Lib. II, cap. IV
Messien et Etienne terminent ainsi leur pieuse narration : « De tous côtés, les fidèles d'Arles manifestent leur deuil et veulent des reliques. Ils accourent auprès du mort, arrachent avec violence le vêtement qui le couvre et nous laissent à peine le pouvoir de défendre sa dépouille. Ce fut un jour de grande joie au ciel et d'immense tristesse pour la terre. Tous prennent part au chagrin de cette perte, les bons et les méchants, s'il y en avait. Personne ne put chanter aux funérailles, tellement le cœur était gros î Justes, pécheurs, chrétiens, Juifs, habitants d'Arles, étrangers, tous accompagnent le cercueil en disant : Malheur, malheur, nous n'avons pas été dignes de conserver plus longtemps notre intercesseur et notre défenseur! Il fut porté dans la basilique de Sainte-Marie, aux Alyscamps, qu'il avait construite lui-même, et enseveli dans le tombeau qu'il s'était choisi. »
Le corps de Césaire fut ramené plus tard dans le couvent interurbain, auprès de ses filles, qui ne cessaient de l'invoquer avec ferveur. Durant l'invasion des Sarrasins, églises, arènes, monuments de tous ordres subirent les outrages de ces farouches conquérants. Le sarcophage de Césaire fut « rageusement détruit )). Un texte lapidaire de 882^ nous l'apprend, comme il nous informe que Rostang, archevêque d'Arles à cette époque, « refit un tombeau en marbre à son prédécesseur, pontife de si sainte mémoire ».
Selon plusieurs pièces d'archives et des procès-
I . La date inscrite à la dernière ligne du texte porte DCCC LXXIII, mais, d'après l'indiction, la correction dans le millésime semble devoir se borner à changer le premier I en X.
verbaux de visites épisoopales ^, ossements, linges, reliques diverses de saint Césaire furent conservés au monastère de Saint-Jean 2. Jusqu'à la Révolution, on les honora dans le royal couvent, autrefois si beau, aujourd'hui couché dans des ruines qu'on ne visite pas sans une profonde mélancolie.
I. Archives départementales et Bibliothèque d'Arles, mss. 1. « Le félibre de Maillane », l'illustre Mistral, a placé dans l'enceinte da Grand Couvent de Césaire le plus dramatique épisode des aventures de Nerto, glorieuse princesse de Châteaurenaud.
A Tabadiè de Sant-Ge'sari
Li mounjo dison lou rousari..»