I. Lib. I, cap. III
dier sa règle. C'est par elle que naîtra son influence, sa splendeur, son mérite. L'évêque d'Arles est ici encore un novateur. Sans doute, avant lui, saint Basile, saint iimbroise, saint Jérôme, saint Augustin, Cassien s'étaient adressés aux femmes ou aux vierges engagées dans la profession religieuse : leur œuvre était plutôt une série de recommandations qu'une ordonnance régulière précisant les devoirs et s'opposani aux défauts. Avec la règle de Césaire, parait l'éclectisme cherchant ce qu'il v a de bon dans les modèles du passé et orientant l'avenir vers un fondement plus fort, plus pratique, plus parfait.
Recueillons ce vénérable monument d'antiquité sur la discipline monacale des vierges et commençons par citer le prologue tout entier.
« Aux saintes et très respectables sœurs en Jésus- Christ que l'évêque Césaire a rassemblées à Arles sous l'inspiration et l'aide de Dieu,
(( Puisque le Seigneur, dans sa miséricorde, a daigné nous permettre de vous élever un monastère, nous vous communiquons ces avis spirituels pour v^ vivre selon les statuts des anciens Pères. Résidant en permanence dans vos cellules, souhaitez la visite du Fils de Dieu afin que vous puissiez dire : J'ai trouvé Celui que cherchait mon àme. Je vous demande, chères Werges, consacrées à Dieu, qui attendez sa venue avec vos lampes allumées et vos consciences pures, de penser à moi dans vos prières. N'oubliez pas votre compagnon de route ici-bas, et obtenez qu'il entre dans le royaume du ciel avec vous et les vierges sages ruisselantes des faveurs divines. »
II y a quarante-trois articles dans la première
partie de la règle de Césaire et dix-neuf dans la deuxième, dite récapitulation ^
Le premier article établit un régime claustral absolu. « Si quelqu'un, dit-il, quittant ses parents et renonçant au monde, veut entrer dans ce saint bercail pour échapper a la dent des loups spirituels, il faut qu'il ne sorte jamais plus du monastère ni de la basilique adjacente. »
Le dernier article conclut ainsi la récapitulation : (( Personne n'a le droit d'ouvrir les portes qui sont au vieux baptistère, à la tour, au jardin, à la schola et à la basilique. La défense est rigoureuse et aucun semblant d'utilité ni de nécessité n'en dispensera. »
Voila une des hardiesses du saint évêque. Jusqu'à présent la clôture était compromise, comme l'était le vœu de stabilité chez les moines'-. Les sœurs sortaient, recevaient du monde, échangeaient des cadeaux délicats, écrivaient des lettres sans permission, se faisaient valoir auprès des hommes par de petits services... Tout cela charmait les loisirs d'une existence mal définie, mais tout cela aussi constituait des abus. Que de points intéressants sont ajoutés à cette prescription capitale pour la garantir de toutes manières ! Les visites au parloir, l'amitié des dames pieuses sont autorisées sous la surveillance des anciennes; quant à l'éducation des jeunes filles, c'est le privilège des aspirantes à la profession religieuse 3.
Passons à la pauvreté. L'ordonnance de la cuisine est confortable. Césaire macère moins le corps
I . Plus tard, les directeurs de l'abbaye de Saint-Ce'saire ajoutèrent deux articles à ce total, mais ils proviennent de la règle de saint Benoît.