Lib. I, cap. in
et, se tournant vers sa mere, lui dit : Mere, allez vite remercier le serviteur de Dieu, car c'est a lui que je dois la vie et que vous devez votre fils .
L'heureuse mere vola vers le saint et, avec ses larmes mieux que par ses paroles, lui exprima son bonheur : C'est vous et Dieu, ajouta-t-elle, qui avez readu mon fils a la lumiere ; je vous le donne, gardez-le, emmenez-le avec vous en Gaule et qu'il ne vous quitte jamais .
Ge miracle fit monter encore plus haul et repandit plus loin la renommee du saint. Tous voulaient le voir et lui rendre leurs devotions.
Parmi ceux qui eurent recours a sa vertu, nous rencontrons un medecin, le diacre Elpidius. Le texte de la Vita nous apprend qu'il exercait son art professionnel aupres de Theodoric. Tres estime au palais imperial, il semble qu'il eut du vivre heureux dans Tin timite des grands du monde. He bien, non; il etait tourmente par le demon et sa demeure ressemblait a un enfer. Cesaire vint le voir, sanctifia ses appartements, les aspergea d'eau benite et jamais plus rien d' extraordinaire ne s'y passa *.
La gloire que s'etait attiree 1'homme de Dieu par son devoument, 1'aureole de saintete qui jaillissait de ses miracles, ne tarderent pas a se communiquer jusqu'a Rome, ou se tenait le Senat. Jour par jour on y etait mis au courant de ce qui se passait a Ravenne. Et le peuple, les senateurs, les clercs, le Pape voulurent voir Cesaire et le feliciter. Leur coeur 1'aimait, mais ils souhaitaient satisfaire leurs regards. Cesaire, cedant aux instances du Souverain Pontife et partageant sans doute lui-meme ce desir,
i. Lib. I, cap. in, 29.
% SAINT OfiSAIRE.
car il songeait aux interets de sa metropole, se dirigea vers la capitale du monde catholique. Ce voyage devint pour son merite 1'occasion d'un triomphe sans egal. Les senateurs, les plus nobles matrones, Symmaque le congratulent avec affection et 1'entourent des marques d'une sympathie exceptionnellement significative. Tous rendent graces a Dieu et au roi de ce qu'ils peuvent contempler celui que leur cceur aimait tant. On devine a 1'expression de Cyprien, on sent a son style qu'il deerit avec complaisance cette phase de la vie de son maitre. II en releve tout le cote glorieux et ne cesse de chercher, de trouver les termes les plus agreables pour manifester sa joie au sujet d'une pareille veneration. Le Pape rapproche Cesaire de lui, en lui accordant 1'insigne special reserve a sa fonction, par 1'usage du pallium. II honore son eglise metropolitaine, il permet aux diacres de porter la dalmatique comme a 1'eglise de Rome, enfin il pare I'ev6que de toutes les dignites, de tous les privileges souhaitables 4 .
A cela, 1'aristocratie politique et iinanciere de la Ville eternelle ajoute un riche fonds d'aumones. Son compagnon de voyage fixe un total de 8.000 sous, somme enorme pour le temps 2 .
Quand il rentre dans sa ville d'Arles, on lui reserve une reception royale. Rien ne manque a son triomphe. Ce qu'il remarque le plus, ce n'est pas le luxe des fonctionnaires ni 1'empressement de la garnison, mais le cortege des humbles et des pauvres. II sait qu'il va les rejouir avec les sous d'or rapportes de Ravenne et de Rome ; les captifs presument aussi
i. Lib. I, cap. IT, 3o.
a. Ibidem, 3i.
qu'il va les racheter. C'est pourquoi des psalmodies sans fin, d'immenses clameurs, des vivats enthousiastes se font entendre dans les rues et sur les places publiques.
Cesaire va s'agenouiller dans la basilique et les fideles le suivent pour recevoir s,a benediction. C'etait le soir, continue le texte ancien, une femme prise de convulsions epileptiques tombe sur le pave, ou elle s'agite avec frenesie. On la releve et on 1'apporte devant 1'autel. Le saint se met en priere, selon son habitude, pose les mains sur la t6te de la malade, fait des onctions sur tous les sens et le visage avec 1'huile sainte. La guerison instantanee se produit : elle fut definitive 1 .
II va sans dire que la premiere sollicitude episcopale, apres ce retour en Aries, fut consacree aux captifs. II y en avail encore dans la ville, ettant qu'il en vit, Cesaire fut emu et donna a pleines mains. II est impossible de relater tout ce que sa geniale charite ainvente a cet egard 2 . Un jour qu'il n'avait plus un denier a distribuer, un misereux 1'interpella et le supplia de le secourir. Que pourrais-je bien faire pour toi? lui dit-il. Je n'ai plus ni or ni argent, mais ce que j'ai, je vais te le donner, attends-moi. Et il entra dans sa chambre, prit la chasuble qu'il mettait aux jours des solennites et des processions, 1'aube des f^tes de Paques, et les porta tout joyeux a son pauvre, en disant : Tiens, vends cela a quelque clerc, et de ce prix opere ta redemption.
L'Elglise avait doniie a 1'esclave une ame et Cesaire se souvenait de ces paroles : L'esclave vaut peut-
i . Nequaquam deinceps repetiit mulierem dcpulsa in nomine Christi calamitas. Lib. I, cap. iv, 3i.
a. Lib. I, cap. iv, 3a.
etre mieux que 1'homme libre . Aussi ii fut un des grands adversaires de la merchandise humaine consideree comme butin dans le trafic de la victoire. Ameliorer le sort des prisonniers, surtout rendre la liberle a Vhomme vaincu par le sort des armes, devint une passion et une devotion pour notre saint. C'est la une des faces peu connues de Fev^que d' Aries et qu'il convient de mettre en relief. Elle temoigne d'un sentiment d'humanite qui suscitera partout et toujours F admiration. La loi civile n'existait pas pour I'esclave ; son seul juge etait son maitre, en pleine periode burgonde et franque, ainsi que Fecrit excellemment M. Prou, de Flnstitut, dans son livre de La Gaule merovingienne. En. lisant son chapitre sur les droits des maitres vis-a-vis de I'esclave, sur la fonction d'esclave, on comprend la profondeur, Fetendue, les souffrances de cette calamite. On aime ainsi davantage Cesaire de s'etre consacre a Fceuvre de Fabolition de la servitude.
II partait cet homme de Dieu, ce passionne pour Fegalite de la race humaine, et il allait mendierpour les esclaves etpour leur liberte. Plusieurs villes de la Gaule eurent sa visile et quantite de cathedrales entendirent ses vibrants appels de pitie. II est juste de mentionner a cette place Carcassonne, qui se montra genereuse et ouvrit largement sa bourse, lorsque Cesaire y vint queter pour la redemption descaptifs 1 .
Un dernier trait sur cette question sociale caracterisera encore plus parfaitement le respect du saint pour la personnalite humaine. Retenu au siege de son administration metropolitaine, et ne pouvant chaque fois qu'il le desirait prendre le baton de pe-
i. Lib. I, cap. iv, 82. Carcassonamprofectus estcwilalem...*
lerin pour aller a la recherche de ressources, il appela des clercs, des diacres, des abbes pieux autant que devoues, et il leur donna la mission de le remplacer dans cette oauvre. Et, souvent, dans des cites diverscs, disent les precieux biographes, contemporains de ces fails, on vit ces missionnaires de la redemption des captifs demander I'aumone au nom de Cesaire et precher en faveur de Taffranchissement. C'est a leur arrivee en Aries, alors qu'ils portaient dans leur ceinture des triens et des sous d'or en abondance qu'il fallait voir la physionomie rayonnante du pasteur! Elle ressemblait, sans doute, a celle du Maitre qui courait apresla brebis perdue et, Tayant trouvee, la ramenait au bercail, le cceur tout gonfle de joie.