Lib. II, cap. I, I
seur d'une fortune considérable, il vendit ses biens, en distribua le prix aux pauvres et résolut de s'enfermer dans un monastère. Passant à Arles, il consulta Césaire, qui le retint et l'attacha à son église. Clerc des plus accomplis de la basilique de Saint- Étienne, il sentit un jour l'inspiration de revoir sa province natale et, disant adieu à son maître, il transplanta dans son pays les institutions qu'il avait vues et la discipline dont il s'était nourri.
Outre ses prêtres, ses diacres et ses clercs de différents ordres, la basilique de Saint-Etienne avait des enfants. Élevés sous les yeux del'évêque, ils prenaient part au chant et remplissaient dans les cérémonies certaines fonctions réservées aujourd'hui encore aux enfants de chœur. Ennodius envoya un jour à Césaire un petit garçon qu'il lui recommandait en termes très affectueux, l'appelant son fils, parce qu'il lui avait donné le baptême. Il se nommait Florien et était venu fort jeune pour apprendre à Arles les éléments mêmes des lettres latines. L'élève se montra digne des deux grands évêques, ses maîtres. Florien devint abbé du romanum monasterium . Il professa un vrai culte pour Césaire durant sa vie et fit un éloge posthume où il l'appelle : pieux parmi les barbares, pacifique au milieu des guerriers, providence des pauvres, père des orphelins.
L'estime de Césaire pour la lecture se manifeste en lui-même, dans son zèle de propagande et dans ses prescriptions. Imitant les Docteurs de TÉglise, il abandonna l'administration temporelle de son diocèse à ses diacres ou officiers ecclésiastiques et vaqua particulièrement à la méditation de l'enseignement divin. Non seulement il lisait sans cesse l'Evangile et les saints Pères, mais il voulut que ses
clercs cherchassent dans les bons livres l'instruction qui upaise, qui change, qui élève et qui sauve. Apprendre à lire, étudier les saintes lettres, voilà une recommandation de tous les instants. Il la faisait aux enfants de l'école épiscopale dans la cité et des écoles presbytérales dans les paroisses. Luimême prenait plaisir à visiter les classes, et Florien nous révèle qu'il ne dédaignait pas d'épeler les premiers mots de l'alphabet avec les derniers venus ^.
Nul n'était admis aux ordres s'il n'avait prouvé avoir lu l'Écriture Sainte en entier au moins quatre fois. Nul ne s'asseyait à sa table sans écouter une pieuse lecture faite à haute voix pendant les repas; ensuite les commensaux étaient interrogés sur ce qu'ils avaient entendu. Très souvent l'évêque enregistrait des étourderies, et le nombre de ceux qui accusaient l'infidélité de leur mémoire était considérable 2.
Sans doute la méthode favorite de Césaire était loin du large enseignement des Universités, et ses écoles ne brillaient point par l'éclatante activité d'une culture générale, mais il n'en conserva pas moins le goût de l'étude chez son clergé, la jeunesse et même le peuple. Une de ses Admonitions-^ renferme des passages extrêmement curieux qui nous permettent de juger des préoccupations de l'évêque. C'est ainsi que les illettrés doivent premièrement venir au sermon et ensuite se procurer le secours d'un maître. « Les négociants, s'écrie l'orateur, quand ils sont
1. n Ipse ïfiihi latinis elemcnùs imposuit alphabetum. » Cf. Epist. merov., M. G. H.