‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 18 sur 98 · Lib. I, cap. v · texte numérisé non relu

Lib. I, cap. v

3. Appendix, 3o3. Admonitio populi ut lectiones divinas audirc studeant.

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illettres, payent des mercenaires pour tenir leurs comptes et connaitre exactement leurs affaires; he bien, le chretien n'en fera-t-il pas autant pour conquerir la recompense eternelle? Proourez-vous done a prix d'argent le secours d'un homme de lettres... he pretexte du manque de temps n'est pas valable, encore moms celui de 1'incapacite intellectuelle. Ne voit-on pas tous les jours les plus pauvres gens, les campagnards, hommes et femmes, chanter des chansons d'amour ou libertines, en retenir les strophes, en detailler les passages avec un relief d'une malignite diabolique? Que n'apprend-on le symbole, que ne lit-on les psaumes, que n'etudie-t-on les antiennes ?

Pour les offices religieux notre saint composa des recueils contenant des morceaux choisis et rediges dans les deux langues parlees a Aries. Les Gallo- Romains s'exprimaient en latin, mais la population marine, amenee par un courant d'immigration, issue de Marseille et de la Mediterranee, parlait grec 4 . Dans ce choix d'antiennes, d'hymnes, de cantiques, de proses, les fideles trouvaient en leur langue une serie des psaumes les plus importants pour la foi et le salut. Quelques-uns des sermons 2 de Cesaire nous renseignent sur les psaumes penitentiels et completent, en ce point, les donnees deja si interessantes de la 'Vita, Au commencement, I'ev6que ne fut pas pleinement satisfait du style et

1 . Adjecit atque compulit ut laicorum popularitas psalmos et hymnos pararet altaquk et modulata voce instar clericorum, alii Grsece, aliiLatine prosas antiphonasque cantarent. Lib. I, cap. 11, i5.

2. Appendix, 284, ^85, etc. De consuetudine psallendi, de ritu psatiendi, etc.

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des voix des chanteurs, mais bientot il signale les progres "de 1'harmonie et loue la suavite du chant. Longtemps 1'Eglise etait restee silencieuse aufond des catacombes et les louanges ne s'elevaient quedansle sanctuaire des coeurs. Mais depuis Constantin les levies pouvaient cesser de murmurer secretement la priere et crier bien haut, bien fort 1'amour du Christ.

Gonformez votre conduite aux paroles que vous chantez, disait Cesaire. Que vos ames soient pures comme le texte du Beati immaculati in via. Si vous chantez le verset Confundantur sueprbi, il faut detester 1'orgueil et 1'eviter. Et ainsi, pendant que vos oreilles jouiront du oharme de la melodie, vous gouterez le sens des paroles du Psalmiste : Quam dulcia faucibus mei eloquia tua !

C'est dans un autre but que Cesaire introduisit le chant des fideles a 1'eglise. Le respect du lieu saint etait si peu observe a cette epoque de barbaric que les eveques se plaignaient de toutes parts des conversations oiseuses de leurs diocesains. A Aries, aussi bien qu'a Milan, on se livrait a des causeries sans fin m&me pendant les ceremonies * . En faisant chanter tout le monde, on obtint plus de silence, plus de priere et plus de piete. II n'etait pas rare d'entendre dans les rues et la campagne d' Aries ce que Jerome ecoutait silencieux dans les vallons de Bethleem, 1'Alleluia de Paques ou les paroles du Prophete-Roi.

Les reunions a la basilique-cathedrale ne devaierit pas manquer d'une certaine splendeur, encore

i. Ut non haberent spalium in ecclesia fabulis occupari. Lib. I, cap. n, i5. Cf. S. Ambros. in Psalmos.

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moins d'un vif attrait de sympathie. Au fond, le siege de I'eve'que ; tout autour de 1'abside, le presbyterium pour les clercs. L'autel etait place au milieu du sanctuaire avec sa taille en cuvette et ses colombes

et ses vases et ses pampres et ses fruits de vigne et le monogramme du Christ surmonte du Rho grec. Pendant que le clerge prie, tourne vers 1'autel, dit Cesaire, dans une de ses predications, je fais mon devoir etje regarde ; quoique le diacre invite a flechir le genou, j'en vois qui restent droits comme des colonnes 1 .

En parlant de predications, nous abordons un sujet capital dans la vie de Cesaire. Aucun des devoirs de sa charge n'a absorbe davantage son attention. II a excite vigoureusement ses collegues a precher, mais lui-meme ne laissait jamais achever la messe solennelle du diraanche et des feles sans adresser la parole a son auditoire. II faisait aussi des allocutions a Matines et a Vepres toutes les fois ! qu'il avail un suffisant concours de fideles.

Ses discours, il faut le reconnaitre, etaient brefs. Les auditeurs d'Augustin et d'Ambroise avaient sans doute plus de patience, si nous en jugeons par comparaison. A Aries, il fallait menager la petulance d'esprit des Provencaux et Cesaire n'y manquaitpas. Malgre cela, un petit quart d'heure semblait beaucoup demander aux fideles. Comme un groupe d'entre eux s'echappait de 1'eglise au moment de 1'instruction, Cesaire descendit de Pambon et se precipita sur leurs pas pour les ramener. La severite de la repression fit cesser Tabus 2 .

i. Appendix, 286 : ... Feint columnas rectas stare... 'i. Lib. I, cap. H, 19.

Quelques-uns, s'attardant dans les cloitres de la basilique, arrivaienta la fin des ceremonies. Le saint leuren fait des reproches. Ouvriers, artisans, leur dit-il, se levent a 1'aube pour se procurer ce qui est necessaire a la vie ; navigateurs, commercants courent de 1'Occident a 1'Orient et s'exposent a tous les perils par amour des biens perissables ; et nous, qui avons a acquerir un tresor eternel, ne viendronsnous pas plus matin a Feglise afin d'y faire nos provisions d'ame, sans nous occuper desvainescuriosites du monde ? Avant tout nous devons prier Dieu et satisfaire a notre conscience qui impose ce devoir. Done, a moms d'etre infirme ou malade, si on vient tard a Feglise, ce n'est que par defaut de zele pour le salut 1 .

Si 1'on arrivait trop tard a I'eglise, on en sortait aussi trop tot et avant que la messe fut achevee. Quelle douleur et quel fonds d'amertume en ressent 1'evSque !

II voudrait qu'on comprenne bien le mystere du divin Sacrifice et supplie les chretiens de rougir de leurs peches lorsqu'en abandonnanf les saints autels, ils meprisent le don de 1'Eucharistie. G'est un festin celeste, une source de benediction eternelle, qu'il ne faut jamais delaisser 2 .

D'autres Arlesiens, plusnegligents, se dispensaient sans scrupule de toute assistance aux offices.

II y a des vides aujourd'hui et du cote des hommes et du cote des femmes, s'ecriait un jourCesaire. Plusieurs sont certainement empeches par des choses urgentes on des infirmites, mais combien d'au

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