‹ Saint-Cloud, Paris, et Cherbourg. Memoires pour servir à l'histoire de la révolution de 1830;Chapitre 1 sur 8 · URBAIN' CANEL · texte numérisé non relu

URBAIN' CANEL

104» lOB fiV BAC.

ADOLPHE GDYOT,

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M.DGGG.XXXU.

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Dans lespremiers mois de rannée 1828*

îÇ je publiai les J^ies des grands capitaines

\ français du moyen-- âge, ouvrage qui

^ ^ m'avait coûté douze années d un travail

"^ opiniâtre, et pour lequel je venais de

voyager pendant deux ans dans les diverses

^ parties de la France. M. le baron de Da-

mas lut mon ouvrage , et m'en témoigna sa satbfaction ; j'avais ea l'honneur de servir sou$ ses ordres en i8i6, lyetiS, lorsqu'il commandait la 8' division militaire, et il ne cessa alors de me traiter avec beaucoup de bienveillance. M' ayant fait appeler en avril i8a8 , il me proposa ■de m'attacher k l'éducation du jeune prince, mais uniquement pour rassembler des matériaux propres à composer un .grand, traité d'histoire; les travaux auxquels je m'étais livré toute ma vie , l'emploi que j'occupais à la bibliothèque de l'Arsenal , me mettaient plus qu'un autre en état de satisfaire M. de Damas ; insen- ^Icmeutmès attribution» s'étendirent, et je derios le secrétaù^e particulier dq cabinet de M. le Duc de Bordeaux. Le prince me traitait avec cette bonté dont il usait à l'égard des personnes qui avaient le bonheur de l'approcher; mes fonctions me mirent à même de connaître les choses

les plus intéressantes et dont le souvenir serait fécond si je cherchais à faire de longs récits. J'arriverai donc sans préambule à l'événement important qui forme l'objet principal de ces mémoires.

Le dimanche, 25 juillet i83o,jedînaià Saint*CIoud à la table du jeune prince ; je comptai au moins douze officiers de la

garde au nombre des convives : le repas fut triste, je ne sais pourquoi. A l'issue du

diné, M. de Damas me dit :« Vous n'aureac pas besoin de revenir à Saint-Cloud avant jeudi prochain. » Jamais nous ne mettions un si long intervalle dans nos jours de travail.

Nous passâmes dans le salon, où tout le monde resta; le jeune prince entra dans ses appartements; je l'y suivis. J^aperçus, placé de champ sur une chaise , un dessin magnifiquement encadré; je m'approchai pour l'examiner, ne doutant pas que cène fut un paysage d'un grand maître. Quel fut

mon ëtonnement lorsque je yis un dessin tput-à-fait médiocre. Dans ce moment M. le Duc de Bordeaux me joignit , » Vous regardez ce dessin , me dit-il avec un air triste qui ne lui était pas natuiel, c'est tout ce qui me reste de lui. — De qui?

— De mon père , ajouta-t-il en baissant extrêmement la voix, et puis il s'échappa.

Je demandai une explication de ceci au bonLavillatte^qui me répondit: Vous savez que les deux fils dç M. le comte d'Artois, furent élevés pendant plusieurs années à Turin, OWigcs de sortir de cette ville à rapproche de l'armée française , ils y laissèrent une partie de leurs effets ; un habitant de Turin a trouvé une malle ayant appartenu aux jeunes princes , et remplie d'objets insignifiants : ce dessin en faisait partie ; il Ta envoyé ne doutant pas qu'on n'y attachât beaucoup de prix. Le duc de Berry avait alors douze à treize ans; il a signé de ses initiales comme font tous les élèves.

Le lendemain I lundi, en arrivant à la bibliothèque de T Arsenal, je lus dans le Moniteur les fameuses ordonnances ; le rapport qui servait de préliminaire me parut parfaitement tracé, et je ne doutai point que cinquante mille hommes n'entourassent Paris pour appuyer ce coup d'état.

Je parcourus la capitale; sa physionomie ne m'offrit rien de particulier. Les faubourgs ne bougeaient point ; il est vrai que ce lundi était le jour de la fête de la Vilette, Tune de celles qui attirent le plus d'affluence , et chez le peiqplc parisien le plaisir est plus important que la politique.

Le mardi je me trouvais au Palais-Royal à I G heures du matin ; je lisais un journal, as^is sur un banc de pierre attenant aux galeries; au bout de quelques instants j'entendis du tumulte dans le jardin : un groupe considérable ^é forma sous les arbres en face de moi , et bientôt je distinguai un jeune Itonmiie monté sur une

chaise ^ qui lisait un jourpal a haute voix et en gesticulant comme un possède ; ceâe feuille contenait la protestation d'un grand nombre d* écrivains libéraux. Au bout d'une demilieure , des gendarnies arrivexent pour faire évacuer te jardin ; ils trouvèrent une vigoureuse résistance. U y avait auprès de moi , adossé à la grille , un petit vieillard tout noir; il regardait cet honpime monté surune chaise^ lisant le journal ; il se prit à dire : « Voilà comment les choses commencèrent en 1789. )» Je ne fis pas trop attention dans le moment aut pailles de mon voisin , mais depuis que les événements ont si bien ju^fié l'espèce de prédiction de ce petit vieillard , son visage s'est très-souvent représenté à mon souvenir. Enfin les groupes furent dispersés ; les hommes qui les composaient se répandirent dans les galeries en criant : Privent les deux cent vingt-un* Les boutiques du Palais-Royal se fcMnèrent spontanément.

Je me rendis a la bibUolhèqtlc de l'Arsenal; je rentrai/chefc moi à trois heures par le Luxembourg d^ne k Voisiiiage duquel je logeais , rue Madame^, rers les six heures v j'allai prendre , tue Christine , la voiture â^'M^uào^^ OÙ je désirais merendre pour présettter mes respects àlt^* de Labooilleiie ; je* recf contrai dam cette rue un de mes aitnis. Pendant que m>us causions ^ nous v$me$ pasiter dan& la tué Dauphtne ui^ie trentaini^ de gcfndann^ qui battaient en retraite du Pprtt-Neuf , poursuivis par ifn^ îonhAt peiçle ; les boutiques sefer*mèrent de tQitfeà parte, et des bourgeob nous apprirent qfjC^n pîHait h». mag^Lsins des armuriers ; je renonçai à mon voyage de Meudon , et je regagnai ma demeure par la rue Saii^t-André-des^Arts ; cependant , désirant savoir des nouvelles, j'allai passer une partie de la soirée rue Garencièrie , deirière Ssûn^ ^ Sulpice , chék .M. Deleuze, homme de lettres^ siconînu

par ses entretiens d*Eudoxe, et ses obser-votions sûr le magnétisme. Je trouvai les habitants de la maison dans la plus grande consternation; nous entendions très-distinctement le canon et la fusillade ; mais la lutte ne semblait avoir lieu que sur la rive droite de la Seine. Je sortis à onze heures de chez M. Deleuze; je vis tous les postés sous les armes ; je gagnai bientôt mon domicile et restai à ma fenêtre jusqu'à deux heures après minuit. La fusillade parut alors s* éteindre; je me couchai»

mais j'entendis bientôt après beaucoup de vacarme dans la rue : l'on cassait les ré^ veibères sans que personne s'y opposât*

Le mercredi y 28, je sortis à sept heures du matin , les boutiqi^es restaient fermées^

les débris des réverbères ccfdvraîent partout le pavé; les groupes se formaient dans les carrefours , mais je n'aperçus aucune démonstration hostile dans les quartiers de la rive gauche ; en arrivant sur le trottoir du Pont-Neuf, je rencontrai mon beau-frère , Eugène Devenue , qui me raconta quelques particularités des graves événements de la* veîUe; il m*assura avoir vu porter en triomphe par le peuple un capitaine de la ligne qui avait commande .a ses hommes de ne pas faire feu ; cet officier^était extrêmement pâle au milieu de son ovation.

Nous passâmes le Pont-Neuf ensemble, mon beau-frère et nroi ; mais , à peine fûmes-nous à Ventrée delà rue de la Monnaie, que nous ùous trouvâmes en face de la révolte armée ; des pelotons d'hommes du peuple accouraient du quai de la Féraille ; la rue de la Monnaie regorgeait de bandes qui s'avançaient en colonnes ser-

/ lO

rées ; je \ïs briser sous mes yeux les insîgués des fleurs de Ijs ornant la porte d'tin marchand de tàbae. Au même instant des troupes suisses parur^al sur le quai da Louvre, alors les insurgés se dfopersèrent dans les petites rues qui entouFent Fëglise 4e Saint-Germain-rÂuxerrois^

Le feu s'engagea entre les Parisiens et lès soldats. Je rebroussai chemin, et je me rendis au Luxembourg posr y lire les journaux. A peine étais-je entré dans le jardin^ que j'entendis une vire fusillade, du côté du Yal-de^Grâce , ce qid^estait que la révolte avait gagné la rive gauchie du fleuve. Je me hâtai de ^rtir du jardin,, crai^ant que les gfilles ne se fermassent pour long-temps. Une personne me suivait, marchant très-vite ; je me retournai et je reconnus M. de Clermont^TonDerre, Vancien ministre de la guerre, dont Thôtel touche le Luxembourg ; nous passâmes les grilles ensemble. La canonnade et la

fusillade augmentaient de plus en plus ; je ne savais en quel lieu me rendre pour roe rallier aux défenseurs de l'ordre public. J'imaginai d'aller à la première « division militaire , rue de Bourbon , ne doutant pas d'y trouver rassemblés beaucoup d'officiers isolés ou en permission à Paris : je ne rencontrai que le capitaine de planton* Au moment où je sortais de l'hôtel de la première division militaire , je vis courir dans la rue des ^ints- Pères des hommes habillés en gardes nationaux , et dans une tenue assez singulière ; les soldats de la ligne occupant le poste de Vétat^major les accueillirent par ttn éclat de rire , maïs ne les arrêtèrent pas. Ce» gardes nationaux gagnèrent le quai Malaquais ; je voulus les suivre sans trop savoir powquoi. Une douzaine de coups de fusil tirés des fenêtres du Louvre • nous accueillirent au moment où nous débouchions sur le quai ; une malheureuse

femme eut la cuisse cassée à dix pas de moi f sous le portail du n" 1 7 , ancien hôtel Bouillon. Je me jetai dans la boutique à demi-ouverte d'un graveur, ne voulant pas me faire tuer aussi inutilement.

J'en sortis au bout d'une demi-heure , et gagnai dans la rue des Saints-Pères la demeure de M. ïlenhequin, le célèbre avocat.

Je trouvai cet excellent homme entouré de sa famille et dans la plus grande exaltation; il m'accueillit avec empressement.

« Eh bien , me dit-il, qu'y a-t-il à faire ; » depuis hier je demande où je dois aller » pour me réunir aux amis du gouvème- » ment ; qu'on m'indique donc le Heu où » je pourrai me faire tuer pour le Roi ; » mais personne n'a été prévenu et il » faut se consumer en des vœux impuis- » sanls ». En disant ces mots, il bondis^ sait sur le parquçt. Ces belles paroles de M.Hcnnequinsontla meilleure réponse à cette épigramme qui courut après les évè-

i3 nements des trois journées! Paumezvous me dire où étaient les royalistes les 27, 28 et 2<Q juillet? Chtz eux : s'indignant de manquer de direction ^ bien décidés à risquer leurs jours pour la défense du trône , mais voulant au moins que leur dévouement servît à quelque chose. Si la garde nationale eût existé, les royalistes auraient eu un centre commun, et les factieux les eussent trouvés en face d'eux.

Je sortis de chez M. Hennequin, pénétré des sentiments si chaleureusement exprimés par ce fidèle serviteur , et ce fut en Fentendant parler que je conçus l'idée de me rendre àSaint-Cloud sur-le-champ, quoique M. de Damas m'eût annoncé que ma présence y serait inutile. J'arrivai au carrefour Bussi ; le peuple, ayant désarmé le poste de l'Abbaye , élevait une énorme barricade à l'entrée de la rue de Seine ; je la franchis avec assçz de peine , et je tombai au milieu d une foule d'hommes

de tout âge qui paraissaient prodigieusement agités; en m^apercevant, avec!^ mon ruban rouge à là boutonnière , ils crièrent : « Voilà un officier de la garde royale, il faut Tarréter. » FIu$ieurs d* entre eux me saisirent violemment, malgré mesdénégations ; je ne sais ccmiment je fis pour m'arracher de leurs mains; à chaque minute survenait un nouvel incident , et j'en profitai pour gagner la rue du Petite Bourbon et puis la place Sain^^ulpice ; personne n'avait encore pénétré dans le séminaire. Avant de monter chez moi, je voulus entrar chez un de mes voisins , M* Larivierre , conseiller à la cour de cassation. Je le trouvai dans son jardin , nullement effrayé , et ne doutant pas que cette lutte ne finît par le triomphe de l'autorité ; pendant qu*il me parlait dans ce sens avec beaucoup d'ardeur , la canonnade augmenta d'une manière effroyable ; il s'y joignit bientôt le son du tocsin de

Saint-Sulpice ; )'élais pétrifie. M. Larivierife avait pour locataire un Anglais; cet étranger , fort bicmd et asste petit de taille , courait çà et là dans le quartier, afin de recueillir de^ nourelles ; il venait nous lies rapporter ; je n'ai jamais vu un homme dans une telle jubilaUon ; il semblait dire « quei bonheur ! lé sang français wuk à grands flots. » Malgré ma viye préoccupation ^ je lui fis d'énergiques observations i enfin , après plusieitrs messages, il nous annonça que Ton venait de proclamer la i^publique ^vec M. de La Fayette pour président. Ceci est fort rc^ marquable , puisque nous n^étions qu'à la moitié du 28 juillet Dans la disposition d'esprit où je me trouvais, je pouvais ajouter foi à tout ce que j'entendais, aussi je crus bonnement à la nouvelle donnée parVanglais,

Je montai chez^ ma femme et lui annonçai mon intention d'aller sur-le-champ

i6 à Saînt-Cloud ; je craignais qu'elle ne voulût me retenir , elle - même ëtant trèssouffrante ; mais elle m'y exhorta en disant : «Votre devoir est d'aller vous ranger auprès des princes, puisqu'ils sont en danger. » J'endossai une veste de chasse à bouton de métal; je pris la rue Vaugirard et arrivai à la barrière, sans accident, mais toujours poursuivi par le bruit du canon dont le fracas augmentait sans cesse; je traversai le bourg de Grenelle- On m*y questionna beaucoup sur la situation de Paris ; il y régnait déjà beaucoup de fermentation,

D'après tout ce que j'avais vu dans la capitale, de la vigoureuse résistance que l'autorité y rencontrait , je m'imagi-

liais b'ouver mille obstacles à surmonter avant d* arriver à Saint-Cloud; raisonnant d'après le peu de notions militaires que j'avais acquises à la guerre, je me disais : « Néces^irement le pont de Grenelle sera occupé par une forte avantgarde ; le parc de Saint-Cloud sera coupe ou défendu par des forces imposantes ; la belle position du château sera couronnée de batteries ; je suis heureusement connu de beaucoup d'officiers de la garde i qui me faciliteront . les moyens de parvenir jusqu'au palais. » Je cheminai dans cette conviction. Je ne trouvai sur le pont de Grenelle que deux gendarmes qui me parurent fort inquiets sur le sort de leurs camarades de Paris. Cet abandon d'un poste aussi important me surprit étrangement; je coupai le chemin de Versailles et gagnai celui de Saint-Cloud ; je ne rencontrai pas un seul homme. Quelques pas avant Auteuil , je vis venir uq

peloton de grenadiers à cheval, ^n tête duquel marchait M. Kamencroski , pré-* mier aide^^-ca«i:ip du maréchal Marmont. ; je traversai lè bois de Boulogne sans faire d*atitre rencontre ; enfin je parvins à ce pont de Saint<3ôud que je me figurais m fomiidablement défend». J*y trouvai un capitaine et une demi^com pagnîe : 1* officier me qiiefiiâokifia> maii»^ le voyant plein de sécurité > je ne lui répon^ 4is qoe'quelques mots insignifiante , pour ne pas me feire stgnater comme u«i ahir* mistc(t). ^ '

(i) A41 pi^emtçr aspect, cme abaitiiÊe de ^Bj^M^*» tioDt militaires peut être regardée comdae Vfomm^ d* une incurie inexplicable, mais après avoir mûrement réfléchi on se Vexpllque facilement. Le Rot aurait pu aisétiient groaper autt^ur de sa dfsmeure quarante mille hominds, puisqu'une graixde revae Tenait d'être annoncée à l'occasion de nos victoires d'Afrique ; il aurait pu introduire dans sa capitale des forces considérables ; on lui auta vraisemblable-

^9 Je montai la rampe. Lès soldats de la

garde royale occupaient leur poste accou^

tumc ; la cour d'honneur , ordinairement

remplie de voitures , était solitaire. Je me

rendis ^éhez M. de Dama5 par le couloir

des offioss ; je ne vis rien de changé dans

ment proposé|lç pr^dre tput^s ces précaution!.» inais

il les aura jugées inutiles. « Que puis-je craindre des

» Français > et des Parisiens en particulier, aura-t-i)

» i^éjMNidv, ils jbttîaaent d*tin Wflpi^^lrie inoboDii jos*

x> qu'A prési^t daps ïes«iin|iles du pays.L9 çpnquéte

» d'Alger, le fait d'armes le plus éclatant des temps

» modernes , vient de placer la France à l'apogée de la

» gloire 'y les Français stoaient des insensés «'ils cot»<

» proimetialenl kur WieM ^n slnsurgeant a propos

» d'un acte gui m'est dicté par le seiil désir d'affer^

» mir l'état prospère dans lequel ils vivent tous. Ce

» serait leur faire outrage que de m'entourer de

» troupes comme un tyran qui tremble au milieu de

» ses peuplés. «D'après cette interprétation, la seule

convenable, cette négligence, loin de paraître Stu« j

pide, a quelque chose de touchant qui commande le

respect.

le service intérieur , seulement je ne rencontrai personne dans ces étroits corridors où les autres jours je ne pouvais passer sans être coudoyé par les allants et 'venants; j'arrivai aux appartements (fu duc de Bordea ux; tout y était désert (i). LTiuîssîer parut un peu surpris de la négligence de

ma tenue ; me reconnaissant cependant pour être de la maison, il me dit : <( Ils sont au Trocadéro. » Je franchis lé pont léger qui unit le corps de logis à la'colline; après avoir cherché quelque temps M. de Damas dans ce vaste parc , je l'aperçus au milieu d'un parterre planté, au pied de la montagne, derrière les écuries. Le jeune prince jouait avec plusieurs enfants de madame de Damas, qui les regardait, assise sur un

(i) Tous les mercredis M. de Damas donnait un diner auquel il invitait un certain nombre d'hommes de lettres , et princîpaleûient des académiciens : aucun de ces messieurs ne parut ce jour-là.

banc aveclâ gouvernante de sa fille. M. de Damas se promenait avec M. Duhamel , député de la Gironde , frère du maire de Bordeaux. M. Duhamel, accompagné de son fils, était venu offrir ses services. En m'apercevant , M. de Damas me demanda vivement des nouvelles de Paris; tt Les événements de la journée sont fort graves , lui répondis-je ; il a fallu que je prisse cette espèce de déguisement pour parvenir jusqu'à vous ; la capitale est en pleine révolte ; les insurges ont, je crois, gagné beaucoup de terrain. » Dans ce moment survint le général Crossard. , ; qui arrivait de Paris , pour offrir également ses services ; il présenta la situation des choses sous un aspect encore plus sombre que je ne l'avais fait; voici une phrase remarquable de son discours, a Le duc de , ^ Baguse a commis une faute impardon- » nable en engageant ses troupes dans les » rue» de Paris \ du moment où Y on

» troure de la résistance ausein des villes, >» l'on bat en retraité et l'on ne compro- Y» met pas ses hommes dans une ^erre ^ àt pots de tbamfare. • M. le gênerai Crossard demanda un uniforme , car il ëtait Ténu en firaci et «^offrit d'aller porter au duc de Raguse Tordre d'éracuer tout l'intérieur de Jhm , pour con^ centrer ses forces autour des Tuileries , et attendre ainsi l'arrivé suc<!e9siYe des troupes qui arrivaient de toutes lés directions,

Madaïkie de Ikitia^ avait «qpiittéscmbanc et noys écoutait avec ii^iiiiëtude. Tootà-^mip, pendant que nous étions encerete à parler de choses aussi tristes, le £ictionnaire pkcé au*dessus de notre téte^ à Tùn dtéS angles de la clôture du IVocadéro , fit entendre le cri>, aux arm^s, mta: armes ^ comme si l'ennemi eût tourné la position.

La foudre tombant au milieu de nous n'eut pas cause plus d'effroi; M. de Damas

s'étença vers le duc de Bordeaux et l'enleva, comme une plume, tt, se retournant yera moi, il me dit : <» Maza», prenez ma femine.etmes enfass, ne les quittez pas. »

Madame âe Damas , fort effi^yëe , saisit mon brasu Jo* prÎ6 par la main la jeune AlUx et Je graiiis k pied le Troca(îéro.

Nous ptaâ3âmes fe pont su^endu et nous reiMjfâoie^ dans lea^ appartemEents. Tout le inofide 9e mit sous l^s armes ; on barricada les poitef . J'avouerai que , dans ce moment de terrau* , je me crus destiné à voir une jpuméc semblable à celle du S 0» 6 octobre 1789. Les antres personnes du cb&t^iip«raîa9iaiçn^ aussi épouvast^s^ que moi ; mais nous ne restâpies pa^ longtemps SQu$ le poids de 'cette panique ; nous. apprîmes bientôt que le factionnaire^ prenant pour des insurgés des hommes <jyi*il avait vu filer le long du mur, avait dionné l'alarme mal à propos. Nous de meuràmçs tous réunis dans les apparte-

â4 ments du duc de Bordeaux et collés aux fenêtres. Nous entendîmes fort bien les coupa de canon. La nuit étant venue, j'offris à M. de Damas de rester avec lui et de .ne point retourner à Paris. « Je l'accepte d'autant plus volontiers, me ditil , que chacun s'éclipse comme par enchantement ; les gens de service même sont introuvables. » Le jeune prince, ass(?tz étonné de l'agitation qu'il voyait régner autour de lui , se coucha plus tard qu'à l'ordinaire. Lorsque nous fûmesseuls avec M. de Damas dans son cabinet, il me dit :

Voilà beaucoup de lettres restées en souffrance depuis vingt-quatre heures, à cause de ce qui se passe; faites-en le dépouillement, elles contiennent toutes, jepense,des demandes de secours adressées à M. le duc de Bordeaux. » Deux foispar jour l'huissier apportait la levée de la poste. Sur vingt lettres, dix-huit contenaient des demandes dçï recours» et M. de Damas marquait avec

un crayon la somme qu'il fallait donner( i) • Celles que je dépouillai ce soir là étaient dé cette nature : des ouTners sans trayail, des indigents de toute espèce, imploraient la commisération du jeune prince. M. de Damas, que rien ne pouvait distraire de l'accomplissement de ses devoirs, marqua, comme à l'ordinaire, sur chacune des pétitions, la somme à donner. Hélas ! peutêtre dans ce moment, l'omTier à qui était destiné ce secours , égaré par les agitateurs, tirait des coups de fusil contre les troupes royales.

Je passai le reste de* la soirée à une fenêtre. La canonnade parut s'éteindre vers une heure du matin ; j'en profitai pour me

(i) J*ai vu maintes fois M. le duc de Bordeaux faire ce noble apprentissage de la bienfaisance. Assis sur les genoux de son gouverneur , il marquait luimêfte avec un crayon, d'après les observations de M. de Damas, la somme qu'il fallait donner : ces de« mandes ainsi apostillées passaient entre les mains du trésorier, qui exécutait les ordres.

jeter tout habillé sur un pliant; )e ne pas^ fermer Vœil. LiOfsque le jour commença à poindre, je revips à la fenêtre, j'entendis de$ coups de fusil lointains (jeudi ^)« Je me rendis chez M, de Damas» que je trouvai seul , marchant à gi-aoids pas ; il avait Fair fatigué, mais point abattu. Je le q^uestionnai asse« timidement pour ^voir si le roi avait tenu quelque conseil, si Ton sVtait décidé à quelque parti vigoureux ; il me répondit d unç manière évasive* Faisant allusion k ce qui nous était arrivé la veille lorsque le factionnaire avait donné Talarmeif je dis à M. de Dami^; Savezvous« M. le baron^ que le ciel vous destine peutrétre à jouer le rôle de Tanncgu j Dut cfaâtel. « Je n'ai point de rôle à jouer ici , je n*aî que des ordres à recevoir », me répondit-il sèchement

Au moyen d'un télescope^ nous disfinguâmes fort bien un drapeau tricolore sur une des tours de Notra-Dame ; puis ce

drapeau fut cnlcvc et on ne le vit repSi^ raiire que vers midi. M* de Damas m*ordonna de ranger des papiers importants ^ d'cnhrûler quelques uns, enfin de prendre les dispositions préliminaires d'iin pro* diain d^art. Il emtra ches le prince à sept heures du matin, lui fit faire sa prière ; puis l'enfant ayant sauté quelques instants , se mit h se& '^devoirs 'Sous la direction de M; de Barande, soas-^précepteur.Vers huit heures, M* de Damas le conduisit chez le roi ; le baron me dit : a Vous, descendex dans Saint*ClDud, allez le plus avant pos* siblc vers Paris pour apprendre quelque çhosede noavcau,mais al^tenez^ vous d'entrer ilaos ia ville et ne Ur^ez pas ii revenir, car ) entrevois que j'aurai grand besoin de vous. ^ Je traversai Boulogne , le bois et Auteuil ; je n'aperçus sur ma route aucuft soldat , les habitants me regardaient d'un air animé ; une sourde agitation régnait dans les deux villages. Je joîgqis le chemin

de Versailles, j y trouvai une file de petites voitures revenant de Paris, où elles navaîent pu pénétrer; les conducteurs m'apprirent que les barrières étaient fermées par des monceaux de pierres et que nul ne pouvait entrer. J'avançai jusqu'au pont de Grenelle, que j'avais passé la veille ; une haute palissade en défendait Vembouchure ; une centaine d'hommes sans armes formaient divers groupes sur le chemin :

je me mêlai avec eux. Tous vomissaient les plus horribles imprécations contre lesminish'es et le duc de Raguse. Tout-à-coup je vis sortir d'une maison attenant au pont un homme armé d un fusil ; il portail noué autour de sa ceinure un mouchoir contenant des cartouches. Ce personnage se mit à crier : que les bons garçons me suivent:

les royaux attaquent Grenelle , allons les repousser ». Je ne pus m'empécher de frissonner à l'apparition de cet homme, image vivante de la guerre civile*

Aucun de ceux parmi lesqueb je me trouvai ne répondit à son appel. Il sauta par-dessus les palissades et gagna en courant l'autre bout du pont.

Certain que Ton ne pouvait franchir la barrière, je jugeai convenable de revenir à Saint-Cloud ; je pris ptr Sèvres ; l'insurrection gagnait déjà ce village. On avait tenté de placer le drapeau tricolore à la porte du parc. J'y appris que les habitants de Versailles imitaientceuxdeParis. Arrivé au bout de Tallée de Brcteuil , je trouvai le poste de la garde royale ; il ne me parut pas plus nombreux qu'à l'ordinaire ; une partie des soldats qui le composaient jouaient aux quilles, et à cinq cents pas d'eux Sèvres déployait Tétendard de la révolte.

Je remontai dans l'appartement de M. de Damas ; je lui racontai comment j avais appris que les Parisiens, maîtres des barrières, en défendaient l'entrée. M. de

Dreûx^Brezé cl M. le général Vincent parurent peu d^inslants après; ils se plai->gnirent au baron que personne n^organis&t une espèce de défense, qu'il y avait absence totale de direction ; que le général Border soult , à qui on venait de confier le commandement des Croupes de Saint-Cloud^ était à moitié apo)[>lectique. <« Cependant, dirent-ils , le danger devient de plus en plus sérieux , et il est urgent de prendre quelque parti. )» « Quant i moi, dit M. de Damas, je ne suis investi d'aucun com*^ m&ndemcnt, tous mes soins doivent se borner à la garde du jeune prince, et dans les circonstances actuelles, cette seule obligation me paraît plus rigour reuse que la défense de ma propre vie.

Ces messieurs s'inclinèrent devant dételles paroles. Madame de Gontaut entra au même instant ; elle paraissait &>rt effrayée des événements de Versailles. Cette dame nous apprit l'arrivée des élèves -de l'école

Tnilffaire de Saint^yr* ces jeunes gens , pleins d*ardear y étaient accourus à Saint- Gloud avec quatre pièces de canon ser* vant àleurs exercices. Comme Vîntennes se trouTait à Taulre extrémité de Paris, on n'avaitpu faire venir de rarrillerie à Saint- Gloud et les premiers canons dont put dis« poser, pour sa défense personnelle, Charles K, le plus puissant souverain de T Europe, furent les canons d^me école, servis par des enfants. Au reste , les élèves de Saint-Cyr montraient tellemeiït d'ardeur pour aller se joindre dans Paris à la garde royale , qu il fallut , pour les retenir, les enfermer dans une cour attenant aux écuries ; je les ai vus pendus aux grilles^ criant à tue-téte vice le Roi! Singulier contraste i avec la eondulle des élèves de l'école pol y teeimiquei

Cependant^ M. le général Vincent offrit d'aller tout seul à Yefôailles essayer défaire rentrer cette viilc sous rautorlté

du Roi. J*ai su qu'il fut accueilli^ai' une foule en démence , à laquelle cependant il sut imposer par son sang-»

froid et ses paroles énergiques. « Vous voulez me luer , eh' bîen frappez, leur dit-il, en ouvrant son uniforme et présentant sa poitrine couyerte de cicatrices ; espérez - vous me faire transiger avec mes devoirs par la crainte de la mort. »

Il essaya vainement de rappeler ces furieux à Tobéissance, il fut obligé de revenir à Saint - Cloud sans avoir rien obtenu.

Le salon vert de M. le duc de , Bordeaux devint le rendez- vous de tout. ce qui se trouvait à Saint-Cloud ; on y répandait les nouvelles les plus contradictoires. Un officier supérieur , attaché

à la maison du roi , vint annoncer que plusieurs députés de la gauche , et notamment M. Casimir Périer, avaient été fusillés le^matin sur la place Vendôme (i).

Le jeune prince écoutait avec avidité tout ce que Ton disait, sans cependant témoi-

( i) Yoki ce qui avait donné lieu à ce bruit. Le soir du inercredi , les Parisiens vinrent par la rue de la Paix assaillir le 5* de ligne stationné sur la place Yendôme. Une compagnie de ce régiment reçut l'ordre de balayer cette rue; au moment où le capitaine faisait apprêter les armes pour coucher en joue les Parisiens , M» Casimir Périer arriva en voiture de la. rue des Capuclftes, et très-vite; si les feux avaient été exécutés, cette voiture les aurait reçus en entier. M. Casimir Périer fit ^arrêter, et supplia à haute YoiX| le capitaine de ne pas faire feu. L'officier le reconnut 9 alla, lui parler à sa portière, et, sur les instantes prières de M. Périer, ramena sa compagnie sur la place Vendôme , sans avoir fait usage de ses armes. M. Périer a avoué depuis qu'il devait la vie à ce capitaine et lui en a donné l'attestation. Il le £t nommer chef de bataillon et commandant une place 4ans le Nord.

gner ni effroi ^ ni in^étude. Son ^u-* vemeur le tenait constamment |^ar la main , exerçant à son égard la surveillance la plus minutieuse. Il &ut que )e ccmsigoe ici une pd&i» particularité assiez rcAarquable.YeFS trois heures aprèsnnidi , M, de Damas et le jeune prince se trouvaient auprès d^une fenêtre au milieu d*un groupe de cinq ou six personnes ; j'en fesais partie. On déplorait les malheurs de la journée: «Que voulez-ypus, dît un officier supérieur de la maison civile ^u roi I rcTêtu d'un habit brodé sur toutes les coutures; que voulez-vous, 4e tout tempsf 1^ royau^^ été battue dans le moi^ de juillet, p Mais, Bauvines, Monsieur, dit le baron de Damas , avec son sangfroid accoutumé, et les victoires de faillebourg et Denain , re^H^srje à mon tour , furent remportées en juillet L'indiscret observateur se tut. Hélas! dans ce moment où nous parlions, les Parisiens lui

donnaient gain de cdtise ; mais uti dignilatre de la cour derait-il tenir un pareil propos devant le d^c de Bordeaux ?

Au milieu de ces entretiens divers , l'entendis prononcer le nom du duc d'Orléans. Chacun trouvait étonnant que ce prince ne fût pas venu se ranger auprès du roi^ Ton disait hautement qu'il fafllait 8*assurer de. sa personne ^ et l'on désignait itiéme l'officier des gardes^ucorps que l'on croyait propre à remplir cet office par la fermeté de son caractère ; je tairai 5on nom.

De moment en moment ^ les nouvelles dévenaient plus sinistres ; Ton assurait que k régiment des landiers avak été anéanti eh emier ; enfin ^ on eut la triste certitude que les troupes royales évacuaient Paris et se repliaient sûr Saintdoud. Aussitôt cette noutelle connue, les préparatifs dé départ devinrent plus actîfe. Madame de Damas voulut se mettre

M. le dievalier de Lasalle entra dan», ce mcmient dbçz M. de Trogof ; il nous apprit que MM, de Vîtrolle et de Semaor ville Tenaient d'arriver de Pjuris pour négocier un arrangement Jç £u& surpris de voir ces deux noms accola ensemible.

A cinq heures , la ^rde royak battant

en retraiterepassale pont de Saint-Qoud;

)e ia vis défiler tamJMiur battant Quel

spectacle ! Les hopicqes paraissaient ex-^

ténues de fatigue ^ mais ils conservaient

une attitude fière et m^e passionnée; le&

bataillons du i5^ léger me frappèrent sm^

tout par llexakation que Ton voyait peinte

sur la figure de clique soldat. Leur co^

lânel ^ M. de Perregaux , passa à côté de

moi y portant le drapeau de son régiment;

il vint mftttre pied à terre au perron de

rHwloge. Il y avait quelque chose d'hç"

rdSque dans toute sa personne; il raon^^

tait , autant ,^e je puis me le rappeler ,

UQ cheval gris pommelé ^ fort beau/ La

Toe de ce colonel , rapportant k drapieau

à son roi dans ee roomenlsolennel, frappa

singiiUèreiDeat mcsi esprits; ye ne puia

ôXfnrimerce quemoir, vieœc soMat , éproutai àl Vaspeit de ces grenadiers qui reuaie»! de se kâMH-Cr au( miKeu de là capitaie de leur pa^-^ contpe des Français téti^s ; )e les plaigaais", )e les admirais.

Les iroapes arri^a»it de Paris manquaient dérives depms TÎngtHiuartre keures : Ton tantnassa toiKi le pam* ^fm Fod^ put ti^ouver dan9 âamnt^-Ckmd'; on mit éjgatemtot à Gontr&ution les* ctdsines et le^^ différentes tables du château ; Fou ne voyait dans les corridors que des valets ae pied chargés de miches de pain ; une partie des rôtis et autres mets passèrent en un clin-d'œil dans les bivouacsétablis au milieu du parc ; ):'ayais ma place à la table do M. de Damas que le jeune priiice présidait; on y invita beaucoup d'officiers qui nous arriveront encore. tout noirs de poudre. Quelqu'un

vînt dire qu'il y'avait au pied de rOrangerie une compagnie de grenadiers qui n'avait absolument rien à manger; aussitôt M. de Damas fit enlever de dessus la table la majeure partie des plats, ainsi que les bouteilles de vin. Le duc de Bordeaux^ encore plus animé que son gouverneur y prit lui-même plusieurs plats d'açgent fort lourcb et les enleva au-dessus de sa tête pour que les gens de service les des^ cendissent âhix soldats ; enfin ^ il j eut une telle abnégation de soi-même qu'il ne resta plus rien sur la tablé , ce qui causa un mouvement d'hilarité*

Après ce singulier repas , qui , à vrai dire, n'en fut pas un, nous montâmes au Trocadéro suivant la coutume adoptée pour la promenade da princ"e , car

dans la maison des rois le lendemain res^ semble toujours à la veille , à moins qoe la foudre ne vienne interrompre le cours de ces uniformités. Les esprits paraissaient plus calmes ; un accommodement prochain semblait être assuré. On s'accostait sur les tarrasses pour se communiquer mutuellement ce que Ton avait appris : j^allai offrir mes hommages à M'ûe de Rivera, sous - gouvernante de Mademoiselle 9 qui venait d'arriver au Trocadéro avec la jeune princesse ; cette dame me dit : « Eh bien ! vous savez , Monsieur, ce qui so passe. — Non , Madame. — C'est une chose bien triste pour un homme que vous aimez bien , M. le duc de Mortemart (i). — Quoi donc! dcman-

(i) Je n'avais eu jusqu'alors avec M. le duc de Mortemart que des relations de société: la littérature en fat le principe ; on sait que dans sa famille l'on

dai-^je fort effrayé. — Les dépotés péunk dM^ M. Lafitte mettent poor cùaiSùan à racconanodemciit la naminatiDn de M. le duc de Mortemart comme premkr iofadslre. -^ Mais il xv'estpotnt à Saml'dottd^ -^ Yofss vaàs frûmpez; aiossitét qu'il a comia ia graTité des éYrsenietttÇy il a quiklé Neaupkle pour ^enâr preadif e son sor^ce de cspitaiiie des ^rdés ; je Vsi mètae nça cfaes moi^ sa nomina^ii) est £ûte y et déjk tvat fe ch^au ciie haro eontare loi ; de ce ijpt les dëpiotési le demandent pour premier miiiistare, on ïe

aecuelHir (joueurs: a^efi diatinclleii' le& luunm^ de lettres; M. dé Mortemart s'intéressa virement à la composition de mon ouvrage , r Histoire des grands Capitaines français du m<yyen-àge; il Yoalut bien me fournir qtielqttes notes militaires et , dans une course qu'il fit en Poitou, îl leva^ lui-même, exprès pour moi, le plan dkt terrain sur lequd 6it lî^pée la bataiUe de Poitiers, en Taccompagnaur d'une dissertation foEl htmineuse.

âgnale ici coQiiae <^f de parti, et vous savez aussi biea que moi ai M. de Mor« ttemart esl chef de parti. » M^^^de Bivera ^interrompit pour me faire remarquer Mademoiseïki qui avait chargé sa déb* ciedse tête d'i^a peut kolbak de el^taseur.

Le duc de Borde^^ua^ réunissait ordinaire^ ment après son diner tous les petits garço9§ du château pour jouer avec eux; il lea affublait d'mi iiormes» il en aurait de toute sorte dans son araenal. Quoique par son sexe Mad^maUdk dût être ex-* clue de ces jeux militaires « elle y pteoait part tcèsrsouyent. Ce )pur*là cette réunion d'enfants se partagea en deux diinsions:

le duc de Sprdeao.'^ » b^Ué. en grenadier de la garde, covMnaâdait les soldais rojaux j et jjkfadl^mpil^e^fel^ in^gé^ parisiens^ et, pendant que nous tous parlions trisliemeiit de f ayenûr de la France t ces )eumes enfante , que Tcxil attendait , louaient innocemment à la guerre civile ^

passaient et repassaient au milieu de nous en poussant des cris aigus.

La nuit approchait, nous entrâmes dans les appartements. La première personne que je trouvai chez M. de Damas, ïîit M. de Montbel ; je l'accostai. 11 ne me parut changé ni de manières, ni dé maintien ; les seuls mots que j'eus le temps d'obtenir de lui , relativement aux événements , fîu-ent ceux-ci : « Il y a eu défection de la part d'une partie de la ligne, etpanique du côté desSuisses. » M. de Damas étant survenu , je me retirai par discrétion ; je passai dans le salon vert. A peine y étaîs-je assis, causant avec M. dé Labouillerie , qu'un huissier dé la maison de Mademoiselle vint me demander: je sortis. ïjp descendant le grand escalier, je rencontrai quatre ministres, MM. CapcUe, Peyronnet, Chantelause et Guernon-Ranville ; ils étaient en frac et fort en désordre; ils paraissaient profondément

abattus ; je me rangeai pour les laisser passer, ils me saluèrent.

L'huissier de Mademoiselle me conduisit dans les appartements de madame de Rivera. J'y trouvai M. le duc de Mortemart a demi étendu sur un canapé ; il était revêtu de son uniforme de capitaine des gardes avec les insignes de tous ses ordres. « M. de Mortemart, ayant appris » que vous étiez à Saint-Cloud, me dit » madame de Rivera , a témoigné le désir » de vous voir, je vous ai fait appeler; je » vous laisse maintenant avec lui ; je vais » joindre Mademoiselle. » M. de Morteroart me dit à son tour : Je suis extrêmement souffrant , j'arrive de Neauphle pour prendre mon service auprès du roi et s'il le faut, le défendre de ma personne dans ce pressant danger ; mais un plus grand malheur vient dem'atteîndre: les députés réunis chez M. LafUte m'ont demande pour premier ipinistre ; je ne puis reculer

chercher le duc à travers les appartements du château ; je m*eu chargeai , quoique je ne fusse guère mieux aiourné que lui ; j'arrivai dans le salon où se tiennent les officiers de service ; j'y trouvai M. Dîesbach, un des officiers supérieurs des gardes à pied. Vous cherchez sans doute M. de Mortemart , il est auprès du Roi , me dit-il en me montrant la porte du salon toute ouverte- J'avançai avec l'inten-?

tion d* entrer , car je tenais beaucoup à •m'acquitter de ma commission ; mais l'huissier m'arrêta, et me fit observer assez timidement que dans la tenue où j'étais ( en petite veste ) je ne pouvais entrer.

Le motif me parut assez juste, quoique les circonstances dans lesquelles nous nous trouvions fussent de nature à légitimer les exceptions. « Eh bien ! dis -je à cet huissier, ayez la bonté de faire sortir M. le duc de Mortemart, nous le voyons d'ici. » Je restai sur le seuil de la porte,et

considérai avec beaucoup d^ attention- la scène qui s'offrait à mes yeux.

Bans l'angle droit de Tappattement , M. le Dauphin causait avec un officier général en regardant une carte géographique.

Le Roi était assis à une table avec madame la duchesse de Berry , et M. de Duras.

Je ne reconnus pas la quatrième personne, caur elle tournait le dos à la porte. A Toccasion du jeu de wisk , le procureur général , lorS du procès des ministres, adressa à Charles X des reproches tellement solennels, que l'historien qui écrira la vie de ce monarque se croira obligé de consigner ce trait J mais si l'historien est du «ombre de ceux qui apprpfondissent Jes choses , il sera bientôt convaincu que le rapporteur avait attaché beaucoup d'importance à une chose qui en méritait fort "^eu, et

qui d'ailleurs était à peu près inexacte.

Pendant deux anS^, j'ai vainement espéré que ce fait serait éclaircî par. un

ami de la vi^ritc. Je vais accomplir ce devoir.

. Il e%iaX^ dan$ les cours une uniformité accablante que rien ne peut changer, parce qu'une foule d'iptérêts privés s'y rattachent.CharlesX ne disait pas : Allons, voyons , je veux jpuer , que Ton dresse une table. Ula trouvait dressée, et le premier gentilhomme de la chambre lui disait : Sire , c'est l'heure du jeu, votre par-^ tie est arrangée. Le mercredi 28 , oa le lui dit également , et il s'agsit machinalement à la table de jeu où il s'asseyait chaque jour ; les habitudes deviennent invincibles quand l'homiiie arrive à un âge avancé.

Mais le canon grondait , mais on enten<dait le fpacas de la guerre civile, et Charges X ne resta point sur son ?iége, il ne mêla point les cartes , et passa tout le temps sur le balcon , regardant Paris avec douleur. Je me promenais dans la coiu:

avec quelques officiers tout le mercredi

5i soir ; je vis le. Roi re^'enir plus de vingt fois à son balcon . Les personnes qui se trouvaient avec moi firent la réflexion naturelle : On voit bien quil ri a pas le

cœur à Jouer. En efTet, il rentra dans son appartement plus tôt qu^à l'ordinaire, et nous salua même du haut de son biadcon.

. Le jeudi soir , le premier gentilhomme de la chamlnre s'abstint pour cette fois d'annoncer au Roi que sa partie était arrangée. Le canon ne! grondait plus, le sang français avait cessé de couler, un nouveau président du conseil venait d' être nommé ; personne ne doutait au château que M . de Mortemart ne pât s'installer le lendemain à Thôtcl des affaires étrangères comme ses prédécesâeiirs. Un arrangement paraissait assuré. Le Roi pouvait bii^n partager la confiance gé* nérale , et s'il ne l'avait pas lui-même , il devait la montrer pour l'inspirer à tout ceux qui T entouraient. Cependant le Roi

ïie s^assît devant une tabfe que pour avoir un maintien. Lorsque je pus considérer le tableau que m'offrait l'intérieur de cet appartement , je vis bien qu'on ne jouait pas , je n'aperçus pas de cartes €ntre les mains des personnes désignées. Le Roi causaitfort sârieusement avec M. de Mortemart^ qui s'était penché pour l'écouter ; madame la duchesse de Berry parlait avec beaucoup de chaleur à M. de Luxembourg.

M. le duc de^Diïras s'entretenait fort bas avec d'autres personnes. Voyant cette scène, il ne me vint pas dans l'idée de trouver déplacé que le Roi fut assis à cette table , quoique les circonstances politiques m' eussent singulièrement disposé au blâme.

Telle fut cette partie de wisk^ l'objet de tant de récriminations ; elle finit du reste plutôt que de coutume, et, au-bout de quelques minutes d'attente , je vis venir M. de Morlemart ; je l'arrêtai au passage. Nous nous rendîmes ensemble au bivouac des

gardes à pied, et puis dans Fappartement de M. de Cossé , que Ton avait cédé pour le moment à M. de Mortemart. M. de Gossé était, alors aux eaux de Piombières. .

ly^^^S".

M. de Mortemart ôta son brillant un^ fprme , passa une redingote bleue et chan-^ gea entièrement de tenue : « Décidément^ » me dit-il , malgré mes^ pressantes obsçr- » yations , Ton ne veut pas que je parte » avant le retour de M. de Girai'diB ; il » règne dans Paris une confusion épou-?

» vantable ; le parti des gens sages désire » un airangement , mais celui de la gau- » che le repousse ; nous ignorons jusqu'à » présent lequel des deux estleplus puis?

» sant, de sorte que j'ai besoin d'iêtre:

3t éclairé à ce sujet par M. de Girai'din , y* qui a reçu mission de s'enquérir de la » situatimt des affaires , et de ramener les y» deûk négaciafteurs ; oti l'attend d*an » moment à l'autre : mettez-vous à cette » fenêtre , et vous m'avertirez lorsque » vous entendrez une voiture. » Je m'y plaçai^ ne doutant pas queM.de Girardin n'arrivât incessamment. Une heure se passa ainsi dansl'attente. M. de Mortemart soufitait encore plus dlmpatîence que de sa lÀigrame ; il m'apprit que plusieurs Qfficiers de là gài^de nationale devaient se trouver à là bamêre de Passi pour l'y recevoir à ^on arrivée, le protéger, le cotiduire cke^ M. Lâftlè , et puis à f Hôlel-de-ViÏÈè ; îl aioutâ que les députés , n'avaient désigné pour la composition du noutéau ttiiînîstère que trois personnes :

MM. 4e Mortemart, Casimir-Pérîer et Gérard, laissant toute Kbcrté pour le choix des autres, membres du conseiL

Noiis nous mîmes à faire des ministres ; ce ne serait pas le cas , dit M. de Mortemart, de prendre clés hommes de la cour. Beaucoup de noms furent prononcés, je ne me les rappelle pas.

Le temps se passait ; je revenais sans cesse à cette fenêtre donnant sur a première cour; M« de Mortemart paraissait consterné de. ces retards: dans cet intervalle, M. de Mortemart me communiqua un ordre du jour de M. lé duc deRaguse.

Le maréchal y disait qu'il ne fallait pàsre-- ^rder la retraite sur Saint- Cloud comme le résultat d*ûne défaite , ni les dispositions qu'il faisait prendre comme les préliminaires d'une prochaine attaque contre Paris ; que des négociations étaient ouvertes depuis le matin; que M. le duc de Moitemart , nommé premier mînisti-c ^ partait à l'instant pour Paris afin d'y mettre la dernière main. Après avoir pris connaissance de cet ordre du jour, je priai

M. de Mortemart de me dire depuis combien de temps il se trouvait à Saint- Cloud , et comment il avait été nommé premier ministre ; voici le sens de sa narration.

« Je partais pour les eaux ; je me trouvais déjà , hier mercredi , à deux heures de Neauphle, sur la route de^ Paris, lors^ que le trésorier de nia compagnie fit arrêter ma voiture, et m'apprit les événements en m'ânnonçant que les gardes à pied étaient réunis à Saint-Cloud ; je fis monter cet officier avec moi. À Versailles, )e laissai mie$ chevaux pour prendre ceux de la poste ; mais le peuple ayant su que nous appartenions à la maison du roi, nous assaillit à coups de pierres ; ma calèche en fut couverte et mon domestique blessé.

L'officier qui m'accompagnait a reçu un pavé sut" là cuisse ^ et moi-même j'ai été frappé dans le dos , mais au travers de la capote .Cependant un peloton de garde na-

lionale est venu me dégager et m escorter jusqu'à la grille. £niin je suis arrivé à Saint-Cloud vers les dix heures du soir ; je désirais voir le roi pour l'instruire de la situation de Versailles ; mais , comme il allait se coucher, il m'a fait dire qu'il me recevrait aujourd'h^ bon matia; j'ai dépéché dansla nuit mon domestique à Paris pour aller prendre mes uniformes ; je n'en

avais pas emporté, puisque je me rendais aux eaux. Apeine le jour avait paruce matin que beaucoup de gens de la cour sont venus me parler pour m' exciter à me rendre chez le Roi, et à lui faire sentir le danger de la position où «lous nous trouvons.

Le Rpi,peut-etre mal instruit, s'était refusé à croire à* la gravité du mal; je me suis rendu chez lui vers les six heures ce matin (jeudi), jeTai entretenu de ce que j'avais vu à Versailles , de ce que je savais de Paris , en le suppliant , au nom de son propre intérêt , de prendre quelque nou-

velle mesure , car je croyais le trône foriement compromis. Le Roi m'a répondu eh me caressant de la main : « Vous êtes un honnête et loyal serviteur, je sais vous apprécier ce que vous valez ; mais vous êtes encore jeune ; né dans la révolution , vous voyez les choses d'après les nouvelles idées, et le moindre bruit vous étonne ; quant à moi, je n'ai point oublié comment les événements se sont passés il y a quarante ans; je ne veux pas, comme mon frère , monter en charrette , je veux monter à cheval. — Je crois, Sire , que le moment n'est pas éloigné où vous serez obligé d*y monter. ♦- Nous verrons , nous verrons. » Ei\ même temps il m'a congédié(i).

(j) Voici »ur quoi s'appuyait la mallieureiise confiance du Roi ; une heure avant son entrevue av^c M. de Mortemarty le jeudi très-grand matin, il avait reçu une dépêche dans laquelle M. de Polignac an*

>) J^ai rejoint ma compagnie et. y suh resté^ constamment , envoyant des détachements sur tous les points où l'on énde-^ mandait. Vers les trois heures après midi.

Ton m'a fait appeler de la part du prince de Polignac > que j'ai été fort étonné de Toir à Saint-Glôud. M. de Polignac m'a appriâ que, M. de Sémonville et M. de VîtroHes étaient v«m$ comme conciliateurs, aimaient que la composition d'un nouveau ministère, dont M. de Mortemsot serait le chef, pourrait amener un arrangement. « En conséquence ,m'at-il dit y le Roi est décidé à vous nommer chef d'un nouveau cabinet. VeuillesB

noiiçait que Ja biit «*éttnt bieo t>tMée; que les Parisiens manquaMiit de poudre (ce qui était vrai), et qu'il avait tout lieu d*espérer de pouvoir dompter la rébellion , et que d'ailleurs les chefs du parti libéral avaient fait plusieurs tentatives pour entrer en accommodement.

. Go

bien Jaî dîre , ai-je répondu , qiie je défendrai Sa Majesté à la télé de ma icompagnie jusqu*àla dernière goutte de mon sang, mais que je ne veux me mêler d'aucune affaire politique, et encore moins de celle-ci que de toute autre. »

» En disant ces mots je l'ai quitté , et , Sans perdre un instant , j'ai pris le chemin de la porte jaune ^ qui ferme T extrémité du Trocadero. On annonçait que les insurges Toulaient l'attaquer ; une partie de ma compagnie s'y frouvait déjà pour la défendre ; je voulais partager les périls de ■ mes gardes , et en même temps me soustraire aux sollicitations de M. de Polignac. Je n'avais pas encore atteint la porte jaune , que je mè suis entendu appeler par plusieurs valets de pied et un maréchaldes-logis du palais. Ils couraient après moi depuis long-temps; ils m'ont intimé l'ordre très-impératif de la part du Koi de me rendre incontinent auprès de sa pcr-

sonne : f ai obéis en gémissant Le Roi Hi-a paru tout autre, non pas de pltysionomie , car elle n'a cessé d'être fort calme »

mais de sentinient. « Yous avic^ raison / m'a-t-*il dit : la position est plus difficile que je ne le pensais ce matin ; on croit qu un ministère dont vous seriez le chef pourrait tout arranger ; je vous ai nommé.

. — Je nç me crois pas capable , Sire , de remplir vos vues ; je prie Sa Majesté de ehoisir une autre personne. »

» Le Rôi n'a pas accepté mon refus :

j'ai insisté pendant un quart d'heure; alors

Je Roi a tiré de sa poche un papier.

« Voilà , a-t-il dit, votre nonaination, con-

tresignéepar M. Chantelauze; dès ce moment vous êtes ministre des aff^'res étrangères et président du conseil. » J'ai refusé de prendi^e ce papier ; le Roi m'a pressé en s'approchant de moi pour me mettre la nomination dans la niain ; je me sais reculé à plusieurs reprises , tellement que

je touchais la tapisserie. Le Roï me suivait toujours : me voyant réellement au pied du mur et tenant constamment les bras collés près du corps , il m'a passé le papièr«dans ma ceinture d'officier-général; je Ten ai retiré brusquement pour le rendre. <c Vous refusez donc. Monsieur, me dit le Roi , de sauver ma couronne et la tête de mes ministres ! — Je ne puis n ré^ster à de telles pétroles , je garde ma » nomination. Que Sa Majesté n'oubUt » jamais ce que j*ai l'honneur de lui dire :

» si je réussis à rétablir dans Paris l'auto- » rite royale, ce ne pourra être qu'au » prix des plus pénibles concessions,, ar- » rachées j^r la nécessité. Nul doute qu^on » me rendra responsable des suites qu'el- » les pourront avoir. Si j'échoue dans ma » négociation , je ne serai pas moins à , » plaindre , et trop heureux si l'on ne dît » pas que j'ai trahi! Voilà comment je » me trouve revêtu de cette dignité de

» premier ministre ordinairement si cn-

■viée. *>

Nôu$ attendîmes encore bien long-temps après que M. de Mortemart eut t^*miné sa narration. Enfin , vers les deux heures et demie du matin , l'on frappa rudement à la porte de l'appartement : nous ouvrîmes.

Parurent M. de YitroUedet M.d'Argout; ce dernier avait remplacé M. de Sëmôn* ville que la fatigue de plusieurs vojages mettait hors d*ëtat de marcher. Ces messieurs venaient chercher M. de Moi^temart , en disant qu'il n'y avait pas un moment à perdre. Je me reth*ai pour les laisser seuls avec M. le duc ; leur conversation dura trois quarts d'heure. M. de Mortemart se rendît chez le Roi avec M.de VitroUes. Pendant ces allées et venues,

le jour commençait à poindre (vendredi 3o juillet). M. de Mortemart revint tout haletant ,^et me dit : il s'agit de se mettre à l'ouvrage; trouvez de Tencre et du papier. Je fus en chercher chez M. 3e Damas. Je pris dans le cahinet ou je tra-?

vaillais ordinairement, plusieurs* cahiers de grand papier empreint du médaillon royah J*établis notre chancellerie au milieu de la salle à manger fie M. de Cosse, sur une table ronde qui servait à déposer les plats. MM. d'Argoutetde VitroUcs s'assîireiit auprès de moi en me répétant qu'il n'y avait pas un moment à perdre. M. de

Vitrolles avait amené un grand jeune homme,.M. Langsdorf, îjuî s'offiitpour

m' aider ; il faisait déjà assez jour, et l'on . pouvait écrire sans flambeau.

M. d'Argout më dicta la formule de plusieurs ordonnance^, car il avait été reconnu de nécessité absolue que le nouveau président du conseil fût porteur en

airivant à Paris des ordonnances principales. On décida d*en faire six ; elles avaient pour objet : i® le retrait des ordonnances du 25; 2® le rétabUssement de la garde nationale de Paris ; 3** la nomination du inarédial Maison au commandement de cette garde; 4* ^^ nomination de M. Casimir Périer comme ministre des finances ; S*" celle de M. le général Gérard comnjie ministre de la guerre ; 6* celle relative, à l'ouverture des chambres.

M. de Mortemart s'était rendu une :seconde fois chez le Roi. Pendant que j'écrivais, MM. d'Argout et de .Vitrolles «demandèrent du pain ; on leur apporta des cuisines une grosse miche ronde et une bouteille de vin comme à des maçons. Us se jetèrent sur ce pain et le dévorèrent.

De temps à*^tre M. de Vitrolles s'approchait de moi pour examiner s'il ne se glissait pas quelque faute dans la rédaction,

et à la première vue il en aperçut une bien

les ordonnances chez le Roi, où il resta eh-* core une demi-heure. Dans cet intervalle, parut au milieu de la salle le prince de Polign^c ; il portait Funiforme d'aide-decamp du Roi, habit bleu, passe-poil amarante et les épaulettes demaréchal-decanip. U se mit à causer avec M. le duc de Maillé. Sa physionomie paraissait forl calme.

Le duc de Mortemart reparut avec les ordonnances signées par le Roi; il me les remit en me disant : « Je vous les confie. >> Après *avoir* examiné pendant quelques instants la signature du Roi , je les pliai , les mis dans la poche de côté de ma veste, et je les y fixai avec une épingle, de peur qu^elles ne glissassent. M. deMortemart garda par-rdevers lui l'ordonnance ^jui le

nommait ministre des affaires étrangères.

Dans ce moment, M. de Polignac s'apprqchadeM: d|||Iortemart, et, le prenant par le coqto, il l'emmena dans

\at galerie couverte qui tourne autour de la salle à manger de M. de Cosse. Us causèrent ensemble quelques moments.

Je m'approchai d'eux pour annoncer à M. de Mortemart que sa calèche venait d'arriver au^pîed de T escalier. J'entendis M. de Polîgnac, dîrç en tournant ses regards vers Paris, cette phrase remarquable :

a Quel malheur que mon ëpée se soit brisée dans mes mains! Si j'avais réussi, j'établissais la charte sur des bases indestructibles. »

J'entendis ces mots assez confusément, quoique j'eusse fort bien saisi sa pensée ; maïs , ct)mme ils avaient piqué ma curiosite , je priai M. de Mortçmart de me les redire ; M. de Mortemart , s' écartant avec moi dans un angle de Tappartement, m'en rapporta l'expression littérale : ce sont des mots tracés avec un fer rouge et qui ne s'effacent jamais de la mémoire ; au reste , je suis dans l'intime conviction.

que M. de Solignac était de bonne foi On sait que le gouYemement représentatif était sa monoinaiiîe.

Enfin , nous quittâmes Tappartement de M. de Cos^é ( sept heures du matin , Tendre£3o juillet). Nous montâmes dans la calèche de M^ de Mortemart, lui, M. d' Argont , M, Langsdorff et moi : M. de Vitrolles resta à Saint-GIoud ; nous descendîmes rapidemaiit la rampe et arrivâmes à la porte du bois de Boulogne > gardée par xsn fort détachement de la garde royale , qui y depuis le matin , ti- Taillaît dans le bois avec les Parisiens.

Je n'ai jamais tu des soldats et des ofdoers aussi animés que^ceux de cette compagnie (i) ; ils ne voulaient pas nous ou-

(i) M. le capitaiius Plard ooniBandatt cette eompagnie de voltigeurs dû 6* ré^ment d'infanterie de

vrir^la grille; nous insistions viveqient ;

il «'attroupa beaucoup de inonde autour

la garde royale; il sut contenir ks Parisiens tonte la journée.

* f(9 ne puis passer sont «le«ce «m imdept qui eut liçu à cette porte d^ Boulogne , 4 bieoreç i^rès aoire départ ; {e le mentionne dans le seul but de montrer à quel degré d'exaltation la politique peut porler la tête des Jeones gens. Ten l4s nUK', le vendredi, se présenta au poste commandé per H^ Piirdt ufi élève de TEcoIe de droit ; il annonça que le bois de Boulogne regorgeait de Paiisiens qui allaient fondre em niasse sur k g|rde : eh bien ! qu'ils viennent, noua les veceiirti^! dir^m les iK>)tîgçBra. Cet étiidient ae mêla parmi les soldats , leur adressa des exhortations patriotiques; il employait tous les raisonnements qu'il lisait chaque joior dans les feuilles libérales , pour engager ces militaires à ne pas recevoir à coups de fusil les Parisiens , ses compagnons; un vieux sergent lui fit cette répcmse remarquable : « Jeunehomme, vos coq^pagnons se battent pour des idées ^ et nous pour nos devoirs. » Malgré finvitation qu*on lui lai&ait de se retirer, l'étudiant restait collé après les soldats; il s*enflammait extrêmement en parlant, la (Valeur du jour le mettiût dans une sorte de délire i « Eh bien ! dit^l aux voltigeurs , puisque je ae puis ,

de nous » et Ton nous assura unanime-

ment que nous ne pourrions pas faire cent pas dans le bois sans être criblés de balles. Parmi les personnes qui nous regardaient passer se trouvait M. de Lourdoueix : j'ignore s'il était porteur de quelques notifications politiques. Nous primes le parti de suivre en dehors les murs de clôture I et nous parvînmes ainsi jusqu'au chemin de Versailles. Nous y rencontrâmes une assez grande quantité d'hommes, d'ouvriers tenant de Sèvres; les uns armés de fusib , de sabres , et les au-

YQus empêcher de combattre vos frères, et qu'il, vous &atjdu sang, je vais yous doqneit le miea. », £a disant ces mots , il tire de sa poche un couteau, et 8*en frappe deux fois , nfois d'une main tellement maL assurée , qu'il ne se fit que de très^légères blessures. Cependant, son sang coula sur ses. habita ; le commandant du poste le fit conduire chez un pharmacien de Boulogne , où on Je soigna ; le soir même il put regagner Paris. Cette scène ne fit aucuae sensation sur l'esprit des soldats.

' 7^ t)res de bâtons. Notre voiture attira leur attention, et nous comprîmes que nous

ne pourrions plus la garder ; nous en descendîmes tous quatre , ainsi que le valet de chambre de M. de Mortemàrt , habillé en veste ronde ; nous nous séparâmes^ des deux côtés de la route, et nous primes rang dans les files de ces hommes allant à Paris. J'ôtai ma veste et ma cravate pour mieux me déguiser ; M. Lansgdorff et le chasseur en firent autant ; M. de Mortemàrt garda sa redingote et M. d'Argoût son frac noir : ce dernier portait une énorme canne.

I^ous cheminâmes ainsi jûlencieusement jusqu'à une petite allée qui conduit à Auteuil , et à l'entrée de laquelle se trouve l'habitation de M. Palamède de Forbin-Janson , beau-fi:ère de M. de Mortemàrt ; nous y entrâmes afin de dérouter ceux qui nous auraient observé de trop près. D'ailleurs M. de Mortemàrt

tenait beaucoup à voir M. de Janson y, qui , étant venu la veille au soir à Saînt- Cloud, avait été envoyé à Paris v^rs M. Latitte. Noua demeurâmes diez lui au moin^ une demi-heure;' dans ce moment je pris la liberté d*ouvrir un avis ; je dis : « L'on sait depuis hier que M. de Mortemart doit rentrer dans Paris par la barrière de Passy , puisque des officiers de la garde nati^^nale Ty attendent pour Tes- COTter; mais ne pourrait-il pas arriver que leparl^ quineveut pas d'arrangement ne tentât un guet-apens sur ^. de Mortemart , afin de rompre parle fait les négociation»? Je propose donc d'çvitcr la barrière de Passy'^ et de rentrer dans Paris par le pont de Grenelle. » Cet avis fut adopté. Nous nous remîmes enroule; M. de Foit)in voulut accompagner son beau-frère. Nous franchîmes les barricades qui fermaient le pont de Grenelle, et nous rencontrâmes M. le général Tro-

melta , qui causa un instant a^ec M. de MortemarCsur la situation de Paris. Nous anivâm^é^ sans encombre sur la plaee des Invalides; en rasant les fossés de Thôtél , nous vîmes rangés le long des pièces de canon les soldats invalides Vils nous con^ sidérèrent en silence avec des jw% inquiets ; on les aurait pris pour des ombres regardant les pas^ts du haut des murs d'un cimetière, ia porte de Th^el était barricadée : on avait brisé en mille pièces Yénùnaae fleur de lys formant la principale décoration de la fontaine qui se trouve au milieu de la place. Nous arrivâmes au pmA Louis XVI par le quai ; il faisait Irès-diand. Le soleil , à demivc»lé, jetait une clarté verdâtre comme dans un jour d'^lipse. Nous conunençâmes à rencontrer du monde ; nous

vîmes plu^eurs peronnes de hotre con-

tiâôssance , qui nous regardèrent sans nous parler. La terreur semblait peinte sur leurs

visages. Le souvenir des horreurs de 9?

vînt frapper mes esprits et me représentait notre position beaucoup plus périlleuse qu'elle ne Fêtait réellement; il me semblait que chacun lisait sur mon front que je portais dans mes podhes des ordonnances signées par Charles X. Au milieu du pont Louis XVI, M. de Mortemart fut accosté par M. M colonel Charles d'Hautefeuille , qui le retint suï* le trottoir quelques minutes. Le premier dl'apeau tricolore qui apparut à mes regards fut celui que Ton avait planté sur le motiu- ment élevé à la mémoire de Louis XVL Au moment où nous traversions la place, deux brancards chargés de blessés pas-/ sèrent à côté de nous en se dirigeant vers lliôpital du Gros-Caillou; le sang coulait encore des plaies sur le pavé.

Nous entrâmes dans la rue Royale ; les portes et les fenêtres de toutes les maisons étaient fermées. (Huit heures et demie

du matin); on n'apercevait, ni chevaux,

ni voitures et presque pas d'habitants.

« Quel calme ï » dis-je à M. deMortemart.

« C'est le calme de la force , » me répondit-il ; ce mot plein de profondeur me.^appa dans une pareille circonstance.

En arrivant à la Madeleine , nous aperçûmes, un drapeau tricolore sur le fronton de l'église. Lorsque je traversais là rue Saint-Htohoré , je vis des deux côtés au moins huit ou dix barricades; en arrivant sur lés Boulevards, un spectacle nouveau vint augmenter notre étonnement ; tous

les arbres du côté gauche se trouvaient

abattus et jetés en travers de la chaussée , de manière à former des barricades admirables. Nousles franchîmes pour gagner la rue Godot. M. d'Argout avait décidé* M. de Mortemart à se rendre chez M. Lafitte avant d aller à THôtel-de-Ville ; en passant près lame Duphot, j'aperçus une affiche placardée fraîchement et autour de

laquelle s^attroupait déjà beaucoup de mcHtde ; elle était signée Lafayette ; le général y annonçait qu^il prenait le commandement de la garde nationalede Paris:

ceci me parut un f&cheux présage.

Après plusieui^ détours» nousparrinjiie& à la rue des Mafhuiins ; partoutnous trouviona les portes <A les fenébre» fermées , ce qui donnait à la idlle un aspect étrange.

Après avoir parcouru le tiers de lafrue des Mathurins > nous nous trouvâmes en face d'un petit groiq[>e de personnes dont la mise différait totalement de celle des hommes au milieu desquels taous marchions ; )f rcconnusaussitôl dânace jgroupe M* le capitaine Christian Dumas, avec son père le général Mathieu Dumas, et M. Bérard; son beau-père ; )e fus à lui ; en même temps M.d'Argout ayant reconnu M* Bérard , lui présenta M. le duc deMortcmart.

A ce nom M. Bérard s'empara de M. le duc avec beaucoup de chaleur, etltù dit:

te Où allez-vous ? — Chez M. I^fittc. — Chez M . Lafitte ! » El renlraJnant il le fit entrer dans sa maison, vis-à-vis de laquelle nopsiioiistrouvionsprécisément(ii. ai), t^ Apeinc étions-nous entrésdans la cour , que M. Be'rard dit à M. le duc : « U ne faut pas aller chez M. Lafitle ; il y va de la sûreté de votre personne ; au reste, vous venez pour traiter d un accommodement , eh bien! c'est trop tard. » Ce mot me fit frissonner ^ il me semblait que je sentais battre sous ma main la dernière pulsation dé Ja monarchie; au reste, M. Be'rard prononça ce terrible mot avec une douleur trèâr-marquée ; le visage de M. le général Mathieu Dunaas portait l'empreinte du chagrin; et, quoique l'opposition dontces deux députés faisaient partie , triomphât d'une manière éclatante, cependant on voyait clairement qu'ib déploraient cette . victoi]3e. Sans doute ils prévoyaient ce apjHéilt, allait coûter à la patrie !

Nous resiâmes quelques instants dans la bibliothè(}ue.' M. Christian Dumas me <lit en particulier : « Il est bien heureux que nous ayons rencontré M. de Morte^ mart; un rassemblement assez considérable l'attend devant la maison de M. Lalitte, où il est annoncé; on veut lui faire un mauvais parti et rompre ainsi tout projet d'arrangement.*» J*appris un peu plu3 tard d'une source assez certaine , que ce rassemblement avait pour chefs des personnes érainentes qui annonçaient hautement l'intention de livrer à la fiireur populaire M. de Mortemart comme pair de France, en expiation de la mort du maréchal Ney, condamné par la chambre des pairs. On leur fit observer que M. de Mortemart n'avait pas figuré dans le procès du maréchal Ney , attendu qu'il était trop jeune pour siéger à la chambre des pairs ; ces personnes n'en persistèrent pas moins dans leurrésolutioh , malgré les

vives représentations de M. Lafittc, qui désapprouvait très^fort un semblable dessein.

Pendant que je causais avec M. Christian Duitias ; son beau-père> M. Bérard , démontraitavec beaucoup de feu les fautes commises en si peu de jours , et le retard que Ton avait mis à entrer en négociations.

Il nous apprit qu'il sortait de chez M. LajfittCi où s'étaient réunis un assez grand nombre de députés ; que cette assemblée dont faisait pa^rtie M. Casimir Périer et ses frèresyse montrait assez disposée enfaveiir de la légitimité , bien différent^ de celle de lHôtel- de -Ville, où MM. Lafayette, Lobau, Mauguin, Odilon-Barrot et Puy-

raveau, avaient fornfié une espèce de gouvernement provisoire , dont tous les actes tendaient à l'établis^ment de la république. M. Bérard finit par annoncer que les dépu tésréunis chez M. Lafitte avaient décidé de se rassembler au palais du corps l^slatif, et de s'y constituer

pour former un conlrc-poids au parti républicain, dont ils ne voulaient pas M. Berard exprimait son opinion , à cetégard , en termes fort énergiques.

Majgré la phrase terrible: Oesttrop tard, de M. Bérard , M* de Mortemart ne s'ça montra pas moins décidé à tenter tous les moyens pour accomplir sa mission. Nous sortîmes de ehez le député de Seîne-et- Oise au bout d'une heure environ; nous nous arrêtâmes devant k porte quelques instants pour nous concerter sur ce qu'il y avait à faire : Taffluence avait augmenté^ nous ne pouvions dire une parole sans être entendus des voisins. Je pressai lés . ordonnances royales contre ma poitrine^ craignant qu'elles ne tombassent de mîi poche. Dans ce moment je commis une

bévue qui pouvait avoir des conséquences graves ; je dis à M. de Morlemart en élevant la voix : « Eh bien ! que faisons-nous ici ? me renvoyez-vous à Saînt-Cloud pour les informer de ce quî se passe ? — En entendant cette phrase, M. d'Argoutme regarda d'un air furieux; « mais, Monsieur, me dit-il en se renversant en arrière, vous voulez donc nous faire massacrer? »

Je sentis^ ma faute et ne soufflai mot.

Quelques-uns de nos Voisins nous regardèrent avec étonnement, sans nous rien .

dire cependant. Après être restés immobiles plusieurs minutes comme des termes pour laisser passer le fâcheux effet de mes paroles, nous continuées à cheminer dans la rue des Mathurins. Enfin, ayant sauté unç douzaine* de barricades, nous arrivâmes dans la rue du Mont-Blanc; là foule y était plus considérable et plus menaçante. Ces Messieurs s'arrêtèrent et décidèrent de se séparer, attendu que nous'

attirions trop Tattention publique en marchant tous les six réunis. M. de Mortemart me prit les ordonnances et me commanda de le quitter,, ainsi qu'à son beau-frère et au valet de chambre. Il me prescrivit de . me rendre à sa demeure, rue'de Bourbon, de n'en point bougçr pour y être constamment à sa disposition : Je vais porter les ordonnances à l'Hôtel-de- Ville si je puis y arriver. « Prenez garde, lui répondis-je, de vous faire écharper. » Il éleva les mains vers le ciel comme quelqu'un qui a déjà fait le sacrifice de sa vie ; je me* séparai avec beaucoup de peine de ces Messieurs ; je suis sûr que M. d'Argout ne jutpas fâché de se voir débarrassé de moi.

Je gagnai les Bains chinois, et je suivis ensuite les boulevards jusqu'à la me de Richelieu, Le spo/ctacle qui me frappait le plus , c'était de voir toutes les maisons fermées comme au milieu de la nuit. Ma première pensée fut d'aller tranquilliser ma

famille sur mon compte; j'avais à marcher bien long-temps pourarriver rue Madame; en traversant la. rue Saînt-Honoré pour entrer dans celle du Coq , j*aperçus une de ces énonnes diligences de Lafitte et Caillard, renversée sur le côté et formant à elle seule une excellente barrière.

Je trouvai la grille du Louvre fermée et défendue par des gardes nationaux; je m^échappai au travers du tourniquet de lame de la Bibliothèque ; je sortis par lé guichet du Musée et parvins jusqu'au pont des Arts ; il n'y existaitplus de bureau de péage. Je ne pus m'empêcher de frissonner en voyant Je péristyle de l'Institut criblé de balles et de boulets. Dans ma longue course ^ je n*aperçus pas une seule petite rue qui ne fût coupée par plusieurs barricades. . .

Je frappai en tremblant à ma porte ; je trouvai ma femme dans un état pitoyable ; on lui avait dît la veille que Ton venait de

massacrer à Saint-Cloud toutes lés personnes qui entouraient la famille royale ; depuis ce moment elle n'avait cessé de pleurer. Après être resté s^ez de temps pour la rassurer , je me hâtai de me rendre à rhôtcl Mortémart pour y attendre les ordres du duc. ^e pris par la rue Cassette et coupai le faubourg Saînt-Germato» en biais. Eh traversant la rue du Bac , je me trouvai au milieu d'une alerte causée par

larrivée d'une bande considérable d'in-

surgés venant de la rue de Sèvres. Ces giens traînaient une pièce de canon stw Fa vant- train duquel ils avaient attaché

deux malheureux artilleurs de la^rde; les vainqueurs criaient vivelar^ublique ! ils étaient dans un désordre efiro jablc » presque nus et couverts de sang ; ils mena-çaîent grossièrement les gens qui les regardaient passer. Les deux artilleurs, fort pâles et meurtris à différtnts endroits, paraissaient des victimes que Ton mène

au sacrifice: c'estj^ scène la pluf hideuse qui ait frappé mes regards dans cette révolution. Un élève de l'école polytechnique conduisait cette l>ande , il ne mêlait pas sa voix aux vociférations de ces étranges soldats f il se tenait sérieux et impassible sur son grand cheval bai.

J'arrivai à Fhôtel Mortemart Le concierge, fort effinayé, me dit que des troupes de dix etde quinze hommes étaient venues demander son maîti^e à plusieurs reprises ; ils paraissaient fort mal intentionnés et Élisaient mine de vouloir fouiller Thôtel.

Je recommandai au concierge de dire à tout le monde que M, le ifcic n'était point à Paris. Je montai dans les appartements et j*y trouvai M. le marquis de Rougé^ cousin-germain de M. de Mortemart. Des fenêtres du salon qui donnent sur le quai d'Orçay , nous vîmes défiler pendant trois heures des colonnes de Parisiens poussant tous les mêmes cris, P^içe

lar^mbKtjue.Ces bataillons se dirigeaient versSaînt-Cloud : chacun d'eux avait pour connimandantup ëlèye de TEcole polytechnique à cheval, et quiallaient fréquemment delà tête à la queue pour faire régner l'ordre dans la colonne, et, chose remarqua^ ble ! ces gens obéissaient comme des moutons à un jeune homme de i8 à 20 ans.

J'attendis M. de M ortemart jusqu'à sept heures du soir ; je rentrai chez moi en amenant le. valet de chambre du duc pOur qu'il sût bien ma demeure dans le cas on M, de Mortemart aurait besoin de mes services. Rentré chez moi, maïs ne pouvant tenir en place, j'allai courir les nouvelles ; j'appris que la déchéance du roi avait été prononcée à rHôtel-de-Villc. Alors me revint à l'esprit la phrase que M. de Vitrol* les m'avait adressée au sujet delà cession des droits du Roi , ce jour même à Saipt^ Cloud. • '• ^

Voîcî comment, tfaprès ce que j'appris, M. de Mortemart employa les instants de cette journée du vendredi depuis notre séparation ; il se dirigea vers le Pont- Neufpour gagner ensuite le Luxembourg, où il savait être attendu par M. de Semonville et quelques pairs ; Tentretien qu'il venait d'avoir avecM. Bérard lui fit abandonner le dessein de se rendre à FHôtel-de- Ville , comme il en avait formé le projet en parlant de Saint-Cloud ; il passa difficilement le Pont-Neuf, prit la rue Daupfaine et arriva au Luxembourg. Dans ce trajet il rencontra plusiers députés, notamment M. Lêpellctîer-d'Aulnay ; il leur annonça qu'il venait d'arriver à Paris avec des pouvoirs du Roi, qu'il allait les signi^ fier d'abord au Luxembourg , puis à l'Hôtel-de-Yille et ensuite à la chambre des

députés. Il les pria dç rassembler le plus^ possible de leurs collègues. M. Bcrard ayait également promis, de son côté , qu*il s'y rendrait a^ec M. Mathieu Dumas et les députés qu*il pourrait ircruter. II. de Semonville, prévenu de Tarrivée de M. de Mortemart , avait réuni vingt et quelques pairs :

MM. Les duc de Çoigoy , Massa, de ^al-

my , de Tarente , de Broglie , de Gioiseul, de la Roche- Àymon , le maréchal Maison,

MM. Fabre de Laude, Dreux-Brezé, Lou-

vois , Rougé , CoUin de Sussy , d' Ausson-

ville, d*Imecourt, d'Houdetot, Pasquier^

Pastoret , Mole y Donatien de Sesmaisons^

Germini et Glandeve?. Ce dernier avait

donné au duc de Raguse, le mercredi soir,.

le conseil de faire arrêter le prince de

PoUgnac et kd autï^es ministres et de les^

faire conduire s^u donjon de Vincennes^

de publier le retrait dca ordonnances, etc. :

le duc de Ragusc s'y refusa.

MiVI. Les pairs furent unanimes sur ce

point, qu'il serait opportun queM. deMor-

temart s'établît en petinanence an Luxembourg : il leur annonça que son projet était d'aller porter ïe£^ ordonnances royales à rHôtel-de*Vllle , et les supplia de Taidcr de leurs conseils pour remplir cette mission avec quelque succès. La majeure partie des Pairs, et principalement M. Cd- Un de Sussy , déclarèrent qu'ils regardaient comme impossible qu'il pût aller lui-même à rHôtel-de-Ville notifier les ordonnances, que sa qualité d'envoyé dcObarleslC non seulement le placerait vis-à-vis le peuple dans la position la plus périlleuse, mais encore ferait échouer toute espèce de négociation. M- Ck)llin de Sussy s'offrit pour porter les ordonnances royales à M. de Lafayette. M. de Mortemart, ne voulant pas se dessaisir des autographes, en remit des copies certifiées ; mais M. de Sussy fit observer que ces copies seraient insuffisantes, et que si, contre toute attente,

9* M. de Lafayette et les autres chefs rëunTs

à THôtel-de- Ville consentaient à traiter , ce ne serait que sur le vu des pièces originales. M. de Morteniart, vaincu par ces raisons , les remit et supplia M. de Sussy d'en retirer un reçu très-circonstancié.

M. Collin de Sussy se rendit d'abord au Palais-Bourbon, où il laissa une copie certifiée des ordonnances royales; il fut chargé de dire à MM. les députés , que le Roi désirait ardemment un arrangement, qu'il avait ordonné à ses troupes de s'abstenir de toute espèce d'hostilité et renvoyé M. de Polignac, ainsi que les autres ministres, dont les pouvoirs étaient absolument révoqués. M. de Sussy putreinplir sans obstacle sa mission auprès de MM. les députés » puis il partit pour THÔtel-de-Ville.

M. de Mortemart ne se rendit pas luîjnéme à la chambre des députés, jugeant convenable de rester en permanence aa

«3 Luxembourg, pour qu'on pût le trourcr 4ans tous les moments; puis il tenait à s*y livrer d'une manière patente à des actes d^ administration. M. de Sëmonville mita sa disposition tous les secrétaires de la cbambre. M. de Mortemjart envoya chez M. Sauvo , directeur du, Moniteur*, pour lui intimer Tordre 4e publier les ordonnances dans le plus court délai, et en demifeuille. M. Sauvo fit répondre qu'il ne lé pouvait pas, attendu que sçs t)ureaux étaient envahis et gardés par des gens armé3, venus au nom de la commission de l'Hôtel-de-Ville pour l'empêcher de publier au^n acte émanant de Tautorité royale. M. de Mortemart envoya chez plusieurs autres journaux et même chez des imprimeurs particuliers, principalement chez M. Didot, imprimeur de la chambre des pairs. Il trouva partout un refus obstiné , inspiré par la crainte de voir briser les presses.

94' M. de Mortemart se mît en rapport avec

le corps diplomatique (i). Il essaya d'organiser des ateliers d^urgence pom* donner du travail au peuple , mais les éléments lui manquèrent. Il eut la douceur de réussir dans une autre tentative, hélas sasatistfectionfîit *de courte durée. Quoiqu^l n*eât pas reçu les pouvoirs nécessaires, il leva rétat^esiégemissur la\illede Paris : il en signa l'Ordonnance et]en envoya une expi^ dition avec copie des ordonnances royales à tous les présidents , avocats-généraux et procureurs du roi , en leur annonçant que, dès ce moment, la juridiction des tribunaux ordinaires devait repiiendre son cours habituel. Tous les présidents et les che& des parqueta accusèrent réception

(l) Les rappo^s que le corps diplomatique eut dans ces ifemièresjovroto aveele gouTeruemènt de Charles \, seront dans la suite une partie ttès-importante dé l'histoire de cette révolution dont toutes les parlicularilés ne sont pas encore rassemblées;

de cette ordonnance, en annonçant qtiHIs

s'y conformeraient. En effet, le lendemain samedi, les tribunaux se rouTrircnt, Ton commençait même à instruire des causes, lorsque le peuple, excité par les agitateurs, se f>(H^a aux salles d'audience^, les envahit et contraignit les magistrats à lerer le siège.

M. de Mortemart se h&ta de dépêcher à Sakit'Cloud vers le Roi trois personnes ; un de ses parente, et deux garçons de bureau du secrâariat' des pairs, les seules personnes dont il pât disposer (r).

Au thoment où M-. de Mortemart était le plus occupé à signer des ordres , à se concerter avec MM. lespairs surles riloyens à prendre pour sauTcr la chose publique,^ des huis^ers vinrent annoncer qu'une foule de jeunes gens remplissaient la

(i) Aucune de cesiroîs personnes ne parvint à sa destination.

grande cour, pprUnt en triomphe M. de Chateaubriand^ en criant : vice le défenseur de la liberté de lapresse. Quelques instants après, M. de Chateaubriand passa dans la salle et /confirma le rapport des huissiers. . Il paraissait profondément ému ; TovationL dont il venait d'être Tobjet, avait agité tous ses sens et remué son âme au dernier degré. U s'assit et resta assez long-temps absorbé dans ses réflexions sans prononcer un mot, écoutant avec indifférence les avis que chacun émettait. La discussion générale foulait sur l'importance qu'il y avait à ce que M. de Mortemart continuât à re4oubler d'effort pour fair^ sentir 4'action du pouvoir roy^l. M., de Chateaubriand prit brqsquement la parole, et dit : (c £h messieurs, de quoi vous occupez-vous donc là; soogez plutôt à sauver la liberté de la presse. »— «Mais la légitimité, Monsieur, lui dit un pair^ » — « Sans doute, reprit M. de Chateaubriand,

elle me touche plus que personne ; maïs

avant tout, sauvons la liberté de la presse

qui me paraît aujourd'hui en g^and pm],

puisque nul n^a le courage d'imprimer les

(^onnancçs royales, et si vous sauvez

cette liberté de la presse et que la légiti*

mité soit renversée, je ne vous déûpiande

qu'une plume et deux mois pour relever

le trône (i). »

Pendant que cette scène avait lieu au Luxembourg , il s'en passait une encore

(]) M. deChàteaubriant se trouvait à la campagne quand la lutte des troU journées cômniença ; il arriva à Paris lorsqu'elle était à peu près terminée; il se hâta d'écrire au Roi pour lui offrir ses services. La lettre parvint assez tard. Le Roi lui fit répondre de s'entendre avec M#deMortemart;mais les destinées du trône étaient déjà accomplies^ ni le génie, ni le talent, ni \S fidélité, ne pouvaient rien pour cette fois.

plus ^ave à THôtel;- de- Ville. M. Coliin

de Sussy parvînt avec beaucoup de peine jusqu'auprès de M« de La&yette qui se tenait renfermé dans, k cabinet rond voisin de la ^ande saUe oà s'assemblent IçsmemkFes du. conseil-général les^ jpurs de trav^K M. de Lafayette reçut le me»* sag^ avec s^^ {K^tesse accoatomée e1^ entendant prononcer le nom ât M', de Mortemart, il dit : « Ah ! nous sommes un peu parent, cependant je ne suis pas toutà-fait aussi royaliste que lui. y* M. de Sussy commença à exposer Tqbj^tdje sa mî^sidn, MM*^ de Loba^, Maugain.et Puyiaveau, comprenant sur-le-champ ce dont il s'agissait, repoussèrent tout d abord les ordonnances; M, Pdyraveau surtout cria à plusieurs reprises : « c'est trop tard, c'est trop tard! » M, de Lafâyette montra beaucoup plus de modération ,*lc*cst dans les habitudes de sa vie. Il examina fort posément les ordonnances, et, sur lesinstantes prières

de M. de Sussy, il écrivît à M. de Mortc-

mart la lettre suivante :

Monsieur lé Duc ,

. JTaî reçu ïa lettre qnè vous m'avez feît Iliori nèiirdem'écrîrë, avec tous les sentîàients que vôtre caractère personnel m'îns-^ pire depuis long-temps. M. le comte de Sussy vous rendra compte de la vigite qu^îl a bien voulu' me faire; j'ai rempli vos intentions en lisant ce que vous m'adressiez (0^ beaucoup de personnes qui m'entouraient ; j'ai engagé M. de Sussy à^ passer à la commission alors peu nombreuse (2) qui se trouvait à THôtelrde-

(x) Les ordonnances royales.

[%) Cette comnïission siégeait dans le cabinet du secrétaire-général de la préfecture de la Seine, situé à l'autre extrémité de la grande salle , et dont la porte se trouve en face du cabinet dans lequel se tenait M. de Lafayette.

lOO

Ville. 11 a vu M. Lafitte(i) qui était alors avec plusieurs de nos collègues ; et je remettrai au général Gérard , aussitôt que je le verrai , les papiers ( 2 ) dont il m'a chargé ; mais les devoirs qui me retiennent ici ( 3 ) , rendent impossible pour moi d'al- 1er vous chercher. Si vous veniez à THôtel- •de-Ville (4), j'aurais l'honneur de vous y

(i) Ici se trouve une très^forte rature.

(9) Copie de rordoniiance royale quinotnme M. le général Gérard au ministère de la guerre , . et une lettre dans laquelle M. de Alortemart suppliait M. le généi'al Gérard de lui fournir les moyens de s'entendre pour le service de ^l'Etat.

(3) M. le duc de Mortemart avait chargé M, le coqite^de Sussy d*in$ister fortement pour engager' M. de Lafayette à venir ou au Luxembourg ou au Palais du Corps Xégislatif > pour conférer ensemble : M. de Mortemart voulait tirer M. de T^fayettê de rHôtel-dé-Ville.

(4) M. de Lafayette voulait à son tour attirer M. de Mortemart à llIôtel-de-yiUc, sans doute pour rendre plus éclatante la défaite delà royauté; mais Illôtelde-Ville était le centre de la violence, le siège d'un

lOI

recevoir, maïs sans utilîlc pour Tobjet de cette convcrsfl^n , puisque vos communications ont été faites à mes collègues.

Agréez l'assurance de ma haute considération ( i ).

. Lafayette.

Hôlel-dc-Ville, 3o juiUet i83o.

Apres avoir écrit cette lettre , M, de La fayette sortît de son cabinet, dont il laissa la porte ouverte, et entra dans la grande sallef remplie de gens de toute es-

pouvoir illégal : ce n'était donc pas la place d*un ministre du Roi.

(i) On retrouve' dans cette lettre, écrite péniblement par un vieillard^ toute l'orthographe dtV ancien régime^ mémelt tréma sur \t moi Juillet, Xn reste > cette lettre. présentée isolément ne dit absolument rien; elle manque de cette franchise que Ton attribue aux républicains. Elle est [tout-à-fait diplomatique , et serait inintelligible pour les personnes qu( isoleraient les circonstances uu milieu dcstjuclles cette lettre fut écrite.

pèce, dont les- muitpures confus causaient beaucoup de bruit. M. de Lafayette s' étant placé devant la grande cBeminée qui tou- • che presqpié la porte du cabine|, il lut une des six ordonnances ; à peine Feut-il terminée, que l'assemblée couvrit la voix du général par tine explosion de murmures.

M. de Lafayette s'interrompant, demanda impérativement qu'on lui prêtât attention

jusqu'au bout, et que rassemblée serai| libre alors de manifester soq opinion. Il continua S2^ lecture^ et ^ à pein^ en pronon-* çait-il les derniers mots y que les vociférations les plus terribles se firent entendre:

u Quel est le scélérat, quel c5t Tinfàme qui » a porté ces ordonnances? il faut le jeter » à la Seine ; plus de Gbajrlcs X , plus dé ^ Bourbons, plus d'ordonnances! » Après avoir écoulé fort tranquillement pendant quelques instants ces violentes manifestations , M. de Lafayette rentra dans le ca^ binet où il retrouva M. de Sussy tout con3-

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terne; il Ini dît : « vous avez entendu et tu TefTet que produit la simple lecture des ordonnances/ vous pouvez maintenant rapporter ma réponse à M. deMortemart.^> r<rëdRmoins le général ne voulut pas se ^ésaishr des -ordonnances revêtues de la signature auto^aphe du Roi. Elles sont restées déposées aux archives de THAlelde-Tille. J'ai dit qu'elles étaient de moii «criture. M. de Sussy quitta M. de Lafayette sur Ie$ une heure après midi^ vendredic Vers les deux heures, quatre députés , MM. Benjamin Delessert, Sébastiani, Augustin 'Péineif et Guiaot, arAvèrent dû Falsôs-Bourbon au Luxembourg. Ils annoncèrent à M. de Mortemart, que les députés réunis à Paris avaient jugé convenaUe de se constituer, qu'ils avaient Mf^ les ordonnances royales, et que sur Tavis de la majorité, Yoû allait nommer M. * le duc' d'Orléans lieutenaint- général du royaume. ML de Morlemart leur dit

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viveroéut : « Je proteste contre cet acte, de toutes mes fcurces^, comme Français, je pats Tapprouyer en ce ' qu'il est de nature à mettre un frein à Tanarchie , mais en ma qualité de ministre 4u Roi, je le regarde comme illégal et attentatoire à la majesté du trône. » Pendant que le duc deMortemart discutait a^ec les quatre députés, arriva un huissier du Palais-Bourbon, porteur d'une lettre pour ces Messieurs. M. Augustin Pérîer reçut la lettre. Les quatre députés se retirèrent dans une embrasure dei la fenêtre. Après avoir pris connaissance de l>écrit, ils revinrentvirsM.de Mqrteioiart et lui dirent : « Nous connaissons ^> trop la loyauté de votre caractère pour » croire que vous vouliez nous tromper, » cependant ce qui se passe ne s'accorde » guère avec ce que vous nous avez lait » dire. — Comment? — On nous a assuré » de votre part qu'il ne serait point /ait » d'açtehostile à main armée, et que M. de

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» Polignac ainsi que les autres ministres » n'étaient plus auprès du Roi. — Sans » doute , ' je l'affirme une seconde fois. — y^ £h bien, voye?^ ce que nos collègues » nous mandent : Les promesses de M. de » Morlemart sont mensongères; les trou- » pes royales attaquent Versailles(i) dans y> ce moment, et M. de PoUgnàc, joint à » ses collègues, sont rassemblés en conseil » auprès de Charles X. — C'est impossible!

» s'écria M. de Morteifiart, c'est un rap-

(i) Voici oe qui donna lieu à ce rapport i un assez grand nombre de garde-du-corps rentrèrent dans Versailles pour enlever des quartiers le reste de leurs effets; îe peuple voulut s'y opposer, il s'en sutvit quelque perturbation et quelques coups de feu : cette escarmouche n^eut point de suite ; les gardesdu-corps se retirèrent aussitôt.

Quant à la présence des ministres à Saint-Cloud, elle y était naturelle. L'intérêt de leur personne commandait qu'ils ne s'éloignassent pas du Roi : où auraient-ils pu se cacher dans ce moment d'extispé ration ?

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» port fait daos rintention de provoquer » la rupture des nëgodations. » Les quatre députés se retirèrent immédiatement^ et on les entendit dire ens*élôignant : « Il est dupe. » Cet incident fui certainement une des causes principales do non-succès de la mission de M. de Mortemart. Mi^sitôt que MM. Sâl>asliani, Augustin Périer, Gnitot et Benjamin Delessert eurent re^ joint leurs ^ collègues , la chambre dos d^pul^ procéda à la nomination du duc d*Orléàns comme lieutenant^général du royaume 9 malgré l'opposition de quelques membres^ notammentMM.de Murât et Lepelletier d'Aulnai; puis rassemblée ehvoya chercher le prince à Neuilly.

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Cependant la lecture des ordonnantes que M. de Lafayette avait faite dans là salle de THôtel-de-Ville, les rendit publiques. Ii«6 gens dur parti anfarchjque en conçurent dé la rage ; ils se mirent à la recherche du nouveau président du conseil; ils se rendirent à son hôtel poyr se saisir de sa personne ; né Vy ayant pas trouvé, ils vinrent au Luxembourg, forcèrent les grilles et pénétrèrent dans la grande cour; M. de Sémonville descendit ~ les harangua en leur assurant que M. de Mortemart n'était point dans le palais.

Ces hommes se rétirèrent , et M. de Mortemart se vit obligé de se cacher dans une pièce écartée du Luxembourg. Jereprend$ ma narration personnelle.

La fatigue m'accablait; )'avais passé sur pied les deu^ nuits et les deux jour-^

io8 nées précédentes ; je me couchai vers dix heufes, et je dormais avec l'opiniâtreté d'un homme qui n*a pas reposé depuis long-temps, lorsque je me sentis fortement secoué: j'ouvris les yeux, et je vis devant moi le visage de M. de Rougé tenant une lanterne ; je n'avais jamais eu T^li^nneur de recevoir monsieur de Rougé chez moi, je crus rêver et je repris position pour dormir, mais je me sentis secoué une seconde fois: « Monsieur, me dit M. de » Rougé , je viens vous chercher de la part » deM.de Mortemart, mon cousin; il faut » que vous veniez lui parler sur-le -champ. » Je m*habillai aussitôt, et je suivis M. de Rougé qui ne me disait point en quel lieu nous allions. Le valet de chambre de M. de Mortemart avait mené M. de Rouge chez moi ; il portait une lanterqe. On né pouvait s'en passer puisque les réverbères n'existaient plus. Je fus assez étonné de voir entrer mon conducteur au Luxcm-

I09 bourg: le concierge lui parla myatorieuse* ment. Nous montâmes plusieurs étages; enfin )e trouvai dans un petit entresol , M. le duc deMortemàrt : ses traits étaient fortement altérés comme ceux d'une personne quia beaucoup souffert moralement et physiquement. « Depuis notre ^épara- » tion, me dit-il, j'ai été traqué cemme » une bête fauve (i), je me suis vu trop

» heureux de trouver un asile chez M. de » Sémonville; au reste, le public, ignore » que je suis caché au Luxembourg. Voici » pourquoi je vous ai fait appeler : plu- » sieurs personnes ont été envoyées par » moi à Saint-Cloud pour instruire le Roî

(i) En passant devant la Banque,, il fat reconnu vraisemblablement par quelqu'un \ car cinq ou six hommes s'élancèrent aussitôt vers lui , mais il par* vint à leur échapper en s' enfonçant dans ces petites rues qui entouraient la grande poste ; pals il gagna la halle, et arriva jusqu'au Pont-Neuf , où la foule Tarréta pendant long-temps, i

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)» de ce qm se |>as5ait ; je crains que ces 1^ émissaires n'aient pu y afriver, puiisque » toutes lés routes sont occupées parlés f* Farisiehs, et que les barrières sont fer- ^ mées d'après un ordre dé M. de La- * fayete* H est cependant dé la pins haute 1» inportoAce ^m connai£(Se notre situay» tioif pil font àbsoituiiebt (|ùe tous dôiï- »[ niez uoê nouvelfe plreûtè de votre lèlè » en TOUS' rendant à Sàint-Cloud. M. dé » Darâaar vous Intf ôdiifirâl faCÔeYrient au- » pr?s du Rbï. >i —^ Jte désire cèpéhdalnt, hai dis^jé , être pbrîéift' d*im sîgtié quelconque qm piiis^ attester que je' "^hs de , voire pari. Alors M*, de Morteihîart déchira un coin d*un Moniieur^ il y écrivît au crayon ces n^iots : toute cor^ance au parieur du présent f duc de Moriéfhart Je plaçai ce petit morceau dé papier grand comme deux doigts dans le nœud de ma cravate.

t< Vous annoncerez au Roi; me dîtlVf . de

m ».Mortemart, qiie Ton a TÎdcmiient re- » pousse ks^rdonnanees royales à l'Hôtet » de-yîUe ; la réiuiion qui s*y tient en pcry» maneace a prononcé la déchéance du f> Roi;, j'ai encore quelqne^qpoir detlwler » à r^de de la chambre des p aii9. Il csi^e » uiie assemblée assez^ nombreme de dd-^ » putes qui s'estconi^tttée^ar«Pakiis«B0<fr-< -) bon: elle est trë»^distin<^tiâ de^ ceHe.dé >) rHÂtel-da-Yiile et ^ca)WiC»up mieux dis- » poséc;>nia»s lia fbrcedugicmtset^enieAtide if> &rt réside dans le$j mains* de M. die La- » fayi&tte^^ qui , dcrsi^ prc^e ailtorîté^ B^esf » dédané commandant de la) gardé ilMio^- » nale ; U faut donte , pour que ii(¥és;<fefniar« » chiessoiimtioouroniiéesdié^sâiccès'y qu% le » roi ne boujg^ pas de S^intCtloéd , qt^il » jit prenne toutes ks dispositions pou^s^y- » défendre^jusqii'à>la dérh%ê dietrémitë^ » En coiiséqnetice , vous insislerez-potii' » que les ponts^ dis Sàiht^€Iôud^ .et de » Sèvr0s< soient rompus iiTConiitittiit ; iV

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