ROME. RACK AT DBS CAPTIFS
Les Visigoths etaient les maitres d' Aries au commencement du vi e siecle, mais leur domination ne passait pas la Durance. La venait aboutir la puissance burgonde. Gondebaud, chef de la Burgondie, traitait les catholiques avec justice et entretenait les meilleures relations avec 1'eveque de Vienne. Cesaire etait ne en pays burgonde et ses fonctions de metropolitain le forgaient de traverser la Durance. Peut-elre aussi avait-ii des sympathies pour un gouvernement favorable a 1'Eglise et appelait-il de ses vceuxun roiprotecteur. Le livre I er de sa biographie le defend de cespensees et nous represente le saint demandant nuit et jour, dans ses prieres, la paix entre les nations et la tranquillite de sa province *. Mais Alaric II, quoique repugnant a la politique de combat survie par son pere Euric, n'en ecoutait pas moins les susceptibilites de sa Cour. Personne ne
i. Lib. I, cap. ii, 1 6 : Hie pastor flexis genibus pacem gentium, quietem urbium diebus ac Jioctibus a Domino postulat.
niera qu'a ce moment precis la Gaule fut tres divisee du Nord au Midi, de 1'Est a FOuest. Quatre concurrents se disputaient nos belles provinces. La jalousie et 1 'intrigue, les procedes barbares et la moderation etaient tour a tour les mobiles de la politique soit des Francs et des Ostrogoths, soit des Burgondes et des Visigoths.
Avec un pareil etat d'esprit une accusation etait a craindre, surtout en presence du zele ardent du nouveau metropolitain. Cesaire, rapporta-t-on a Alaric, est tres lie avec Gondebaud, et vous trahit au milieu des populations qu'il veut livrer aux Burgondes.
Cette imputation produisit immediatement son effet et celui qui n'avait aucun tort a se reprocher fut marque du signe des traitres. Le croirait-on, si on n'avait Fexemple de Judas? Ce futun des notaires me'mes de 1'eve'que d'Arles qui commit ce crime. II s'appelait Licinien, vivait a la table de Cesaire et connaissait sa vie irreprochable, apostolique, toute divine.
Le demon ne pouvant souffrir celui qui prie, qui opere son salut et procure celui des autres, obscurcit 1'intelligence du roi barbare. Non settlement il accueillit 1'accusation, mais, sans raisonner, sans offrir aucun moyen de defense, meprisa despotiquement toutes les formes de la justice. Sur un simple commandement, Cesaire fut enleve et jete a 1'autre extremHe du royaume. Pauvre victime, il demande inutilement une enqu6te, et n'obtient pas de se disculper *. La legitimite de la plainte reste done pour nous problematique et 1'histoire demande des preuves pour croire qu'elle est fondee. Ne savons-
i. Pity, lib. I, cap. H, 17.
nous, par ailleurs, que certains eveques de la demarcation politique de la Loire durent prendre le chemin de 1'exil? Volusien et Verus de Tours, nousdit saint Gregoire 1 , ont subi la mort et la relegation sur un simple soupcon d'Alaric. Voila qui est sur, tandis que le procede visigothique est brutal. C'est en 1'an 5o5 que Cesaire fut conduit comme un coupable a Bordeaux. II allait expier ses sympathies pretendues pour les Francs et les Burgondes dans la ville d'Ausone, mieux partage encore que Verus, perdu la-bas au pied des Pyrenees.
Bordeaux representa longtemps la culture romaine dans 1'histoire de la Gauie. La fortune lui ayant confie un des flambeaux des lettres latines, ecoliers et maitres innombrables accoururent a sa clarte. Une grande Universite s'y fonda auiv siecle. Ses bienfaits inonderent 1'Occident romain. Ausone y commenca le cycle des etudes et, brillant eleve, il y revint comme professeur accompli. On arrivait a tout par la rhetorique. Ce qui etait terriblement vrai au temps de Ciceron arriva a Fepoque d'Ausone. Le bon Cesar Theodose le demanda pour qu'il lui fitsavourer ses oeuvres, etimitantAuguste, qui ecrivit a Horace, le combla de ses faveurs. Amoureuxde liberte et de tolerance, il finit par faire 1'education de Gratien, heritier de I'empire. Parvenu au consulat, il se retira dans une de ses maisons de campagne, pour vivre sans tracas avec des amis et des livres.
Le souvenir d'Ausone, de Paulin de Nole, son frere d'ame, etait tout chaud encore lorsque Cesaire arriva a Bordeaux. Les savants maitres de i'Univer-
i. Hist. Franc., lib. II.
76 SAINT CJ3SAIRE.
site, il ne chercha pas a les frequenter, mais beaucoup tinrent a le voir. II se presenta a 1'eveque, et Cyprien lui offrit 1'hospitalite. L'homme heureux est celui qui ne desire pas ce que la Providence lui refuse. A Bordeaux, Cesaire se fit une vie d'oraison et de recueillement, s'abandonnant a ses habituelles pensees de foi.
Nous ne savons comment il connut Rurice ni de quelle facon eut lieu la premiere rencontre avec ce puissant eveque de Limoges. Personnage senatorial, en relation avec les bureaux de la Cour d'Alaric, il jouissait d'une grande influence aupres du gouvernement. L'ete, il aimait son plateau limousin et il y restait dans la fraicheur; mais, Fhiver, il ne manquait pas de soigner sa sante a 1'abri d'une station ensoleillee du golfe de Gascogne.
Une lettre datee de 5o6, publiee dans la Patrologie *, nouspermet de constater les entretiens amicaux qu'eurent les prelats durant 1'hiver de 5o5, alors qu'ils se trouvaient tous les deux a Bordeaux. Sans aucun doute, ce Rurice et d'autres hauls personnages approcherent Alaric et lui parlerent avantageusement de 1' exile. Connaissant mieux le metropolitain d' Aries, le roi 1'estima, lui rendit ses graces. Ni prevention, ni soupgon ne subsisterent, le revirement etait complet.
La Vita Csesarifi intercale ici un miracle que nous copions exactement, en lui laissant toute sa saveur. II prouve une fois de plus ce qu'on attendait des saints a cette epoque eprise de merveilleux et tout eclatante de foi en la puissance de Dieu. Le peuple, dans sa