‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 65 sur 98 · La basilique primatiale de Saint-Tropldme, par Bernard · texte numérisé non relu

La basilique primatiale de Saint-Tropldme, par Bernard

3. Cf. FitdL) lib. I, cap. iv, 44- Prsefat. cone. Ard. ad dcdicationem basilicx S. Marias in Arelatcnsi civitalc,..

sera a cote de lui pour le secourir et lui apporter des consolations. Eucher d' Avignon, que la Vita nous a deja fait conhaitre si edifiant, appose sa signature le dernier, ev6que au nom du Christ . Les treize eveques et les quatre delegues reunis a Aries redigerent seulement quatre canons, roulant tous sur la m6me matiere des ordinations. Get examen tout special est 1'indice d'un etat, d'un besoin, d'une preoccupation qu'il convient d'etudier un instant. Cesai^e a donne principalement son attention au clerge, parce que le recrutement de celui-ci etait alors un point capital pour I'Eglise.

Que Jes importuns ne viennent pas fatiguer les eveques et les sollicker a transgressor les regies de la discipline ! II est defini de nouveau qu'il ne sera ordonne aucun diacre avant 1'age de vingt-cinq ans et aucun prelre ni eveque avant celui de trente. Les anciens statuts imposaient de longues epreuves avant les ordinations, mais, le nombre des eglises augmentant, il est necessairede multiplier les clercs. Cependant aucun metropolitan! ne donnera la consecration episcopate ni aucun eveque les ordres majeurs sans que la conversion date d'une annee entiere 1 .

A n'en pas douter, devantun pareil texte, les patrons et les possesseursde riches domaines essayaient de forcer la main aux eveques pour faire ordonner des sujets qu'ils destinaient aux cures de campagne. A mesure que les eglises s'elevaient de terre, arrivaient souvent du m^nie coup les ressources et les propositions de candidats aux benefices. C'etait un progres assurement de voir la religion sortir de la cite ou setenaientl'eveque ettous les services depen-

i. Can. i et 2.

dant de lui. Avec joie les successeurs des Apotres propageaient cette marche en avant de FEvangile au milieu des forets et des plaines, dans les cantons ruraux etles bourgs infectes encore de paganisme. On se figure le travail de penetration chretienne dans notre Gaule au v e et au vi e siecle, en lisant et comparant les annales des missions contemporaines parmi les infideles. Moins il y avait d'eveches, plus lente etait Fextension catholique. A proportion de la proximite des sieges ou descommunautesreligieuses, se multiplient les conversions. Yoila pourquoi Cesaire est heureux d'envoyer des colonies de clercs s'etablir a demeure au centre des agglomerations de la campagne. II s'interesse aux paroisses constituees et a celles qui se forment; il favorise les chapelles domestiques des grands seigneurs vivant dans leurs immenses villas. Cependant ce qu'il exige pardessus tout, c'estune vie absolument sacerdotale. Ah! le clerge de la campagne, combien I'ev6que d' Aries Fa aime !- Quelque chose de cette predilection jaillit des lignes sobres de ses canons. Neanmoins nous verrbns bientot mieux le coeur du pere dans ses homelies aux paysans. La, il semble qu'il vit comme eux, tant son observation est juste, incisive et son ceil simple. Visiles pastorales frequentes ? precis d'instructions communiquees aux pretres, zele catechistique, distribution de ressources : en tout, Cesaire est un apotre. Nous ne croyons pas que quelque eveque 1'ait depasse dans son ideal et dans ses realisations. Selon M. Malnory, personne apres saint Martin n'a pousse a ce point la diffusion des pratiques religieuses dans ia campagne 1 .

i. S. Cesaire d' Aries, par Malnory, p. i35.

Gependantil ne suffisait pas de faire de bons statuts, ilfallait des sanctions. Quicorique ordonnera un clerc contrairement a ce qui est defini sera prwe de celebrer la messe durant un an et, s'il refuse de se soumettre a cette sentence, il sera separe de la pommunion de ses freres.

II se trouva un eveque infracteur. Ce fut Agrsecius d'Antibes. Son cas etait tres difficile et on nepouvait 1'excuser, car le pretre Cataphromus, au nom d' Agrsecius lui-meme, avail adhere au concile etsigne tous les decrets.

Cesaire ne recula pas devant Implication des regies. Malgre 1'age avance du delinquant, il le somma de venir s'expliquer aCarpentras. Le concile qui fut reuni en ce lieu siegea le 6 novembre Say. Seize ev^ques repondirent a 1'appel du metropolitan!. Malheureusement celui d'Antibes ne vint pas et ne se fit pas representer. C'etait aggraver la faute et provoquer une condamnation. Craignant de ne plus pouvoir empecher les infractions a 1'avenir, sicelle-ci n'etait reprimee, Cesaire fulmina la sentence.

Apres avoir souscrit un canon' le seul de la reunion touchant la maniere d'administrer les revenus des paroisses, les biens des succursales et le respect du au clerge desservant, les seize eveques signerent la lettre destinee a leur collegue Agrsecius *.

Venere frere dans le Seigneur, votre devoir etait d'assister a notre synode pour rendre compte de votre conduite au sujet de 1'ordination en litige. Si vous 1'aviez fait, si vous vous etiez explique, tout se serait vraisemblablement arrange. Mais non,

i. Sirmundus, p. 2i3.

vous bravez vos collegues et vous violez la loi. Cette double faute ne peut rester impunie. C'est pourquoi Protadius, que vous avez ordonne en infraction des canons, et vous-meme subirez une egale sentence : d'un an vous ne celebrerez pas lamesse. II est juste d'observer ce qui a ete resolu en concile avec Faide du ciel. Comment pourrait-on respecter, dans le clerge etle peuple, nos ordonnances episcopates, si la loi est violee par ceux qui la font?

La peine imposee etait dure et nouvelle dans la discipline ecclesiastique, mais ce qui la fait sentir plus vivement encore, c'est le ton sec, bref de la communication. On voit queCesaire est froisse, et la lettre au Pape Felix IV pour lui expliquer cette affaire dut etre a 1'avenant, si nous en jugeons par la reponse de Rome 4 .

La region de Carpentras, si riante avec le decor du Mont Ventoux et Failure de jeunesse que donne le voisinage d'une campagne verte, fertile, embaumee, dut plaire a 1'eveque d' Aries. 11 retrouvait dans la ville du Forum Neronis quelques-uns des monuments de sa metropole. A cote de la basilique se dressait 1'arc triomphal, rappelant par ses captifs et ses poignards, sa cuirasse et son double faisceau de lances, la victoire des legions sur les Barbares aux braies collantes 2 . Ce monument autrefois elegant, si abime de nos jours, faisait un cadre somptueux a la basilique merovingienne ou se tint le concile. II serait a d^sirer que la cathedrale de Saint-

i. Sirraundus, p. 224.

a. L'arc de Carpentras est aujourd'hui enclave dans la cour de 1'ancien palais episcopal qui louche la cathedrale Saint-Siffrein. II est probablement de la meme e'poque que celui d'Orange.

Siffrein, assise sur des mines, eut 1'avantage d'etre fouillee jusqu'au sol antique. On ne la visite pas sans emotion pour y decouvrir les traces de 1'assemblee de 52y, sous le consulat de Mavortius. En dehors des murs de la nef droite, cote de 1'Evangile, la porte laterale franchie, on apercoit comme la signature archeologique du haut moyen age. Rien de plus venerable que 1'emplacement de ce cloitre disparu, rien de plus sacre que le petit passage separant les prisons actuelles de 1'eglise primitive I G'est la que Julien, eveque de Carpentras, a conduit ses holes, la qu'ils ont tons prie, delibere, statue de se reunir a Vaison, le 6 novembre de 1'annee suivante.

L'homme propose, Dieu et les evenements disposent. Ce n'est pas a Yaison que le concile projete se tint, mais a Orange; ce ne fut pas 1'an 5a8, mais Fan 629 ; enfin on n'ytraita pas de questions disciplinaires, mais du dogme.

Depuis longtemps Gesaire etait prepare a ce combat. Ses lectures quotidiennes de la Sainte Ecriture et de saint Augustin lui avaient rendu familiere la doctrine de la foi. Pomerius et ses relations avec les Papes completerent son fonds sur la question de la grace.

A la mort de saint Avitus de Vienne, survenue le 5 fevrier 5i8, Jean, qui lui succeda, chercha a reprendre sur 1'adversaire une partie du terrain conquis.

C'est alors que Cesaire multiplia son activite con-

i. Placid f custodiri, ut sequenti anno, in vico Fasensi^ octavo idus novembres debeat concilium congregari. Concilium Carpentoractense.

160 SAINT CfiSAIRE.

ciliaire precisement sur la partie de la province de Vienne detachee du royaume des Burgondes, au nord de la Durance.

S'il ne fallait songer a combattre directement les decretales de Symmaque, n'etait-il pas, du moms, possible d'essayer une diversion sur les vieilles querelles de la grace et d'infliger an primal une condamnation d'heresie? Par un renversement des roles qu'expliquent le moment et les changements de situation, Vienne, dit M. Lejay, allait, sans le nommer, reprendre la cause de Fauste. Pensant qu'un concile tenu a Valence lui serait favorable, Jean n'hesita pas a 1'y convoquer J . C'etait une illusion et une maladresse.

Chose curieuse, les biographes primitifs, qui ont passe sous silence tous les conciles presides par Gesaire, racontent les details de celui de Valence oil leur maitre ne vint pas.

Le recit est tellement suggestif qu'il est impossible de 1'omettre, malgre ses imprecisions. Beaucoup de rivaux, disent-ils, s'eleverent contre lui pour resister a sa doctrine de la grace 2 . Heureuse emulation ! Des murmures et des mauvais propos de certaines gens repandent enGaule une sinistre suspicion a l'egard de la predication de Fhomme de Dieu. G'est pourquoi les ev^ques du Christ situes au dela de 1'Isere, \inis par les liens de la charite, s'assemblent dans la cite de Valence. A cette reunion le bienheureux Cesaire se disposait a venir, lorsque son infirmite habituelle Fempecha. Cependantil

1. Revue d'histoire et de lilte'rature, religieuses, anne'eett. X, p. 245, a5o.

2. Ces personnalites n'etaient pas anonymes, Boniface nous dit que ce furent des eveques aliqui episcopi Galliarum...

envoya les plus erainents des ev^ques avec des pre"tres et des diacres. Parmi eux, brilla saint Cyprien de Toulon, evque remarquable et illustre. Dans les discussions, sa parole, s'appuyantsur les divines Ecritures et les antiques institutions des Peres, prouva que personne ne peut de soi-m6me faire aucun progres dans la divine perfection s'il n'a d'abord ete appele par la grace prevenante de Dieu. II ajouta que Fhomme ne retrouvera une volonte vraiment libre que s'il est rachete par Faction liberatrice du Christ. Cest ce qui lui fera atteindre 1'effet de la perfection. Dieu a dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire. C'est moi qui vous ai choisis et non vous. Tout bien vierit de Dieu. Je suis ce que je suis par la grace de Dieu. C'est Dieu qui donne la grace et la gloire.

De ces propositions 1'homme de Dieu rendit un compte vrai et evident, fonde sur la tradition apostolique. Au surplus, Boniface d'heureuse memoire, Pape de 1'Eglise romaine, informe de ce conflit, reprima energiquement les accusateurs et confirma de son autorite apostolique la sentence de Cesaire.

Ainsi, grace au Christ, les chefs des eglises accepterent peu a peu ce que le diable avail souhaite de detruire par une soudaine animosite *.

Toute cette affaire esl confusement presentee par les hagiographes. Un peu de critique nous amene a conclure que 1'eveque d'Arles ne dut pas sortir entierement victorieux de la discussion. II en rendit compte a Rome.

Ace moment, Felix IV gouvernait 1'Eglise. II etait bien eloigne de se ranger aux idees de Fauste,

i. Liber I, cap. v, 46.

que soutint la reunion de Valence. Le memoire theologique adresse au Pape par Cesaire et renfermant les points de doctrine qu'il voulait faire decider nous a ete transmis. Labbe 1'a public d'apres un manuscrit de Saint-Maximin de Treves 1 . II porte le nom de Capitula sancti Augustini in

urbem Romam transmissa. Les idees, en effet, sont

de ce docteur et souvent les expressions, mais tout cela est habilement compile.

Sous la forme breve de canon, le manuscrit cesarien retourna de Rome a Aries modifie et tout pret pour un concile.

Cesaire, ayant son document en mains, convoqua ses collegues. Ce futa Orange, sur les confins de sa province et dans le voisinage de la juridiction de Vienne.

Beaucoup d'auteurs ont place le concile d'Orange avant celui de Valence, dontles decisions nousmanquent; mais les raisonnements de M. Lejay nous semblent fort en faveur de la posteriorite. Cette hypothese, dit-il, etait necessaire, lorsqu'on voyait dans Cesaire un partisan modere des idees augustiniennes. Or la decouverte de 1'opuscule par dom Morin 2 , 1'etude des sermons, le rapport etabli entre la decretale d'Anastase II et les debuts theologiques du saint, prouvent qu'il a ete jusqu'au bout du systeme et qu'il n'a jamais cesse de le pr^cher durant sa longue carriere. C'est 1'incident necessaire qui montre pourqiioi Cesaire a voulu codifier les idees augustiniennes a cette date et non a une autre, et pourquoi il a pu supporter quelques attenua-

Page 1