‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 54 sur 98 · Cf. chapitre iv · texte numérisé non relu

Cf. chapitre iv

2. La Revue d'Histoire et de Litterature religieuses a public sur le r61e theologique de Cesaire une se'rie d'articles aussi savants qu'interessants de M. Paul Lejay (arme'e et tome X, n os 2, 3, 5 et 6). Le cardinal Mai avait imprime sous le nom de saint Augustin le commencement du traite sur la Trinite (Nova Patrum Bibliotheca, 1. 1, p. ^07). Depuis, Reifierscheid a signale un manuscrit plus complet a la Bibliotheque de la Minerve (Bibliotheca Patrum italica, t. I, p. 174). Enfin dom Morin a public de ce manuscrit la partie inedite et montre que Touvrage doit etre attribue a Cesaire (Melanges de litterature et d'histoire religieuses publics a V occasion du jubilc episcopal de M% T de Cabrieres, 1. 1, p. 109).

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versaire du catholicisme. Or Cesaire avail vecu parmi les ariens. Une lumiere eblouissante jaillit done des considerations qu'il expose. Ceux qui professent 1'autre religion ont la coutume de provoquer les catholiques simples par des interrogations subtiles. Voulant les faire expliquer sur le mystere de la Trinite, ils cherchent les voies les plus tortueuses. Rien d'etonnant que ces catholiques, par simplicite ou ignorance, ne puissent repondre convenablement et des lors ces provocateurs se persuadent qu'ils triomphent. A cause de cela, mSmeles catholiques instruits ne doivent presque pas engager de conversations sur notre religion avec de pareilles gens. Chez eux, en effet, il y a des ideesbien arr^tees, meme s'ils sont vaincus, de ne pas 1'avouer. Nous done, avec la protection de Dieu, tenons-nous fermes et ne laissons jamais flechir notre esprit, alors que certain artifice paraitrait rendre vraisemblables leurs paroles *.

N'est-ce pas que cetexorde est vivant et evocateur? Ne croirait-on pas assister a ces rencontres quotidiennes d'un peuple melange de croyances, entendre les conversations d'humbles catechumenes montant a l'atrium, apercevoir les pauvres fideles en rapports necessaires pour les besoins de la vie avec les ariens fiers du pouvoir officiel? -

Le conseil de garder le silence en face d'hommes sans bonne foi ne signifie point penurie d'arguments. Aussi 1'auteur du traite s' attache a citer des textes de 1'Ecriture qui justifient le dogme. II disserte de la sorte : <c Dieu le Pere est parfait, on ne peut rien lui aj outer ni rien lui enlever. II a done du porter et

i. Solent homines alterius religionis, etc. Mai, p. 407. N. P. Bibl.

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meriter toujours le litre de Pere. Done le Fils a loujours exisle et toujours ete son-Fils. Le Pere est infinimenl bon et infiniment puissant. II n'apu engendrer qu'un Fils parfail, en tout son egal. Car ou il ne serait pas bon, s'il avail refuse jalousement la perfection a son Fils, ou s'il n'avail pu la lui donner, il ne serait pas tout-puissanl (ch. n elm).

L'expose continue : Le Saint-Espril esl Dieu, mais II esl dil envoye, quand la grandeur des oeuvres fail reconnailre sa presence... Le Seigneur noire Dieu esl unique Seigneur; ce n'esl ni le Pere seul, ni le Fils seul, ni le Sainl-Espril seul, mais c'esl loule la Trinile, vrai el unique Dieu . II y a encore des arguments qui prouvent 1'egalile du Pere, du Fils el du Saint-Espril ; loulefois la conlroverse esl surloul sur le Fils.

Parlanl de Jesus-Chrisl, Cesaire explique la parole : Mon Pere est plus grand que moi , el il lance ce Irail si jusle : Pourquoi refuser a Dieu un Fils qui l'egale, alors que souvenl l'homme esl pere d'un fils qui le depasse?

Non, le Fils n'esl pas du neanl, mais de la subslance du Pere, engendre par Lui avanl 1'aurore : II n'est pas une creature, Lui qui a cree les creatures. II y a dans le Pere el le Fils unile d'operation el de conseil. Qui osera refuser au Fils el a TEspril la sagesse?

Pourtanl on ne Irouve pas ici complels les lemoignages, en nombre infini, des Ecrilures qui prouvent 1'egalite du Pere, du Fils et du Saint-Esprit.

En Tetat et avec les lacunes de i'oeuvre, nous nous arr&terons a 1'argument de Iradition : On doit croire, sur la Trinite, ce que croienl les eglises aposloliques : Jerusalem, Ephese, Alexandrie, Smyrne, enfin les

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eglises fondees en Gaule par les Apotres : Aries, Narbonne, Toulouse, Vaison 1 .

Ce temoignage de 1'apostolicite des eglises gauloises est le passage le plus interessant pour nous du travail cesarien. Le sens attache a Fexpression disciple des apotres n'est pas douteux. II vise une realite et non pas une figure. Pour ce qui est de saint Trophime, la tradition ancienne veut qu'il ait recu sa mission directement des Apotres; mais, pour le cas de Daphnus de Vaison, c'est bien different. Daphnus a pris part au concile d'Arl'es de 3i4 et 1'a souscrit comme ev^que de Vaison. II n'y a pas de raison, semble-t-il, de dedoubler le personnage et d'imaginer un ev^que, du meme nom, anterieur de trois siecles a celui dont 1'existence est prouvee par les documents.

Cesaire aura done essay e de concilier les pretentious d'autres sieges avec la croyance admise sur la fondation arlesienne. II en est arrive a un deplorable resultat. En sortant de son sujet dogmatique pour passer a 1'histoire, il a montre peu de perspicacite, et son defaut de controle a affaibli par un point son argumentation.

Pour en finir avec I'opuscule de la Trinite, la Sainte Vierge y a une petite place. Une opinion rare est celle ou Cesaire considere Joseph jcomme encore vivant lors de la resurrection du Christ, cc Si le Pere seul

est digne d'adoration, crie-t-il aux ariens, pourquoi

i . In Galliis etiam cvvitas Arelatensis discipulum apostolorum sanctum Trophimum habuit fundatorem, Narbonensis sanctum Paulum. Tolosana sanctum Saturninum, Pasensis sanctum Daphnum.

Per istos enim quatuor apostolorum discipulos in universa .. Gallia ita sunt ecclesiaz constitute, ut eas nunquam permiserit Christus ab adversariis occupari...

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la Sainte Vierge et saint Joseph 1'adorerent-ils apres qu'il fut ressuscite? Saint Ambroise 1 emet cette idee dans un sermon, etCesaire le copie textuellement dans le sien De Beato Joseph^.

II est manifeste que I'evSque d'Arles aime 1'enonce des verites religieuses sous forme de theoremes rigoureux. Le resume si imparfait des pages precedentes accuse cette habitude; notre analyse, au chapitre iv, des Statuts antiques de VEglise justifie cette conviction ; enfin 1'abrege de la religion qui porte le nom de Symbole d'Athanase demontre lumineusement ce cachet de synthese.

Dans les sermones sur le symbole, et en particulier dans le a44 de 1'Appendice augustinien, Cesaire insiste sur la Trinite et beaucoup moins sur ie Christ. Le debut de ce dernier sermon a des formules semblables a celles d'Athanase. Freres bien-aimes, quiconque veut ^tre sauve doit garder fermement, fidelement et inviolablement la foi catholique. II faut done que chacun croie au Pere, au Fils et au Saint-Esprit. Le Pere est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, et cependant il n'y a pas trois dieux, mais un seul Dieu : tel est le Pere, ainsi le Fils et le Saint-Esprit 3

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