I. Sermo ad monachos
en conversation ou des impétuosités dans ses mouvements, il les réprimait de bonne grâce et, reconnaissant ses torts, se les faisait pardonner en toute humilité. Une catégorie de frères qu'il fuyait, c'étaient les égoïstes qui, toujours contents d'eux-mêmes, méprisent les autres, entrent en religion pour jouir et constamment sont prêts à la critique.
L'histoire du monastère ne nous a pas conservé beaucoup de noms des religieux qui vécurent en compagnie de Césaire. Car on ne peut affirmer ^ qu'Ennodius, ëvêque de Pavie, satisfait notre légitime curiosité sur ce point, lorsqu'il nous informe qu'un certain Antoine demeura deux ans à Lérins. Disciple de saint Séverin, cet Antoine de Pannonie devint un homme remarquable. Dédaignant les honneurs du siècle, il préféra la vertu aux plaisirs du monde et vint terminer sa vie au sein de cette île qui était le paradis de la sainteté.
Pour les jeunes, dit Ennodius, ce vieillard se montrait bon camarade; pour les hommes de maturité, digne et grave; pour les savants, instruit; pour les simples, plein de modestie. Il unissait tout le troupeau si varié de talents et de nationalité pour en faire « un seul cœur, une seule âme ».
On peut dire que, entre tous, Césaire eût subi le charme de cet esprit original, de ce cœur vertueux, qui enseigna la doctrine de saint Augustin dans un milieu semipélagien.
Par ce commerce intime avec les plus fortes intelligences et les hommes les plus vertueux du monastère, notre novice devint, en peu de temps, profès
I. Hist. littéraire, III^ 98, 104. — Arnold, Ccesarius von j4 relate, ch. 11, pp. 53 et suiv.
accompli. Les sentences de Fauste, la direction de Porcaire, l'amitié et la sagesse des anciens, l'émulation ardente des jeunes contribuèrent à lui donner une impression de maturité très caractéristique. La charge de cellerier étant vacante, le conseil de l'abbave s'empressa de la remettre à Césaire. C'était une haute fonction pour un homme si jeune. Les termes mêmes de la règle de Lérins suffisent pour donner une idée du religieux sur la tête duquel reposait un tel pouvoir. « Le cellerier, dit cette règle, sera de mœurs irréprochables, sage, prudent, sobre, réservé et craignant Dieu. Il agira activement, généreusement, mais sans prodigalité ; en un mot, il se regardera comme le père de la communauté. Les infirmes, les enfants, les hôtes, les pauvres seront commis à sa vigilance, sachant bien qu'ils sont dignes de tous ses soins. )>
Adroit dans la distribution des vivres, il les partageait aux moines avec une stricte équité. « Ceux qui avaient quelque besoin, il les contraignait de force d'accepter le nécessaire, lors même que par mortification ils s'abstenaient de demander; ceux qu'il savait n'avoir aucun besoin avaient beau solliciter, il ne voulait rien leur donner^ )).
Ce mélange de bonté ingénieuse et de fermeté pressante ne convint pas à certains religieux immortifiés qui déjà pénétraient dans les meilleurs monastères, comme celui de Lérins. L'égoïsme est de tous les milieux et de tous les âges. Pour échapper aux préoccupations matérielles, des vocations douteuses n'entraient-elles pas dans les cloîtres sans regarder assez à la foi pure, surnaturelle, désintéressée? L'ex-