‹ Saint Césaire (470-543)Chapitre 88 sur 153 · THÉOLOGIE SPÉCULATIVE DE CÉSAIRE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE SPÉCULATIVE DE CÉSAIRE

versaire du catholicisme. Or Césaire avait vécu parmi les ariens. Une lumière éblouissante jaillit donc des considérations qu'il expose. « Ceux qui professent l'autre religion ont la coutume de provoquer les catholiques simples par des interrogations subtiles. Voulant les faire expliquer sur le mystère de la Trinité, ils cherchent les voies les plus tortueuses. Rien d'étonnant que ces catholiques, par simplicité ou ignorance, ne puissent répondre convenablement et dès lors ces provocateurs se persuadent qu'ils triomphent. A cause de cela, même les catholiques instruits ne doivent presque pas engager de conversations sur notre religion avec de pareilles gens. Chez eux, en effet, il y a des idées bien arrêtées, même s'ils sont vaincus, de ne pas l'avouer. Nous donc, avec la protection de Dieu, tenons-nous fermes et ne laissons jamais fléchir notre esprit, alors que certain artifice paraîtrait rendre vraisemblables leurs paroles ^ ))

]Vest-ce pas que cetexorde est vivant et évocateur? Ne croirait-on pas assister à ces rencontres quotidiennes d'un peuple mélangé de croyances, entendre les conversations d'humbles catéchumènes montant à l'atrium, apercevoir les pauvres fidèles en rapports nécessaires pour les besoins de la vie avec les ariens fiers du pouvoir officiel.^

Le conseil de garder le silence en face d'hommes sans bonne foi ne signifie point pénurie d'arguments. Aussi l'auteur du traité s'attache à citer des textes de l'Ecriture qui justifient le dogme. Il disserte de la sorte : « Dieu le Père est parfait, on ne peut rien lui ajouter ni rien lui enlever. Il a donc dû porter et

I. « Soient homines alterius rdigionis, etc. » Mai, p. 40- N. P. Bibl.

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mériter toujours le titre de Père. Donc le Fils a toujours existé et toujours été son Fils. Le Père est infiniment bon et infiniment puissant. 11 n'a pu engendrer qu'un Fils parfait, en tout son égal. Car ou il ne serait pas bon, s'il avait refusé jalousement la perfection à son Fils, ou s'il n'avait pu la lui donner, il ne serait pas tout-puissant » (ch. ii et m).

L'exposé continue : « Le Saint-Esprit est Dieu, mais 11 est dit envoyé, quand la grandeur des œuvres fait reconnaître sa présence... Le Seigneur notre Dieu est unique Seigneur; ce n'est ni le Père seul, ni le Fils seul, ni le Saint-Esprit seul, mais c'est toute la Trinité, vrai et unique Dieu ». Il y a encore des arguments qui prouvent l'égalité du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; toutefois la controverse est surtout sur le Fils.

Parlant de Jésus-Christ, Césaire explique la parole : « Mon Père est plus grand que moi », et il lance ce trait si juste : « Pourquoi refuser à Dieu un Fils qui l'égale, alors que souvent l'homme est père d'un fils qui le dépasse?

« Non, le Fils n'est pas du néant, mais de la substance du Père, engendré par Lui avant l'aurore : Il n'est pas une créature. Lui qui a créé les créatures. Il v a dans le Père et le Fils unité d'opération et de conseil. Qui osera refuser au Fils et à l'Esprit la sagesse? »

Pourtant on ne trouve pas ici complets les témoignages, en nombre infini, des Écritures qui prouvent l'égalité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

En l'état et avec les lacunes de l'œuvre, nous nous arrêterons à l'argument de tradition : « On doit croire, sur la Trinité, ce que croient les églises apostoliques : Jérusalem, Ephèse, Alexandrie, Smyrne, enfin les

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églises fondées en Gaule par les Apôtres : Arles, Narbonne, Toulouse, Vaison^ ».

Ce témoignage de l'apostolicité des églises gauloises est le passage le plus intéressant pour nous du travail césarien. Le sens attaché à l'expression « disciple des apôtres )> n'est pas douteux. Il vise une réalité et non pas une figure. Pour ce qui est de saint Trophime, la tradition ancienne veut qu'il ait reçu sa mission directement des Apôtres; mais, pour le cas de Daphnus de Vaison, c'est bien dififérent. Daphnus a pris part au concile d'Arles de 3i4 et l'a souscrit comme évèque de Vaison. Il n'v a pas de raison, semble-t-il, de dédoubler le personnage et d'imaginer un évêque, du même nom, antérieur de trois siècles à celui dont l'existence est prouvée par les documents.

Césaire aura donc essayé de concilier les prétentions d'autres sièges avec la croyance admise sur la fondation arlésienne. Il en est arrivé à un déplorable résultat. En sortant de son sujet dogmatique pour passer à l'histoire, il a montré peu de perspicacité, et son défaut de contrôle a affaibli par un point son argumentation.

Pour en finir avec l'opuscule de la Trinité, la Sainte Vierge y aune petite place. Une opinion rare est celle où Césaire considère Joseph comme encore vivant lors de la résurrection du Christ. « Si le Père seul est digne d'adoration, crie-t-il aux ariens, pourquoi

!.((/« Galliis etiam civitas Arelatensis discipulum apostolnruvi sanctum Trophimwn habiiit fundatorem, Narbonensis sanctum Paidum. Tolosana sanctum Saturninum, rasensis sanctum Daplinum.

« Per isfos enim quatuor apostolorum discipulos in universa Gallia ita sunt ecclesiœ constituœ, ut cas nunquam pcrmiserit Christus ab adversariis occupari... »

la Sainte Vierge et saint Joseph l'adorèrent-ils après qu'il fut ressuscité? » Saint Ambroise^ émet cette idée dans un sermon, et Césaire le copie textuellement dans le sien De Beato Joseph-.

Il est manifeste que l'évêque d'Arles aime l'énoncé des vérités religieuses sous forme de théorèmes rigoureux. Le résumé si imparfait des pages précédentes accuse cette habitude; notre analyse, au chapitre iv, des Statuts antiques de V Eglise justifie cette conviction ; enfin l'abrégé de la religion qui porte le nom de Symbole d' Athanase démontre lumineusement ce cachet de synthèse.

Dans les sermones sur le symbole, et en particulier dans le ^44° ^^ l'Appendice augustinien, Césaire insiste sur la Trinité et beaucoup moins sur le Christ. Le début de ce dernier sermon a des formules semblables à celles d'Athanase. « Frères bien-aimés, quiconque veut être sauvé doit garder fermement, fidèlement et inviolablement la foi catholique. Il faut donc que chacun croie au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, et cependant il n'y a pas trois dieux, mais un seul Dieu : tel est le Père, ainsi le Fils et le Saint-Esprit ^ »

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