les engagements les plus solemnels et les plus sacrez. .

Les Jansénistes vous comparent aux premiers Chrétiens qui quittoient les Villes pour fuir la persécution; et tous les Catholiques vous comparent à ces Religieux apostats qui au tems de Luther quittèrent leur habit et leur cloître pour se ranger sous ses étendarts et professer en liberté l'hérésie ; et plût à Dieu, Mes chers Enfants, que cette dernière comparaison fût moins juste ! Car que dites-vous pour vôtre justification que ces apostats ne pussent dire ? Luther avoit appelé au futur Concile de la Bulle de Léon X, et ils adhéroient à son appel comme vous adhérez à Fappel interjette de la Constitution Unigenitus. Ils ne désertoient, comme vous, de leurs Monastères, que pour professer librement la doctrine condamnée par le Siège Apostolique, et pour n'éprouver pas la rigueur des peines canoniques qu'ils ne pouvoient éviter en demeurant sous la main de leurs Supérieurs. Comme vous, ils prétendoient défendre la vérité, et ne cherchoient qu'à mettre par la fuite leur foy à couvert. Je suis persuadé. Mes chers Enfans, que vous êtes bien éloignez de vouloir aller aussi loin qu'eux; mais quand ils firent le premier pas qui vous est aujourd'hui commun avec eux, vouloient-ils aller aussi loin qu'ils allèrent dans la suite ? Dez cette première démarche ne furent-ils pas justement regardez comme doublement apostats ? Ils n'en furent pas quittes auprès des Catholiques, pour dire qu'ils n'avoient son-

gez qu'à mettre leur foy en seureté, tandis qu'on les voyoit révoltez contre une Bulle qui n'étoit pas même à beaucoup prez si solemnellement reçeiie, que celle qui est aujourd''hui le sujet de vôtre désobéissance et de vôtre désertion.

Pour la tolérer cette désobéissance, il falloit nous résoudre à voir disparoître parmi nous l'uniformité de foy et de discipline, et l'unité avec le saint Siège que nous conservons depuis prez de sept siècles ; il nous falloit oublier les maximes de S. Paul, Je vous conjure, Mes Frères, par le nom de nôtre Seigneur Jesus-Christ, de n'avoir tous qu'un même langage et de ne point souffrir parmi vous des divisions ; mais d'être unis tous ensemble dans un même esprit, et dans un même sentiment. C'est ce que l'Apôtre disoit aux Corinthiens. Et il disoit aux Romains : Qii'il n'y ait parmi vous qu'un même sentiment ; n' aspire\ point à paroitre sages et doUe^ de connoissances sublimes : accommodez-vous à la soumission quelque humble qu'elle vous paroisse, ne soye^ point sages à vos propres yeux.

C'est à ces maximes de l'Apôtre, à ces régies nécessaires au maintien de la foi et de la discipline^ que s'est conformé le Chapitre général, en ordonnant à tous les Sujets de l'Ordre de s'y conformer avec luy ; il n'a pas donné de décision en fait de doctrine, il a seulement reçu celle qui êtoit émanée du S. Siège, et qui acceptée par le Corps Episcopal, est devenue une loy invariable pour tous les Fidèles. Il n'a pas jugé, il a seulement obéi au jugement de l'Eglise ; tandis que vous, Mes chers Enfans, vous vous êtes faits les juges de l'Eglise même, en prononçant sans pudeur dans vos écrits que la Bulle Unigenitus, qu'elle a reçeûe, est pleine d'erreurs, qu'elle est contraire à l'Écriture, et à la Tradition, qu'elle combat des vérités capitales de la Religion. Quoy donc !

Depuis la publicatioa de cette Bulle, n' avons-nous pas les mêmes Ecritures qu^auparavant, les mêmes Évangiles, les mêmes Ouvrages des saints Pères, le même Catéchisme? Les Prédicateurs et les Docteurs catholiques n^enseignent-ils pas les mêmes véritez ? Ne croyent-ils pas ce que croit l'Eglise Romaine de la toute Puissance de Dieu, du besoin de la Grâce et de sa nécessité pour rendre nos œuvres méritoires de la vie éternelle ? L'on observe les mêmes régies dans l'administration des Sacremens : l'Eglise de France jouit toujours de ses Libériez, aussi bien que les Ecoles catholiques. Si rÉpiscopat souffre quelque atteinte à ses Droits, c'est de la part des Opposants à la Bulle et non de la Bulle même. Nous n'y appercevons pas ces monstres d'erreurs, et ce renversement de discipline, qu'on luy impute : et vous ne les y appercevriez pas non plus que nous. Mes chers Enfans, si vous étiez demeurez dans la simplicité de vôtre état, et que plus fidèles à l'esprit de recueillement et de retraite, vous eussiez fermé vos cellules à ces hommes séduisans, qui vous ont fasciné les yeux : ils portent sur leurs lèvres le venin de l'aspic, et le répandent dans les oreilles .qui se prêtent pour les entendre. Ils vous ont dit, par exemple, que la Bulle condamne des expressions copiées mot à mot de l'Ecriture et des Pères : rien n'est plus faux, ils sont encore à en trouver une seule de cette espèce dans les Propositions condamnées, ils citent à la vérité une foule de Passages de l'Écriture et des Pères pour authoriser leurs erreurs. Tous les hérétiques, en ont usé de même : cela n'a point empêché l'Église de les condamner, ny les vrais enfans de l'Église, de souscrire à leur condamnation. Les Ariens citoient ces paroles de J. G. mon Père est plus grand que mqy, pour montrer qu'il n'étoit pas égal à son Père: ils n'ont pas laissé d'être anathématisez par le S. Con-

cile de Nicée : car, comme dit S. Augustin, quoique tout ce qui est dans l'Ecriture soit vray et catholique, il ne Test pas néanmoins dans la bouche ni dans les écrits de ceux qui les détournent dans un sens qui n^est point orthodoxe. C'est de l'Eglise que nous recevons les Écritures : et c'est d'elle seule que nous en devons apprendre le véritable sens.

Vous prétendez, il est vrai, que l'Eglise n'a point jusques icy prononcé sur les cent une Propositions de Quesnel, et que la Bulle qui les proscrit, n'est encore qu'un jugement provisionel, en attendant celui d'un Concile général qui décide en dernier ressort. Quand la Bulle acceptée comme elle l'est, ne contiendroit qu'un jugement provisionel, ce qui est absolument faux; seriezvous authorisez à quitter vôtre saint habit, et violer vos voeux avec le plus scandaleux éclat, plutôt que d'y acquiescer? Mais où avez-vous trouvé que l'Eglise ne puisse décider en dernier ressort sur la doctrine, que quand elle est assemblée en Concile ? Où avez-vous trouvé que l'opposition de sept ou huit Evêques puisse infirmer un jugement doctrinal du Siège Apostolique, adopté par tout le reste de leurs Confrères ? Si l'Église dispersée n'avoit pas l'authorité suffisante pour fixer la créance des Fidèles, l'erreur marcheroit tête levée pendant des siècles entiers, et ravageroit impunément le Troupeau de J. C. sans qu'il restât au Corps des Évêques aucune voye légitime pour la réprimer et pour en arrêter les progrez : ses Partisans en seroient quittes pour opposer un appel au Concile oecuménique, à tous les Décrets et Mandements qu'on pourroit faire contre eux. En vain J. C. a dit aux Apôtres et dans leurs Personnes aux Évêques : Ane:{, enseigne:{ toutes les Nations; voila que je suis avec vous tous les jours jusques à la consomtnation des siècles, s'ils peuvent d'un commun accord eu-

seigner Terreur pendant des siècles entiers, jusques à ce que assemblez en Concile, ils reconnoissent leur égarement. Dans cet affreux Système où vous jette vôtre opposition à la Bulle Unigenitus, que devient l'infaillibilité de l'Eglise, que devient sa visibilité? Trois Papes consécutifs et le Corps des Evêques toujours obstinez à faire recevoir aux Fidèles une décision monstrueuse par les véritez essentielles qu'elle combat et le renversement de la Morale qu'elle introduit selon vous, peuvent-ils encore nous représenter cette Epouse de J. C. sans tache et incorruptible dans sa foy ? Supposez tant qu'il vous plaira, que quelques Papes comme particuliers sont tombez dans l'erreur ; vous ne montrerez jarnais qu'aucun Pape l'ait enseignée en instruisant toute l'Église : bien moins, monti^ez vous, que le Corps Episcopal puisse jamais adhérer à un Décret du saint Siège, qui s'écarteroit de la foi. Il faudroit pour cela supposer, que malgré les promesses que J. C. a faites à son Eglise, les portes de l'Enfer peuvent prévaloir contre elle ; qu'elle peut cesser d'être ce qu'elle est, la dépositaire de la vérité, et qu'il peut venir un tems de luy en substituer un autre. Les Hérétiques qui vous donnent aujourd'hui retraite ont crû ce temps venu : les chefs du Parti que vous suivez l'ont aussi paru croire, et par le spectacle ^ qu'il nous donne aujourd'huy à Utrechi, il ne met que trop clairement la main à l'œuvre pour consommer ce mystère d'iniquité.

Ouvrez les yeux, Mes chers Enfans, sur la profondeur du précipice où l'on vous a conduit, et sur le foible appui d'un frivole appel au futur Concile, pour vous empocher d'y tomber. Le futur Concile auquel Luther avoit appelé ne se tint que plus de 3o ans après son appel ; et l'Hérésiarque mourut dans cet intervalle. Au moyen de son appel luy fut-il libre de persister dans ses

sentimens erronez ? et pourriez-vous penser qu'il soit mort dans la communion de PEglise Romaine, et à couvert des censures et de rexcommunication dont il avoit été frappé par la Bulle de Léon X ? 11 avoit pour luy des Évêques, des Universitez, des peuples entiers plus nombreux assurément que les Sectateurs du P. Quesnel; qui ôseroit soutenir que parmi les Partysans de Luther, ceux qui sont morts avant la tenue du Concile, sont morts catholiques, parce qu''ils prétendoient TÉglise universelle saisie de Tappel auquel ils avoient adhéré ? Vous rassureriez-vous sur cette proposition de Quesnel, qu'une excommunication injuste ne doit pas empêcher de faire son devoir ? Le troupeau, dit Saint Grégoire le Grand, doit C7~aindre rexcommunication de so7i Pasteur, quand même elle seroit injuste. Mais à quel Tribunal avez-vous porté rexcommunication lancée contre vous pour la faire déclarer injuste?On nous excommunie, dites-vous, parce que nous défendons la vérité : mais PEglise prétend que vous défendez le mensonge: et à ce Jugement de l'Eglise qu'opposez-vous? Celuy que tous les Hérétiques y ont opposé, le jugement de l'esprit particulier. En faudroit-il d'avantage pour vous faire apercevoir l'abîme où vous vous précipitez? Vos Supérieurs ont fait tous leurs efforts pour vous en éloigner, et vous qualifiez de persécution les voyes canoniques et régulières qu'ils ont employées, pour seconder les vues charitables qu'ils avoient sur vous. Au lieu de vous plaindre des menaces qu'ils vous ont faites de garder vôtre cellule pour prison, et de pratiquer certaines abstinences que nos premiers Pères ont observées, vous ne deviez au contraire les regarder que comme des marques d'une bonté paternelle, qui ne vous menaçoit que pour se dispenser de vous punir, et pour vous engager à prévenir par vôtre soumission les peines que vôtre désobéissance

nous forçoit de vous imposer. Un Père qui menace n'a pas envie de frapper, il n'intimide ses enfans qu'afin qu'ils veillent sur leur conduite. Quand Dieu menace, dit saint J. Chrysostome, c'est pour lors qu'il fait le plus paroitre son amour.

Dez le moment qu'un Chartreux embrasse le Régie, il s'oblige à demeurer dans sa cellule sans en pouvoir sortir que pour des raisons légitimes : et lors que les menaces paternelles qu'on vous a faites de vous y retenir, vous font violer la stabilité et l'obéissance que vous aviez vouée, ne donnez-vous pas lieu de penser que vous êtes las de porter le joug du Seigneur, et que la prétendue défense de la vérité, n'est qu'un prétexte pour colorer vôtre inconstance?

Ce n'est pas pour vous confondre que je vous écris cecy : mais je vous avertis comme mes enfans bien-aime\, de rentrer en vous-mêmes et de sonder le fond de vôtre cœur, afin de découvrir l'illusion où vous êtes ; ne pouvant imiter le Pasteur charitable de l'Évangile, en laissant dans le désert le troupeau confié à mes soins par la Providence, je dois à ma bonté paternelle de faire connoitre à la brebis, égarée, celle que je ressens pour elle, et le désir que j'ay de la voir rentrer dans la voye dont elle s'est écartée. Je dois la rechercher par mes avertissements, jusques à ce que je l'aye retrouvée. Ecoutez, Mes chers Enfans, la voix d'un Père qui vous presse de venir essuyer les larmes que vôtre désobéissance luy fait répandre. Que j'aye la consolation de pouvoir inviter toutes les personnes bien intentionnées pour la sainte doctrine, toutes les âmes justes qui s'interressent à vôtre salut, à venir se réjouir avec moy du recouvrement de la brebis que j'avois eu le malheur de perdre ; du retour de cet Enfant qui êtoit mort à la vie de la Grâce, et qui est ressuscité. Mon sein vous est ouvert comme le fut au

Prodigue celuy de son Père : vous éprouverez de ma part les marques les plus sensibles de la plus vive tendresse. Il n''est rien que je ne sois disposé de faire pour vous adoucir vôtre retour; point d'indulgence, point de bons traitements, ausquels vous ne deviez vous attendre. La seule chose que je vous demande, c'est que vous soyez avec nous d'un même sentiment ; c'est à dirt que vous pensiez avec nous ce que pensent le Pape, l'Eglise de Rome, tous les Évêques étrangers, et la multitude des Evêques de France.

Sans prendre aucun parti dans les différentes opinions que les Ecoles catholiques ont la liberté d'enseigner, nous ne nous attachons qu'à ce que l'Eglise a décidé, et nous ne vous demandons rien de plus. Nous croyons la Toute-puissance de Dieu ; mais nous croyons aussi que sous cette Toute-puissance, l'homme conserve pour le bien et pour le mal une liberté exempte non seulement de contrainte, mais de nécessité. Nous croyons que sans la grâce, nous ne pouvons faire aucune bonne action surnaturelle ; mais nous ne croyons pas que cette grâce quelque efficace qu'elle puisse être, soit invincible, en telle sorte que la volonté humaine n'ait pas un pouvoir complet d'y résister. Nous croyons qu'il y a des grâces suffisantes, lesquelles donnent un vray et parfait pouvoir de faire le bien à quoy elles portent, et avec lesquelles on ne le fait pas. Nous croyons que sans avoir la charité habituelle, on ne peut faire aucune bonne œuvre méritoire de la vie éternelle : mais nous ne croyons pas qu'il n'y ait de bonnes oeuvres méritoires de la vie éternelle que celles qui se font par le motif de la charité: nous croyons qu'il y a une crainte des jugemens de Dieu surnaturelle que le Saint-Esprit inspire, et qui est dans le pécheur une disposition à la Justification. Enfin nous ne nous écartons en rien de tout ce que le saint Concile

de Trente a décidé contre les hérétiques de son teins ; et nous trouvons dans leur condamnation, celle du Système de Jansénius et de Quesnel, ainsi que la justification de la Bulle Unigenitus. En un mot nous condamnons de cœur et d'esprit le Livre des réflexions morales, et les loi Propositions qui en sont extraites, de la même manière que cette Constitution les condamne. Seroit-il possible que vous vous obstinassiez à regarder comme un second Évangile un Livre que l'Eglise proscrit, tandis que vous entendez St. Augustin dire expressément, qu'il ne croiroit pas à l'Évangile, si l'authorité de l'Église ne l'y engageoit.

En vain vous éterniserez les disputes : nous avons pour nous et contre vous la plus grande authorlté visible, qui doit, et qui peut seule fixer la créance des Fidèles. C'est dans la barque de Pierre que nous reposons tranquillement, assurez qu'elle ne peut succomber aux tempêtes. C'est dans le sein de l'Église que nous puisons sûrement les eaux salutaires d'une doctrine pure : mais vous. Mes chers Enfans, qu'alle^-voiis dojic chercher dans la voye de V Egypte ? Est-ce ■pour y boire Veau bourbeuse? Où. aboutirez-vous en suivant la voye funeste dans laquelle vous vous êtes engagez ? Vous y vivez séparez de l'Église Romaine et de vôtre Oindre, dont vous devriez faire la joye et l'ornement par vos vertus. Au lieu de ces sources d'eaux vives et claires qui couloient dans vôtre ancienne solitude vous ne trouvez là que des citernes entr'ouvertes qui ne peuvent retenir l'eau de la saine doctrine ; que des eaux sales et infectées du limon qu'y répandent ceux qui affectant de puiser dans l'Évangile, en corrompent le sens pour authoriser leurs erreurs. Vous choisissez pour vôtre demeure une Egypte couverte des ténèbres épaisses de Thérésie, tandis que vos Frères dans la terre de Gessen

jouissent de la véritable Lumière, et que Dieu seul est leur guide ; parce quMls marchent sous les Loys de l'obéissance qu'ils doivent à l'Eglise, et qu'ils ont vouée à leurs Supérieurs. Venez, Mes chers Enfans, venez au plutôt vous rejoindre à eux, pour goûter avec eux les douceurs dont vous vous êtes privez en les abandonnant. Comprenez enfin quel mal c'est pour vous, et combien il vous est amer d'avoir abandonné vôtre Dieu, de n'avoir plus sa crainte devant les yeux, et d'être infidelles aux vœux de vôtre profession.

Vous vous plaignez que le Chapitre général vous a dispersés au préjudice de vôtre vœu de stabilité. Mais quand ce vœu vous imposeroit l'obligation de ne jamais sortir de vôtre maison de profession, cette obligation pourroit-elle préjudicier au droit que le Chapitre général, ou celuy qui est revêtu de son autorité, ont acquis par vôtre vœu d'obéissance, de disposer de vous de la manière qu'ils jugent la plus convenable à vôtre salut et au bien commun? C'est ainsi qu'on a toujours interprété le vœu de stabilité. Tel est l'usage pratiqué de tout-tems dans l'Ordre, ainsi qu'il est justifié par les cartes des Chapitres généraux depuis son établissement. Auroit-on pu à l'occasion d'un incendie se dispenser de vous transférer d'une maison à une autre? La nécessité de vous tirer de vos maisons n'étoit pas moins pressante, puisqu'il s'agissoit d'arrêter le progrez des erreurs dont vos cœurs se laissoient infecter, et de vous ôter les moyens de vous y confirmer de plus en plus. N'est-il pas bien singulier, qu'après avoir réclamé si hautement vôtre vœu de stabilité pour ne sortir pas de vos maisons de profession, vous ne vous soyez pas même fait un scrupule de secouer le joug de l'obéissance vouée à Dieu à la face des Autels, et de franchir, déguizez en laïques, les murs de vos Couvents, pour aller vivre

sous les Loix et la protection d'une Puissance hérétique.

Vous vous flattez d'y vivre conformément aux pratiques de l'Ordre, et d'y garder toutes les observances de vôtre état. On comprend aisément qu'un homme du monde qui est libre, peut en quelque sorte vivre en Chartreux. Mais qu'un Chartreux qui malgré ses vœux a quitté son habit et son cloître, et s'est soustrait à ses Supérieurs, puisse encore en cet état vivre en Chartreux, c'est ce qu'on ne peut penser sans le plus grossier aveuglement. Cette obéissance religieuse que vous avez vouée, à qui la rendrez-vous ? Qui vous donnera des Supérieurs légitimes? Pouvez-vous même vous les donner canoniquement ? Les recevrez-vous d'un Evêque notoirement intrus et excommunié ?

J'aurois bien lieu de me plaindre icy du peu de fidélité avec laquelle on a rapporté certains faits dans vos libelles. On y dit, par exemple, qu'un Prieur me devint suspect en me marquant ses sentimens en faveur de la grâce efficace, selon la doctrine de S. Thomas. On fait entendre que c'est le Thomisme que je désapprouvay en luy ; ce qui est très faux. Ma réponse à sa Lettre fut, qu'on peut être bon Thomiste et bon Augustinien, sans cesser d'être bon Catholique ; mais qu'on ne peut être bon Catholique sans cesser d'être Janséniste ou Quesnelliste. Tel est le sens de ma réponse : c'est ce que je pense et ce que j'ay toujours pensé. Il m'est fort indifférent que vous soyez Thomistes ou Molinistes ; parceque cela est fort indifférent à TÉglise. Un Chartreux, même comme Chartreux, peut très loûablement ignorer la différence qu'il y a des uns aux autres. Nous ne sommes pas établis pour enseigner les Fidèles, mais pour les édifier. Une humble foy, le silence, la prière, la pénitence, voilà essentiellement nôtre partage. Ce partage

ii''est-il pas assez beau, assez glorieux pour nous? Que ne vous y êtes vous tenus, Mes chers Enfans ; vous seriez encore ce que vous étiez, et vous m'auriez épargné bien des pleurs.

En vain on citera des exemples pour justifier vôtre évasion. J'ay rougi pour vous, Mes chers Enfans, en voyant pousser l'indécence, jusques à mettre vôtre fuite en parallèle avec celle du Sauveur en Egypte. On n'en peut trouver qu'une seule qui ressemble bien à la vôtre ; c'est celle de tant de Religieux que les erreurs des derniers siècles sçurent malheureusement enlever de leurs cloîtres au grand scandale de l'Eglise.

Il ne me reste plus, Mes chers Enfans, qu'à vous conjurer de rentrer dans le sein de l'Ordre, et de venir vous ranger de nouveau sous le joug aimable de vos Régies et de vos Statuts. C'est la seule voye de salut pour vous; il faut ou la reprendre, ou périr éternellement. C'est un Père qui vous parle ; ouvrez vos coeurs à ses avis, à. ses instances, au désir ardent qu'il a de vous donner le baiser de paix. Avec quel transport de joye en vous voyant reparoître, diray-je avec le Père de l'Enfant prodigue ; Aportez leur, leur première robbe et les en revêtez ? Que si au lieu de vous rendre à ma voix, vous usez de Répliques, je vous déclare que dez maintenant je me condamne au silence, et que content d'avoir satisfait à mon devoir de Père et de Pasteur, je me borneray à gémir dans le secret de mon cœur sur vôtre endurcissement.

Cependant, Mes chers Enfans, j'ay cette confiance que vous profiterez de mes avis paternels et de mes dispositions à vôtre égard ; Confidimiis enim de vobis, Charissimi, meliora et viciniora saluti ; tametsi ita loqiiiniiir. J'espère qu'après avoir été des brebis errantes au gré du vent de la fausse Doctrine, vous retournerez au

Pasteur de vos âmes, à celuy qui tient envers vous la place de Dieu ; et dans cette espérance je ne cesseray d'offrir pour vous mes vœux au Seigneur, et de luy demander la consolation de vous revoir. C'est l'effet du tendre attachement avec lequel je suis

Chartreuse ce 20 avril 1726. Votre affectionné confrère

Fr. Antoine Prieur de Chartreuse et Général de l'Ordre des Chartreux.

La lettre du R. P. de Montgeffond était accompagnée de l'Ordonnance suivante^ du Chapitre Général.

ExOrdinationeCapituli Generalis Ordinis Carthusiensis,

an. 1726.

Hortamur viros illos qui ab Ordine discesserunt, et in Hollandiam evaserunt ut redeant ad ovile, eis déclarantes Capitulum Générale, et Reverendum Patrem paratos esse eos recipere, et eis restituere stolam primam, nec de pœnis seu pœnitentiis contra taies per Statuta latis fiet mentio, modo veniant nobiscum unanimes, idem nobiscum sentientes, et gaudium erit nobis super peccatoribus propriâ sponte pœnitentiam agentibus, et ad sinum paternum revertentibus.

Satagant itaque ab oculis Patrum et Fratrum suorum lacrymas indesinenter super eorum aberratione manantes, per conversionem suam sinceram abstergere, nec contemnant amplius benignitatem Dei et Ordinis qui eos ad pœnitentiam adducunt ; habent enim in R. Pâtre totius Ordinis generali Ministro indulgentissimum Patrem qui in suo regimine semper tenuit mansuetudinem, et qui nunquam à Religione officii sui paterni discessit, nec à Statutis et ab his quas per Ma-

jores nostros factitata suiit, unquam declinavit, quidquid in contrarium prœtenderint fugitivi nostrij suis litteris ad nos directis, et diffamatoriis suis apologationibus quee per Decretum Senatus Parisiensis nuper proscriptas sunt tanquam adversantes Declarationi Regiae mensis Augusti anni 1720.

Et ideo nullam fidem faciunt in praejudicium eorum quse oculis nostris videmus, testamur, et approbamus in regimine Ordinis, et in rectâ, moderatâ et ordinatâ secunduni Régulas regendi arte Reverendi Patris.

Datum , actum , deliberatum de unanimi consensu omnium Diffinitorum in majori Cartusia, sedente Capitulo Generali; in quorum fidem nostris syngraphis et sigillis consuetis firmavimus hac die 22 Maii 1726.

EPISTOLA s. BRUNONIS EX EREMO CALABRIvE AD RADULPHUM COGNOMENTO VIRIDEM RHEMENSIS ECCLESI^ PR^POSIÏUM DEINDE ARCHIEPISCOPUM ^ .

Domino suo venerando Radulpho, Rhemensi prœposito, sincerissimœ charitatis cultu observando, Bruno salutem. Veteris approbatae amicitiœ fides eo praeclarior et laude ampliori dignior in te conspicitur, quo rarior apud homines reperitur. Quanquam enim longo terrarum tractu, et prolixiore temporis spatio, corpora ab invicem sejuncta sint , animus tamen benevolentias tuae ab amico avelli non potuit. Quod quidem litteris tuis suavissimis, (in quibus mihi amice blanditus es) nec non beneficiis non solum mitii, verum etiam fratri Bernardo, causa nostri, large impensis, aliisque indiciis nonnuUis satis ostensum est. Unde

' Cf. la traduction de cette pièce, t. I. p. 128 et seq.

grates non quidem meritis pares, sed tamen ex puro fonte menantes, benignitati tuas rependimus. Peregrinum quemdam in aliis legationibus satis fidelem cum litteris ad te dudum direximus, sedhucusque non comparet. Dignum judicavimus unum ex nostris charitati tuée transmittere qui otnnia quœ circa nos sunt, (quia minus ad hdsc calamo et atramento sufficimus) copiosius viva voce prosequatur. Notificamus ergo dilectioni tuïe, dignationi tuae, quoniam id tibi non ingratum putamus, non corpore, (utinam sic mente,) valere, et qute ad exteriora pertinent, satis esse pro voto. Verum etiam opperior supplicans divinse misericordise manum, quse omnes inferiores sanet infirmitates meas et satiet in bonis desiderium meum. In finibus autem Calabriascum fratribus religiosis, et aliquot bene eruditis (qui in excubiis persistentes divinis expectant reditum Domini sui, ut cum pulsaverit confestim aperiant ei) eremum incolo, ab hominum habitatione satis undique remotam. De cujus amœnitate aerisque temperie et sospitate, vel planitie ampla et grata, inter montes in longum porrecta, ubi sunt virentia prata et florida pascua, quid dignum dicarii ? Aut collium undique se leniter erigentium prospectum, opacarumque vallium recessum, cum amabili fluminum,rivorum, fontiumque copia, quis sufficienter explicet ? nec irrigui desunt horti, diversarumque arborum fertilitas . Verum quid his diutius immoror? Alia quippe sunt oblectamenta viri prudentis, gratiora et utiliora valde, quia divina. Verumtamen arctiori disciplina, studiisque spiritualibus animus infirmior fatigatus, sœpius his relevatur ac respirât. Arcus enim si assidue sit tentus, remissior est, et minus ad officium aptus. Quid vero solitudo eremique silentium amatoribus suis utilitatis jucunditatisque conférât, norunt lii solum qui experti sunt.

Hic namque viris strenuis, tam redire in se licet quam libet, et habitare secum, virtutumque germina instanter excolere, atque de paradisi féliciter fructibus uti. Hic oculus ille conquiritur, cujus sereno intuitu vulneratur spoiisus, amore quo mundo et puro conspicitur Deus. Hic otium celebratur negotiosum, et in quieta pausatur actione. Hic pro certaminis labore repensât Deus athletis suis mercedem optatam, pacem videlicet, quam mundus ignorât, et gaudium in Spiritu Sancto. Hœc est illa Rachel formosa, pulchra aspectu, à Jacob plus dilecia, licet minus filiorum feras, quam Lia fascundior, sed lippa. Pauciores enim sunt contemplationis, quam actionis filii; verumtamen Joseph et Benjamin plus sunt cœteris fratribus à pâtre dilecti. Haec pars illa optima, quam Maria elegit qu^ non auferetur. Hase Sunamitis pulcherrima sola in omnibus finibus Israël reperta, quas David foveret senem et calefaceret. Quam tu, frater charissime, utinam unice diligeres, ut ejus amplexibus fotus, divino caleres amore. Cujus si charitas semel animo insederit, mox illecebrosa illa et blanda deceptrix gloria mundi tibi sorderet, soUicitasque opes, (menti sanae onerosas) leviter abjiceres ; nec non voluptates fastidires prorsus aeque animo corporique nocivas. Novit namque prudentia tua quis dicat : Qui diligit miindiim , et ea qiice sunt in mundo , (quae sunt voluptates carnis, concupiscentia oculorum atque ambitio seculi) non est charitas Patris in eo. Et item : Qui est amicus hujiis mundi, inimicus Dei constituitur. Quid ergo tam iniquum, quid sic insanas et precipitatas mentis, quid tam est perniciosum, quidve infelicius, quam contra eum cujus potentias resistere, cujusve ultionem justitiee effugere non vales, inimicitias exercera te velle. Numquid fortiores illo sumus?

Numquid quia patientia pietatis suœ nos modo ad pœnitentiam provocat, injurias contemptus tandem non ulciscetur? Quid enim est tam perversius, quid tam rationem, justitiam, ipsamque naturam oppugnans, quàm creaturam plus diligere quàm factorem ? Quid ergo agendum censés charissime? Quid nisi divinis cedere consiliis, cedere veritati, qu^ fallere non potest? Consulit namque in commune, dicens : Venite ad me omnes qui laboratis et onei'ati estis et ego reficiam vos. Nonne pessimus et inutilis est labor concupiscentia distendi, soUicitudinibus et anxietatibus, timoré et dolore pro concupitis incessanter affligi ? Quod vero onus est gravius^ quam quod mentem a sublirai dignitatis suas arce in infima deprimit, quod est injustitia omnis? Fuge, ergo, frater mi, fuge has molestias et miserias omnes, et transfer te a tempestate hujus mundi in tutam et quietam portus stationem. Novit etiam prudentia tua quid nobis Sapientia dicat: Nisi qiiis }~enunciavei~it omnibus quœ possidet, non potest meus esse discipulus. Quod quam pulchrum, quam sit utile, quamque jucundum in schola ejus sub disciplina Spiritus Sancti manere, divinam adipisci philosophiam quas sola dat beatitudinem veram, quis non videat? Qua propter opère pretium est, diligenti examinatione prudentiam tuam ista perpendere ; quod si amor Dei te non invitât, tantorum praemiorum utilitas te non provocat, saltem nécessitas et timor pœnarum ad hoc compellere débet. Scis namque qua sponsione obligatus es^ et quàm omnipotens ac terribilis sit cui temetipsum munus gratum et omnino acceptabile devovisti, cui nec mentiri licet, nec expedit. Nec enim patitur inulte se irrideri. Reminiscitur quippe dilectio tua, quod cum ego et tu et Fulcius Monoculus, quadam die simul fuissemus in hortulo

adjacenti domui Adee, ubi tune hospitabat, de falsis oblectationibus et perituris mundi hujus divitiis, nec non de perennis gloriœ gaudiis aliquandiu, ut opinor, tractaremus, unde divino amore ferventes, promisimus ac vovimus Spiritui Sancto in proximo fugitiva saeculi relinquere, et Eeterna captare, nec non monachicum habitum recipere. Quod et in vicino peractum esset, nisi tune Fulcius Romam abiisset, ad cujus reditum peragenda distulimus. Que morana faciente aliisque intervenientibus causis, divinus amer elanguit, refriguit animus, fervorque evanuit. Quid ergo superest, charissime, nisi a tanti debiti nexibus te citius expedire, ne pro tam grandi tamque diuturno mendacii crimine, iram incurras potentissimi, et propter hoc cruciatus immanes. Quis namque inultum relinqueret se a quolibet sibi subdito defraudari munere promisso, maxime si id magni foret sibi sestimationis et pretii? Qua propter crede non mihi sed prophetae, imo Spiritui Sancto dicenti : Vovete et reddite Domino Deo vestro, omnes gui in circuitii ejiis affertis mimera, terribili et ei qui aiifert spiritiim principum, teiv'ibili apiid 7-eges terrœ. Cur hase omnia inculcat Spiritus Dei, nisi ut te voventem perurgeat reddere quod vovisti ? Quid vero reddere gravaris, quod nullam bonoruni tuorum facit jacturam vel imminutionem ? Quodque tua potius quam illius cui persolveris accumulât lucra. Quocirca non te detineant divitise fallaces, quia inopiam expellere nequeunt ; nec dignitas pragposituras, qu£e non sine magno administrari possunt periculo animas. Aliéna namque quorum minister sis, et non possessor, in proprios usus convertere (ut pace tua dicam) tam est odiosum quam iniquum. Quod si splendoris et gloriae appetens multam volùeris retinere familiam, nonne, cum tua quœ ex

Justo liabes non suppetunt, necesse est ut quoquo pacto eripias aliis quod aliis largiaris? Quod non est esse beneficum aut liberalem : nihil enim est libérale quod non idem justum. Verum et hoc dilectioni tuas persuasum cupio, ne pro Domini Archiepiscopi necessitudine qui plurimura consiliis tuis crédit, et nititur, quïe non omnia justa vel utilia facile dantur, a tam sublimi décliner sponsione, et a divina revoceris charilate, quse quanto est justior, tanto et utilior. Quid autem tam justum tamque utile, quidve naturae humanae sic insitum et congruum quam diligere bonum ? Et quid aliud tam bonum quam Deus? Immo quid aliud bonum, nisi solus Deus? Unde anima sancta hujus boni incomparabilem decorem, splendorem, pulchritudinem, ex parte sentiens amoris flamma succensa dicit : Sitivit anima mea ad Deum fortem viviim, quando ve- 7iîam et apparebo ante faciem Dei ? Utinani non asperneris amicum monentem, utinam non surda aura audias verba Spiritus Dei ; utinam desiderio longœque expectationi meee satisfacias dilectissime, ne diatius crucietur pro te anima mea curis sollicitudinibusque atque timoré. Nam si venerit (quod Deus avertat) te prius quam debiii votum solveris ab hac recedere vita, me, continua tristitia, sine aliqua spei consolatione tabescentem, relinques. Qua propter et te exoratum et imprecatum cupio, ut -vel causa orationis ad Sanctum Nicolaum, inde ad nos usque venire digneris ; quatenus videas eum qui te unice diligit ; et statum rerum nostrarum ac religionis ordinem, nec non qu£e ad communeni utilitatem spectant, mutua viva voce tractare possimus. Et confido in Domino quod non pœnitebit te tanti itineris subiisse laborem. Epistolaris brevitatis excessi modum, quia dum corpore te habere non possum, saltem diutius sermocinando

tecum morabor. Fraternitatem tuam diu incolumem, memorem consilii nostri, nec voii immemorem, vigere sedulus exopto. Vitam Sancti Remigii nobis transmittas oro , quia nusquam in partibus nostris reperitur. Vale.

Le magnifique hommage rendu au patriarche des Chartreux, dans les réponses faites à la lettre encyclique envoyée par les Religieux du Monastère de Calabre pour faire connaître la mort de leur saint Prieur, nous a paru devoir être complété par les éloges donnés aux Chartreux dans les différents siècles . C'est pourquoi , espérant être utile au lecteur, nous reproduisons ici, comme supplément aux titres funèbres, les passages les plus remarquables d'un certain nombre d'auteurs anciens et modernes sur saint Bruno et sur l'Ordre célèbre dont il a été le fondateur.

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