‹ Saint Césaire (470-543) [microform]Chapitre 86 sur 98 · Dis Aliscamp lou cementeri · texte numérisé non relu

Dis Aliscamp lou cementeri

Plen de miracle e de misteri. . . . (Mistral, Nerto.)

ne ressemblait pas a 1'aspect d'aujourd'hui ! Cette route celebre, quiva vers Notre-Damede Grace, contient maintenant deux rangees a peine de cuves sepulcrales s'etalant entre le canal et la prairie. Lorsque nos ancetres du moyen age y accouraient en pelerinage, quaridrArioste le decrivit 1 et Dante le visita 2 , il y avait encore une superposition de cinq ou six rangs de tombeaux. Le dessin de Baumeni nous montre cette necropole avec ses monuments de toutes religions, entasses ou epars, effrayants par bur n ombre et attirants par leurs souvenirs. Gervais de Tilbury reporte au berceau mme du christianisme 1'origine de ce champ des morts. Trophime avait voulu etablir a Aries une necropole pour les orthodoxes. La consecration achevee, le Christ apparutet, benissant le cimetiere, lui conferala vertu de gardercontre les attaques du demon ceux qui y reposeraient 3 .

Confiants dans ces privileges qui rappellent, selon Ed. Leblant, une preoccupation constante des anciens au sujet du repos de leur depouille terrestre, les chretiens firent de toutes parts amener leurs corps dans eel asile beni.

Au moment oil. les Francs et les Burgondes assiegerent la ville d' Aries, les travaux du monastere des religieuses n'etaient pas acheves. Cesaire en hatait fievreusement 1'execution. II avait tellement a coeur cet etablissement qu'il y travaillait de ses propres mains 4 . Quelle douleur pour lui, lorsque les assie-

i. Orlando furioso, c. XXXIX.

a. In/erno, c. IX, v. jia-iiS,

3. Otia imperialia, III Decisio, c. xc : de cemeterio Elisii Campi et illuc advectis..., t. I, p. 190.

4. Lib. I, cap in, 20 : Manuquepwpria et sudore construxerat...

geants, s'attaquant a son ceuvre de predilection, renverserent les murailles et se servirent des materiaux pour former leur camp. Tout fut aneanti en cette annee5o8!

A.pres le depart des envahisseurs, le saint se remit au travail et recommenca ses constructions sur le m&me emplacement que la premiere fois instar priorisnormse.- Le 26 aout 5 1 3, on fit la dedicace du monastere sous 1'invocation de saint Jean. C'estseulement plus tard qu'il commenca a etre designe par le nom de son fondateur. L'installation du convent de Saint-Jean, aux Alyscamps, ne fut pas definitive. II semble par un texte de la Vita qu'il fut bientot transfere dans la ville, a 1'abri des remparts, pres du theatre, dans le quartier le plus rapproche du lieu abandonne. D'apres Messien et Etienne, en effet, le feu prit dans la ville, a la maison d'un nomme Jean, voisin des religieuses. Pousse par le vent, I'incendie gagnale monastere qui touchait, et il menacait de tout bruler. Les servantes de Dieu sont dans 1'effroi. Ne pouvant rompre la cloture, elles pensent aux citernes qu'elles ont fait creuser en cas de siege et, les voyant sans eau, s'y refugient avec leurs effets. Cesaire, prevenu du danger, a vite fait de franchir le court espace qui le separe de ses filles et se montre au-dessus des remparts par ou il etait venu, benit la flamme, prie, rassure tout le monde 1 .

Pour fixer la date precise et les motifs de la translation du monastere, il faudrait une longue etude

i. Lib. II, cap. ii, 21. Cf. Vita Rusticulse. De quelques passages de cette Pita on peut deduire aussi qu'au vi e siecle, il y avail, en ville, un couvent de religieuses de Cesaire.

critique que la nature de notre ceuvre presente nous oblige a laisser au futur historien de 1'abbaye de Saint-Cesaire.

Celle-ci etait situee sur la lisiere interieure des remparts, au prieure de Saint-Jean-de-Moustier, tres curieux par 1'antiquite de ses sculptures. Elle s'agrandit, ensuite, vers 1'aile de Saint-Blaise, mais n'en continua pas moins de posseder dans le cours des siecles l'emplacement primitif et la basilique de Sainte-Marie 4 .

Cette basilique avait trois nefs : saint Jean et saint Martin tenaientles cotes ; au milieu, le titulaire etait la Vierge. Pour oter tout souci de sepulture aux habitantes du monastere, le fondateur avait fait dispo ser, sur le pave de Feglise, de grandes tombes en pierre autour de relle qu'il s'etait reservee pour luimeme 2 .

L'arche etant construite, le nouveau Noe, comnle parle Cyprien, y fit venir les colombes. Ce fut d'a-

1. Archives des Bouckes-du-Rhone.. Fonds de Pabbaye de Saint-Cesaire. En 782, le monastere fut detruit par les Sarrasins. Rostang, archeveque d' Aries, le re'tablit 1'a'n 897... Le premier monastere fut d'abord bati aux Alyscamps, et plus tard, a cause des guerres, fut edifie dans la ville d'Arles... . L'an i36o, du temps des guerres, le monastere, qui etait hors la ville, fut transfere au prieure de Saint-Jean de Moustier qui en dependait, ouil subsiste aujourd'hui... On construisit une autre eglise, a cole de Saint-Jean, sous le litre de Saint-Blaise. C'est aujourd'hui celle du monastere.

Aries, Bibl. de la villa, Mss. Fonds Ve'ran. Les religieuses de 1'abbaye de Saint-Cesaire s'enfermerent dans Aries au ix e siecle, au moment des devastations sarrasines, mais, apres,- elles retournerent aux Alyscamps, puis revinrent entre la porte de TAure et 1'e'glise de la Major.

Archives des Bouches-du-Rhdne. Saint-Cesaire. Privileges, n<> 4.

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