‹ Saint Césaire (470-543)Chapitre 33 sur 153 · LA PROVINCE VIENNOISE. LES STATUTS ANTIQUES DE · texte numérisé non relu

LA PROVINCE VIENNOISE. LES STATUTS ANTIQUES DE

l'église, leur APPLICATION. VICARIAT d'aRLES.

Le privilège de suprématie dont les métropoles des provinces impériales jouissaient au civil sur les simples cités s'étendit au domaine ecclésiastique. En Orient, cet usage fut régularisé par un canon du concile de Nicée, mais en Gaule ce fut seulement au début du V® siècle que naquit une pareille prétention. Arles et Vienne se disputèrent ce titre, en invoquant, l'une, l'antiquité de son siège épiscopal et les faveurs de la maison constantinienne ; l'autre, la présence du vicaire des sept provinces méridionales. L'affaire fut portée devant le synode de Turin, le 22 septembre 4oi- On décida, pour le bien de la paix, un partage à l'amiable, et l'on conserva à chacun des deux évêchés les villes qui en étaient le plus rapprochées.

Cette situation ne fut pas du goût de Patrocle. Cet étrange évêque d'Arles appartenait à la catégorie des prélats cupides dont l'ambition égalait la vulgarité ou l'indignité. Il obtint du Pape Zosime le décret

surprenant que tout clerc, tout évêque gaulois allant à Rome ou ailleurs devait prendre à la chancellerie artésienne le passe-port de lettres formées ou testimoniales afin d'être reçu à la communion. Puis, sur la Viennoise et les deux Narbonnaises, l'évêque d'Arles aurait la principale autorité dans les ordinations, à l'exclusion des métropolitains respectifs. Allant plus loin encore, le Pape revendiquait pour son protégé la juridiction supérieure sur toutes les paroisses dans tous les pays de la Gaule (22 mars 417) ^. Enfin, montrant sa volonté de faire de Patrocle le vicaire du Saint-Siège, Zosime écrivit aux évêques d'Afrique, de Gaule, d'Espagne, au sujet de Tuentius et Ursus, ordonnés illicitement par Procule de Marseille sur des territoires dépendant de la métropole d'Arles 2.

Une nouvelle lettre papale du 26 septembre 4^7 signifia à l'évêque de Narbonne, Hilaire, de s'abstenir de sacrer les évêques dans la première Narbonnaise, ce droit étant réservé à Patrocle. « Arles, dit-il, a reçu la foi de Trophime envoyé par le siège apostolique, et depuis lors une vénération toute sainte couvre cette ville et la met justement plus haut que toutes les autres. Si vous veniez à tenter des ordinations de prêtres ou d'évêques, ce serait vous priver de la communion catholique ».

Le même jour, le même Pape confirma les privilèges qui nous étonnent et dont nous relisons le texte

1. Lettre du Pape Zosime : « Quascumque paiochias in quibuslibet parochiis etiam extra provincias suas... » — Jaffé,

2. Gallia christiana novissima, par M. le chanoine Ulysse Chevalier. — Evêché de Marseille, n» 12. — Cette pièce a un grand inte'rêt pour Marseille et les paroisses des wct de Garguier et de Ceyreste.

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solennel plus favorable encore, s'il se peut, pour Arles et plus cordial envers Patrocle K

En moins de deux ans de présence au Souverain- Pontificat, Zosime avait donc beaucoup fait pour son ami d'Arles, le favori du patrice Constance-. Son successeur, Boniface, diminua cette puissance et, quand Patrocle mourut assassiné par le tribun Barnabe, en 4^6, la situation changea de face.

Le doux Honorât passa si peu de temps à Arles (426-4291 qu'il dut s'occuper bien plus de réparer les ruines morales accumulées sous son prédécesseur que d'exercer ses droits primatiaux •^. Mais saint Hilaire, qui resta vingt ans évêque (429-449)? n'hésita pas à prendre en main l'autorité que Patrocle s'était faitattribuer. Ardent, austère, inflexible, ce moine de Lérins voulut soumettre à sa puissance toutes les ordinations de la Gaule. Le Pape Léon « faisant le récit de ses usurpations, blâme durement le métropolitain de ses paroles arrogantes envers le Saint-Siège et de son défaut de révérence. Il se fait suivre, ajoute-t-il, de la force armée pour imposer le respect des canons et n'avertit même pas ceux qui sont les chefs de la ville où il entre en maître ^ )) .

Quand Célidoine, évêque de Besançon, et d'autres victimes en eurent appelé au Souverain Pontife contre les abus d'Hilaire, celui-ci ne reconnut à personne le droit de réformer sa sentence. Léon, blessé

1. Gallia christiana novissima. Arles. Instr. 89. '^o. 4i. 42.

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