CONCLUSION
Ce qui constitue la personnalité de Césaire se déduit, pensons-nous, très clairement de l'histoire de sa vie. En l'isolant, en le tirant du milieu des autres individualités, en le plaçant dans le cadre de son siècle, surgit, bien en relief, le moine, l'apôtre, l'homme de Dieu, le saint. Par le nombre prodigieux de documents qui nous entouraient, il aurait été facile de donner, avec plus d'espace, une vision autrement étendue, mais le tableau n'aurait peut-être rien gagné en coloris. Le sort d'une personnalité éminente étant attaché à son siècle, celui qui le connaît bien a la clé de la vie de son héros.
Avec Césaire nous avons donc fait une trouée de lumière sur l'église gauloise et la société mérovingienne. Il a été le résumé de sa période : rien de plus utile que de pénétrer un peu dans son milieu. Sans doute, l'évêque d'Arles n'appartint pas à cette race d'hommes de génie qui dominent tout un monde par leur intelligence. D'autres l'ont aidé dans son œuvre en lui apportant des matériaux. Lui se contenta d'être l'homme de son temps. Ses penchants, ses actions, sa physionomie souriante s'accordent très bien avec les besoins des contemporains.
Dirigé par un tact très fin, puisant sa source dans la vertu, il laissa ce qui était l'accessoire pour se retrancher dans le principal. Qui veut connaître la
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genèse des mœurs d'aujourd'hui et de la culture générale actuelle doit se reporter à cet auteur. Ses écrits sont d'autant plus précieux qu'il est placé comme sur le versant de deux mondes, celui de Rome païenne qui disparaît en s'écroulant. celui des Francs qui se forme dans une conception batailleuse. La vie spirituelle des catholiques atteint les campagnards ignorants, cherche à détruire leur superstitions celtodruidiques et envahit la Gaule par ses établissements de bienfaisance. L'histoire de la littérature classique sait que, sil'évêque d'Arles n'a pas précisément favorisé ce qu'on appelle le bel esprit, il a été un excitateur puissant des études et de l'art chrétiens. Homme poUtique, courtisan, il ne l'est pour rien; ce qui fait sa caractéristique très particulière, c'est son amour pour les âmes, pour Rome, pour le Pape, pour l'Eglise. La théologie et le droit canon, la prédication et l'ascétisme peuvent s'abreuver abondamment à ses œuvres. Celles-ci expliquent la tradition, les coutum-cs nationales, l'origine de certaines hvmnologies. Pendant que se faisait sans lui l'unité politique dans la Gaule, il travaillait de toutes ses forces à l'unité morale et religieuse. La foi catholique est menacée dans le dogme delà grâce, il la défend intrépidement à Orange; les principes de l'évangile sont grossièrement enfreints, il les rappelle hautement dans ses livres; la morale se relâche par l'invasion des Barbares, il la réforme dans les canons des conciles. Toutes les fois qu'il est besoin d'un organisateur et d'un maître spirituel, Césaire est présent. Aux moines et aux religieux il assigne un idéal jusqu'alors inconnu; aux chefs du clergé, aux prêtres, aux diacres de toutes les provinces gauloises il communique des préceptes aussi
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justes qu'éloquents. Pour tous il est un exemplaire et un modèle. Il sait plaire parce qu'il est ruisselant de bonté et qu'il puise sa piété aux plus pures racines du catholicisme. La science de l'hagiographie qui, au vi*" siècle, commence à remplacer la culture classique, ne paraît pas avoir exagéré lorsqu'elle appela Césaire un homme extraordinaire et un très grand saint.
Pour nous, il porte les signes d'un précurseur. Il a pensé ce que d'autres ont pensé seulement plus tard, il a dit et fait ce que beaucoup déclareront et pratiqueront dans la suite. De nos jours encore, l'observateur reconnaît dans le clergé, les moines, les fidèles et certaines écoles ce que l'évêque d'Arles avait recommandé dans ses statuts. Son code disciplinaire est très important, très fécond, mais rien ne vaut, vraisemblablement, le trésor de sa prédication. La chaire française pourrait gagner beaucoup à utiliser les sermons de ce grand prêcheur.
Dans le désordre et la dissolution des mœurs il élève un phare lumineux d'où jaillit une lumière éclatante. Les incertitudes de son époque de transition, les obscurités de son temps, il s'efforce de les condenser en formules, de les transformer en clartés. La nuit du haut moyen âge s'avance. Avec une conscience tremblante mais la force d'un apôtre, il se hâte à tracer le sillon du peuple chrétien.
Catéchiste des humbles comme des puissants, il leur a donné la doctrine qui réconforte; maître de l'Eglise mérovingienne tout entière, il a pressenti ses besoins et les a satisfaits; primat enfin et vicaire du Pape, il a serré les fidèles et les pasteurs autour du Saint-Siège, montrant par là un sens bien remarquable des destinées futures du pays franc.