Lib. I, cap. V
3. Apppndix, 3o3. Admonitio populi ut lectiones divinas audire studeant.
illettrés, payent des mercenaires pour tenir leurs comptes et connaître exactement leurs affaires; hé bien, le chrétien n'en fera-t-il pas autant pour conquérir la récompense éternelle? Procurez-vous donc à prix d'argent le secours d'un homme de lettres... J.e prétexte du manque de temps n'est pas valable, encore moins celui de l'incapacité intellectuelle. Ne voit-on pas tous les jours les plus pauvres gens, les campagnards, hommes et femmes, chanter des chansons d'amour ou libertines, en retenir les strophes, en détailler les passages avec un relief d'une malignité diabolique? Que n'apprend-ou le svmbole, que ne lit-on les psaumes, que n'étudie-t-on les antiennes ? »
Pour les offices religieux notre saint composa des recueils contenant des morceaux choisis et rédigés dans les deux langues parlées à Arles. Les Gallo- Romains s'exprimaient en latin, mais la population marine, amenée par un courant d'immigration, issue de Marseille et de la Méditerranée, parlait grec ^. Dans ce choix d'antiennes, d'hymnes, de cantiques, de proses, les fidèles trouvaient en leur langue une série des psaumes les plus importants pour la foi et le salut. Quelques-uns des sermons ^ de Césaire nous renseignent sur les psaumes pénitentiels et complètent, en ce point, les données déjà si intéressantes de la Vita. Au commencement, l'évêque ne fut pas pleinement satisfait du style et
T. « Adjecit Clique compiiUt ut laïcorum popularitas psalnws et hymnos pararet altaque et modulata voce instar clericorum. alii Grsece^ alii Latine prosas antiphonasque cantarent. » Lib. I, cap. II. i5.
2. Appendix, 284. 28 5. etc. De consuetudine psallendi, de ritu psallendi. etc.
des voix des chanteurs, mais bientôt il signale les progrès de l'harmonie et loue la suavité du chant. Longtemps l'Eglise était restée silencieuse au fond des catacombes et les louang^es ne s'élevaient que dans le sanctuaire des cœurs. Mais depuis Constantin les lèvres pouvaient cesser de murmurer secrètement la prière et crier bien haut, bien fort l'amour du Christ.
« Conformez votre conduite aux paroles que vous chantez, disait Césaire. Que vos âmes soient pures comme le texte du Beati immaculati in çia. Si vous chantez le verset Confundantur sueprhi^ il faut détester l'orgueil et l'éviter. Et ainsi, pendant que vos oreilles jouiront du charme de la mélodie, vous goûterez le sens des paroles du Psalmiste : Quam clulcia faucibus mei eloquia tua ! »
C'est dans un autre but que Césaire introduisit le chant des fidèles à l'église. Le respect du lieu saint était si peu observé à cette époque de barbarie que les évêques se plaignaient de toutes parts des conversations oiseuses de leurs diocésains. A Arles, aussi bien qu'à Milan, on se livrait à des causeries sans fin même pendant les cérémonies^. En faisant chanter tout le monde, on obtint plus de silence, plus de prière et plus de piété. Il n'était pas rare d'entendre dans les rues et la campagne d'Arles ce que Jérôme écoutait silencieux dans les vallons de Bethléem, l'AUeluia de Pâques ou les paroles du Prophète-Roi.
Les réunions à la basilique-cathédrale ne devaient pas manquer d'une certaine splendeur, encore
1. ((Ut non haberent spaiium in ecclesiafabulis occupari. » Lib. I, cap. II, i5. — Cf. S. Ambros. in Psalmos.
moins d'un vif attrait de sympathie. Au fond, le siège de l'évêque ; tout autour de l'abside, le presbvterium pour les clercs. L'autel était placé au milieu du sanctuaire avec sa taille en cuvette et ses colombes et ses vases et ses pampres et ses fruits de vigne et le monogramme du Christ surmonté du Rho grec. « Pendant que le clergé prie, tourné vers l'autel, dit Césaire, dans une de ses prédications, je fais mon devoir et je regarde ; quoique le diacre invite à fléchir le genou, j'en vois qui restent droits comme des colonnes^. »
En parlant de prédications, nous abordons un sujet capital dans la vie de Césaire. Aucun des devoirs de sa charge n'a absorbé davantage son attention. Il a excité vigoureusement ses collègues a prêcher, mais lui-même ne laissait jamais achever la messe solennelle du dimanche et des fêtes sans adresser la parole à son auditoire. Il faisait aussi des allocutions à Matines et à Vêpres toutes les fois qu'il avait un suffisant concours de fidèles.
Ses discours, il faut le reconnaître, étaient brefs. Les auditeurs d'Augustin et d'Ambroise avaient sans doute plus de patience, si nous en jugeons par comparaison. A Arles, il fallait ménager la pétulance d'esprit des Provençaux et Césaire n'y manquait pas. Malgré cela, un petit quart d'heure semblait beaucoup demander aux fidèles. Comme un groupe d'entre eux s'échappait de l'église au moment de l'instruction, Césaire descendit de l'ambon et se précipita sur leurs pas pour les ramener. La sévérité de la répression fit cesser l'abus'-.
1, Appendix, 286 : « ... T élut columnas rectas stare... »