I. Fita S. Cœsarii, lib. I. cap. i
li SAINT CESAIRE.
périence donna à Césaire des idées compétentes en psychologie monacale et lui ouvrit des horizons lumineux sur la réforme des habitudes contractées. Il apprit, sans doute, h exercer l'hospitalité avec une passion qui restera un de ses plus beaux titres de gloire. Les infirmes, les malades excitèrent en lui une sollicitude dont nous rencontrerons d'innombrables traits fleurissant sa carrière d'une façon touchante. Mais la condescendance n'ira jamais jusqu'à faire fléchir sa responsabilité. Soutenu par le sentiment invincible du devoir, il dira : « S'il est quelqu'un à qui ma conduite puisse déplaire, qu'il considère mon propre péril. Quand j'emploie la sévérité, c'est en vue du compte que j'aurai à rendre au tribunal du juge éternel. Je dois craindre que tous ceux pour lesquels j'aurai eu une fausse complaisance ne plaident contre moi, lorsqu'ils seront appelés en jugement devant le Christ. Je ne me sens ni assez de mérite pour prendre sur moi les péchés des autres, ni assez d'éloquence pour contredire tant de si grands saints qui ont fixé les règles de la discipline chrétienne ».
Aux religieux qui, dans leur sensualité paresseuse, se plaignaient de la sévérité, de la parcimonie, de la prudence excessive du cellerier, l'ancien abbé Fauste répondait : « Un moine doit fixer pour limite de ses désirs le nécessaire -et ne pas vouloir ce qui flatte la convoitise. On ne vient pas au monastère pour avoir tout à discrétion, et il ne sert de rien d'avoir renoncé à ses biens propres, si l'on ne se détache aussi de la convoitise de tous les autres biens » .
Cependant les plaintes continuelles et les réclamations indiscrètes affluent auprès de Porcaire. Il n'est pas dur, le cellerier, il est trop exact. Et on veut l'écarter pour vivre plus à Taise dans des habi-
tildes de ménagement, de douceur, de tranquillité.
Afin d'apaiser les murmures, Fabbé résolut de changer Césaire et lui ôta Temploi qu'il gérait si régulièrement.
Personne ne fut plus content que l'ancien cellerier. Sa disgrâce lui procura une joie indicible. Il pouvait maintenant suivre ses goûts. Veiller, lire, étudier, prier, chanter, voilà le rêve qu'il réalisa loin de la basse envie de confrères toujours disposés à blâmer ^.
Dans les documents de Lérins nous lisons une particularité intéressante pour les mœurs duv^ siècle. L'enseignement oral, les instructions verbales v permettaient le mélange de la vie cénobitique avec la vie érémitique.
Des cellules séparées étaient réservées aux frères qu'on jugeait assez parfaits pour pouvoir vivre seuls. Libres de s'isoler dans de petits ermitages cachés au milieu des lentisques, des pins et des oliviers, ils se retrouvaient tous à la chapelle pour la récitation des prières, l'assistance aux ofEces, l'instruction de l'abbé. Césaire reçut avec bonheur une de ces cellules qu'on donnait aux anciens et se plongea éperdument dans la méditation des choses du ciel.
« O solitude bénie, s'écrie-t-il, ô bienheureux paradis de mon île fortunée, où la majesté de notre Rédempteur fait chaque jour de nouvelles conquêtes et où de si grandes défaites sont infligées à Satan ! Ile trois fois heureuse, qui, toute petite qu'elle est, enfanta de si nombreux rejetons pour la patrie du Christ! C'est elle qui nourrit tous ces illustres moines qu'elle envoie comme évêques dans toutes les provinces. Quand ils arrivent, ce sont des