‹ Saint-Cloud, Paris, et Cherbourg. Memoires pour servir à l'histoire de la révolution de 1830;Chapitre 4 sur 8 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

Je sortis de mon auberge le 1 6 au matin , avant six heures ; je trouvai déjà beaucoup de monde dans les rues, et, quoique ce fût un jour ouvrable, fort important pour les habitants de la campagne , les viUageois avaient abandonné leurs travaux pour border le chemin par où la famille royale devait passer. Lé visage de

tes braves gens respirait un air d'intérêt et même d'affliction , ils avaient conserve leurs habits du dimanche.

Je montai chez M. de Damas ; je trouvai le duc de Bordeaux levé. Il venait de commencer sa prière lorsqu? ^'ouvris la porte. Le pauvre enfant baillait^ car il n'avait pas assez dormi. J'avais maintes fob assisté aux prières du prince aux Tuileries ou à Saint-Cloud , mais jamais je ne mis autant de ferveur à joindre mes vœqx à ceux d#s personnes qui assistaient à ces pieux exercices : que mon âme était émue en voyant le jeune Henri priant Dieu pour la dernière fois sur le sol de sa patrie. La prière finissait lorsque un officier des gardes-du-corps vint annoncer au baron de Damas que l^ Roi désirait avoir auprès de lui le duc de Bordeaux pour qu il assistât à la présentation du corps de la géndarmarie des chasses qui allait avoir lieu* M. de Damas prit par la main son

élève, et je le suivis avec M. de Matipas ^ M. Lavîlatte et M. de Barânde.

Ite corps de la gendarmerie d'élite pré* sentait à Valognes un effectif de cent soixante dix^sept gendarmes, quarantetrois sous-officiers et huit officiers; le colonel Dandré, le capitaine de Cromières, les lieutenants de Rancogne, deMaignant , d'Estremont, de la Garde, Bidon, Desperrîers et l'adjudant Thierry; des hommes en congé, des détachements disséminés dans les résidences royales, étaient venus joindre à marche forcée. La gendarmerie d'élite, constamlrtient chargée de l'arrière-garde pendant les marches , bivouaquait la nuit autour du quartier royal. Le Roi, voulant donner à ce corps un témoignage de satisfaction , ordonna au colonel Dandré de lui présenter nonseulement tous les* officiers, mais encore tous les sous - officiers , dont la réunion forma, dans les appartements, un cercle

de soixante vieux militaires; leurs casques à haute crinièreles faisaient encore paraître plus grands. Me trouvant derrière cette Ugne eourbe de colosses, je ne pus voir la scène aussi bien que je Taurais

désiré.

Le Roi, monteur le Dauphin, madame la Dauphine, madame la Duchesse de Berry, le duc de Bordeaux se placèrent au milieu du cercle; il n'y manquait que Mademoiselle; iXehX vrai qu'ail étaitun peu matînpour une personne de son âge. Le Roi leur dit : « J'ai voulu vous voiif, mes amis, |e suis reconnaissant de votre dévouement; vousavezaccompli jusqu'à la fin etfidèkmoit un bien pénible service. » Ayant prônonce ces mots, le Roi daigna prendre la main de chacun de ses fidèles soldats sans

en exceptar un seul ; tous pressèrent avec uneviveémotion cette riiain royale, etbeau; coup y déposèrent des larmes. L'un des sous - officiers qui paraissait le plus tou-*

3!i3 dië ^lait le tnàréchal-des-lôgîs Cleret, vét^an die l'empire; il assista aux adieux de Napoléon à Fontainebleau et suivit le grand homme à Filé d'Elbe. Sa fidélité à ses maîtres lui servait bien d'illustration ; ^uellcà réflexions ne devait-il pas faire en lui-même en rapprochant les deux imfnenses événements dont le sort le rendait témoin oculaire! dans sa retraite, Cleret pourra dire à ses enfants si les trônes sont fragiles.

Immédiatement après la réception de la gendarmerie d'élite, M. le duc de Bor-* deaux , son gouverneur et les personnes de sa suite rentrèrent dans l'appartement dû jeune prince; A peine y étions-nous arrfvés, que toute la famille royale 'vint s'y réunir; c'est dans ce moment que je pus à loisir considérer ces augustes personnages .

Gbmmela veille,leRoi portait un JËrac bleu avec dëA boutons de métal et sans plaque ni riibaïis;un soin parfait régnait dans toute

sa mise et ce nouveau costume ; pour lui le costume de l'exil le rajeunissait d'une manière sensible. M. le Dauphin portait un frac noir avec un bout de ruban rouge; il s'habillait fréquemment ainsi, surtout dans ses promenades avec madame la Dauphine. La robe de madame la duchesse de Berry était couleur nankin, faite en Amazone;Son Altesse royale l'avait choisie ainsi, sans doute pour monter à cheval^ si les circonstances le demandaient. Madame la Dauphine portait une robe soie et coton , couleur aventurine , avec un petit chapeau de couleur brune.

M. de Walsh a dit éloquempent dans son itinéraire de Cherbourg que le Roi avait un profond chagrin, mais non pas des remords; j'ajouterai que la teinte du chagrin répandue sur le visage de l'auguste vieillard se trouvait effacée par un calme iqdéfinissable ; ce n'était pas cette assurance affectée au moyeu de ]bquelle

les parvenus cherchent à déguiser leur 'désespoir, lorsque des revers viennent

les atteindre au faîte de la fortune. On voyait dans les yeux et dans tous les traits de Charles % une résignation que le langage humain ne peut rendre; l'homme n'était plus sur la terre» il était là-haut ; le plaindre eût été l'outrager. La même expression respirait dan» le visage de madame la Dauphine, mais d'un ton plus sé« vère, comme chez une personne plus façonnée au malheur.

, Madame la duchesse de Berry différait desabelle sœur par la vivacité de ses mouvements. On voyait que le désir d'affronter les périls la dévorait; au reste, je n'osais pas regarder ces deux femmes , dont Tunelaissait en France les cendres de son père et de sa mère; î autre ^ les restes de son époux et le berceau de ses enfants (i) ;

{i) M. WaUch. Itinéraire de Cherbourg.

il me semblait que )'auraj& lu quej^pie mfortune 4^03 chacuni de leurs traits.

lie Roi et le Dauphin disaient aa duc:

de Bordeaux : << Eh. bien , e^-tH bieo^ d,é^

ciddànepas être malade ^urçierf-^Yoïis Terrez , bon papa * que je me tiendrai bien* Lavillatte m'a dit comment il faljtaît faire (i)l » J*aieu le bonheur de.vpîr gto* sieurs fois à Yalognes la famille i^ojale , $pit réunie r soit divisée ; jama^jp n'ai eo^ tendu sortir de la bouche à,e^ pi^inces. un$ parole qui sentît Tamertume , ou qui eût trait au duc d'Orléans : seulement» le dimanche, pendant que Mademoiselle déîeûnait chez soni frère , en présence d'un très-petit nombre de personnes, de Vihtérieur, cette princesse, en entendant made-

(i) Hélas! le pauvre enfant souffrit beaucoup en mer, malgré son énergie et les petits soins pris à Tavance; heureusement que la traversée fut de courte durée.

mobelle Yachoa raconter comment M. te duc de Chartres sVtaît conduit vis-à- vis « madame la Dauphine , dit trè^yivement :

« C'est égal^ c'est égal, je naimc plus maintenant mon cousin de Chartres , je ne Taime plus^ disait*elle, » en frappant le parqua de son pied divin. Au reste, peutr être n'eût*eUe pas prononcé ces mots en présence de, ses. augustes parents.

Quelques in3tants après, nous entendîmes passer dans la rue un détachement de gardesrde-chasses qui prenait la route de Cherbourg, où ils devaient précéder le cortège royal et occuper les avenues du port. L'heure du départ approchait; les princes nous quittèrent pour rentrer chacun chez eux , et veiller aux derniers préparatife*

A peine la famille roya^p eût-elle quitté Tappartement du duc de Bordeaux, qu'une f onle de gardes - du - corps se présenta :

on venait de distribuer à chacun d'eux

3^8 un exemplaire de Tordre du jour donné la veille par le Roi. Ces braves militaires accouraient pour obtenir du jeune prince la faveur de mettre sa signature sur cet ordre du jour. Le duc de Bordeaux se fit un plaisir de satisfaire leurs désirs. Il sVtablit à la table que j'avais occupée toute la journée précédente ; il écrivit son nom et la date du jour dans le coin de chaque exemplaire qu'on lui présentait. Comme il tenait à ce que sa signature fiit bien faite ^ il s'appliquait en sortant sa petite langue, comme font habituellement les enfants et même beaucoup de grandes personnes.

M. de Barande et moi nous lui donnions de temps à autre des chiquenaudes sur la langue pour qu'il la rentrât. Je vis beaucoup de ces gardes-du-corps , surtout les plus jeunes, s^nglotter pendant que le prince inscrivait son nom sur leur ordre du jour. La majeure partie d'entre eux ne |>ut jouir de cette faveur, attendu que dans

plusieurs compagnies les détachements bivouaques sur les promenades extérieures se trouvaient fort éloignés de l'hôtel du Menildot , et que Tordre étant venu de monter à cheval , les escadrons se réunissaient : ils passèrent, quelque temps après, sous les fenêtres de l'appartement. Quelle cavalerie ! quelle charge n'auràît-elle pas fournie' en rase campagne contre les ennemis de la France ! quels carrés n'auraitelle pas enfoncés !

Yers les neuf heures du matin , M. de Lavillate , M. de Maupas et M. de Barbançois emmenèrent le duc de Bordeaux, et le conduisirent chez le Roi ; toute la

famille royale devait en partir pour monter en voiture. M. de Damas dit aux deux sousgouverneurs qu'il allait rester quelques minutes avec sa mère et son frère ; il me retint, ayant quelques derniers ordres à me donner. Je fiis témoin des adieux qu'il fit à sa mère , et je pus me convaincre que

les hommes froids sont aussi ehaleureu)^ ».

aussi expadsifs dans les moments solennels que les hommes bouillants. M. de Damas me ccmduisit dans cet arrière cabinet an fond duqud couchait le doc de Bordeaux ; il me remit un billet de cinq ceots^ fiiancs ; il m'indiqua Fémploi que je de*»

vais eb faire à Paris ; c'était pour de bon^ nés œu^TËs : il se cachait de sa mère et de son irère, tant il mettait de pudeur dans ses bienfaits. Avec ses habitodes austères^ M. de Damas ne cessait d^avoir des entrailles pour les malheureux. Quelhommcl Lorsque Ton entend prononcer son nom, il faut ôter son chapeau.

Enfin nous nous séparâmes; il me serra dans ses bras avec une expression qui me fk Tenir les larmes.

Çommie les disposidoo^ étaient jpskèè^

pour q^e lis Rpi».fiii s^friva^t à Cherbourg,!

$^embaf(p^|bl; sjur-liç^cl|wnip:$anafQiteriune

lïiiotftQ à^teçrç,, il fy]]sfiit /{riel^es^ admim

SQ fis9eiit.^ TalQgjoe^; le» pHkKâe5> emu

ployèrent ce$ dc^lei^ loims^ JuiieQéTcâr k»

persojppieaintiines qui d^Yaijsntdcia aceon^

pagae^ )usqa*à Çl^rhQUKg^ $ans câpcadant

s'embarque^ avec /<eux- Alpri^ cb^fcua m

présenta indÎTidji^Ueiii^nt; m jôs ^ eooline

reiDjpressement redQ^>lait ,; 9 y eut ei^

combretneiit ds^fis Iqs ap{)tartetncttte, ce

qui retarda Ip départ d^une h^i^re.éawom

Je montai comn^e les autres , pour saisir

un mot , un signe , un regard des fMrineea»

mais il me fut impossible de parcer ht

foule ; de désespoir je fus me poster sur

le perron , de manière à bien Toir la scène ; plus le moment approchait , plas mon cœur battait avec violence : un long corridor formait le vestibule du rez-dechaussée , éclairé par de hautes fenêtres donnant sur la cour, et deux grandes portes battantes s'ouvraient sur le perron , au pied duquel la voiture du Roi vint se placer. Quelle différence entre cette voiture et l'éblouissant équipage dans lequel un mois auparavant j'avais vu monter Charles X allant conduire la famille royale de Naples à l'Elisée-Bourbon î Ce monarque , fier d'être le Roi de France , avait le noble orgueil de vouloir faire honneur à ses sujets; aussi déployait-il dans les jours d'appareil une magnificence qui rappelait celle de Louis XIV , à la différence près qu'elle coûtait bien moins aux Français. Aucun prince de TEurope n'avait des voitures et des attelages comparables à celui du Roi de France ; cet apr

pareil de luxe avait disparu dans la tempête ; la voiture du Roi , abîmée par la route, était Tombre de ce qu'elle avait été; elle me fit Teffet d'un char funèbre.

Les chevaux, jadis écumant d'impatience, avaient perdu leur brillante allure ; aucun de ces élégants ornements, couleur de feu et d*azur, ne chargeaient ni leur tête, ni leur crinière ; on aurait cru qu'ils comprenaient le triste office qu'ils allaient remplir en déposant le monarque sur les confins de la terre de France. Le cocher, revêtu d'habits bourgeois assez mal en ordre, la tête chargée d'un chapeau rond fort délabré, me parut dans une profonde affliction ; il ressentait sans doute un vif chagrin de se 'séparer d aussi bons maîtres. Trois autres voitures venaient à la file : celle de madame la Dauphine, celle de madame la duchesse de Berry et celle des enfants de France. Je n'aperçus point ces lourds fourgons pleins d'argent , dont

les journaux de l'époque parlèrent avec tant, d'importance. Lèd gazetiers supposaient ce qui leur paraissait probable sui- THitlesrigles ordînaîrest comment ne pas croire que des princes qui eurent à leur disposition pendant quinze ans la fiortune de ia France, n ^emmenaient pas des cliariois remplis d'or (f ). Ils connaissaient mieux que personne cependant Femploi que les Bourbons faisaient des millions de la liste civile^, ils savaient fort bien que la plus douce jouissante de nos prin.ces

(i) Tai entendu des hommes considérables, des faiNÉinies poKticpies , dire , au milieu des reproclies amers .qu'ils iadressaîertt aUx Boatlidns. «Au reste, que peut-on attendre de gens qui n'ont pa^f eu Tesprît ^'amasser dans quinze ans de règne , assez d'argent pour exister hoH de France dans une grande opttknee. » Il faut viTreau milieu dVn siècle a^ûssi particulier ^ue le nôtre pour ouïr des réerimiÉatioas d'une pareille nature ; on n'adressera pas ces repi^ches à la famille Bonaparte : elle a eu beaucoup plus d'esprit.

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fut de jeter leur argent aux; pauvres , au peuple et aux artistes.

A côt^du perron je vi$ pkisieur» che- Taux dé selle tenus par des. domestiques ; M. le maréchal Marmont en prit un gris^ assez beau , il le monta. Le maréchal pointait un uniforme $^P$ broderie « smsi plaque ; les plumes blanchc^s ^e spii cMr peau seules le distinguaic^t:; il aydit la dr ^ure légèrement altérée. Le bruit courait depuis la veille , que les geps reunis k Cherbourg avaient formé le projet de rinsulter^ d'exercer contre lui de§ violences; et sait-on jusqu'où peut se porter l'effervescence populaire! Le Roi avait offert au inaréchal une , place aan^. \m^ des. trois voitures; le duc de Raguse refusa^ quoiqu'il comprit fort bien le danger de sa position. Quelques instants ^prèa, j'entendis descendre le triste cortège, je rentrai dans le corridor et j'aperçus le Roi : il venait de trouver au pied du

^and escalier M. Dumenildot, k pro-' priétaire de l'hôtel. « Ha , monsieur , lui-* disait-il ^ je vous cherche depuis si longtemps ! x> Il lui adressa des remerciemetits pour l'hospitalité qu'il en avait reçue; j'étais trop éloigné pour entendre ses paroles. M. du Mçnildot(i) recevait ces remerciements avec une vive émotion; le Roi lui serrait affectueusement les deftx mains.

Le Roi et sa famille parurent enfin sur le perron; je me blottis dans l'angle de la porte , bien décidé à ne point quitter cette place , de sorte que je touchais le Roi ; il s'arrêta au moins un quart d'heure devant sa voiture avant d'y monter , afin de recevoir ses derniers hommages. La cour de l'hôtel était comble de spectateurs ; les fenêtres , les toits refluaient de personnes de tout âge et de tout sexe; la grille , obs-

(i) M. du Menlldot me parut être un homme de quarante et quelques années.

^mée par des masses de villageois, oe pô«h Tail e'oumr ; le Roi jSrdift |>ris rattitaée d'une iptersotinè ()ai ^a Mte mie alloeu* tii3^^ mais il iie pr^no&ça pais un mot; il conleinplait tùm te& fidèles q«â ie dévbniemt 4es yeux ; ii semblait dire : Fi(MirçQÀs, Éioi et ^ mî^nd, oow ^on^ fait toosfiios eiSoPts pc\$t ^'bus renilre heure»:, je souhaite qù^3ll »tlre s'acquitte 4e cette tâche inieax ^que mm.

Une ^môtkin'^fe'àocâiiitfire'i^ae jje «V vais jamais >ciessentk s'^pam >de ines sens ; ^t is^ists lttius<pi0me»t la main 'du

au^mÀoiedustafitt'iin^ foule de ^evsonnes

avec transport .9(B s*jétait jaipais. ouverte pour répàndre dès grâces' sur ma personne; elle ne m*en

1^ f|^^ei|i|f hx «f<¥»!*^ % é^fiait qîi2.en,flaiîftn des bienfaits directs gu'pn ^ea^ reçoit. On doil révc-

rerie Roi comme père de la patrie.

» ëUncèrent sur Je perron pour presser toutes ces mains augustes ; il y eut confusion. La famille royale se trcmvait enveloppée de manière à ne pouvoir bou^; les princes et les, princesses étaient aussi ëmus que nous. Je considérai le noble visage de madame la Dauphine, et je vis r^al^ de grosse^, larmes dans ces yeux qui en avaient déjà tant versé.

Malgré la présence d*un millier de spectateurs, il régnait dans ce moment solennel un silence profond ; maïs ce /lilence était brûlant , les sanglots parlaient assez : je suis sûr que si une seule voix eût crié .f^ipe le R(d! il en eût résulté une explosion épouvantable, d'ac^ damations dont Yalognes n'aurait jamais vu un second exemple; mais Tinstinct français, cet instinct si délicat fit com- [prendre que de telles manifestations n'auraient seryi qu'à rendre plus difficUe 4a position de la famille royale , en four-

nissant aux gens exaltés de Cherbourg un prétexte de plus aux outrages qillls lui préparaieat

La voiture du Roisie mit en mouvement, et fut suivie de celles des princes. Il fallût du temps pour écarter la masse compacte des villageois qui bouchait la porte de rhôtel. M. de Dama^ me fit de sa voiture un signe d'adieu en passant devant le perron : j'en éprouvai un serrement de cœur bien pénible.

Le cortège sortit de Yalognes assez len-^ tement (dix heures du matin) , toute la population de cette bonne ville se trouva sur son passage. Les gardes-du-corps marchaient par quatre ; la voiture du Roi, dans laquelle étaient montés M. le Dauphin et M^ le duc de Bordeaux, se trouvait placée entre deux sections : M. le duc de Luxembourg, M. le prince de Croï, un lieutenant des gardes, et M. le colonel Dandrc gardaient les portières. Les compagnies des

.^gardes^a-coips marchant suivant le numéro d'ordre, celledèdroïtetiàitlalêteàe la colonne et celle de Luxembourg formait la'ganche. Un détachement tlë gendarmes d'élite éclairait la roiAe , ek le i*èste des deux escadrons faififait l'arrièire garde. 3% déjà dit , je écoik>, que le co)<:]^l iDàudré avait envoyé dans la ntdt im 'détaicUdiiërit pour occuper les avenues dû ^rt^ Les deux voitures des ^commissaires, conduites par là poste, ne marchaient jâthiàis daWs là colonne , ordmaiifement elle^ là Recédaient, eseortéëd par trois géhdairtàé^^d^élité placés sur le siège. Depuis %âfîdt-Lo , M. de la Pommeraye , dépiïté de Caen , s*était joint aux trois comVnissaireb veiius de Paris. Le maréchal Mdrmo^iit se ttûak au milieu d*un :grQiq>6 d'officiers supérieurs de toutes armés. *

Augin incident remarquable h^eut^lieà dans le trajet de Yalognes à Cherbourg :

les villageois^ accourus de Pintérieur dès

3^1 terres, bordaient ^ route , çt ôtâient ^eu^* chapes^u fort irespeet^iq^ei^ent en'apeif cevant le? vpitures de la fefniUç roy^e. La pensée qui occupait ]p plus les habits^ts de Cherbourg , en songeant au specb^cle que rembarquement ^u IVoi allait leur of- ^Hqr, c'était de voir bien distinçte:(i^ent le yisage du duc de Bordeaux* £n voici le motif :

Ces étrangers, ces reptiles Anglais, dont Taffluence considérable surpreiiait les bourgeois de cette ville , avaient pris ppiur principal texte dés diatribes iijfemales* qu'ils vomissaient contre les Boiu:bon$ , la prétendue bâtardisç du duc dç Bordeaip:.

Us donns^iept à cet égard des détails. don,t la perfidie ébranlait quelques esprits , et surprenait ra^me ceux qui n'y ajoutaient pas. foi; de sorte que chacun désirait s'assurer de ses propres yeux jusqu'à quel point ïes traits de l'eafant démentaient ces atroces calomnies. Le matin mém$ de cc~

lundi , avant Fârrivée du cortège , les cafés retentissaient du cri de cette phrase :

dans quelques heures nous allons voir le petit bâtard. On aurait pu leur repondre ce joli mot : Sans douté c'est un bâtard ^ car H est P enfant de tout le monde. L'honneur de ce mot charmant appartient à ifnadame deLadeyèze( i), Tunedesiemmes les {>lus agréables et les plus spirituelles de toute la Provence.

La tête de la colonne des gardes-ducorps entra <dans Cherbourg vers une heure après-midi ; elle côtoya le quai, qui est fort long. Il faut près de trois quarts d'heure pour aller de la barrière de la ville au port en suivant la mer ; on laisse la cité sur la

(i) Madame la eomtesse de Ladeyèze^ veuTe d'iia <ïapitaine de xai^sçaUi a eu sa part, des fayeurs du juste-milieu; on a fait chez elle, dans sa maison de campagne de la Busine, une v\sii^te domiciliaire fort s^v^re et sans résultats.

^uche. Pendant ce trajet, la foule qui bordait le chemin ne lit aucune démonstration hostile :' ïa garde nationale avait suppléé aux habits d'uniformç dont elle manquait par un grand luxe de rubans tricolores. On entendit quelques cris fort isolés de à bas la cocarde blanche. De loin en loin se trouvaient rangés en bataille des détachements du 6»4' de ligne (commandé par M. Saint-Aubànet) ; les soldats présentèrent les armes lorsque les prioces passèrent : c'étaient les premiers honneurs militaires rendus par la, troupe de ligne depuis Rambouillet. Les 'officiers du 64' baissèrent leur épée en mettant la pointe à terre (signe de deuil) .

Les habitants de Cherbourg se pressaient sur le passage de la famille royale; chacun cherchait surtout à voir le duc de Bordeaux, par Iç motif ci-dessus indiqué.

Certes , si Toa avait arrangé les choses avec intention , Tépreuvc n'eût pas été

plus ccmiplète. Las de«ï enfkiits de France o€Cupaieit|t leur place dans la voîtore au Roi, et ils se tenldeBt à la poMièrè potir mtis£Mre une curiosijt^ bien naturelle à leur âge. Ces dec^ petftM téteSi pkcées à côté Tune dq Vautre, comme dans un cadre , offiaient une ressemblance remarquable par la coupe du visage ^ le teint de la peau et Tensemble des traits. Cettci identité frappa sin^polièrement leshabitantâ de Cherbourg; )*en ai vu quelques - nns 9 depuis cette époque» qui me dir^dt,: « Cette particularité due au simple hasard iit mi effet prodigieux sur notre population.*»

JSn se rendant au port , le cortège fut oUigé de passer à cinquante pas d'un pe* tit obetisque életé en mémoire du débat^

quement du due de Berry à Cherbourg eÀ 181 4' jPt^ ^^ iFoibires approchaitnt do port QHtttàiré^ plus lea groupes grosèis-f saient ; il ^ y faisbit sentir de Tag^tatiôD^ Enfin, arrivées à la grille de ier qi^isépare la yille du port inilitaîrct elles 7 troinrèi rent réanie les populaces mutinées que la gendarmerie d'élite contenait afvee beilucoup de peine; cependant on pâir*t vint à franchir sans accident la grîUe qup l'on referma aussitôt ; alors le mouTcment derint plus iriotënt; cette fonle d*honmies arrirés à Cberibourg^ on ne sait comment ^ tous étrangars à la Tille et même à la Normandie , redoublèrent de fnreur^ faî-^ sant des démonstrations pour forcer la bariiète ^ù'on leur ojpposait; mais une compagnie de grenadiers dq 64^ arriva au pa^ de charge^ repoussa txès-vigom^ase*menl tous les mn&is; et se plaça en avant • de la.jçrflle.

Les quatre compagnies des gardes-du«

corps se rangèrent en bataille , faisant (ace

à la mtfr.Les Toitoress'arrétèrent devantun petit pont couvert d'^tofiPe bleue : les princes descendirent. Le roi s^avança yers le petit pont; il se retourna avant de le passer, fit un salut très-froid à MM. de Scbonen, Odillon Barrot et La Pommeraye; mais il invita le maréchal Maison à le suivre. Le roi centra dans le paquebot Greatr-Bniaint: le Dauphin le suivit, tenant par la main le duc de Bordeaux. Ma dame de Gontaii^fort soufBrante, conduisait MademoiséUe\ madame la duchesse de Berry s'appuyât. sur le bras de M. de .Charette, et madame la Daupbûne sur| celui de M. de Larochejaquelin. C'est dans lemalheur que les Vendéens retrou-* yentle^r rang de bataille! elles furent suivies de M. de Luxembourg, csqpitaiine des gardesy^qui s'embarquait avec les princes, de M. de Damas, du duc de Raguse , des sQus-gouVerneurs et du précepteur du

jeune prince. Le second paquebot, noitnnié CharleS'Carrol , reçut à son tour les autres personnes de la suite du roi , comme M. le duc Armand de Pplignac , M.Ogherthy, madame de Bouille et M. Al-^ fred de Damas. *

Aussitôt que le Roi fut entre dans le pa^ quebot, il conduisit le maréchal Maison dans sa cabine et lui parla en particulier pendant plus d'une demi-heure; 1$ moment yint où il fallut congédier les personnes <^i ne s'embarquaient point. En remontant 3ur la)etoe, M. le maréchal Maisoti dit à haute Voix à ses collègues et dL\ï% officiers générauk qui revenaient ^rec lui : ^ Que) beau caractère qu'a cet homme là ( en parlant du roi ); il n'est pas possible d'être meilleur et plus digne. »

Au bout d'une heure , le vaisseau ayant déployé ses voiles , appareilla et sortit du port , remorqué par un bateau à vapeur, vers deux heures et demie di^ soir.

IliCs g9r^-4i]|-ÇQfrpi» restèrent cobstammeii^ Tanne au point; ils sortirei^ du port par pelirtoos , et, loraqu'ils eorent paisé la grille, ih ronqpârént par quatre pour regagner le chcdoûn de Yalo^aes ; la multitude, que les gendarmes d'élite et les grenadicre da 64"* avaient contenue , s'en ^engiBa en poussant les plus hornbles vpfifératîonâ contre les gârdes-du^Hcorps^qui ]Fr^pondireiit par le calme le plus impas* sible. Les gendarmes d^élite fiireot ceux que l'on pourittÎTit k plus long-teibps , puSs^'ils fonnai^t Parrière-garde ; on les harcela chaudement.

Les gardes r dur corps couchèrent le même jour dans la tille deYalognes, qu'ils avaient quittée hi mj^tin; ils en repartirent le lendema^ pow Saint^Lô^ où ils devaient ôtre iic^ciés d'après les ordres du nouveau gouvemenient. Ils y ^îvèr^ le î8 : MM. les coipnmissaires, quiavaient été témoins de la conduite admirable te-

H9 nue côhstafAmetit pair *)e corps durant sa ipéiAhït mission , voiflàrétat M eh téinoiglîek* leur satilsfk^d^ ; eh conséiqUëAce, !te ip^Iièk-eiit T^^àre dû four suivant.

V>RbRE bu JOUB.

« KfH. les 'cohinASs^ii'ès délëgù^s pour f>k(ic6tiipàgner ïè ïtdi 'Charles X et ëk » f éWnllé jufeqti'â'Clhërboui'g, éprouvent ïè » Heéaïh , ilà iildtneTit dii 'liltir mission >. 9ièîit de ste'tèi'inîniér, fle rëttàre t^moi- » ;gà%^ aè là 'cdï^dtlite'lb^Ië iétliôi^oràble ^ qUé1lfM.%^ gi^rdès-'dn-^di^s'bnt ténue » 'dà'tts cette graVfeTCircfdn^taricê. Appelés » >k i^Étnmc'iih 'dëvoîi^d'hoilhéur et àe 'fi- >> ^lîté.-fls àwVsaii2^rFàît.ement concilier '^lës^éiîjgiEÎfadéfe'de'bfe dëVoir avec lè rès-^ .> ^ëftfllàliu'ébiivéitidiftent^tàblî.'M^ » fcdiiimfesadres^sëpraîèeiltà âecVa^^ que

35o » c^est à ce sentiment de réserve et de con- » yenance qu'ils doivent ^n grande partie » d^avoir heureusement accompli une » mission dont Tissue importait tant à n rhonneurde la France.

p Fait à Saint-Lô, le 18 août i83o. »

Signé, le maréchal marquis Maison , De Schonen, Odillok-Babkot.

Malgré ces témoignages éclatants , les gardes-du-corps furent traités par les habir tants de Saint-Lô avec une froideur encore plus maix]uée qu'à leur premier passage ; mais un malheur public arrivé sur ces entre£adtes,leur fournit roccasion desevengca:

noblement de ces rigueurs. Le 22 août, à neuf heures du soir, le feu éclata dans un quartier éloigné. « Deux cents gardes-du- » corps et leurs officiers se précipitent sur » les lieux. Pendant deux heures on les vit » rivaliser avec les plus audacieux parmi » les habitants et les militaires du 12'' ré-

» gimcnt d'infanterie de ligne. Di^ gardes y» sont blessés par la chute des pgutres et T^ des toits enflammés ; enfin on arrête Tin- » cendie, et trois maisons seulement ont » été la proie des flammes.

» A l'appel du lendemain, portant sur » leursYétements les tracesde leurs travaux » de la nuit, une souscription est propè- >> sée spontanément en fayeur des incen- » diés ; on recueille 2,070 fiancs : tous » donnent pour plusieurs ; c*était le de^ » nier de la yeuye.... Mais un cœur géné^ » reux ne calcule pas* Les autorités s'em- 3» pressèrent de le témoigner par Tordre » du jour suivant » (i). (Voir les, pièces ju^ificatives.)

(1) R$laiion du voyage d Cherbourg par un garde du corps, "paig.SS.

Gette brochure très-bien faite' est attribuée , dans le monde fidèle , à M. Des Najliesy lieutenant dé la compagnie de Noailles.

liréstiiliiieBt, «& y compraoïaiit les of&ders •et itaalPéchauxHAsr^logîs^ un efiediCdieltoit tCQBtb «et cplolfiMt beminM à di&m. Cédt cavaliers d'équi|Mi|fe «i«iîeirtMîvi,'iàmités ëgaknBtoDt]; mais *Maiinè le fnoi&bre se tnn«it inAiffiêaM {K^^ <àmfTmXi la f i J Éfi art des gMrdes^t des«ia^ K€haiixvd«6H^te^s ^mènm to leiÉrs.

Detx'Mnt iciogQîaaite ^gavcten ml officiers ^K tDèUYiaiiéDt abamits , tsoift^iireMse dfe

^ftniej qei aieatt Meohffagnéffe É^^s^ ^*4 fÇWbom^), reçut 'ait /mitii^ Aè h guerre l'ordre de procéder vàttflfeéBdfe^ ment 9 en s'adjoignant M.Weyler de Naras. L'opération se fit le plus honorablement dû feotiâè.

Les gendarmes ^d* élite jie furent point licenit^ là Sâinètl^'; ilsianiveFeiit à Yer^ sailles encorps, officiers et scfldàts, tfayant

cessé de se faire ^^^iT^îr^r * W tpute la rpute p^ir leur adf^^if^le jd^^cipl^i^e : Us furent en^ui|te licejad^és à JPayis.

Les gardes-dj^-corps rpçu^ent ipcjividuellemeijit deç j[eidlle$ cle.jrojiite pœir rentrer dai^s leurs foyers et y frtte^dre la destination de Ifiur grade : aucun d'eux ne donna in^lière ^ îa moindre plainte.

Ce jcprp^ ay^aît ^\é fort jalousé depuis sa çrcaliop , iCOjPap^ie tpus Irç corps privilé- ^e$ j pipif il ^ç/at^a j^u'il /çtait ;4îgpe de ses pf^.vilége^,^et q^ijne, s'il jouissait: de cejui de g;^rdçf , pl^is particulièrement que .les autres corps , la personne du Rpi , il av^it si^ rjenjpljrjca.^QTOijr jijLsqu'^ jce qi^e la terre c|e ;%i?ice e^ m^^fV^ ?o«s (f? pas du niqn^up. Au j:estç, restîcçi.ç publique l'ejji ^ Jbien pay^é.

Jpj^rjim 1^ vf^us plus ou ippins Tjéelles d9Ç^ Jjes jfl^[teiys ^e la j«;ation fr|inçai§e Iqi jfotnt honijejur , il en e^t nne qu'elle npsgè^ç 2^u sqprêj^e degré , Q'çi^t Je sen-

timent du beau; il est rare qu'une action généreuse , même en politique , ne soit appréciée à sa juste valeur. Avant la révolution de i83o. Ton ne parlait des gardes-du-corps qu'avec colère , en employant des expressions injurieuses ; aujourd'hui , on ne prononce leur nom qu'avec respect, même parmi les dernières classes de la société, dont le langage est la véritable expression des masses. Les gardes-du-corps ont obtenu un suffrage qui seul les valait tous, celui du maréchal Gérard. Voici en quelle circonstance :

Le ministère du Roi Charles X avait laissé pa^r imprudemment, soit en congé , soit pour les eaux , une quantité d'officiers de gardes- du-corps , de gardes , d*ofiiciers de la garde et de maréchàuxdes-logis , ce qui prouve , je le répète , que le Roi et ses mini$ti*es n'avaient jamais considéré le coup d'état de juillet

fr

comme une violation de la constitution • parmi les officiers des gardes-du-corps en permission pour aller aux eaux se trouvait M. le baron de Jassaud , lit^utenant-major de la compagnie de Crdi, à la formation de laquelle il avait concouru puissamment : c'était un de ces officiers dont les talents supérieurs en tous genres Jettent de l'éclat sur le corps auquel ils appartiennent ; les eaux de Barèges lui furent ordonnées pour le rétablissement de sa santé ; il apprit aux pieds des Pyrénées les événements de Paris. 11 partit

sur-le-champ; mais, arrêté par des obstacles de force majeure , que sa qualité d'officier des gardes-du-corps lui suscitait à chaque pas, il arriva dans la capitale lorsque la famille royale mettait le pied sur le paquebot américain ; il s y rencontra avec un grand nombre d'autres officiers des gardes-du-corps accourus de différents points, et comme lui

fi

isolés et sans direction (i). Il ne trouva qu*un seul nioyen de ^ consoler de sa disgrâce , moyen digne d'un vieux soldai, ce fat de se vouer ^ la défeosc des intérêts de ses compagnons d'arme , dont la conduite, qui n'était pas encore ni bien connue , ni tip^ea ai^réciée, se trouvait alors r objet des ^aqu^ft les plus fiuibqndes \ il dei^aoda au ministère de la giierre d'être chvgé 9 fn sa qualité j(U lieutenant-majof , du soin de suivre l'opération du licenfÂçipent » ce qui lui fet accordé ; il déba^it fiTCC dialeiur les intérêts des gard^ de tqus les grades, p<»nr assurer Texisleii^ militaire àe chacîin d'eux. Il fvt appujfé, ds^is ses demandes, par les capitaines des compagntes.M. Wey-

(i)Parinl eux se trpavaientM. le viGomtç dePqnUic» M. de Nadaîllac,^ M. de Lur Saluce , M. de Berffhter , tous désespérés au dernier point d*avoir manqué le Toyage de Cherbourg.

îerde Navas le secpnda pour les objets relatifs à Vadminisbration. Quelques jours après , le maréchal Gérard le fit appeler afin de vider avec lui quelques difficultés élevées au sujet de la fixation des grades ; M. de Jassaud se rendît chez le marédikl , en frac noîr. M. le mâféchal le reçût dànà un saloti où se trouvaient réunissent officiers - généraux ou supérieurs. En rapercevant , M. le comte Gériskrd lui dit d'une voix élevée :«M. de Jassaud , je stiis charmé de trouver Toccasion dé pouvoir manifester publiquement l'es- ^âne partîculièriB que les gardles-du-cor^* m'ont inspirée paît Xemfiâéïitéy leur tènuie, dans dès circonstances graveà, et leur admirable discipline. » Ces paroles sont coris6lant:es ; elles font espérer que si les destinées de nôtre pauvre pays devenaient eiicôtè plus atnères , tous les hommes généreux formeraient faisceau pour sauver la patrie.

M. de Damas m*avait demandé d'accompagner madame sa mère jusqu'à Paris. On conçoit que je reçus comme une faveur une semblable mission. Nous partîmes en poste dan^ la calèche de madame de Damas le i6 au soir; nous rencontrâmes sur notre route tous les habitants des campagnes profondément cmus du spectacle que leur avait offert tant de grandeurs déchues. A notre arrivée à Carentan y nous trouvâmes devant la poste M. le commandant de Busselot, qui ^ avec son ton sévère , m'annonça qu'on ne pouvait donner de chevaux avant le passage des conmiissaires qui allaient revenir de Cherbourg. Je suis , me dît-il , responsable de l'exécution de cet ordre. — Cer-

les, Monsieur, je n'insisterais point si j'étais seul , mais j'ai Thonneur d'accompagner madame la baronne de Damas.

— Est-ce la femme de l'ancien ministre de la guerre , aujourd'hui gouverneur de notre duc de Bordeaux ? — C'est madame sa mère , repondis-je. — Ceci est différent ; on ne peut rien refuser à la mère d'un homme comme M. dç Damas.

Nous eûmes donc des chevaux ; le petit retard éprouvé à Carentan fut le plusléger désagrément de notre voyage ; nous trouvâmes toutes les villes et les bourgs de la Normandie dans le plus grand émoi; on parlait de M. de Polignac, on assurait qu'il voyageait dans la province en calèche avec une dame ( madame Lepeletier Saint-Fargeau] et des domestiques : bientôt notre voiture lixa l'attention de tous les habitantjs, puisquil s'y trouvait une dame , lin homme et des domestiques ; on nous arrêtait à chaque relaie on nous

examioait avec beaucoup fle soin. ÂLU zieux les choses devinée tit très-sérieuses; nous arrivàmed dans cette ville Vers ôtizè

heures du soir ; tes gardée nàtiobaut entourèrent la calèche, eh iiôUs présentant le bout de leurs bayôhftfeftês; Ils me firent descendre dans le cofpfe dé gardéj je lebr dis ; « Je connais le motif de votre sévérité :

mais examînêz-moi bien et vous veri^ que mort visage et toute ma personne sont Tantitiièsb de rinforturié ijué vous Cherchez.

Mes paroles et moii assurance convainquirent les gài*des nationaux'; on nous laissa partir. Madame de Damas n'était pas très-rassiirée ; elle voûtait que nous soùpious dans les aubci'ges, 'et copi'e'useiiiènt, quand même nous li^avions pas faim; rendez-moi le service de manger, me disait-elle, car, sans cela, les aubergistes iront nous dénoncer comme des gens suspects. »

J*ài Iretnarijué qtie la bàute noblesse a conservé ùii reste de Fëttroî cjîie la révolution de 1 78g lui â si julstethènt inspiré; k là njoitidi^e cc^mniotidn politique, elle croit y oit ptothener deà tétës portées sur des piquet; les tnâssâci:'és de septetnbre et les à^assiiiàts juridiques dé Foùquier Taîn- "iille se tèprésètiteht Sans cesse à son itoâginàtroh alarmée, ^ûe la noblesse se tasstik^ë; il est întoiitestablé que les mœurs pôlitilques se sont radoucies ; la déprava-

tion à remplacé la férocité.^En gS le sang coulait dans les rues, maintenant c*est autre those- qui tache, mais ne tue point; quelles observations curieuses ne peut-on * pas faire sur ces deux époques différentes^ riàus les mémeè journées où l'on promeiiail la kétè de madame de Lamballe, où rbii dévorait son cœur, tous les théâtres jouaient 'des pastorales, Biaise et Babet, Pamèià, ïa 'pieté filiale y le t)evih du 'oiU tùge; auJ6urd*hui où ITiorrcur du sang

est (générale surtout en politique, la scène n*est occupée que par des cadavres, des gibets et des assassins.

Nous arriyâaies enfin à Paris, et j*eus le bonheur de déposer madame de Damas à son hôtel, sans qu'il lui fût arrivé le moindre accident. J'étais curieux de voir M. le duc d'Orléans sous la livrée royale ; je ne Ta vais pas aperçu depuis le i^' juillet i830| où il vînt à Saint-Ooud rendre visite au duc de Bordeaux. Ayant traversé le jardin des Tuileries huit jours après mon arrivée à Paris , je suivais le pont Royal en compagnie de M. le général Peccadeuc, qui a ^ été si maltraité par le nouveau gouvernement à cause de ses opinions. Au mémo instant parut au bout du pont, Louis-Philippe, venant du Giamp-de-Mars avec son escorte. Ce prince rendait tous les saluts, et, comme il était en calèche découverte, et que des embarras de voiture retardaient sa marche, je pas le contempler à mon aise.

Son visage me parut maigri. Déjà les soucis du trône altéraient tous ses traits , et lorsqu'il se découvrît pour saluer quelques personnes qui criaient vice le Roi, je distinguai sur son front une raie violette très-marquée , produite sans doute par un chapeau neuf trop étroit. A cette vue , je songeai bien involontairement à la couronne de fer rouge de M. de Sémonville. Vers le quai Voltaire , je rencontrai M. de Saint-Belin , colonel du 3® de cuirassiers, le régiment du duc de Bordeaux, dont le jeune prince portait Tuniforme dans les jours de réception. Je connaissais la belle conduite que M. de Saint-Bclin . avait tenue à Lille lors des événements ; je l'en félicitai et lui demandai avec empressementsiM*^, lieutenant dans son résinent, avait fait preuve de bonne volonté.

Il me répondit que M** s'était conduit admirablement : ceci me causa une joie infi-

nie. Je cède au d&ir de publier le trait suivant :

La d'éhiièré fois que je travailtai avec M. de Daitîas , à Saint^Cloud , le vendredi a3 juiltet ^ je tfôuvài , en dépouillant les dëpéche^ particulières du duc dé Bordeaùlc, ùrtte tettre fort curieuse adressée àù prince par un lieutetiant du 3* de cuirassiers » eii garnison à Lille. Cet officier expbisait qu'il avait eu lé naaiheur de perdre son clUsTal, tombé niott entre Ses jambe* ^hs utté grande manœuvré : privé de foi[tune , et ne pouvant remplacer soiw cheval , il SBppKait soh colonel de Taider eu icette clk*coiiètance. La lettre était écrite âv^êc élégance et xmé sorte dé dighi^é. Ëlîe -frappâM.*deïMttiàS,^îirfordVihTiâ d'aider cfaeî^cket^hs là grande èàtlè'soh élève ofccupé à dësiiinet. Le duc tle BordëatinL voulut bien làè suivre, accôhipagué de M. de Lavîl!alè, son inséparable, ^.àc Damas montra au prince la lettre du lieu-

temnt à^ cwira$siw§ , et \m di^mamla ce

qu'y voulait faij:-e. !5pn plève rqpQq^U aussitôt f y.ec §a viyaj:ité ^.ccoufiomée : y Ce que je yeux fmt^ ph bien , ja yeuîç loi eayoyer nn chcy^ï. » Son gpfiy^rneur lui fit oiïôejrvôr iju'u» chçval pe s'eRYtOyaît pa»

<^9mm WP J#re misç à l^po^Je. « J[fl

pr4%e»t i^ f pt pffiç^F de la son^^fuç i^^fir sake^QuFspb^tfiT VIP (cfeeyRl d^s Je p^s.

yoîf ^(îpeç iau n^^êffîjBjustan^. ? J^J, ^ç I)îJP?§^ expli^p^ fin :pfeij 4e lïjoti? ftu i?iApe ^m^ff cpmWQm sg fei^ept Ifis e?»yQi? j|'acgeiît ee$ ^éteHs i«t€.€«(^î.6pt e^rêjnpp^entreijiT fant. Jfe me l?endi§ s^u^^jtôt au lyéspr^ îe prismi Jw)» de î^Qp frftTiç^, et Y^j^é^i^f. ^ littte. Ap bwt^Q (yî?^r^i|tie-^Hi|: heures, le Ikuteftapt f^e Quijrfts^ifar^i s^jtrqtiv^ en pp.sitio» d# iKempkQQT Jp pbqyaj pe^r^u; ^^

La dernière qiiiazaine de ce fal^l moif

de juillet fut remarquable par une foule

de particularités fort curieuses. Le 20 juillet i83o, M. de Damas reçut une lettre d'un

capitaine de voltigeurs da 5^ de ligne qu'il connaissait depuis le combat de Liers, dans lequel cet officier s'était battu toute

la journée sous les yeux de son générai qui en conçut pour lui une profonde estime ; ce capitaine annonçait; avec désespoir à M. de Damas qu'il venait de perdre au jeu tout ce qu'il possédait, qu il se regardait comme deshonoré , si quelque honune généreux ne venait à son secours : il implorait l'assistance du baron en des termes fort pressants : il fixait à 900 francs la somme dont il avait rigoureusement besoin .M. de Damas me donna ordre de faire appeler cet officier chez moi, et de lui remettre de sa part les 900 francs : je remplis ses intentions.Deux jours après , je lis dans un journal qu'un capitaine du 5* de ligne s'est brûlé la cer-

veUe ; je cours aussitôt au quartier de la

me et j'y apprends que le suiddé est

ce capitaine; le malheureux! que n'attendait-il quelques jours, il aurait pu mourir avec gloire et se faire tuer en défendant son drapeau.

Le lendemain je racontai à M. de Damas cette triste aventure : Ah ! que je suis heureux, me dit-il , d'avoir donné les 900 francs à ce capitaine ; si j'avais agi autrement, j'aurais cru que mon refus avait causé sa mort , et je ne m*enserais jamais consolé.

Aussitôt mon retour à Paris , j'allai reprendre les fonctions bien modestes que j'occupais à la bibliothèque de l'arsenal ; j'espér?iîs que mon obscurité me garantirait de la foudre, j'en fus bientôt dissuadé ; Ton agita la question du serment; elle fut soulevée parles doctrinaires et soutenue par eux à la chambre des députés.

Ce n'est pas le spectacle le moins curieux

4p notfp i^fièplQ qwç de voir de$ homijnics gpx ^ firent gloirç 4^ ^^ ^^^ aacun sj^lQ^al , pon)ar^pdi7e lfi3 autres à ep prêtff: iu| i^ojuyeq^. Ce fj^^une perfidie, on gHPt-^çnp d|:^$fe cpplr^ tous le^ honnêtes gens je regarde raffisâre du ser-

n^ept pomnjie ^ue 4)^^ fau^ capitales du

SRfF9?WfP^^ de l*o,uM IPWUppe, comme Qç^hfjfp.^ le jpj^u? aliénj^ do «K^^s, sans lui pf Qçipçjr ^ ^i de plju#. Le français , P¥p'?ff^^ ^'^P^ftfiw pt la^feip, flui a ^^^? A ^ ?P?fi#^^PSÇ fîéqes^i^ç , ^oit jpn garder un profond ressentiment cptntre ceux njpi l'y pi^ pl^îjgf ; 1^ frfïfiilis ^^ui a eu le cpuf ag^ ^e fçsif i^er, ^q^ /j^e f» fertune le r^n^ît plçs ^^^q^^ijOaqi, 9^ qup son âme fût plus ,f;ort^ï]}fii4 .trepinée, se montrera ^^er ^^e s^ v^çj^||çç , |p fliçttant ainsi dans }e cas de ^e î^^ fpjenjt ^sur ses pas. Le ^^9iiv^r^f;^^^t 4pf^(^ Pl^- %e ife p9uiT^,cQwpp^Qr xii^vr J^.Jw>romes dont on a yiolçnté l^ copj^yçpçe,

36g tii ceux qui ont eu assez d'énergie pout résister à ses injonctions. Napoléon, dévenu empereur, demandait-il un sennent de fidélité lorsqu'il créait M. de Ségur grand-maître des cérénioies, lorsqu'il nonïmait aux emplois de ministre , de préfet, de conseillers, des émigrés de Côblentz?

Enfin cette loi du serment, l'œuvre des doctrinaires , soutenue avec chaleur par leurs amis, fut adoptée , après avoir été combattue avec talent par les hommes les plus opposés en opinion politique. Ses conséquence vinrent m'atteindre jusque dans ma position infime. On me présenta la foraiule du serment; en refusant d'y apposer ma signature y je me privais de l'emploi quicomposaittouterexistence de ma famille; cependant j'eus le courage de dire: ISon ; j'eusse été un misérable^ si, tout imprégné encore des touchantes sensations éprouvées à Volognes , j'avais trahi mesvéritables sehtimens pour un peu d'ar-

gcnl* Louis-Philippe lui même, saisi d*indignation « eût repoussé mes hommages.

Eti t8i5. Napoléon donna la croix de la Légion d'Honneur au seul garde national à cheval, qui ne craignît pas de rester auprès du comte d^ Artois en sortant de Lyon, après la défection de toute Tannée.

Doute heures après mon refus , je fus destitué ; mais , comme dans les moindres choses humaines il entre toujours un gi^in de bizarrerie , il fallut que ma destitution fût signée pat M. Guizot, mon ancien camarade de Gand. M. Guizôt ïne biisait pour n'avoir pas voulu faiiné à Tégiard de Louis I%ilippe ce qull avait fait de si bon cœur deux fois pour Louis XVIII et sa famille.

Que j'eusse été destitué par M. Odillon Barrot, ou par M. Mauguin, ou par M. Eiisèbe Salverte, c'était régulier; j^aurais murmuré contre la fortune sans tne plaindre de l'auteur de ma disgrâce ; mais re-

ccvoir ce coup terrible d'un ancien cama« rade d'émigration , j'avoue que j'en ressentais un vif déplaisir.

En i8i5, Monsieur y comte d Artois, logeait à Gand dans un hôtel situé sur la principale place de cette ville : àe% allées d'arbres magnifiques en faisaient une cha]> mante promenade , qui devint le lieu du rendez-vous de tous les émigrants. Je vis promener bien souvent sur cette place M. Bertin de Vaux avec M. de Chateaubriand. M. Guizot y venait également chaque jour, et, quoique je n'eusse pas l'honneur d'être connu de lui, je l'abordai comme une vieille connaissance.

Cependant nous n^étions pas du même état , il portait le frac et moi l'uniforme d'officier de chasseurs. Les Français sont communicatifs dans la mauvaise comme dans la bonne fortune » de sorte que tous les matins nous nous retrouvions avec piai-" sir sur cette place de Gand , comme de

Tieux rentiers vont au-devant les uns des autres» au Luxembourg ou à la Petite-Provence. M. Guizot parlait fort bien , je Técoutais comme un oracle. J'étais alors un pauvre malheureux , qui, la tête tournée par l'étude de l'histoire de France , avais imaginé d'imiter les preux de CharlesVII , qui préféraient suivre le roi de Bourges dans quelque bourgade du Languedoc , que de courir à Paris recevoir les faveurs de Henri VI, roi de France et d Angleterre.

Nous nous promenions sentimentalement, M . Guizot et moi, sur cette belle place de Gand, Quelquefois M. Guizot s* arrêtait et me disait, en me montrant l'hôtel où logeait Monsieur^ « Je viens uniquement dans Tespérance d'apercevoir un instant ce bon prince , ce vrai chevalier, ce modèle de l'honneur. Ah! les Français ne mériteront jamais le bonheur d'avoir, un roi comme lui. (Je ne sais pas trop si M. Guizot ne pleurait pas en prononçant

ces mots, tant il me paraissait ëmu. ) Oui, ajoutait-il, les Français sont de grands coupables ; il faut les rendre heureux niaigré eux , et pour cela il est nécessaire de les museler, et Ton n'y parviendra qu'au moyen des cours prévôtales. » Je n'avais jamais entendu parler de cours prévôtales dans mon régiment; je priai instamment M. Guîzot de m' éclairer à cet égard , et M, Gnîzot eut l'amabilité de m'apprendra fort en détail comment il entendait les cours prévôtales, dont il me démontra Texcellence. Comme j'étais militaire, je trouvai, ma foi, ce moyen de gouverner tout aussi bon qu'un autre.

Qui m'aurait dit que quinze ans après , moi, devenu homme de bibliothèque, d'officier de chasseurs, je serais destitué par M. Guîzot, devenu ministre de l'intérieur de Louis-Philippe d'Orléans, et que je fosse destitué par lui pour avoir voulu rester fidèle à ce comte d'Artois, devant

lequel j'avais vu M. Guizot en adoration contemplative ?

Indépendant par infortune , je songeai à conduire dans le Midi ma femme, dont la santé extrêmement délabrée à la suite des secousses qu'elle avait essuyées dans les trois jours de la grande semaine > ne pouvait se rétablir que dans un climat plus pur et plus chaud que celui de FarJs; nous prîmes la route de Lyon; j'étais curieux de voir par mes propres yeux l'effet que le retentissement de§ événements de juillet produisait dans les provinces ; je trouvai de la joie parmi les populations des pays arrosés par la Seine et l'Yonne; l'influence de Paris s'y faisait sentir; mais plus je m'éloignai de la capitale y plus ces sentiments s'attiédissaient; les villes manufacturières montraient une satifac tion dont je ne comprcnaispasbien la vivacité. Les habitants des contrées, livrées entièrement aux occupations agricoles^

paraissaient moins enthousiasmés et laissaient voir ))eaucoup d'inquiétude pour l'avenir. Enfin , nous arrivâmes à Lyon :

la gêne s'y faisait déjà sentir ; les commandes avaient cessé ; mais la réorganisation de la garde nationale, les fréquentes revues qu'on en passait, l'ardeur que les bourgeois mettaient à ce rendre aux exercices, entretenaient un mouvement, une agitation qui masquait admirablement la véritable situation des affaires. Je fus prié 4 dîner par une maison tenant le premier rang dans le commerce. Je trouvai au nombre des convives plusieurs manu* facturiers qui nous arrivèrent avec leurs uniformes de gardes nationales et les épaulettes d'ofiicîer supérieur; une satisfaction martiale animait tous leurs regards ; ces trois ou quatre chefs de fabrique se niirent à tenir des discours dont Tétrangeté me surprit au dernier point ; maintenant, disaient-ils, avec un air de

triomphe » nous allons être les maîtres ; nous ne recevrons plus la loi de nos ou- Trîers ; les ministres de rintérîeur ne vîendront plus se mêler de nos tarifs et nous obliger à élever les prix ou à les maintenir lorsque nous voudrons les descendre ; ces Bourbons étaient d'un despotisme qui méritait un châtiment. » — Ils se flottaient les mains, avalaient des rasades pour célébrer les conséquences de la révolution de juillet, assurant que , grâce à la liberté de tarif dont les chefs de fabrique jouiraient dorénavant, l'industrie manufacturière allait prendre un essor surprenant ; quelques mois après, les canuts de Lyon renversèrent tous ces calculs , se révoltèrent et s'emparèrent de la seconde ville du royaume , uniquement pour maintenir le tarif établi sous le règne des Bourbons et maintenu sagement par eux dans les intérêts de la classe ouvrière* Quel croisement de bizarreries ;

En quittant Lyon, nous nous rendimed dans la Provence ; à l'approche de la zone méridionale , nous trouvâmes une différence très-marquée dans la disposition des esprits. Les peuples ne se faisaient point à la chute des Bourbons; ils croyaient rêver ; personne ne comprenait les événe^ ments de juillet : le sentiment le plus; général , celui qui paraissait le plus intense, était une colère passionnée contre Paris et la centralisation.

Je m'établis à Grasse, la seconde ville du département du Var. J'y avais séjourné à différentes reprises lorsque je servais dans l'état major du baron de Damas, commandant la 8*^ division militaire en 1817. Cette ville est située au milieu d'un bassin le plus beau, sans contredit, de toute la France. Les montagnes qui. l'environnent sont couvertes d'arbustes odoriférahts. Chaque champ , dans un rayon de deux lieues, est entouré d'une clôture

iaite de rottcn ; les tMbéreoses , le jasmin, occupent des quartiers de terre, comme le blé. La rëtmion de ces parfums varies pro* cure à Taîr une pureté que Ton chercher rait vainement ailleurs. Depuis cinquante ans, les habitants de Grasse ne se r^^pellent point avoir vu plus de deux degrés de froid. Dans Thiver de 1829 à i83o, ilseur rent un deg^é et demi , tandis que Marseille en eut sept, et Toulon quatre. Les médecins de Paris , ne connaissant pas la ville de Grasse à cause de son peu d'importapce sous le rapport de la population, envoient à Nice tous leurs roaJadcs»q* passent à trois lieues de Grasse , la ville 1* plus salubre de TEurope, pour aller dan* une ville qui l'est beaucoup moins, à.cau$e de son voisinage de la mer, et qui joint à cet inconvénient celui d'être au-deU à^

frontières.

Âubout de deuxmoisdeséjouràGrasse,

ma femuie partie mourante de Paris ^ f^^

trouva sa santé comme si on la lui avait soufHee, en prenant uniquement des bains d'air, sans drogues et sans moyens extraordinaires. Je jouissais avec délice d*un si heureux résultat , vivant dans une maison isolée au bout d'une ville la plus isolée du royaume, sans me douter que je pussç porter ombrage au gouvernement. Tout à coup ma paisible demeure est entourée par la £orce armée; on envahit mon domicile, et l'on procède à la visite de ma maison et de mes papiers. L'on m'avertit que Tordre est de m'arrêter sur-le-champ si Ton trouve la moindre pièce suspecte :

ceci me rassura. L'on s'empara d'une pile de cahiers plies avec soin; c'était un cours d'histoire de France , auquel je travaille depuis très-long-temps. Le commissaire de police et les autres personnes chargées de l'investigation s'emparèrent de mes cahiers, et les lurent pendant sept heures : il

parait que le sujet les amusait, et qu ils le trouvaient fort bien traita. Au reste , le magistrat municipal qui dirigeait la visite domiciliaire, le fit en homme de cœur, qui sait allier les devoirs rigoureux avec les égards dus à un étranger. Cependant^ cette visite domiciliaire eut pour moi le funeste résultat de donner une nouvelle secousse à la santé de ma femme ,. dont le saisissement fut extrême à la vue de ces hommes armés envahissant notre demeure, et prêts à m'emmener prisonnier. Tous les désordres reparurent avec des complications : le séjour de Grasse nous devint trop pénible, nous allâmes nous réfugier à Marseille dans Tespérance de passer inaperçu parmi sa nombreuse population. C'est au milieu de cette magnifique cité , de ces bons et loyaux habitants, que s'est écoulée une année, la plus douce de ma vie. L'oo dit proverbialement que Fcsprit court les

rues à Paris ; il court également les rues^ à Marseille; mais c'est de compagnie avec rhonneur, la probité et tous les sentiments généreux.

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