S. Csesarii regula ad monachos
2 . Incipit in Christi nomine regula qualis dcbeat esse in monasterio ubi abbas est^ quicumque fuerit. Ici c'est 1'eveque qui prescritla loi a suivre dans la circonscription de son autorite.
d'autrepart : voila ce a quoii'onreconnait une vocation veritable, un abbe parfait. L'auteur asu mettre dans son ceuvre une concision, un relief qui sont en harmonie avecla rigueurdes points presents.
Les moines se donneront entierement et^pour toujours, dit-il. Us renonceront a leurs biens. Tout sera commun entre eux. Aucun n'aura de cellule particuliere ou quelque armoire fermant a clef; tous habiteront dans le m6me local. Les moines accompliront la tache qui leur sera imposee et non celle qui leur plaira davantage.
Pendant la psalmodie, que personne ne parle. A table, silence absolu. Une lecture sera faite pendant le repas, afin que Tame se nourrisse en m6me temps que le corps. L'homme ne vit pas settlement de pain, mais de toute parole de Dieu. Telle qu'une terre sans eau, est Tame sans refection.
Les femmes n'entreront pas dans le monastere.
Au premier signal, chaque religieux quittera tout pour accourir a 1'appel de Dieu; s'il tarde, aussitot il recevra un petit coup de ferule sur la main; si 1'abbe ou un ancien le reprimande, il ne cherchera pas a repondre pour se disculper.
Qu'il n'y ait point de dispute entre freres de la communaute. Celui qui se verra coupable en demandera pardon. Comment et de quel front pourrait-on hair son frere, alors que 1'Evangile ordonne d' aimer m6me ses ennemis?
Toute la matinee jusqu'a Tierce, on lira; puis chacun fera ce qui lui est commande.
Sans la permission du superieur, il est defendu de transmettre ou de recevoir des lettres et toutes communications.
La nourriture et les vetements, 1'abbe les four-
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nira. Puisqu'il est present de ne rien posseder en propre, il est juste que tous resolvent le necessaire des mains de 1'abbe.
Les infirmes, les malades seront traites avec soin, afin qu'ils jouissent au plus tot de la sante.
Que toute oeuvre soil faite avec bonne volonte pour accomplir la parole sainte : Volontiers je vous sacrifierai, 6 Seigneur . II faut s'exercer a la lutte spirituelle, se surpasser les uns les autres en humilite, charite, patience.
Du mois d'octobre a Paques, on recitera deux nocturnes et on lira trois lecons. Depuis Paques jusqu'en septembre, on jeunera le mercredi et le vendredi settlement. Du mois de septembre a la Noel, le jeune est de rigueur tous les jours. Au surplus, deux semaines avantle Carme, il faudra jeuner chaque jour, excepte le dimanche. Quiconque jeune le dimanche, commet un peche, a cause de la resurrection du Seigneur. Ceux qui se portent bien ne mangeront ni viande de boucherie ni volailles ni autres animaux.
Dans cet ensemble de principes, il convient de relever plusieurs traits caracteristiques. D'abord, Fengagement de rester jusqu'a la mort dans le monastere ou 1'on a fait profession. C'est la condition d'entree, extr&mement importante et nouveile. Une plaie horrible des meilleurs monasteres, meme de Lerins, etait la frequence des departs de religieux a la premiere punition, aux moindres epreuves de quelque part qu'elles vinssent. Libanius, Rutilius et beaucoup d' autres nous ont laisse des specimens de leurs critiques centre ces moines errants qui s'en allaient gouter a tous les secrets du bien-etre, spe-
culant sur le prestige que leur profession exercait parmi les fideles.
<( He quoi, s'ecriait Fauste, les oiseaux aimerit leur nid, les beles fauves restent fideles a leur gite, et le moine prefererait aux bienfaits de Dieu ses caprices, son propre sens, sa volonte denuee de sagesse?
La pauvrete avait ete mise en pratique par les ce~ nobites anciens, mais jamais, semble-t-il, avec la franchise, 1'extension et le renoncement innoves dans la regie de Cesaire. Avant lui, on tolerait des objets conserves en propriete privee, on laissait, d'ici de la, quoique retrecis, la liberte, 1'usage des biens; aucun ajcte d'alienation formelle n'etait prescrit. Cette vertu de renoncement total, il la fallait, neanmoins, pour etablir 1'abstinence vraie et 1'egalite entre des personnes de la meme famille. Les riches n'y scandaliseront plus les pauvres. Us auront moins detentations pour aller vivre en dehors du monastere. Quant aux pauvres, ils sentiront alors qu'il n'y a qu'un cceur, qu v une anie, qu'une religion.
Un acte qui s'imposait, c'etait de supprimer tous les coffrets, scelles au sceau des moines fils de senateurs ou d'opulents citoyens, ainsi que leurs cellules feiendecoreesjleursarmoires a provisions, leursmeubles et leur linge personnel. L'uniformite de vie reclamait 1'unite de traitement. Un seul regime pour tous, les caracteres mis en un contact incessant, tout privilege de rang, de bien-etre, de fortune, banni; n'est-ce pas ce qui devait faire la beaute forte d'une communaute vouee a la regeneration du monde?
Des exemples, des commentaires, des gloses sont
necessaires pour implanter une regie et la rendre feconde. L'abbe" ne manqua pas d'expliquer sa pensee et celle de ses maitres en ascetisme qui lui avaient fourni les parties essentielles de son ceuvre.
II etait le type vivant, 1'explication integrate de la discipline. Non seulement ses actes quotidiens edifiaient la communaute, mais sa parole prodiguait la lumiere a tousles habitants du lieu. Avec une courageuse fermete, les abus sontcorriges. On sent dans tels sermons aux moines une chaleur, un mouvement, une vivacite qui pourraient accuser le temps oil Cesaire gouvernait Pabbaye d' Aries. Mais aussi le groupement de ces exhortations nous offre 1'occasion de considerer les emprunts copieux faits aux 03uvre.s de Fauste 1 . On remarquera qu'il s'eleve avec indignation contre le relachement de ses freres. II leur montre I'abime ouvert sous leurs pas et la damnation qu'ils se preparent. II les menace de verges 2 et puis il leur demande en pleurant de revenir a une vie meilleure. II ordonne et il supplie, il veut frapper et il souffre.
Examinez 1'appel de Dieu, s'ecrie Cesaire t vivre dans la solitude, c'est la perfection ; ne pas y vivre saintement, c'est la damnation... Pensez que les vrais jours de merite sont ceux oil, faisant abnegation de votre volonte propre, vous n'avez transgresse aucun point de la regie. De meme, la vie
1. On attribue a saint Cesaire une partie seulement d groupe des sermoncs ad monachos et, parmi ceux-ci, il en est qui ont ete prononce's en cours de visile de monastere, alors qu'il etait e'veque, ouadresses peut-etre sous forme d'epitres, comme il le fit pour les vierges.
2. Cf. Regula, art. XI. Si tardius veuerit, statim de ferula in manus accipiat.
veritable est celle qui se passe sans malice, sans envie, sans orgueil, sans mensonge, sans impurete. Appliquez-vous a faire progresser yotre ame dans la vertu... etant prompts a la priere, genereux dans la sobriete, doux et fervents dans la charite. Le soir demandez-vous si vous avez ete un sage, adonne a la lecture, plonge dans 1'oraison, edifiant envers tous, pacific envers vous-meme 1 .
Au bout de trois ans de charge abbatiale " 2 , Cesaire avail transforme sa communaute. Malgre sa jeunesse, les anciens 1'avaient apprecie a sa valeur, et ils louaient Dieu' de toules les vertus qu'ils voyaient en leur pere. Aveclui, sous sa ferme impulsion, les moines furent si bien diriges qu'un demisiecle apres on designait encore cet Institut comme un modele de monastere.
Le vieil eveque d'Arles apprenant que Cesaire avait repondu a sa confiance avec un succes complet, resolut de lui conferer la dignite episcopate . Et ainsi, partout oil il alia, son passage fut rapide. On dirait que son ange mettait hate a le faire arriver a la fonction principale de sa vie. Les eveiiements favoriserent on ne peut mieux cette vocation qui etait destinee a elever si haul dans la Gaule merovingienne la place d'un saint eveque.