‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 66 sur 98 · Capitula Sanctorum Patrum. Revue benedictine,t. XXI · texte numérisé non relu

Capitula Sanctorum Patrum. Revue benedictine,t. XXI

tions.... Hefele a eu raison de mettre Valence avant Orange 1 )).

Au commencement de juillet 529, arriverent done a Orange quatorze eveques, Cesaire en tele. La premiere chose qui frappa leurs regards en entrant dans la ville, ce fut Fare de Iriomphe. I.I demeurait intact, campe sur la voie antique et montrant sa face majestueuse aux trois portes d'ordre corinthien. Ce joyau de la Gaule, contemporain de 1'ere chretienne, ayec sa melee de cavaliers remains et gaulois, ses victoires aux couronnes de bronze, ses tro-phees d'armes decor-es de trompettes et de casques, pourrait etre compare aux plus beaux monuments de Rome.

Le mur du theatre, qui n'a peut-etre pas son pareil en Europe, dominant toute la ville commeune haute tourde castrum, attirait 1'attention de tant de voyageurs. Get immense theatre, d'ailleurs, adosse a la pente de la colline, touchait presque a la basilique. Libere, Prefet desGaules, avail fait batirce sanctuaire et en demandait la dedicace, suivant 1'usage gallican. C'est a cette occasion que s'assemblerent les Peres d'Orange.

Le prologue du concile.s'exprime ainsi : Etant venus a Orange pour la consecration de la basilique edifice par Libere, notre fils tres pieux, nous eumes une conference spirituelle entre nous sur les matieres des regies ecclesiastiques. II parvint a notre connaissance que certaines gens, par simplicite, ont des opinions peu sures et en disaccord avec la foi catholique, touchant la grace et le libre arbitre. Aussi, suivant 1'avis et Fautorite du siege apostolique, il

i . Revue d'histoirc et de literature religieuses, t. X, p. a47 , note.

nous a paru juste et raisonnable de publier et de souscrire un petit recueil de propositions a nous transmises par le Saint-Siege et tirees des Saintes Ecritiires par les anciens Peres. Ces propositions serviront a instruire ceux qui ne pensent pas comme 1'Eglise sur cette matiere et a incliner vers elle, sans retard, leur esprit d' adhesion catholique .

Le concile d'Orange a fait beaucoup de bruit dans le monde. Son importance vient de deux causes. C'est le premier en Gaule qui ait rendu une decisior^ en matiere de foi et sa valeur de ereance, par le fait de la sanction papale, est celle d'un coneiie cecumenique. II a tranche d'une facon, definitive la grosse querelle de la grace qui durait depuisplus d'un siecle.

En cette question si eontroversee, le temperament dela misericorde etnondu fatalisme, la bonte premiere de Dieu etle stimulant de la grace sur le vouloir personnel, voila qui inclinait Cesaire vers la verite dogmatique.

Incontestablement il a ete eclectique, prenant in^ telligemment de son maitre Fauste, que les A.fricains ont attaque avec fougue, de Fulgence, 1'eloquerit ev^que de Ruspe, de son auteur prefere, saint Augustin.

Comme ies discussions ardentes, passionnees cntre les Africaing et les Gaulois se rouvraient malgre la direction romaine, et que la reviviscence des idees semipelagiennes entamait de nouveau la pacification desa province, s'acharnaitmeme centre sapersonne, Cesaire jugea prudent, de concert avec le Saint-Siege, d'arreler ce mouvement dangereux.

Les ev<3ques d'Aix, d' Avignon, de Carpentras, de Gap, de Toulon, de Cavaillon, d'Apt, d'Orange, de Vaison, de Saint-Paul-Trois-Chateaux, de Frejus as-

sisterent done a la ceremonie religieuse et, 1'eglise de Libere consacree, prirent seance.

Us n'eurent pas la peine de deliberer longtemps. La lecture fihie, ils apposerent leur signature sur le parchemin prepare, en ajoutant : J'ai relu, je consens.

A leur suite, Libere, Prefet des Gaules et patrice, a signa les decrets avec sept officiers illustres , dont les noms terminent le document conciliaire. Quoique purement honorifique, la presence de ces lai'cs puissants devait donner plus de prix a la reunionepiscopate. Citons-les dans 1'ordre oil ils figurent : Syagrius, Opilio, Pantagathus, Deodatus, Cariatto, Marcellus, Namatius.

Les canons du concile sont au nombre de vingtcinq. Si on les compare avec les capitula de Cesaire, on peut apprecier le role du Pape etcelui de Feve'que. Ecartant ce rapport, tenons-nous-en a 1'enonce succinct de la doctrine.

II y ad'abord huit sentences en forme de canons..

Les deux premieres confirment les principes catholiques sur le peche originel et la necessite generale de la grace. Passant immediatement aux points speciaux, les quatre suivants repondent aux semipelagiens. Dans le septieme, on explique Fimpuissance des forces naturelles pour parvenir au bien du salut; et le huitieme condamne certaines theories du libre arbitre appiiquees a la grace du baptme.

Gescondamnations d'erreurs n'etant pas reconnues suffisantesa Rome, le Pape fit aj outer seize proposi- > tions du recueii forme par Prosper des Sententise de saint Augustin 1 . Gesextraits ontpour litres :lesecour&

i. P. Lejay, op. c. } p.

divin, le merite de 1'homme, Finfirmite du libre arbitre, la misericorde de Dieu, la source de la vertu chretienne, le role de la grace, 1'amour de Dieu, la nature et la grace, 1'obligation des voeux, la volonte de Dieu et de 1'homme, les sarments de la vigne, etc. Pour donner un peu de vie a ces sentences et les rendreplus pratiques, Cesaire les aquelquefoismodifiees, comme celles oil il est dit de ne pas se lasserde demanderP aide de Dieu etd'operer de bonnes actions. Enfin, comme si toutes ces additions ne suffisaient pas, Cesaire ajouta une longue formulede profession de foi, qui est un acte d'ardent amour. II y affirme Faffaiblissement du libre arbitre et repudie avec horreur toute solidarite avec ceux qui enseignent la predestination au mal, s'il en est. Oui, a ceuxla, au cas oil iis existent, je leur crie de toutes mes forces : Anatheme. II est manifeste que, dans toute oeuvre bonne, Finitiative vient de Dieu sans aucun merite de notre part : il inspire la foi et F amour, et par son secours nous pouvons lui plaire ensuite. Tous les baptises ont le pouvoir et le desir de faire leur salut en donnant leur concours a la grace du , Christ.

Telfutle formulairede doctrine souscrit a Orange : eloquent et precis, il est en meme temps modere quant aux personnes et tres net sur les principes. Pour le faire accepter comme emanant de Rome, il fallait une piece authentique. Des messagers partant de Provence coururent vers Felix IV et solliciterent sa sanction explicite. C'est Boniface, Fhomme de confiance et Farchidiacre du Pape, qui les ; recut. Felix IV etant mort le 20 ou le 22 septembre

i. Liber Pontif., LVU.

le Liber Pontificalis nous parle des protestations et des desordres m6me qui eclaterent contre la pretention de transmettre le siege pontifical comme un heritage. Boniface II, designe par le defunt, eut un rival dansDioscore, qui deceda le i4 octobre suivant. Les incidents du nouveau pontifical ont pu retarder I'approbation du concile. La lettre qui confirme les definitions d'Orange est seulement du 25 Janvier 53 1 1 . Sirmond la place apres le texte du concile etMaassen public une note, du ms. de Saint-Maur, qui est attribuee a Cesaire. Quiconque, y est-il dit, croit autrement que la decretale de Boniface II et du concile d'Orange touchant la grace et le libre arbilre, est en contradiction avec le Saint-Siege et 1'Eglise catjtio- Hque 2 .

Cesaire avail atleinl son but. En fermant 1'inlerminable conlroverse gallo-africaine, ii avail soulage les esprits et tourne les coeurs vers Rome. Sa foi dans Tautorite du Pape est une des caracterisliques du sainl eveque, aussi bien que son gout pour la codification des croyances. Ce qui est frappant dans cet homme simpliste, si ferme, si vigoureux, c'est 1'accent de sa lendresse. Meme dans un formulaire sec, absirait, comme celui des canons d'Orange, ii prend un ton humain, accessible aux delicats sentiments de la psychologic mysterieuse de la "religion.

Orange, qui possede de si beaux edifices anciens et des souvenirs si nombreux des veterans de la deuxieme legion, n'a conserve aucun debris de la basilique liberienne, car il serait difficile de recon-

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