‹ Saint-Cloud, Paris, et Cherbourg. Memoires pour servir à l'histoire de la révolution de 1830;Chapitre 2 sur 8 · IÎ · texte numérisé non relu

IÎ

est urgent que l'on dépêche des émissaires pour presser la marche des troupes composant le camp de Saint- Omer et de LunévîUe ; Saint-Cloud est une médiocre position militaire; cependant Ton peut fort bien la défendre contre.des insurgés ; annoncez au Roi qu'il sera attaqué demain matin, mais que ce ne peut être sérieux ; vous répéterez jusqu'à satiété que je conserverai des chances tant que le roi sera à Saint- Cloûd/mais que je ne puis plus rien s'il en sort , allez partez. » M. de Mortemart me donna ces instructions avec uoe exaltation qui contrastait avec son sang-froid habituel ; il m'embrassa et je partis plein d'une nouvelle ardeur ; à peine étais-je à la porte que je m'entendis rappeler: « Vous n'oublierez ^as de. dire au >» Roi , surtout y qu'il ne serait pas sage » d exposer toute la famille royale à une » attaque de vive force, il serait opportun

ii3

» de faire partir M. le due de Bordeaux » cette nuit même: pour un lieu sôr^ le' y> château de Saumur, par exemple >». Je compris qu'on m'eût rappelé pour une addition aussi importante.

Tjorsque je sortis du palais , Thorloge du Luxembourg sonnait les trois quarts avant une heure; je regagnai ma demeure; j^endossai une seconde fois une veste de chasse, je partis. Ma pauvre femme me dit tristement :« Vous me quittez encore. >> Je la laissai à genoux priant le bon Dieu. J'avais perdu à peu près une demi-heure dans mon trajet du Luxembourg chez^moi et dans mes apprêts, de sorte qu'il était près d'une heure et demie lorsque je me remis en route. L'on va

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Yoir.|)Oiirqaoi j insiste sur ces détails âû cadran.

Je repris h rue Vaugirard : les p^iés semés çà et là , que l^obsturité de la tiuit m*empéchaient de bieji distihgeér, r(etardaient ma 'marche , quoique je mi^se beaucoup d*ardeur à doubler le pas : je traversai plusieurs groupes considérables formés sur la place des Invalides; l'hôtel de ces vieux guerriers était fermé comme Je matin: mai$ je distinguai de la lumière dans chaque chambre. Arrivé à la bar-^ rière^je fus akrélé par la foulé qui Tobsi^ Iruait^ il fallut attendre un quart d'heure pour qu'elle s'écoulât ; les gens qui eé*^ traient ibe parurent plus nombreux que ceux qui sortaient ; je trouvai 1^ trottoirs du.p<^t de Gtenelie couvartë d'botnoie^ de tout, âge , la plupart axmés de fusais et de. sabres. En descendant du pont , je tournai à gauche pour suivre le <hemin de YersasUes , car je désirai{s g9giMr

ii5 Ssiint^loud par l'aUée de Breleuil , le chemin que je connaissais le mieux ; mais je mie vis arrêté tout-à-coup par environ six cents insurgés, partagés en différents groupes; cette rencontre me eontraiia beaucoup, mais ne me suiprit pas, a^ tându que , pendant trois heures , j^avâis vu iilçr des bandes sur le quai d^Orsai , et que M. de Mortemart venait de m*assurér que le roi devait être attaqué t^ matin même. Ces braves gens avaient

ênvs^ un cabaret, qui occupe le rez-de-

chausàée d^une fort beUe maison neuve ;

)'y entrai : le maître s'était enfîii , il ne restait que deux femmes, que Ton rudoyait passablement pouravoh" du vin; un élève de l'école polytechnique survînt, la tête jénveloppé de bandages; il corn-* manda aux femmes d'illuminer le devant de la boutique et les étages supérieurs.

I>ès que jé vis paraître ce- jeûné hottime, )e sortis, car je craignais qu'il ne m^a-

ii6 dressât quelques questîoni; J'en eus été fort eiTiharrassé ; ma position était assez difficile. Je revins sur le chemin-en filant d'un groupe à^ l'autre ; ces hommes , couchés le long des baies ou dans les prairies, criaient à tue-tête en s' appelant entre eux : Je reconnus à leur ignoble façon^de qu'ils appartenaient à la plus vile populace, prineipalemeM à cette classe qui garnit le parterre et le paradis de l'Ambigu ou de la Graîté : leur langage ne ressemblait en rien à ce babil spirituel , qui charme les oreilles dans un camp de soldats français : l'étais le seul sans armes apparentes; j'en éprouvai beaucoup d'embarras, heureusement que l'obscurité de la nuit me protégeait; mes compagnons pi*oféraîent les plus horribles imprécations contre la garde royale et Chartes X ; à plusieurs reprises up ou deux de ces hommes vinrent me parler, jpuisqu'ils me voyaient mêlé avec eux; je ne sais trop

ce que je leur répondis , mais je suis certain d'avoir lâché force jurons.

Pénétré du désir de remplir ma mission 7 je me coulai le long des haies ; je fis ainsi un quart de lieue depuis le cabaret : je fus obligé de. xn'arréter quelques

ias^ants^ car je l'encontrai sur la chaussée un peloton assez considérable avec une pièce de, canon ; enfin , après avoir couru plusieurs, fois d* un bord à l'autre , pour .ne pas être trop remarqué, j'arrivai à Cjettc réunion de maisons que Ton nomme le Pom^ du Jour : Iq devant du rez-deçhaussée de chaque maison était garni de chandelles allumées : tous les cabarC^ts se trouy^ient envahis par les Parisîiens ; j*en vis sortir plusieurs portant des seaux pleins de vin (i) ; ils couvraient la lar-

(1) Un habitant de ce* village à qui j'aî parlé de mon Toyage et de ce via.que i*avai& vu enlever avee des seaux , m*a assuré que les cabaretiers du Point

geor éa tfaemitt ; j'observai qiîMls parlaient rnoin^ que teùx àoni je venais cle quitter la société ; on leur imposait silence lorsqu'ils avaient trc^ foit : je t'eslai convaincu que la tête de là coloâhe n'attait pas au-^delà du Point du Jùufj et que les chefi 'de ces bandas se trouraîent étai^lies terS les dar^iér^ miaisoiis \ je compris qtie je. ne ponviatis le^ dépasser sans étrô <piestipïiné pat eux sur tnà posStipn \ cet (^tàcle me paient Id^aùtint pluà ktfstirmôntatde , que Tùn entendait des e<Hip(S de ftisil lointains; Je* pris aussitôt là résolùtioii 4e itils jetei^ è:^ les ptairieÀ du côté gaùc^lie de là rcmte , de cdtoyerlà rivière, et de me procurer uïie bàrqtle « pour jfne conduire jusqu'à Saint- Cloud. Au moihent où j'allais mettre mon

de Jour avaient été indemnisés dssex faibjement par he gouvernement, un an après tes événements de jtiiUet.

|iroj^i k eïL^Ciitîon , il s cleva une ruiBCuir ^i^tr9oi*dliiaire en i^tc de là co^ loqilie; ^e m^avdaçai, poussif par la cu^ riomi^ l i^ quasâîonBai les uns et les «utr^ f enfin , Hfumi un quart d^^heurt 4*i8^ate > f xsDlendis un mot qui passak de boucbe en Iiouche :il esit partie îlest pafii; 0V) annonçait ainsi que le.Boi avait .quitté SaiotrObwd r quelque temps après, je vdisiin^^i une^oix très-forte qui cnsàii:

garreîgarre! c'était ..celle d'un homme monté sur ^^ bid^ de poste, mais habillé aiitnemcnt qu un postillon ; il paraissait fMiessé ^'arriver à Pari§ ; il disait à to:us.: Chark$ X a €fuiiie Saini-Cfoud. .Chacun «recevait cette ^nourelle avec destran^aiis •de joie ; les uns sautaient, les autres frMkliaient la terre avec la crosse de. leurs .&>sils. Le jour semUaît vouloir paraître. ' J'avais laissé ma molitre cfaes moi , je désirais savoir l'heure qu'il était; je le demandait plusieurs de jmies compagnons

qui ne purent me satisfaire. Je découvris dans la boutique d'un petit épicier, débitant d*eau-de-vie, une mauvaise pendule; elle marquait trois heures un quart; le maître me dit : elle retarde. Je jugeai que cette pendule ne devait pas s'écarter beaucoup de la vérité, en calculant d'après * toutes mes courses depuis mon départ de la rue Madame, et les obstacles que j'avais rencontrés. A force de questions, j'appris que le Roi, en sortant de Saint--Qoud, avait pris le chemin de Ville-d'Avrai.

Ken des gens de la nature de ceux qui parlent des événements politiques dans leur cabinet , lorsque les orages ont cessé de gronder depuis lojig-temps, diront qu'à ma place ils n'auraient pas fait aucune difficulté de poursuivre leur chemin vers Saint-Qoud ; j'avoue que je ne le fis pas , que la nouvelle dû départ du Roi , dont je calculai sur le champ toutes les conséquences, éteignit totalement mon

énergie ; je vis un fait accompli, un malfeeur irréparable. Je n'eus pas tfiêmcrîdëe de calculer siM. le Dauphin, ou quelqu'un de la famille, était resté dans la demeure royale. Saint-CloucL sans le Roi, ne me paraissait d'aucune importahce.'Charlès X en sortit vers deux heures e1^ demie du matin. Dans les temps ordinaires, j'avais souvent fait le urajet de la rue Màdatnc à Saint-CÏoud, par le pont de Grenelle, en cinq quarts d^héure avec un cabriolet de place , et en deux heures un quart à pied marchant très-vite. Abstraction faite des obstacles de force majeure que je rencontrai à chaque pas, je ne pouvais arriver avant quatre heures moins un quart du matin, c*est-à-dîre, cinq quarts d'heure après le départ du Roi. Pou vais-je espérer de rejoindre à pied le Roi parti depuis plusd'uneheure avec les meilleurs chevaux de France ? savais-jc vers quel point il s'élait dirige? Toutes ces reflexions qui se

pressc^ent daqs mon e^rit, me Ikeot regarder 'O^mmc ixmfiie d'aJUcr plus avant Ayant acquis la certitude que le Roî js^vait quitté Saint-Qoud, je considérai tout le reste avec indifïérence. L'espèce de fièvre qui me soutenait uue heure aupi|r2^Yaiit» ^plajceà une extrême lassitude.

Je ;me traînai vers Paris sanscrainted'étre reconnu ; il faisait ^and jour lorsqufs j'arrivai devant la bairièk'e 4e Grenelle, nu fort piquet de gardes nationaux ne laissaient entrer persoi^ne. £n effet, m^ dkùre du général Lafayette prescrivait de ne laissçr entrer ni sortir ; je' m'assis sur un banc ; au bout d une ,heui^ on leva l^t ridicule interdiction, il me £^t lil>re d'en^ trer. Je me dirigeai vers le {^uembourgi inais le concierge me repoussa en me xlisant «qu'il ne connaissait pas le duc 4e Mortemart ; le brave homme craignait de se compromctirc \îs-à-vis le garde national en faction. Désespéré de ce contre-

temps y car je voulais au moins rendre compte de ma dëconveouCi je montai cbezM.d'Argout, que je savais rester dans le inoisinage, rue Garanci^e ; il me reçut dans sa biUiotbèque. Je lui demandai de ine procurer les moyeïis dé parvenir jus* <]^'a«ip]rès de ML de Mortehnart, renfermé Ml Luxembourg. — « Il n'y est plus , me dit M^ d'ArgQut^, on Yj savait cach^, et il s -est vu obligé de cbercberûn autre asile.

— M. de Mortemart m-avak chargé d'une loiÉssioil aigres du Koi» mais Sa^ Majesté a quitté Saint- Cloud. — Oui v^rs mi- »uîi (i).— ^ Ainsi 'Cette txAstt nouyelle m Savait précédé. — J'aurais^ voulu au moins rendre à M. de Morlemart le mot d*pidre qu'il m'fnrait coirfié.— Vojrons-le^j^ Je dénouai ma cravate et lui montrai le morceau du Momfez/r : c< Diable , dit-il, il

(i) On avait induit M. d'Argout en lerreur. Il se trompait de plus, de deux heures.

y a de quoi vous faire mettre en pièces parle temps qui court, il faut brûler cela. >». A Tinstant il alluma un flambeau au moyen d'un briquet phosphorique et livra lui-même ce bout de papier à la flamme de la bougie. A peine le sacrifice était-il consommé que j^en éprouvai un >'if regret,

quoique l'obligeance seule eût guidé M. d'Argout en cette occasion; mais je regrettai infiniment la perte de ce morceau de Moniteur^ qui dans mes mains devenait ime pièce historique du plus grand intérêt.

Je quittai M. d' Argout vers huit heures du matin , samedi 5 1 juillet. J'allai prendre quelque repos ; la plupart des personnes que je rencontrai portaiciit un nœud de ruban bicolore.

J'ai appri? ensuite que plus de deux'

heures après mon départ du Luxembourg/

dans la nuit, un envoyé du duc d'Orléains?

se présenta chez M. de SémôflvîUe , et lui

demanda de le mettre en rapport avec

M. de Mortdmart, pour lequel il avait une

mission. M. de Sénfonville le fit conduire

dans le petit entresol. Cet envoyé annonça

qu'il venait y de la part de M, le duc d'Or-

lé^s, f)Our supplier M. de Mortemart de

se rendre auprès de lui dans l'intérêt dé la

cause du Roi uretté derhière considération

détermina M. de Mortemart; sa qualité de

ministre l'aurait sans doute retenu^s'il se fût

agi d'un tout autre motif. L'officier ajouta

qu'il était chargé de le conduire dans le

lieu où se trouvait le prince ; ils sortirent

tpus les deux du Luxembourg vers trois

lîiG

heures du matin (i); les approches du Palais-Royal étaient encombrés de bandes armées , bivouaquées sur la place , dans les coûts et dans les rues adjacentes ; tout ce quartier, éclairé p3V les Ijtopions placés aux fenétrçs des itiaisona et sur lea barricades, offrait up spectacles horrible et siDguUer. Le jour commençait à poindre* M. de Mortarnart a raconté à sei coUègi]^3 de Iji chambre des pairs, qu'il. fat introduit d*abord dans Tappartement cie M. Ottdart, secrétaire du prinee ; tout y avait été brisé par Içs balles (2); pùi^ M» Bertfaoïâ , aidia de camp de M.^^ d|^o d'Oriléànss^Tint prendre lii^.deMcntemart^ et l'introduisit, zjpcèa bien» des détours, dans une pièce CHise tenait le prince^qu^ila

(1) Ç&Qi explique comment M. d*ArgDut m'avait annoncé queM.de Moitenxaçt n^étaitplus au Liaembourg; mais M. d*Argout ap méprenait sur. la Yéritable cause de cette absence.

(ift) Cet Afip^teiivent fe^me le èotn de la rue St,-^

trouvèrent cxtértué àe fatigue , accablé de chaleur et à moitié têtu. Le duc d'Orléans , en apercevant M. de Mortemart , lui dtt vivement : « Duc de Mor- » temart ^ sî vous voyez le Roi avant y»' uioi^ dites-lui qu^ils m'ont amené de >» force à Paris ; mais que je me ferai » mettre en pièces plutôt que de me » laisser poser la couronne sur la tête ; le ^ Roi im*accuse sans doute de ce que » je ne suis pas allé à Saint-CIdud. J'en » suis fâché ; mais j'ai été instruit que dès » mardi soir Ton excitait le Roi à me faire » arrêter , et je vous avouerai que je n'ai » pas voulu aller me jeter dans un gôê- ^ pîer j d'Uiiô autre part, je redoutais éga- » lement que lés Parisiens ne vinssent me » chercher; je me suis renfermé dans une

Honoré et de la me de Richelieu, au-dessus de l'ancien café du Eoi> aujourd'hui fermé;

y* retraite sûre et connue seulement de » ma famille (i); mais, hier au soir, une y> foule d'hommes ont envahi Neoîlly, et » m* ont demandé ^ au nom de la réunion r» des députés. Sur la réponse que j*étais » absent , ces hommes ont déclaré à la » duchesse qu'elle allait être conduite à » Paris avec tots ses enfants , et qu'elle » restait prisonnière jusqu'à ce que le duc » d'Orléans reparut. La duchesse, effrayée » de sa position , tremblant pour ses en- » fants , m'a écrit un billet Irès-prcîssant » avec prière de revenir le plus^ tôt pos- » sible : cette lettre m'a été portée par un » hommedévoué;}e n'ai plus balancé en le ]» recevant, et je suis arrivé pour délivrer » ma famille; ils m'ont amené ici fort » avant dans la soirée. »

(i) Le prince, m'a-r-on dit, passa deux jours chez nn employé de son administration forestière : il Ta depuis magnifiquement récompensé de ses soins.

M. le duc d'Orléans après avoir annoncé à M. de Mortemart que la réunion des députés l'avait nommé lieutenantgénéral du royaume, comme un moyen d'empêcher M. de Lafayette de proclamer la république, lui demanda si ses pouvoirs s'étendaient jusqu'à la faculté de le reconnaître dans ses fonctions; M. de Mortemart répondit qu'il ne le pouvait pas, qu'il avait même protesté, comme ministre, contre cet acte la veille au Lu- SLembourg , quoique en sa qualité de français , il le jugeât très-propre à sauver la patrie en mettant un fre^n à l'anarchie. ^

Pendant que ces deux importants personnages agitaient d'aussi graves questions, il se fit autour d'eux, un tumulte effroyable qui augmentait graduellement, et qui semblait s'approcher de cet appartement; enfin,M.Berthois entra : leprincè lui demanda la cause de ce fracas. « C'est une foule d'hommes ^i Teulent tous

voir. — Mais est-ce une députatioh des ëcoles? uîie députation de gardes nationaux?— Pas dutoùf, ce sont des gens du peuplé ; ils disent qu ils veulent vous voir, et si vous ne paraissez pas, ils bouleverseront tout et arriveront vraiiemblabîement jusqu*icî. »Le duc d* Orléans dit à M. Berthoîs : « Annoncez-leur que je suis exténué de fatigue et déshabillé, que je né puis les recevoir , mais que je parlerai à leur chef, amene2-le moi » . Cet incident rompît la conférence. M. de Mdrtèmàrt se retira en annonçant au duc d'Orfieâiis qu'il allait chetche^ léà moyens îie faire conliàître àû Roi la situation dés àÎTairés, et la nécessité dans laquelle il se trouvait d'être revêtu de pôùvoii's plus étendus pour entamer de nouvelle^ négociations, et les amener à un résultât Satisfaisant. ' L'où m*a assuré que Foraleûr populaire, amené par M. Berlhoîs devant le prince , ressemblait admirablement à un

conspirateur de mélodrame , et qu'il était datis un désordre effroyable: h Nous som-' mes Tenus ici, dit-il, pour te nommer Roi, mais nous ne voulons que toi; nous ne voulons , surtout, ni pairs, ni députés , ce sont des gueux tous ; tu es un bon prifice» tu gouverneras bien , et cela nous suffît, (i) »

Le dùcd*Ortéans, ^Etrémemûnt étohné et du ton et des paroles 4e rorateur, lui r^onditque si jamaisildèVehait Roi, fl ùe voudrait Y être qu'à condition éTavoîr au contraire des pairs et des députés.

L'homrat du peuple reprït la parole , en s*absteiiant toutefois de tutoyer le prince ; il insisia vivement pour qu'on envoyât promener cesgtêeiuc de pairs etde députés; nouveau refus du duc d*(>rléatis : « Eh bien! arrangez cela comme vous Tentendrez, mais nous vous voulons pour Roi. »

(x) Gomme rien n^est surprenant d« la part des

Il se passa ensuite des choses fort importantes et même honorables pour le duc 4'Orléans, mais des considérations d'un ordre supérieur peuvent m'empêdier de les révéler.

Décidé à épuiser tous ses efforts pour remplir sa mission, M. de^^klortemart se rendit au palais du corps législatif vers les deux heures après midi, dansTespoir de rallier les opinions à l'autorité royale; on Taccueillit mal; on paraissait sin^ gulièrement indisposé de ce que le Roi continuât à consulter M. de Polîgnac et les autres ministres , restés exprès auprès de lui. M. de Mortemart soutint avec une nouvelle ^ergie que la malveillance semait à dessein ces faux bruits.

Voici un fait qui justifie pleinement

hommes, peut-être nos enfants verront -ils les peu* pies s'insurger pour avoir des rois absolus, cl traiter de fyrannique le gouvernement représentatif.

l'assertion de M. de Mortemart : M. le marquis de Térac, au. milieu de cette perturbation générale, avait su par sa fermeté conserver intact le château de Versailles, dont il était gouverneur , c'est d'après ses avis que le Roi s'arrêta plutôt à Trianon qu'à Versailles même. Le Roi rappela dans la journée du samedi , vers Q heures du matin ; M. de Vérac , entraversant les appartements pour arriver jusqu'au cabinet du Roi, aperçut M. de Polignac et les autres ministres disséminés dans les dîfféreMcs pièces : cette vue rétonna; il le dit au Roi, en assurant que leur présence auprès de sa personne produirait un fâcheux effet : t^ Eh , puis-je les renvoyer, s*écria le Roi, ce serait les lixvev à la fureur de la populace ; d'ailleurs ils ne sont plus rien, je ne les consulte pas, et dans ce moment ils sont remplacés par ceux que M. de Mortemart a nommés à Paris. » Le Roi donna à M. de Vérac la

i34 mission de se rendre auprès deM«âe Mon* temart pour s'enquérir de Tétat des choses^ et lui recommanda* de revenir à Trianon dès qu'il aurait vu le nouveau président du conseil.

En sortant du Pâlais-Bourbon , M. de Mortemart passa à son hôtel pour avoir des nouvelles de son fils Arthur, page du Roi j dont il était fort inquiet (i) ; le concierge lui annonça qu'à diverses re*prises des trou|>es d'hommes étaient venus le demander avec menace de fouiller la maison de foitce. M. de Morte* mart , au liei» de monter dans ses appar^ tements, resta dans la logé; il y était dé-

fi) Le l^une Arthur de Mortemart avait couru les plus grands dangers a Versailles ; les pages furent assaillis par la populace et obligés de s'échapper de leur h^tel. Arthur ût quatre lieues à travers champ avec six de ses camarades, pour aller se réfugier à Neauphie auprès de sa mère.

pi|î$ un quart-d'heUTje , lorsque dix ou dauze individus pas trop mal couverts, déni aiideren|; rudement : « M. de Mortemart est-il chez lui? — Il est absent; je ne l'ai vu depuis loBg-tçn^ps, répondit le portier sur un sigjQie.die son maître. — Vous dites ceja;^ mais nous alloQS monter. — Montez, Messieurs, si vous le voulez ainsi. » M. de Mortexnart^^çnjtçndant ce colloque, s'arma de résolution; il sortit de la loge, traversa p,Q3ément le groupe et franchit le s^euil de \^ porte sans qiue ces hommes se fassent doutés d'être aussi près de lui; il ne craignait pas qu'on exerçât des voies de fait sur sa personne, mais il avait lieu dépenser qu'on ne vînt au moins l'an'étcr au nom de la coiximission der])^tei'4e*yille,et c'était maiifqj^er ^ sa nnssiqu que de s'exposer à passer son temps daQ3 une prison. U parvint saQS ^Cjcident chez M. de Rougé, rue de Varenne?, et le trouvant chez lui| il le supplia de partir sur-le-champ pour Tria**

non, afin d'instruire le Roi de la situafTon des affaires. M: de Rougé partit aussitôt r mais, arrivé à Sèvres , il tomba au miUeur des mêmes insurgés parmi lesquels j'avais passé une partie de la nuit; ils avaient eu à soutenir de grand matin contre les lanciers de Ja garde une petite escarmouche dans laquelle plusieurs lanciers furent mis hors de combat ; M. le duc d'Esclignac , commandant cet escadron, reçut à la jambe une blessure qui nécessita l'amputation. Ces Parisiens fort échauffes rudoyèrent extrêmement M. de Rougé, qui fut signalé comme un officier de la maison du Roi. Ils le poiursuîvirent en divers lieux; enfin il parvint à s'échapper au travers le jarâjn de madame la princesse Charlotte de Rohan : le concierge eut la charité de le soustraire à toutes les recherches, et le soir lui fournit les moyens de regagner le faubourg Saint-Germain.

Cependant M. de Vérac, après bien des

Jifficukés , arriva à Paris , joignit M. de Mortemart chez M. de SémonvîUe, et s'acquitta auprès de lui de la mission qu'il avait reçue du Roi ; il allait repartir avec la réponse de M. de Mortemartt lorsque .Ton j^gea convenable de le retenir au Lu^embotœg, attendu qu il était de la plus haute importance de grossir le nombre des Pairs ;• car leur réunion défendait seule la légitimité. M. de Labourdonnaie fils s'offrit pour partir à la place de M. de Vérac. M. de Mortemart dépêcha également une heure après M. de Makau.

J'avais été informé que M. le duc d'Orléans devait aller à l'Hôtel-de-Vilïe ; je voulais le voir ; je me dirigeai en conséquence vers le pont au Change; dans le trajet, j'aperçus, surtout dans les quartiers de la rive gauche et dans les rues voisines du Louvre et du Palais-Royal, des proclamations, ou plutôt (ïes avis sans signatures , dans lesquels on exhortait les offi-

ciers et gardes m^ndm 4^ $ç rendre au Falais-l^ojal , pow fprrocsr le irortège du prmçe. Oa y rwomtmr^it aurloiit d'y diïkf ^ps ^i^p^^u et s(m^ çoeimie. La inaj^iire pwrjti^ 4e cea ^ns ét^est liâio*gl^phié^ et traçëfii ^ h main et d'une, éjçriture fort m^nm* Cett^ pièce me fr^qn^ ; ^^ ftttn^t be^eoup r^eution puj^iqpiie ; Tef) dëjGplai une , mftis je la perdis plus tard.

M. le >duc d'0rlif|ii)9 s» tm^ à rfidteldç-Villfi ; l'acçpurus pçHBT le voir passer;

je le ^alusâ par mes acdamatipns, car je le regardais çQîume un médiateur; iine portait pôifit les couleurs tricplôrea ; je remarquai très^n qu'il n'y a,vaît pas upanimité dans ]^ applaud^ments ; j'aperçus beaucoup 4ç groupes diè^me-r naç^ts^ et qui ciîai^nt aii^ Tiolen^ce : A bifs les Bourbons ! plus dfi. J^i^mrb^m l vive la liberté! Le prince avait le yî$ag6 altcré.Il marchait très-lentement à cansi^

i39 des barricades. Un seul aide de camp ; M. Berthois (i), raccompagnait ; mais w^ tFès-grand nombre d'officiers d^ la g^de nationale Tentouraient.

Je distingqaji dans le groupe qi» acr compagnait le pcince p^qsienrs d^pitf;^»

notammentt M* Yiennet A mesure que le cortège approchait de la pla^ce de Grève , les cris devenaient plus bostilest Je me plaçai sur une barricade près le pont dJArcole : M. le duc d'Orféans mit pied à terre ; il monta lentement l'esca- Her; personne ne vînt au-devant de lui; il fut accueilli en entrant dans la grande salle, par des vociférations et par des rcr proches adressés à la famille des Bout-

(i)MM. Athalin^ de Rnmigni, Berthois et les autres aidesHle-camp étaient ckez eux k la campagne , de sorte que le prince se^^er^^ trouTé sçS|q& ai^fîoii officier de sa maison , si M. Berthois ne fû^ venu.^ toute hâte du département de

bons. Le prince, passablement ému , agiotait sa main pour qu'on Tëcoutât; ayant entendu dire par une voix très-forte qu'il fallait qu'il se retirât , s'il venait au noni deCharlesX le par/ure, il dit :«Vous vous trompez , Messieurs , le Roi n'a jamais eu

la pensée de violer la constitution. » Voilà quel fut, m'a-t-on dit, le début de M. le duc d'Orléans en arrivant à l'Hôtel-de- Ville :

puis à force de s'exprimer avec chaleur^ l'ivresse le gagna, il parla de son père..;..

En rentrant chez moi vers six heures du soir, je trouvai M. de Cpnny : rien ne peut rendre le désespoir que lui causaient les événements politiques qui se pass^ent.

Il mlnforma qu'il avait eu le matin'un moment d'entretien avec le roi àTrianon, et que Qiarles X l'avait chargé d'un message oral pour M. de Mortemart; je suis venu le trouver, me dit-il, attendu que le concierge de son hôtel m'a assuré qui vous seul étiez en état de m'indiqucr

le lieu où je potirrais le rencontrer. Je lui dis comment gavais perdu la trace de mon patron ; « au reste, ajouta-t-il avec beaucoup de découragement, ce que j'ai à, dire au duc n'est pdis tellement important que TOUS ne puissiez le lui dire tousmême dès que vousrle verrez. » En effet;.

ce message devait être bien peu essentiel, puisque, malgré la bonté de ma mémoire^

je ne pqîs aujourd'hui m'en rappeler Tob-r jet. Dans la soirée de sami^di, j*appris qçL^ la défrhéan.ce du Roi était déjà un fait ac* compli; mais toutes les personnes que je vis.nfe doutaient pas que nous conserverions le duc de Bordeaux.

Le dimanche, i"août, je sortis de chez moi à neuf heures du mâtin ; je me rendis à l'hôtel Mortemait pour tenter ehcore

one fois de voir M. le duc ; le concierge m^ahnonça que je le trouveraîs dans le $al(m arec un assez grand nombre de l^airâ; en m'apercerant , M. de Morteniàrt sortit précipitamment , il tne dit t < Eh bien , tous êtes arrivé trop tard hier dans là ntiit ; le Roi avait quitte Saint- Clôud avant que vous ayez pu arriver ; vous savez que les députés ont prononcé la déchéance du Roi ; j*ai résisté autant que j*aî pu au torrait/îl m^a renversé :

f esp^recependant qu'à Tai de de la chambre des pairs je pourrai faire trïompher les droits du duC de Bordeaux/ j^ai tout lieu de croire que nous le conserverons; revenez me voir vers les trois heures, j*auraî besoin de vous faire écrire. »

Je me retirai et je me rendis chez M. Hennequin , que je n'avais pas vu depuis

le ' mercredi ; en m'aperoevant il tourut

au devant de moi: « Èh bien ! me dit-^il,

que de moeurs ki'àtvOûS'-tious pas a dé-

i43 ployer, Cttiin un de cei Bèurèohi ttoUi téietè encans ; de ééi éhfàht jaUtit un dettiiêt

tfe t&âm thtk M. de MoHèm^rt iTaitt tri^ heàrë^, je lie ttôùtài ptët à ^ordr', 3 ni'af>{>lit <^^A àt ttMAlï théi b -Aùc

tim&ëtdu BàL Ydel , A'ii'ptÙ tt qtie j'ai â{»ptW ) qcftl éil ^tftit le niotih Des pér<sdtttte)» fotrt «ittA«héieé ati IU>Î, Mirf^ fàcHe^ à 9'a}âittt«i' «t iàurtèM tâàl iiistrttit<M ^ -^ittrëtn «nUôdftër att dlit <fOil)ééM que lâtlâi ctAiàcttil & AkiHtibA^t (e pkiii^tid dtitiger (t) ; (|ue les populàiibtië dé» liéai ei^viréotajattâ s'^nt insurgées , «t hiènàçàîent de ttiâijdàcrtt là fetuffle royale.

Le dut d'Otï&iiS , fort dBfrayéett èirtéil-

(i) Le&m éànt «irivié à AaflibkiilleC té saiiedi,' yer» 4 faeuf;e8 de l^près^mîdi. Avaxit de iqutllei; Trianon, le Roi tint un conseil auquel furent ap« pelées lés personnes qu*il crojait le plus capables dé rdëlâfler ; k. l«il6ùivBttt>in OôttTéhtèt ^ ài^^.

dant ce rapport , fit appeler M. de Mortemart dans l'intention de se concerter avec lui pour sauver les princes de ce nouveau danger. M. de M ortemart accourut, et Ton décida de nommer dçs commissaires qui se rendraient sur^le-çhamp à Rambouillet pour protéger ]a famille royale, la faire respecter et lui remettre rargent dont ellepou-

yait avoir besoin* Il fallait choisir d'abord des personne^ en qui le Roi pût se confier sans nulle créante I et les joindre ^des hommes dont le nom fût a$sez populàii*e pour avoir action sur les masses £[oule-^ vées ; en conséquence , M. de Mortemart choisit, de son côté, M. le duc de Çoiguy, qui a le bras coupé, aide-de-çamp deM. le duc de Bordeaux : il n^vait cessé de déployer beaucoup de zèle à la Chambre des Pairs ; le duc d'Orléans choisit lé maréchal Maison, M. de Schonen et M. Odiloh-Barrot. M, de Mortemart remit à M. de Coigny une très-longue dépêche pour le

Roi , dans laquelle il lui rendait compte de tout ce qu'il avait fait , des difficultés insurmontables qu'il avait rencontrées, et la position désespérante dans laquelle il se trouvait. Les quatre commissaires arrivèrent à Rambouillet dans la nuit; ils trouvèrent le Roi fort calme, nullement inquiété ; il refusa Targent qu^on loi apportait, en disant qu'il n'avait besoin de rien , et qu'il attendrait patiemment le résultât dés négociations entamées par M. de Mortemart. MM. les commissaires, bien assurés qu'on avait donné tirie fausse alarme, se retirèrent et reprirent le chemin de Paris.

Je présume que c'est après avoir vu M. de Coigny, que le Roi se détermina à Fabdication, et qa*il créa de $oh autorité'

suprême le duc d'Orléans lieutenantgénéral du royaume , dont la nomination parut à Paris le lendemain.

lO

Le mardi matin , 3 août, je me rendis à ITiôtelMortemart.Le concierge m'annonça que son maître était au Luxembourg, mais qu'il avait donné rendez-vous à beaucoup .

de Paîrs pour six heures et demie.. Je revins au moment indiqué : M. de Mortemart me dit :yous savez ce qui se ps^se ;

le duc d'Orléans a été nomnié par le Roi lieutenant-général du royaume. Mes pouvoirs sont annulés par le fait ; je suis affranchi de mop fardeau : le Roi et M. le Dauphin ont abdiqué ; la famille royale désire se retirer en Italie ou en Autriche ; nous garderons M* le duc de Bordeaux que Ton veut , dit-on , faire élever d'une manière plus conforme aux institutions qui n6us régissent. »

ï47 En Sortant de chez M. de Mortemart , |e courus chez.M. Hennequîn pour Tinformer de ce que je venais d'apprendre ; dans les moments difficiles on éprouve le besoin de s* épancher et de communiquer ses propres impressions à des personnes dont les opinions sjmpatisent avec les nôtres; M. Uennequinme reçut dans son cabinet; nous nous réjouissions de la tourlûirjç satisfaisante que prenaientles affaires, lorsque la porte s^ouvrit avec fracas ; parut M. Stassart» un ami de la famille Hennequin ; il jeta avec colère son chapeau sur une table» et dit : Savez- vous ce qui se passe ; Qiarles X révoque^ son abdication et veut réprendre le pouvoir; il se fortifie dans Rambouillet; à cette nouvelle le peuple de Paris s'est soulevé; il se rassemble de toutes parts pour marcher contre les troupes royales et assaillir Charles X dans sa

retraite; je prévois de grands malheurs »• Ge discours nous terrifia.

i48 Je sortis précipitiammént de chez M- Hcnneqoîn ; je vis, en ^et ^ coxstïf sur les deux quais beaucoup d'iadÎTidos, mais isolés; la masse delà populaliod ne prenait aucune part à cette agifation : la saine partie des habitants de Paris , revenue de son exaltation , calculait déjà les maux' qu elle s'était préparés. Je passai le Pont-Royal > et j'aperçus cinquante fiacres environ , et plusieurs omnibus chargés dTiommcs dû peuple criant à Rairdmuillet / à Ram-

bouiUeti '^

Je n*ai jamais douté que ce mouvement ne fM un coup fort adroitement monté de longue maip par le parti qui roulait obstinément rexclusioh des Bourbons àt la branche aînées les commissaires du gou^ vemement(i), qui précédaient les côïc«i*

(l) Aussitôt qae M.ie dac d'Orléans eut avis des premiers symptômes du monyement préparé à son insu , dont lui-même ignorait le véritable bût , il envoya , poor protég'er la fainille royale , ïes méôaeà

n^Sy semaient eux-mêmes l'effroi, pour qu'il .^gpât de prçche en proche ; cette m^qhe des Parisiens sur Piambouillet éta^ ^fie cojpie de celle des patrîptes sur yersjâlles, ^n octobre 1789. Il était nallirel^ue Yqn çrai^it un^ semblable dé-* pppftïïWnt. î.e:Roi s'wfprm4 auprès d'un des cp^^mi$sair$s, à combien on pou- 3r^it eyalper 1^. npQibre des Parisiens qui airiv^içiit Au moins à 80 mille, répondit le commissaire , qui pelait en chef de p;3trti «t npp comme un anii de la vérité :

^vaiHl ce que sont quatre-vingt mille lipmines.! songeait*il aux difficultés de réunir spontanément dans Pari^ i^qe tellis

commissaires qui s'étaient rendus à Rradïioiiiilet te 4îmanche. Mais M. le duc de Coigny ne . se rapprit l>oi&t sur la position: il comprit que ces cofomissaires allaient servir cette fois h meRerM-^oUi^sr qu*iua^ frontières de France; ne xonlant pat xemr plir un tel office, il laissa partir MM. Maisoiiy OdîUon-Barrot et Schonen.

i5o masse d'individus ? Mais il fallait à tout prix dëterminer le Roi à s'éloigner surle-champ , à prendre rirrévocablc résolution de quitter le sol français ; ceci se combinait avec les événements d*une autre nature que Ton préparait au palais du G>rps-Législatif, Ce commissaire fut^issez heureux pour qu'on ajoutât foi à ses paroles; il dut s'applaudir de son stratagème, car le départ du Roi pour Cherbourg devint un coup de partie (i).

Dès ce moment le drame fut terminé.

Qu*il me soit permis^d'en récapituler les principaux événements dans un ordre chro nologique

liundi , 26 juillet , paraissent les or-

(i) L'on pourrait citer dix personnes qbi ont entendu dire à Charles X ces paroles, lorsqu'on l'exhortait à se défendre dans Rambouillet: « Je ne TCBx point recommencer une nouvelle lutte ; assez de sang français a été répandue M. le Dauphin tenait le même langage.

t5i donnantes ; aucun trouble n*a lieu 9 car le peuple buvait aux guinguettes, d'ailleurs c'était la fête de la Vilette.

Mardi 27. Les journalistes libéraux publient leurs protestations contre les ordonnances* Les commissaires de police tentent inutilement de mettre les scelles sur les presses. Mouvement subit à cette occasion. Vers les 4 heures les armuriers sont pillées. La lutte s'engage. Une partie de la ligne refuse d'y prendre part ; l'insurrection devient générale sur la rive droite ; le feu augmente d'une manière terrible vers les dix heures du soir. 11 se prolonge fort avant dans la nuit. La destruction des réverbères devient une mesure générale adoptée par la révolte.

Mercredi 28. Des chefs ont fait des dispositions pour organiser l'insurrection ; la lutte recommence le matin; les cris de vice la Charte de la veille sont remplacés par ceux de mort aux Bourbons y ce n'est

plus une !que$tiôil de iniDistère , mais une que^od de dynastie. On brise lès !en^lê* mes de lamaispn ro jale.Pafis estmiseiiétat de siège* La garde, venue de Saint-Denis, de Courbevoie , les Suisses principalement deviennent Tagent principal de Tautorité; ib oecupentla place de l'Hôtel^-de- ViUeavec du canon: Les, ministres, rassen^lés a^ux Tuileries, refusent de voir M. Lafkte et M. Casimir - Péri^r ; les bairieades s'établissent sur. tout Paris avec la rapidité dç réclair; il y a scission dans Ja réunion des députés, dont !b majorité veut faire un^ adresse respecteuse au Roi; le soir les Parisiais manquent de poudre^ Le com-bat s'éteint presque entièrenakcnt*, M. de Polignac en conçoit une Ëuisse sécurité qui se communiquera Saint<]loud| qn Y on ignorait absolument la gravité du maL

Jeudi 29. Une grande quantité de pou^ dre provenant des niagasinsd^Elssonne(i}

" (1) QùataDte gendarmes auraient, sùffî pour dé-

iÇ3

arrrrfe aii« Pârisietts : le combat retommeiice ay^ plùs^efoirc^r; les troiipes iroyales abandonnent l'HôieMe-VilIe; jusi|u^alors: îi n*aTait pas éfé pris par les f^ari- 0iens.M.Andcy-de-Puyrayeâ», le gâiâral Dabourget.pinsieQrsaub*es chefs du para républicain^ s'yetabfissent.M^deljafayette Tient ks joindre et s'érige en dictateur :il prend: les mesures néœssaires pour orga-niser l'ai taque; Les Parisiens deiâeiineiit agresseprs; ils enlèvent . succes^mnent 4e Louvre et les Tuilerie^. Cette victoire enfle tellement le cœur des chefs del'Hôtel- 4ér-Tille qu'ils ne cachait plus TintenfioTi ide prodamer la r^Hiblique. Les députés réunis chez M; Lafitte ne désirent au con-

lendre la poudrière d'Essonne, mais il ne s'y ^^^^^^^' que les employés de l'établissement ; dans lent eihpressement, les Parisien^ ne prirent anoune <les pré* ;ca^tion$'que:l'on observe ordinairement -popr Feqlèvement des pondres ; ils-le^ ehargèrent tont simplement dans des sacs, comme de la, (arine ; il n'arriva cependant] aucun accident.

i54 traire qa'un arrangement avec le goava*-'

nement royal, moyennant le retrait des ordonnances et un nouveau ministère dont ils désignent quelques membres ; ils font des ouvertures dans ce sens; mais du jeudi au vendredi ces sentiments s^altèrent parmi les membres de cette réunion ; ils font de la déchéance du roi une de leur condition I sans cependant écarter entièrement le principe de la légitimité.

Vendredi 3o. M, de Lafayette , de son autorité privée, rétablit la garde nationale parisienne : c^est la plus grande faute qu'il put commettre comme chef du parti républicain : car il est incontestable gue la garde nationale de Paris a été l'obstacle le plus direct à l'enfantement de la république. M. de Lafayette disposant des faubouriens , des élèves des écoles , de tous les combattants enfin , pouvait sans obstacle le vendredi matin donner la \ie à cette chère république qu'il couve

dans son sein depuis 4o ans (i). Il perdit un jour, et le lendemain on lui dit à son tour c^est trop tard, comme on Vavaît dit la veille au miaislre de Charles X. Ainsi, pour 24 heures, la légitimité et la république manquèrent leur existence.

( I ) Toutes les fois que M. de Lafayette s*est trouTé mêlé à quelque convulsion polUique,il n'a ces^é de mon^ trer de Taudace pour provoquer le mouyement^mais il a constamment manqué d'énergie pour en déterminer les résultats \ c'est ce qui lui arriva en cette circonstance : il agit d*une manière si molle au milieu de ses immenses succès » qu'il inspira des soupçons, même à ses plus cbauds partbans. Il parait constant qu*une réunion de cinq ou six républicains exhaltés mirent en délibération , dans la journée du Tendredi , s'ils brûleraient la cervelle à M. de Lafayette , persuadés qu'il n'agissait pas franchement dans les intérêts révolutionnaires , et qu'au moment d'assurer un triomphe définitif au parti populaire ^ il reculait devant un tel résultat , en réminiscence de son origine féodale , dont le souvenir ne s'éteint jamais entièrement dans le cœur d'un gentilhomme français.

i5Ç I^e àxxK 4e Mortemwt arrive le 3o, vendredi miEitin ; la réunion des pairs reconnaît ses pouvoirs » et le seconde de tons ses moyens; l'Hôtel-de-YiUe le repousse avec fureur (i); la réunion des députés^ dominée par des sentiments divers, répond d^une manière évasîve ; M. de Mortemart lève l'état de siège mis sur la ville de

(i) J'ai^ntendu reprochera M. âe Mortemart <k n'ftVoir pas été à rHôtel-de^Ville, mais 11 ae le de- Tait pas, puisque c'était le siège de la violence. J'ai tu beaucoup de gens^des personnes politiques, des pairs, des députés , ^es journalistes vouloir me i«ac<Niter ma propre histoire, me soutenant que M. de Mortemart était arrivé le -j eudi malin a Paris, et 4jU'il attraat pu arranger les affaires ; ils bâtissaient lâ^essusles aècusations les plus absurdes et les plus fblles. il'estiTcc beaucoup de peine que j'ai pu leur faire comprendre que le jeudi matin M. de Mortemart étaks à Saînt- Cloud à la tète de sa compagnie , qu'il n'était seulement pas question de le nommer ministre, et qii'il «e pouvait donc pas être a Parb. La France est le pays où Ton sait le moins bien les choses; chacun parle d'un ton capable, croit savoir tout et se trouve constamment à côté de la vérité.

Pins , fait rouvrir les tribunaux ; les dé- |>ut^s s'^emparent du pouvoir gouvernesmental , comme M. de Lafayette sVtaît arrogé le pouToir matériel ; fls nomment M. le duc d'Cfrléans Heutenant-général du royaume Uniquement pour empêcher fHôtel-de- Ville de proclamer la république ; M. de Mortemart proteste en sa qualité de ministre contre un acte dont il sent cependant comme Français la nécessité. Il envoya plusieurs persomies verà le Roi pour Texhorter à se défendre dans Saint-Cloud. Charles X quitté Saint-Cloud avant leur arrivée. Incident capital (i).

Samedi 3i. De grand matin le duc

d'Orléans déclare ati ministre du Koi qu il

(l) Flnsieurs personnes connaissent les yëritables mbiifs du départ précipité du Roi, je ne les dirai poinf^ mais ee ^e j'appris è cet égard quelque temps après diminua le poignant chagrin que je ressentais, de n'avoir pu remplir ma mission; mon arrivée à Saint^CleuddeuxlietiHs plutôt n'aurait rien changé.

iS8

a été amené de force à Paris , et qu'il mourra plutôt que de se laisser poser là couromie sur la tête ; tous les actes émanent du lieutenant-général du royaume.

M. de Morlemart lutte vainement contre le torrent; la chambre des Pairs reste constamment fidèle au principe de la légitimité; elle est effacée par la réunion des députés; l'opinion générale disposée la veille en faveur de THôtel-de- Ville , s'en détache ; elle se rallie à la réunion des

députés et du lieutenant-général que celleci a nommé.

Le duc d'Orléans se rend à THôtel-de- Ville , et dissout par ce seul fait Je gouvernement provisoire, né des barricades; cette démarche doit être regardé comme un acte décisif et d'un grand courage; ile^t évident qu'en le faisant le duc d'Orléans sauva le principe monarchique , le principe d'ordre.

Les chefs du parti républicain , indignés

de se VOIT vaincus par la portion des députés réunis au palais du Corps -Législatif et pai^ le duc d'Orléans, qu'ils avaient nommé, voulurent se venger d^unc manière éclatante de Tuu et de Tautre; en conséquence, ils renchérirent sur ce que la réunion du palais du Corps- Législatif venait de faire : elle avait nommé le duc d'Orléans lieutenant -général du royaume , eux le nommèrent roi, en déclarant qu'ils ne se rallieraient à ce prince qu'à * la condition qu^il prendrait la couronne ; en même temps, ils lui tracèrent impérativement la ligne politique qu'il devait suivre. Le duc d'Orléans parut acquiescer à ces conditions, nullement 'écrites , et seulement verbales; elles furent appelées, assez ridiculement, le Programnie de THôtel-de-VilIe. Dès ce moment le duc d'Orléans fut roi aux yeux du parti de l'Hôtel -de -Ville; c'est ce qui explique comment le républicain , M. Odillon-

t6o Barrcft, en adressant une lettre à ceprinee,

écrivait votre fiâèhé sujet, le 6 août, trois jours avant son appel au trône^

Le lundi , 2 août r les déptités , 'séant à l'Hôtel-de- Ville arec M. I^fayette depdte mercredi soir, viannent au palais da Corps-Législatif se réunir à leurs collègues^ ils impriment à rassemblée lme marche krévocablemait hostile à la branche aînée .

des Bourbons. Dès ce moment le petit nombre de dq>utés défendait le principe, de la légitimité, se Tirent écrasés par vAt majorité aussi nombreuse que passionnée^.

Le duc d'Orléans est nommé dan:^ la soirée par Charles X lieutenanit^géûérâl du royàimie; il portait ce titre, et ena^ft l'autorité depuis trois jours • les pouvoirs! de M. de Mortemart cessent par le feît.

Les choses prennent un cours régulier.

Le ^c d'Oriéans es^ircë la sufiréme puis^ saiice de fait ^t de droit

^ Cc^ MâmoîrCwS survîrroirt peut-être à

répoijtié ôii ife forent écrits , à cause de l'importance! du sujet qu'ils' traitent ; les pé^soniies qui les jparcôurrcmt , -voudront sans aucun doute être Huées sur dcui pmnls essentiels: en prefaiet lieu , savofîr si la Conduite' dû niaréc^al Martiioni Jut exèftïptede blâme; ense cond Heu, si

€hailes X pouvait reellémeot, à' Ram-

boulllelt,t>feconquérîr sia couronne^crinime

beaucoup d'écrivains 'Vont avancé t mon

opinion ne sera dé quelque poids* qu'en raison de ma position , qiiî irie permît de voir les événétareiits dé fort prèsî ; je me permettrai donc de l'exposer sans ambiguite'. ' ' ' '

Premier point. Depuis plusieurs siècles nos annales présentent une particularité qui é*offre sdtis cessé sens la même fbrnie :

à chaque^ésastre militaire paraît un traître comme dans un mélodrame ; ce traître est toujours Fauteur immédiat de la défaite des Française ainsi à la bataille de Créciv ' c'est le duc d'Alençon ; à celje de Courtrai^ le connétable Raoul de Nesle; à Poitiers, le grand, sénéchal d'Aquitaine; à la fatale journée d'Azîîicourt^le connétable d*Albret: voilà pour le moyen- âge.

Dans les temps modeno^es, nous vqyons le général Miranda faire perdre, par sa ti^alii^ son, la bataille de Nerwinde; Tamijcal Villeneuve, celle deXrafalgar: le général Dupont, livrer son arniée à Baylen ; enfin , M. de Bourmont amener le désastre de Watçrloo. Après avoir bien approfondi les. faits, on reste convaincu que toutes ces accusations sopt entièrement dénuées de fondement; cependant elles se sont accréditées dans l'intérêt de Tamourpropre français. M. le maréchal Marmont eut sa part de ces injuslic^es nationales:

il fut accusé , en i8i4 , (Tavoir livre Psiris par une honteuse capitulation ; il fallait bien trouver un moyen' d'adoucir Vatriértumc que Ton r^setitaît à l'aspect de la catpitalede l'empire ôccuppée par l'étrangct'.

M', le maréchal Màrmorit n'était pas plus ctoupàble que ses devanciers ; malgré que sa i^bnscience ne lui reprocha rien, H parut vivement affecté 4e cette calomnie:

il essaya dé s'en laver dans les affaires de Lyon (1817), mais il ne parvînt qti*à méeonténter tous les partis.

Pour son propre niâlheur et pour celui de la monarchie, M. le rtiaréchalMar- Tnont venait de prendre le service dépuis le i"" juillet, en sa qualité de majora jgénéral de la garde. II s'acquitta de son devoir, mais il le fit mal et surtout à contrée cœur; toujours poursuivi parlé souvenir du passé,il manifesta un très-vif regret d'^éèrè obligé de se battre contre ces Parisiens , qui depuis 16 atis lui .reprdjdiaient d'avoir

i64 liwi Uux cite à reonemi. Ce^ regrets, effcifnj^pw^e.maciréchala^ ofiliciers qui r.f^Qtpifrfâeqt^ ftirçnt, ri^été^ par ceux-ci ayecpjiv^ d'4|[aeriume;ils pasjsèrçntbieatât de bouche. en ,bx;M^çhe 4an$ lés ran^ dje^ spldats.qui en. fiire^t démoralisée sur-IB^jcjtiamp : cest ,c& qui [ei^pliquQ le dâCaut ^'ep&ç^Hp qyai np cessa; de régner 4a^ les opérations., ,

. Voici un trait qui prouvera que daw le3 joi^Fuées dxi JttfUet les ré^jaepf^ nt furent pas les maîtres de dépfoyep :tous )€;ur^ jnoyeiqs.pour .résister au;x Parisiens. M,.,Coll^vkr d'AJ^î^, colonel du f^^ f^ ll&^i) ^ ^9J?y?it : dan^ . xfne des^ :Wfk cip^Ies rues dp P^î^ i^ î^^ec umç ;ptH;tiQîi de spi^ .ppemier . bataUlpn. ^Au boi^.de qi^ejique&.jiEainuteç, il. vit mçtftre hoifs , de cQinbat,; a &çs côtés., buit . om 4ii% so^^^ qiji; yenaieut d'4lre frappés^ par des balles psjrties d'une graudç joiaison ,ep /acç; 4^ few?^^ ^. f]^«^W^* «^ trç^vai^ en ^a-

Le^QohHi^ indigné s'atance auprès

dv gf^néral qui tommandait là i^k^ntiie^^

lui raconte 1^ fait en déélatant qu*i} va

ordonner à m$ sapeurs de jeter bas les

portes de eettie inâidon et de mettre le feâ

disais Finkërieùr^ Le géiiëral', cfâ:^ye , Idi

dîfti «Mai^pas du tôul^^coronel^ vouséteë

§ù\i»y et il s'^ppcA9L Tiven^en^ à Teiécu^

tion de cet ordre , quoique les balles cbn^

tinuassent à pleuiAir des fenêtres de cette

Hi&âson : ce général était un oflicier âo

réniîgration, hominic bon et doux? si c'eût

été un général de Fempire^ tonte la rueeÀt

été^TTée aux flammes. AuFesteySaitKm ce

qui advint? c'est qu'à la ^ake de plusieurs

incidents de cette nature (i), les âoldats

du 5^, dégoûtés de voir tomber leurs câ^

miarades sans qu'il £ftt permis de riposter^

mârept la crosse en Pair, etfinirent par ne

plus voulc^r se battre. ^

«♦— ^-^i*— ^W— *»— i— **» Ht I < U I I > » ■ ■ ■ ■ ■ I < I I lit «

. (i) VoyQï p0gQ m; /.. ^

Six mois après, les méàies événements se reproduisirent à Lyon : les ofiiciers-généraiu^ chargés de dompler la rébelUon^ajant encQre devant les yeux ce qui Venait de se passer àPa ris, montrèrent de la moll^se et de rhésitation : les soldats les comprirent fort bien; il^ reculèrent devant leur devoir; la garnison fut battue et: chassée .

de la ville.

Les généraux comoAndant les troupes de Ljbn » se rappelaient ces paroles répétées avec douleur en juillet par lé marechai Marmont : « Que je suis malkeureuof de combaitre mes eoncitajrensr mes frères; elles honoraient son cœur, mais elles étaient impropres dans la bouche d'un chef d*.armée. Lorsque, en 1791,. M. de Lafayette , alors monarchiste , foudroya ks faubouriens de Paris réunis au Cbamp-de- Mars autour de Tautel de la Patrie , il le fit sans se lamenter sur le malheur d'être obligé de canoner se^ concitoyens , ses

frères; les aitilléiirs voyant que teur général agissait franchement, en agirent de méme.Trois ans après, Bonaparte, etëcutant les ordres de là ConTenlion, mitrailla ^alement^ sans sourciller, les bons Pariaiens, ses concitoyens^ ses frères. La gloire de ce grand homme n*ea a pas été obscurcie

Lorsque, dans le mois de Juin 1882, Louis-Philippe voulut faire danser les patriotes au son ^u canon, il eut la sagesse de. choisir pour commandants de Texpëdition , des hommes en position d'obéir sans arrière pensée » sur la tête desquels il ne pesataucune accusation nationale.D'a-

bord M. le maréchal Lobau, chef d'état* major de Bonaparte,, et qui jadis, sur un ordre bien précis de Napoléon ,^ eût écrasé de bombes toutes les villes de France; puis M. le comte Pajpl , excellept générai de cavalerie, et qui, au moindre sigde do l'empereur, aurait fait sabret tous les JP^t

4riaieiis4icpins le phis petit ^8(|B*aa plu»

gi^nd. L'un etF^utre s'acquHtètèiit de leur deràir dans toutes )eà rè^es; eisK et leur^ «idefr^e rcandp ii*allàidnt'pas criant' dao^ les rangs des soldats : ^^Uest cruel de se hàttre contre dès eondtayèns , c&nù^e de^

frères i. quoique les patriolie^ renfermes dans l'église Saint-Méry, . les élèijces des éeôles polytecfamqoe et ceux de rë<5Qle d* Alfork qui les aîdcdent, fussent bien les eompaù-icUes et les frères de MM. les jgé* nef^aui Lbbau et Pajol ; les soldats xôjaAt ffaé leurs GtK& ne se lamentaient rpoint ^

, frappèrent fort et même avec passion. Les gardés nationaux, edt-mémes, furent les pllis ardents à défendre llionneurde Thâbit militaire qu'ils portaient ce jotir-là. Ils coHiprirent qu4i n'y aurait pas de gouvemement possible ^i lés gens cbargcs de faire respecter les actes de l'autôritë s'octbpaient à les diseufcr au milieu des Jérén^àdes qu^oidil s -agît de défendre Tordçe

public; ^ y.'osk adm^tt^ ce piii;icipe cl'0X^MPpl<»i > dqSnm }^ lia^uboiirgs! ^ni- Antoine ^tSaiptrM^ceau pojQPrAieota'kir ^W0rf forroer im ^^veraeq^^nt. protl- $jppbreiiu. OQTO de la répfibltiqiie oa dAq^dir

mée arriyeraH poiiF les rappelai^.à Â'wdre, les vfûubourieiia cA^^tnt i Prenez garde , mito allom y ow fimUcr 1 tuer ypa dotda&ii quanta tous, ne tireu pMi car lu^uB çoith iues'i;0A çQsi^toyens^ ^osfrètts*^ , . Ainaii qpw jte répétons , . noua sonmeéi cpnYaincùaquelemarëithal Marnigni agit Sans arrière pensée dfana le mois.de )uiUet A83ovil ne cessa d'^étre loyal; inàia,commc militaire ,. il dirigeables opérations on ne peut pas plus malé SI le maréchal Soult eût commandé à sa place ^ les vainqueurs de juillet ne pointeraient pas aujourd'hui de décoration. ^

Second point. Depuis deux ans bien des gens éloignés de la scène ou se passaient

les évënemcntfll ont répété maintes fois r « Charles X avait encore à Rambouillet

12,000 hommes de troupes d'élite, 4^ pièces de canon , et comment n'a4-il pas attendu les Parisiens? Pourquoi n'a441 pas marché sur sa capitale révoltée au lieu de prendre la route de Qierbourg ?

Il est exact que le Roi eut 12,000 hommes à Rambouillet : 8000 autour du château, et4ooo dans un rayon de *j lieues(i); il est également hors de doute qu'il eut battu ce rardas de braves gens arrivant en fiacres, en omnibus; une seule chai^ fournie en plaine par sa cavalerie eût sufili pour les disperser , car ils n'auraient pas trouvé des pavés à lancer du haut des toits ; et, dans le cas où la ca^^alerie n'eût pas suffi , il est .éndènt que toute rinfanterie serait venue à bout de gens mal.ar-*

(i) M» le générai Moutgardé avait amené de Chartres an régiment de hussards.

më», sans dkdpline, accourant toiithale^ tant. Mais après cette victoire, qoi n'aurait pu être remportée sans répandre du sang, que serait-il arrivé? Pouvait-on èspirer de réduire Paris ? Mais avec 100,006 soldats (français bien ^entendu ) On n'y serait pas parvenu. Cent inillé soldais!

TOUS riez. Je ne dis pas cent mille Prussiens, ou Autrichiens; il faudrait un nombre bien moins considérable de soldats étrangers pour affamer Paris et l'obliger à capituler; lïiais ignoré-t-on que dans les querelles civiles les habitants d^tm pays conçoivent fort peu de crainte à Taspect de soldats qu'ils savent être leurs compatriotes; que s'il faut en venir aux mains avec eux ils le font bien plus courageuscmentque s'il s'agissait de repousser des légions étrangères.

£n 18 14, sur soixante mille gardes nationaux parisiens (hommes d^une tenue adfmirable , ayant presque tous servis), il n'eâ

«or^ horf ^ bam«re$ povir n»»rdM»- coor treie^ alUés, qqe troi» cents , comomii^ par un 4;^^^, Fil»-Jai9€!4« <tMi9e fittuer.

> ru siu-devantde Charles X^'ï ay«itroar<^é

SW Paris ^rèsjsji victoire t|e Rambouillet; Hy Wiraî^iW.r^fcipfit K faut avoir m U$ éréflfmeQts 4e ^«3 l^oprefc yeux pour ppuypH: jj^sappr^çiiei: à; l«ni; ju$te yaleur, Çe;^^^lipia& l($$Pdfi$iena seuls que le Rod av^jt çop^'jç M dws ce œomeuf^

iû^9i^h Fwace révQlutîoaniiîrc. Que pènf^;4'wi |«i,y9 pà il Suffit qu*ûne jdil%eDce frriYe surmontée d'uu drapeau tricolorç ppm* W® ^^t se mette en iusurrectiou F IVappçlpps*iiQua q*e» dès le ^juillet». les fiilYli^pna de la capitale daos.ua rayon de vingt IîeQe$ éta^eut soulevés ; que les habitants de Saint-<Ui>ud > de Boulogne , de J^èyre^ de Meudou > touchant, Flmbitation tpy*fe I pe yiyant abso^umenl: que de la préseacedes ponces dans ces lieux, furent

'73 les plus: ai'dente À la ré^cflte ( que la nlie de Ye? saiUeiS: , san$ industrie avamè y i|e 6abi»istapt que par fe sefour dès garde»filafcarp»;^ tlé la gardé royale et des^ên^ l^oyéS de la majUton dik Rifi^ aé Mutera à la ppeitiiè:^ nouvelle de njnsiutection dted PdH«ieiift. " -

^ais kscaUpa deâaiiit*'Qtiiet el de l«iméiriUe qoi iii^taîentÀ ttiardbe lojtieeP s'^éanùTèt untoHUtàk» indfgné. Il $'j %àk^ BiSfoataiIntel espiit pacteii le» troupfes tjtte Foa jugea côoreiNàle ^ a|^ :q«e^tiâ Joara de Aiaiédie, "de renroyèr leé 'téigiments{t) dans leurs garpisons rcapf cl- ^Tes; AiaioKwVçfle dç* lévétteraehtel Ht le génital Gaonel paiitit ût Bourges «r« deuis répmenta d'infantei;ie^ ^diitis Je d«tt-t «e» d'aHer jonidi* ^ To^m Je. génial Donddim- he^ &Qldat/» et 1^ oificicirys Ta^

(i) Les côloÀds Ëihateaot»r!ant«t fA>invi!lese coii-

eaÎRictère ne lui manquait certes pas plus tfoe le déiroilêment : doit-on s' étonàer de ces défections quand on a vu ^ pendant 4|uinze anls , répandre dans les journaux les ^opinions les plus subversives à Tégard de la discipline miKtaire ; quand on a vu ces feuilles parler sans cesse de riiitelligence desbajôimettes, publier des articles insidieux afin d'exciter la jalousie des sousofficiers contre les officiers, des régiments de la ligne contre les régiments de la garde.

Ce^pamicieÉses doctrines étaient jetées à là tête de. Tarmée sans que les lois eussent

le poirroir de punir de tels crimes.

Éh la Vendée î s'écriera un loyal légîtimisle : la Vendée I ^uel appui poùvaîtello offrir ! Ignorez-vous que durant toute larestauraition^ les ministres des Bourbons, sans 6iî excepter peut-être trois, ne cesseretit d'abreuver ce peuple de héros d'affronts « d'injustices et d'humiliations; s^vez-vous que l'apparition d*im uniforme

Tcndeen^ faisait bondir d*éffroi les comiisaps des Toileries ; à tel point qu'il fittit ps^r être condamné à ne plus paraître dans le palais de H(fs rois. Je pae liâte de din^ .que ces- ^entiinents ejtaient fortâqigpé^dli C€8ur denos|»:i^ces; çar^^ Saifitt-jÇlpii^ dans le cabinet durci, FoAyoyâitlA^'pqQ- , traitsdes prii^cipaux chefe yeniiécii^$^ pmp& en. grand. C*est le seul hommqi^ quei jl^j^ osa rendre à la nation vçndéeiniif^; ,;oi .; Yous ignorez que les ministrêa . d^ la restauration ne cessèrent delt^ayailler àrfic une ardeur impie à extirper: de la Yi^E»4iâe les sentiments : de fidélité; qu'ils g»r ployèrent les moyeq^ilës plmà «MlietoQOAtr anéantir cette rçservc du royalisme. Je fus témoin du voyage que madame la duchessc de Berry fit dans ces contrées , en 1.828; ce que je yis àlor^.^t fabuleux ;:

les préfets , le* sous-préfets , tous les fonctionnaires publics enfin, pâlissaient de terreur en entendant les dép^tatioos des

coffiiîimies ^xprifn^r â la princesse leur éi^cytmtnt &yûc «ne énergie que Ton n^entendàit pluâ nulle part. Qiacun de ces foncliôtïnaîres daignait de recevoir sadesdtutiou , si • Ton apprenait à Paris iqu^im 4!aittcm âYàil crié un peu trop fort : /^t^^n^ les Boui'hons. Des maires ïn'ont dit k àiiAi ^'on le^ avait instamment supplia ^'empêcher leis paysans d'adresser dés discours à SoA Altéré Royale.

Ain^y pour conduire, je dirai qùè le Roi se conduisit à Rambouillet , non^seuleniart avec huQ^aînitté , mais eiicoré avec ^gesse, fit quHl comprit admirablement sa position (1} i 41 aurait eu à combatttfe

■T^— — r '' ^ ' I I 1 1 I I t 1 1 i j t ^ » ', ., ) j , J I I j « j — j t > » «ji» Il

j(i) ConçoiWon qu'elle ^ût é|é 1^ çilyaUou de Charles X, si 9 au moyen d'un arrangement c^uélconque, son ttotdrtté eût été rétablie dans Paris après le dé- :ploieiiMe^ dû étBptwLtpicôlati^ , $Lptès lia inise «n éM ^ «i^gc de la capitale, après la lotte de lagais^ aTÇc )a population parisienne? Quelle concession n*eùt-U pas été obligé de faire? où se serafent arrêtée» let «x^gences des Vainqueurs ? Le Roi eût été

tbtps à corps la réirolution tout en^re.

Ge qa'il pouvait faire de mieux yis-à-vis }es Français, et les Parisiens en particulier, c'était de les abandonner à eux-mêmes en quittant le sol de la patrie ; si son âme est accessible au plaisir de la vengeance ^ elle doit être satisfaite.

Gardoiis-nous de croire que les ordonnances du 25 juillet firent à elles seules la révolution de i83o; elle était faite depuis long-temps dans toutes les têtes; elle aurait jailli quinze jom^ plus tard à propos de rien , à propos d'une ordonnance de police qui eût prescrit d'assommer les chiens errants. LesBourbons avaient le grand tort

obligé de donner de sa propre main les croix de juillet, de licencier sa garde, sa maison militaire; rien n'eût été respecté. Quelle eût été l'irritation des partis? £t puis les journaux versant des flots de \itriol sur les plaies de la patrie ; quelle existence pour le chef de la maison de Bourbon I Que dMnsuhes on eût prodigué à sa vieillesse ! •

#7^ tie dur^r ^e^m qui|»e fàm ; Jie» Fi:aii^Â

et les P«i$^$f iin(%is^l|ci|}e9lt étaiei^i)!^-; sé3 sur le bonheur; il lapait des eiir^aemens qui réveillasseat le goût émpussé par une trqp longue prospérité. Mais,

crp^ous-le ^ cet esprit de vertige est dan?

les décrets de la Providence ; (jue sçrait-il de la France si, avec les richcsàes du^siol, son climat tempéré , ses grsdids fleuves , ses ports, ses frontières si bien dessijiées,, elle avait pour habitants des gens sag^S à demi , de» gens éclairés sur leyrs yérîtablesintéréts; eUe parviendrait à *inder gré dp félicité qu'il h'es^t pas doj;me AU?

hommes d'atteindre.

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