Fita, lib. I, cap. n
croyance ingenue, etait toujours sur de se rendre le monde surnaturel accessible et protecteur. Des qu'il se sentait submerge par la violence des elements ou de la nature, il recourait a Dieu et aux saints qui, sur la terre, brillaient par leurs vertus.
Un incendie done s'etait declare a Bordeaux au milieu de la nuit et le feu menacait d'envahir une grande partie de la ville. On accourut aupres du persecute, de rhomme de Dieu chasse de son diocese, rev^tu del' aureole des miracles : Saint Cesaire, lui criait-on de toutes parts, priez pour nous; bienheureux Cesaire, venez, arretez 1'incendie .
Touehe de douleur, emu de pitie, 1'homme de Dieu se leve et suit la foule qui le conduit au feu. A la vue de la flamme immense qui enveloppait la ville et, petillante, brulait les habitants, il se prosterne a terre et prie avec ferveur.
Aussitot les tourbillons de feu s'arr&tent et, en meme temps que montent les invocations, la flamme
s'etemt.
Tant de pouvoir augmenta encore la veneration populaire et des acclamations infiniess'eleverentvers le ciel pour benir le Divin Maitre et son pieux serviteur.
Lelendemain, la ville entiere de Bordeaux apprit ce prodige avec joie et un concours immense de citoyens, de femmes, d'enfants s'empressa autour de Cesaire pour le saluer comme un apotre et le remercier comme un liberateur. L'auteur de la persecution etait doublement confondu. Cesaire n'etait plus un accuse. Dieu montraitson innocence etles grands du monde, aussi bien que les plus petits, rappelaient a Alaric son devoir.
En attendant, les fideles etaient avides d'entendre
la parole de Cesaire. L'prateur arlesien, passionne pour la predication, ne cessait d'instruire, dans les cryptes de Saint-Seurin et les basiliques, tous les bons chretiens de Bordeaux. II leur disait, ajoute son premier biographe, avec un a-propos que les circonstances eclairaient lumineusement : Rendez a Cesar ce qui est a Cesar ; obeissez a votre prince ; mais rendez aussi a Dieu ce qui est a Dieu, observez ses commandements. Respectez le prince, obeissezlui, quand il prescrit des choses justes, mais meprisez 1'erreur sur les dogmes et la discipline .
Ses auditeurs ne manquaient pas d'admirer le courage apostolique.de Cesaire qui osait dire ces verites en face, et ils etaient fiers de cet eveque sans peur ni rancune. Plus il etait dissemblant de ces prelats ariens, sans energie, sans dignite, nourris dans les palais, flatteurs de Cour, plus il brillait d'une aureole conquerante. C'etait comme un candelabre illumine qui irradiait le monde et Fattirait a ses rayons bienfaisants.
Alaric, qui faisait codifier a cette epoque la loi romaine des Visigoths, n'y admit pas la participation de Cesaire. Celui-ci profita neanmoins des bonnes dispositions politiques du prince et de ses avances de conciliation. II prepara le concile d'Agde, enparla a Alaric, se menagea 1'appui precieux des ev^ques de Bordeaux et de Limoges et partit pour son Eglise. Son exil avail ete tres court et cependanttres fructueux pour la religion, tant il est vrai que Dieu, lorsqu'il lui plait, sait facilement changer le mal en bien. Cesaire tra versa Toulouse, ou siegeait laCour d'Alaric, passa a Narbonne, chef-lieu de la province, salua les ev&ches du Languedoc, en cherchant celui qui pourrait le mieux servir de trait d'union pour le concile
projete, enfin revit le Rhone et se trouva devant Aries.
A la nouvelle de son retour, le clerge, les moines, le peuple, les magistrals, les marins, les fonctionnaires, toute la fraternite, en un mot la cite entiere se precipite au-devant de lui. G'est 1'enthousiasme de la foi, le delire des Barbares et les acclamations plus graves des Gallo-Romains. Hommes et femmes ont des croix a la main, ainsi que des flambeaux, chantent des cantiques, des psaumes, ils jettent des vivats en grec et en latin 1 .
Tous ces details tires textuellement de la Vita du vi e siecle ne sont-ils pas une evocation precieuse de ce milieu si lointain qui se reproduit et revit dans certaines manifestations contemporaines?
L'aureole du confesseur, qui suscite toujours des sympathies ardentes, procura a Cesaire des gages d'une joie inesperee. Dieu voulut lui-meme se meler a ce triomphe, et il arriva un fait miraculeux qui mit a son comble 1'allegresse publique. Pendant que la procession de sympathie, de veneration, d'honneur a 1'exile, se deroulait triomphante, alors qu'on parcourait la ville en admirant la decoration du Forum, les tentures appendues a 1' atrium, aux portiques, a la facade de la vieille basilique, les voiles peints accroches aux maisons de la via principalis, soudain le ciel s'qbscurcit et une pluie abondante inonda la campagne, brulee par une tres longue secheresse 2 . La Provence, avec