Lib. I, cap. IV
être mieux que l'homme libre ». Aussi il fut un des grands adversaires de la marchandise humaine considérée comme butin dans le trafic de la victoire. Améliorer le sort des prisonniers, surtout rendre la liberté à l'homme vaincu par le sort des armes, devint une passion et une dévotion pour notre saint. C'est là une des faces peu connues de l'évêque d'Arles et qu'il convient de mettre en relief. Elle témoigne d'un sentiment d'humanité qui suscitera partout et toujours l'admiration. La loi civile n'existait pas pour l'esclave; son seul juge était son maître, en pleine période burgonde et franque, ainsi que l'écrit excellemment M. Prou, de l'Institut, dans son livre de La Gaule mérovingienne. En lisant son chapitre sur les droits des maîtres vis-à-vis de l'esclave, sur la fonction d'esclave, on comprend la profondeur, l'étendue, les souffrances de cette calamité. On aime ainsi davantage Césaire de s'être consacré à l'œuvre de l'abolition de la servitude.
Il partait cet homme de Dieu, ce passionné pour l'égalité de la race humaine, et il allait mendier pour les esclaves et pour leur liberté. Plusieurs villes de la Gaule eurent sa visite et quantité de cathédrales entendirent ses vibrants appels de pitié. Il est juste de mentionner à cette place Carcassonne, qui se montra généreuse et ouvrit largement sa bourse, lorsque Césaire y vint quêter pour la rédemption des captifs^.
Un dernier trait sur cette question sociale caractérisera encore plus parfaitement le respect du saint pour la personnalité humaine. Retenu au siège de son administration métropolitaine, et ne pouvant chaque fois qu'il le désirait prendre le bâton de pè-
I. Lib. I,cap. IV, 32. « Carcassonam profectus estcivUatem... »
lerin pour aller à la recherche de ressources, il appela des clercs, des diacres, des abbés pieux autant que dévoués, et il leur donna la mission de le remplacer dans cette œuvre. Et, souvent, dans des cités diverses, disent les précieux biographes, contemporains de ces faits, on vit ces missionnaires de la rédemption des captifs demander l'aumône au nom de Césaire et prêcher en faveur de Tafiranchissement. C'est à leur arrivée en Arles, alors qu'ils portaient dans leur ceinture des triens et des sous d'or en abondance qu'il fallait voir la physionomie rayonnante du pasteur! Elle ressemblait, sans doute, a celle du Maître qui courait après la brebis perdue et. Payant trouvée, la ramenait au bercail, le cœur tout gonflé de joie.