ÎÏOUV3EAUX DETAILS POLITIQUES SUR LE ' VOYAGE DE CHERBOURG
1^01?? sâro.$^ U 4 ?ôût qwQ Chartes X ^lait définilÎTement s'eirfiarquer à Ghçfbourg ; je pris a\brs la résdkAion de me irendre dai^s cette ville pour :saltter 11110
dernière fois cette royauté trahie par la fortune ; offiir mes hommages à cet enfant duquel jaillissait encore un raymi de ^salut public ; je désirais aussi recevoir les adieux de ce bon et digne M. de Damas.
Je «me rendis, le 5 août, à la préfecture de police pour prendre un passeport; j'é- •^ tais presque seul dans cette immense salle ordinairement si remplie. lie passeport ^ ^* que Ton me délivra portait en tête, mi nom du Ueutenant-général du royaume\ c'était une pièce historique fort curieuse ; je m* en sqparai avec beaucoup de regret lorsqu'il fallut le déposer un an après pour le renouY^er. En sortant de la préfecture de police , je me rendis rue
pour aller prendre chez M. Hothinguer un petit coupon sur une maison de Londres dans le cas où je m'embarquerai. Il régnait iine assez grande rumeur dans les bureaux de ce banquier ; j'en demandai la cause. L'on m'apprit que les garçons de
iSi
caisse sortis depuis le matin pour faire la recette ^ venaient de rentrer, et que sur quatre-vingt mille fr. de valeiurs échues dont ils étaient porteurs , ils n'avaient pu |
réaliser que mille écus. Les conséquences de la révolution de juillet se faisaient déjà sentir. Ce qui me surprit le plus , ce fut rétonnement des gens de ce bureau..
Je n'entendais que ces mots : mais ce rCest pas croyable ;' cette maison esttrès-honne^ il s'est donc passé quelque chose ^Wtraordinaire. Il ne s'était passé qu'une révolution. Ces braves Parisiens s'imaginaient que Ton renversait impunément ime dynastie ; ils croyaient que la chute d^un trône ne causait pas plus d'embarras que la chute d'un ballon. Il fallait voir sur le devant de leura portes tous ces boutiquiers la bouche béante, fort étonnés que personne n'entrât plus chez eux : leur étonnement dure encore. On ne voyait du monde que dans les comptoirs de$
diani^im qui Tendaient léui: ôr à qua^ rante et tiaquante francs le ntiUe.
Goitiitiie îl régnait beaucoup d'incerlîtnde à Tégàt-d de là routé que la famille frùyale alhit tenir , je pris nioh passeport pour Bayeux , avec Tiriteiition d'attendre d^ns cette ville les sprintes où de lesprécéétsc à Cherbourg. Je ne rémiarquâî aucune ^gitâtioii pendant mori trajet : plus Je m'é- Ibignai de Paris , plus l^exaÙàllbh des esi^îts dimintiàit Cependant Ton vivait partout daiis Fintîmë conviction que M. de Polîgnac (ûoknînatîveme^nt) cïaît rauteur des incendies ijùî d&ôlàiént la Mormaiidîe. Aucun raisonnement nié pouvait tirer le peuple d'une eWeur aussi Âtupide.
La ville ^ !|^cux avait reçu le contrecoup de Paris , mais ce ne fut quim éclair, et lorsque j'arrivai je li'y \is aucune InanifeMatibn révolutionnaire : tout iai'f piÂ'ut inbrhè et inquiet Bëjà les Colpor-
fëui^ venfdaieiit ditns lei» rues , en biénaiglant fielùn lëut côtflattïev te réck dfei^ glorieuses, Jùuîrnées;]ëùe^i& p^ une seule personne acheter de ces btdletins. Les habHants de Bayeux ignoraient absolument par quelle route la fàiiiille royale» devait arriver à sa destination ; cepèûdatit ils m'assurèrent <jue roii faisait des préparatifs pour la recevoir à Cîberbourg. Je me dirigeai vers cette ville aVeC re;spoîr d'y |)réc^der les ^rincés, que je savais marcher à petites joumëes.
La voitui^e que je pris contenait beaucoup de monde. Je me trouvai placé en ïace d'uti monsieur fort poK , que je n'avais jamais vu; tious nous fîmes des prevenatttes comme des gens bien élevés, et pi^tidâiit quelque temps nous cherchâmes réttproquement à connaître le motif qui nous faisait aller Tuii et l'autre à Cherbourg; enfin nous acquîmes la certitude çie nous pourrions sans danjger nous con*
i84 iier nos secrets : j'aurais passe sous silence cet ijucident , s4] ne renfermait un trait fort remarquable et qui honore à la fois le cœur humain: et les hommes du parti royaliste.
(e Je me nomme M. de Fajac^ me dît mon compagnon de voyage , je suis de Toulouse. Je me trouvais à Paris pendant les affreux événements dont cette ville vient d'être le théâtre^ voulant être dç quelque utilité en cette circonstance^ je me rendis dès le mercredi à Vincennes^.dont le gouverneur ^M.^ de Puy vert, est allié à ma famille. Je courus lui offrir mes services^ il les accepta avec empressement ; il régnait déjà de l'agitation parmi ks soldats de la garnison. M. de Puyvert me dît à la fin de la journée du mercredi :« Je suis fort embarrassé^ n'ayant point été prévenu; je n'ai ni assez de vivres pour nourrir mes hommes , ni assez d'argent pour leur acquitter le prêt^ Il est cependant urgent
que la solde se paye rëgulièrement dans ce moment-ci ; je n*ai pas cinq cents fir.
chez moi , et nous sommes bloqués en quelque façon par une population prête à se soulever. Seriez-vous assez déterminé pour aller ^iposer au Roi , ou à M. le Dauphin , Tembarras dans lequel je iHô me trouve , et les supplier de m'envoyer l'argent nécessaire pour payer au moins le prêt courant ». Je ne balançai pas de me charger d*une mission aussi délicate ; je ^sortis de Yincennes de grand matin , je traversai avec beaucoup de peine le faubourg Saint- Antoine ; les habitants de ce quartier travaillaient à dépaver les rues , ils poussaient les plus horribles clameurs, criant fréquemment: Vive la liberté , vive la république ! Je fus arrêté sur la place des Victoires ; le peuple en furie voulait me pendre ; on m'avait signalé, je ne sais comment, pour un honmie qui venait exa« miner, de la part de Tautorité militaire,
ce qtâ se passnt au tentre d^ Isatis i Vàn m'a conduit ûiuê iM <:btp$-dë-gétrâè des Petits-Opérés; )e n'ai dû la Vie qu^à là fermeté d'un offieier de là gài de nationale dont je regt^tte idfihiineht de ne savoir pas lé Aom et que je ne rëtr^veraî peutêtre jamais plus; Enfin bn itié laissa aller ; je suis sorti par la barrière Sain^^Dcnis, et 9 après la marehe la plus pénible et la plus longue , je suis* arrivé dans la màt à Sàint-Gloud. Un officier des gardes-dù^ corps de mes amis m'a fait introduire anjwrèfe dfeM. le Dauphin, qui venait de pren* dre le cômmandem ent général dès troupes^, j'exposai au prince Tobjet de nia inission', il m'écouta f oït attentivement , el mè chargea de dii-e à M. de Puy vert de tenir josqaa la d^iûère extrémité; pour de Tai^gent nous en avons fort pfeu^ dîl^il;iî:e^ pendant r objet est si iff^jyortant qu'il faut exk trouvera tout prix ;il dit quelques mots |i un officier général qui se trouvait avee
i87 lui, je ne le coitnàis pas; ce général me xnenâ dan$ un autre âppartemei|t>ni'y laissa ^qiifôlqae ten^,pu& il revint. Ayant calculé -à queUe soiûme pouvait s'élever le prêt de la garnison de Yineeihifes^ il me reniit isixnrille fr. en billets de banque^ disant que cette âomme sufiièaît pour, quatre jours environ. Je demandai dix mille friancs , tnais il ne votilut jainais me ïes donner.
Je répartis 1^ vendredi matin et je parvins à gagner Vincebnes; M. de Payvert mV Yait indiqué dans le3 fossés une poiie secrète par laquelle je pourrais entrer^, il y avait placé un homme de confiance pour rue recevoir.
t< En arrivant, je IronyaiM* de Puyvert dans le pins gi^d dése^oir. Les soU dats ne veulent plus obéir, me. dît-il < le général Gourgaud a pénétré dans la forteressiB et a soufflé 'parmi lés artilleurs Vesprit de révolte. En ce c^:s,rqpondi^e^ il est inUtik de leur payer Je prêt ^ et ,
i88 comme je n'ai apporte de Targent qu^aii péril de ma vie ', je ne le laisserai point sortir de mes mains. M. de Puyvert n'insista point. Je quittai Yincennes le plutôt pos-sible et rentrai dans Paris assez souffrant.
Je me suis tu obligé de garder le lit plusieurs jours, désolé de ne pouvoir aller joindre les princes à Rambouillet ; mais^ ayant eu la certitude qu'ils se rendent à Cherbourg» j'y vais en toute hâte, d'abord pour leur présenter mes derniers homrosé ges, et puis pour remettre à M. le Dauphin les six mille fr. dont je suis resté le dé^ positaire.»^En même temps M.deFajac me montra dans son portefeuille les billets de banque en me disant : Puisque nous servons la même cause,, vous pouireB, en cas d'accident , remplir ma Commission.
Nous arrivâmes le 8 août à Cherbourg, on y prenait déjà des mesures de police fort sévères à l'égard des passeports; j'étais très-curieux de savoir quelles étaient
i89 les dispositions des habitants de cette cité : je les Couvai frappés dVtbnnement (i) et de stupeur^ on ne se faisait pas à Fidée de la chute du trône. Le 64^ régiment d'infanterie, en garnison dans cette ville » témoignait, sans détour, un vif mécontent tement de ce qui venait de se passer à
(i) Cet ëtonnemeot fat partage par toutes les per« scmnes que leur position ou des affaires particulières tenaient y à cette époque , éloignées de Paris. M. le maréchal Soult se trouvait alors dans ses terres , près Saint 'Amand, département du Tarn. Pendant plusieurs jours il refusa d^ajouter foi k ce que l'on racontait ; enfin , il partit pour la capitale. Etant arrivé à Limoges, il entra dans la grande salle à manger de THAtel des diligences 9 principale auberge; il écoutait , les mains derrière le dos , les nouvelles qve donnaient les vo7ageiu*s venant de Paris. A Tistue d'un de ces rapports, M. le maréchal dit : Eh la légitimité, qu'en ont-ils faite?— Us l'ont mise décote. — • Ah , ils l'ont mise de côté! eh bien nous verrons. —La pairie aussi a été mise de c6té, ajouta-t-on; et vous n'êtes plus pair. —7 Ah » je ne suis plus pair ! nous verrons.
Pajis ; plosieqrs ofiiciei9 , npUmmeut U c^pib^ine Granet , avaient doûpé lenr dé^ mission pour ne pas prendre h cocarde triccdore. Les ouvriers des chantier» , la phips^ étrangers â la y\\\ç de Gherr bourg, ^e montraiept pas dieg di^oçitiap^ atissi fayorablfi^^ sans ciepen4aut manî-; fester une hostilité ouverte. D'ailleurs, ils étaient excités par une nuée de commisvoyageurs y dont le npmbre augmentait à chaque instant; il semblait qu'on leur avait prescrit (Je se rendre de tous les coins duroyauiQe.au port 'de Cherbourg pour assister à l'embarquement de la Êunilie royale. On sait que pendant plus de quinze ans, les commis - vpyage^^s fqrent les troupes légères du comité-directeur. II n'était pas possible de tenir des discours plus détestables et plus subversifs du bon ordre quils le faisaient à Cher** bourg. Au miKèu de leurs folîes/ils poussaient des cris de joie , assurant que le
tommerce allait prendre un essor prodigieux. Je voudrais savoir si , depuis deux ans , les carnets de xes messieurs sont bien charges de commandes.
. Ces coj^ipisr-yoyage^u^ avaiept^ pipnr W^ili^r^, une legipn d'Apgl?p?.,> f^ part m^al tenj^s, et d'upe touf($ .a.i,i|raQ:^ p^arence ,qi* qelle des feiçpfi.ej&.rïiqh)g$ de l^mr:;^tiRiv.^ie v^ s?às d'p» ils- fi0»îiient;
ce J>w:^gp^ idçnp^it TOÇ (e?Uf «?*«>» fi»^-
t , \ ' ^ ' ■ î • * n III I .,11 « 1: -» y ii m* ■■ » » <»**
(i) On sait que le premier coup de feu tiré le mardi sur la g^arde , partit des mains d'un anglais , fâ. Fox , le iiéyeu du fameux ministre , logé rue Saint-Honoré, n® 198. Cet étranger*, armé d*un fusil, et aidé de deux domestiques 9 ^délectait à lancer des ballees sur les troupes royales ; les soldats n'ataîent point encore fait usage de leurs
Pour ne pas me trouver dans les au^ berges ayec messieurs les Anglais et leurs compagnons , je pris gîte dans une maison particulière. Le jourmémedeittbnànivéef M. CoUart, maire de la ville de Cherbourg, publia une proclamation pour ann<Hicer à ses adn^nistrés qu'ils allaient recevoir Charles X dans leurs murs. Le langage de ce magistrat était noble et généreux ; il savait que c'était ainsi répondre à la pensée de la majorité des habitants (i).
armes lorsque plusieurs d'entre eux furent frappés par ce groupe d'Anglais; indignés, ils ripostent par un feu de peloton. M. Fox est tué avec ses dtux domestiques.
(i) Voir les pièces justificatives, à la fin du volume. \
' Au bout de deux jours, Tinquiétude me gagna, carpersonne ne savait si Feellement la famille royale venait à Cherbourg. Les nouvelles les plus bizarres circulaient par la Tille ; Ton disait que les princes avaient été ramenés à Paris, qu'ils avaient pris la route de la Yendée , qu'on les conduisait prisonniers à Besançon ; je tne trouvais dans une peiplexité ci'uélle. Le ii août; au soir, un Anglais entra dans Taubergé oii je prénais mes repas et annonça avec beaucoup de fracas que le duc d'Orléans venait d'étrè proclamé empereur des Gaules comme Julien l'Apostat. En révo^ lution toutes les extravagances sontcroya* bleSy^ aussi ne mis-je aucun doute à la nouvelle donnée par le breton : le lende^ main, les jom:naux nous apprirent que le duc d'Orléans s'était contenté du titre de Roi des Français. Le premier sentiment qui s'empara de moi en parcourant le journal qui contenait la nouvelle officielle,, fut
un sentiment de commisëration pour le duc d*Orléans, condamné à nous gouverner ; au reste , je ne fus pas le seul en France qui ressentit cette espèce de pitié pour le chef de la maison d'Orléans ; je vous plains » Monseigneur, lui dit M. de Sémonville le matin du 9 août; je vous pleins ^ on va placer sur votre tête une couronna qui sera une couronne de fer rouge.
Dans la nuit du 1 1 août , j'entendis un vacarme efiroyable; les tambours battaient de toutes parts; on ne voyait courir dans les rues, malgré une pluie très-abondante^ que gardes nationaux. Enfin, la troupe de ligne , une partie de la garde nationale et des ouvriers du port sortirent de la ville au pas de course; j'étais fort inquiet, je craignais quelque catastrophe pour nos pauvres princes ; je m'habillai à la hâte , je parcourus la ville', je questionnai les différents groupes : personne ne
savait le vrai motif de ce brusque départ.
Je rentrai chez moi sans avoir rien appris de satisfaisant : le lendemain au soir, nous vîmes rentrer les ti*oupes composant cette colonne , les gardes nationaux ayant reçu la pluie pendant trente-six heures , arrivaient dans un état pitoyable; rabattement remplaçait le peu d'ardeur belliqueuse qui les animait à la sortie de leurs foyers.
£nfin, à force de questions, nous apprîmes que M. le général Hulot, venu de Caen, avait, de son autorité privée, ordonné aux troupes de ligne et aux gardes nationales de se réunir à Carentan pour aller audevant delà famille royale, et obliger Tescorte des gardes-du-corps, des gendarmes de chasse et des officiers de toute arme de rebrousser chemin et d'abandonner les princes , mais que , sur un ordre exprès du maréchal Maison (i), le général Hulot
(i) L'on m'a asanré que M. le maréchal Maison
^▼ait étë obligé de renoncer à ce desseîn> de renvoyer les gardés nationales dans leurs villes, et les troupes de ligne dans leurs garnisons respectives, ce qui expliquait le retour précipité du 64* et de la garde nationale de Cherbourg. J'avouerai que le mouvement ordonné par le général, Hulot n*a cesse d'étrie pour moi une énigme, je ne pourrais jamais croire qu il fût commandé dans un but hostile.
M. Hulot n'était que chdf d*escadron en 181 4; son tilrc de beau-frère du général Moreau avait causé sa disgrâce. A son entrée dans Pa^ris, l'ertipereilr Alexandre le xk(xaixxïdi génércil major (maréchal de camp). M. Hulot .porta pendant quelques joursPuniforme et la cocarde russes; mais, au bout d'une semaine, Louis X!VIII reconnut ce grade de maréchal de camp,
avait menacé le général Hulot de le faire fusiller s*il n'obtempérait pas ^ur-le-champ à ses ordres'.
et lui fit prendre rang dans l'armée fran-
çais$ J^3]^urbon3 le créèrent ensuite chevalier de Saint-Louis , officiel' de la légion d'honneur, commandeur du méfne ordre ; lé chargèrent , en 1819, d'une mission fort lionorable auprès de l'empereur de Russie , le nommèrent administrateur général du canal du Midi , comblèrent sa sœur de biens et d'honneurs. Aussi, je nt doute pas qu'au milieu de la confusion des événements, les intentions du général Hulot n'aient été mal comprises.
Après quatre jours passés à Cherbourg, j'ignorais encore l'époque réelle de Tardivée du Koi ; j'allais fréquemment pour en savoir quelque chose chez M. Pouyet , intendant généii^l de la marine ; jf fus le 12 aôu t, et jerençontrai auprès de sa porte^ prêt à entrer^ M. le général Girardin ( i) ^ en
(r) Il venait remplir une mission au nom du lieiLtenant-général du royaume.
grande tenue, soigné, tiré, parfumé comme à son ordinaire ; il fredonnait un air du siège de Corinthe.
J'appris chcB M. Pduyet que les deux paquebots destinés à transporter la famille royale venaient d'entrer dans le port , et que je pourrais les yoir ; j'y couras : ces deux navires portaient pavillon américain. Quelle sensation j. éprouvai en parcourant ce petit espace , qui allait renfermer tant d'illustres passagers l On travaillait beaucoup dans l'intérieur des paquebots ; on disposait pour le Roi une cabine un peu plus g:'ande que les autres.
Il était juste que les capitaines de ces navires fissent quelques frais pour recevoir à letir bord le prince dont la famille avait aidé 9 d'une manière si généreuse , si efficace , les Américains à conqpiérir leur indépendance. - Que de réflexions pénibles ne faisais-je pas à cette occasion !..c quels rapprochements !.. *
Une flottille française , chargée d'escorter, eu plutôt de mener la famille royale, se tenait à l'ancre , en face de l'entrée du port. M. le capitaine de vaisseau Dumontd'Urvillc la commandait ; il allait remplir sur mer le même office que MM. Maison, Schonen et Odillon Barrot remplissaient sur terre.
En revenant de cette visite, je parcou-?
rus les chantiers que je ne connaissais pas ; je m'arrêtai devant un vaisseau colossal en construction ; un écriteau placé sur la crête de la couverture, portait ces mots ; le duc de Bordeaux. Pendant que je contemplais ce magnifique navire , paré d*un nom qui allait être proscrit , je vis grimper une foule d* ouvriers avec des échelles; ils détachèrent ce malheureux écriteaa pour le remplacer par un autre ^ que l'on hissait avec des cordes : cette manœuvre me serra le cœur ; cependant je restai , car j'étais curieux de savoir comment on
pliait buptiser ce navire^ Je m'atteadâfs à un Lafayetle ou à quelque cbose de semblable , '. lorsqn^enfin je pus lire le glorieux pom de Friedland. Je tressaillis de ]^laisir; à la bonne heure» di^je tout haut ^ celui qui a ordonné une pareille chose y est un bon Français et un homme d'esprit. Un bourgeois qui regard.iit ainsi que moi , eut la bpnté de medpnoer une petite explication , qui redressa mon jugement et éclalrcitla maticre : «Ce vaisseau^ » me dit-il ^ fut commej;icé peu de temps 3» après le gain de la bats^illc de ïVicdland^ >> il en reçut. le nom; mais à la naisn sance du fils de Napoléon , on j sub* » stitua celui de Roi de Rome. Enfin, 3? lorsque, le lils diji malheureux duc de » Berrj vint au monde» on changea en- » core le nom du navire, et on le décora » de celui de Duc de Bordeaux. Il a para » tout simple de revenir au^ titre pri- 3» mitif , ce qui aura au moins le mëiite
ZOl
» de ye fâcher peF3pnnç et d' éviter les » ^équivoques. » — Ç'e$t juste ♦ répon-
.. L'ecriteau orné dé fleurs de lys aux 4juati;e coin^, ftH de^t^éndu et posé àterre: .«.Vous ne le déchh'ereïj pas ^ dît le chrf des çbarpeniiersàses ouvriers, serrez-Je,j il pourra servir plus tard. >> Le visage de l'homme qui pronpnçait celte singulière amphibologie, écarteit tout soupçon de malice. ,: .
liC i3 août, au malin, je roe promenais sur le quai, lorsque j^ vis venîçun groype de personnes qul^ suivaient, en criant, un officier supérieur d'état major; ou des maréchaux des logis, je ne sais lequel^ car les deux uniformes se ressemblaienf:
beaucoup» Cet officier côtoyait avec son cheval le quai de; manière * à n'être pas cerné de tous côtés : il se dirigeait verÉj le port, sans doute pour remplir une mission au sujet de l'embarquement ; il por-
tait à son chapeau la cocarde blanche. Le groupe qui le harcelait était composé en entier de politiques de café , tous voyageurs étrangers ^ la ville; ayant tu venir de loin cet officier, ils avaient quitté les cafés qui bordent le quai pour se trouver sur son passage. Lorsqu'ils furent près de moî^ je les entendis crier : ôtez la cocarde blanche , en le menaçant. Le groupe se grossissait de curieux. Non, je ne l'-ôterai pas,^ disait lofficier. Gtez-la! à Te^u. Mettez celle-là, lui disait un autre, en présentant une cocarde tricolore. L'officier marchait toujours en résistant de tout son pouvoir ; enfin , se voyant serré
de trop près , il prit son chapeau et Je lanca dans la mer.
Chacun resta stupéfait à de trait de fermeté, et il lui fut libre de continuer son chemin. J'entendis même quelques applaudissements , auxquels je joignis les miens de bon cœur. J'ignore le nom
de cet officier; je le regrette infiniment.
!Enfin, le f4 au matin, je yis arriTer M. Bougon, médecin de M. le Duc de Bordeaux; et je le connaissais particulièrement; il m*annonca que la famille royale coucherait le soir même à Valognes, où elle devait passer deux jours.
« Elle ne fera que traverser la ville de y> Cherbourg, me dit*il, et s'embarquera .
» sur-le-champ. Ainsi, dans le cas où vous » l'attendriez ici , vous ne pourriez que la » voir passer en voilure. » Un quartd'heure après mon entretieir avec M. Bougon, j'étais sur la route de Yalognes avec M. de Fajac. Nous arrivâmes dans cette ville à six heures du soir ; il pleuvait à verse. Chaque bourgeois avait pris dans sa maison un ^garde-du-corps ou une . personne de la suite du Roi, que je trou* vai bien plus considérable que je ne me l'imaginais. Les princes logeaient tous ensemble dans une maison très- vaste ap-
partciiadt à M. Pu Meiiildot, et offerte paï lui. Je m'y rendis sur7le-diamp avec M. de Fajac, qm avait liâte de remettre «9ri dépôt. Nous aperçûmes rangés des deux côtés dç la. cour trois grandes voitures^ trois .caissons et deux chariots. La .TQÂtùro dé Madan^e'la I)auphine et celle de Madaràe Ja Duchessp de Bcrry conservaient reinpi:éinte de leurs armes, mais récusson de la voiture du Roi se trouyait grossièrement barbouillé de blanc.
- Je Txs beanco(]p de personnes aux fenêtres deTbôlel, et je distinguai sur-lechamp M. 'le général Trpgoff ; je montai pour Tembra^ser, et lui demandai de fournir à M. de Fajac^ mon compagnon de voyage , les moyens de remplir sa mission d'honneur i M., de TVogofF^ touché du motif, qui faisait agir M. de Fajac, le con- ,duisit surrle-champ chezM.leDauphin, à qui la remise des billets fut faite inconti-
nent. Dans d'autres circbuislanCes^, M. le Dauphin, sans aucun doiite , aurait laitoé cet argëbt entre des mains aussi dësîn* teressces(i), mais là pénurie (2) dansllà'; quelle se Irouvait la famille royale ne lui permettait pas un pareil iâacriBce ; cependant le prince voulût que M. de Fajac prît la sdmm^ nécessaire pour régagner son pays.
Liorsque je revins à Paris, je demandai à plusieurs personnes de Toulouse si elles connaissaient M. de Fajac. Alî , oui, nous le connaissons, me repondit-on, c'est une tête brulee. J'ignore si vouis dites vrai , reprisi-jeà mon tour^ quanta moi, je^uife persuadé que très-peu de gens à tête froi-
(1) Les événements de juillet venaient d'anéantir Texistence de M. de Fajac comme celle de tant d'autres.
(a) A Maintenou, là famille royale se vi t réduite à payer avec de rargenlerie des fournitures faites aux gens de sa suite.
de se seraient donnés la peine de faire ^ dans un temps de révolution^ 75 lieues f et autant pour le retour, unil^ement pour rendre un argent que personne n'au-»
rait certainement pas réclamé.
Comme la famille royale avait désiré habiter la même maison pour ne pas se séparer, il était difficile qiie 1 hôtel de M. du Menildot pût loger commodément tous les princes. Le Roi et Madame la Dauphine se trouvaient très-convenable^ ment ; Madame la Duchesse de Berry et Mademoiselle assez bien ; M. le Dauphin assez mal , et M. le Duc de Bordeaux le moins bien de tous. U occupait , au^des* sus des remises , un petit entre-sol composé d'une anti-chambre dans laquelle M. de Lavillate se plaça , d'une pièce à alcôve qui fut la chambre de M. de Damas j et dans Tangle de cetfe chambre, auprès du lit , d'un petit cabinet éclairé par une demi-fenêtre à barreaux de fcr^
donnant sur un jardin ; il s'y trouvait un lit fermé par de vieux rideaux en damas vert. C'est dans ce réduit que fut placé cet enfant royal duquel jaillissait encore un entier rayon de salut public.
Après avoir conduitM.de Fajac auprès
de M.Trogoff, ma première pensée fut de
me rendre chez M. de Damas. Un garde-
du- corps en faction devant la porte du
petit entre-sol refusa de me laisser entrer;
heureusement la porte était entrouverte,
mon visage n'échappa point au regard
perçant du jéuifeDuc de Bordeaux» qui se
trouvait au fond de Ja pièce ; l'enfant se
mît à crier : Laissez-le entrer^ c'est un de
mes bons amis; et d'un bond il se trouva
sur mes épaules. M. de Damas venait de
sortir pour aller chez le Roi. Il y avait
dans la chambre M. Barande, sous-précep--
leur , M. de Maupas, sous-gouverneur, et
M. de Fraguier, officier des gardes-du-corps
que le prince affectionnait beaucoup.
2o8 M. le Duc de Bordeaux s'assit sur mes geaoux, et y resta deux heures au moins , soit à tne questionner pour sa^ioir ce que j'étais devenu depuis le 29 juillet, soit pour me raconter les principaux inci* dents de son voya^; il tenioignait avec beaucoup de chaleur à M. de IVfaupasIe plaisir qu'il avait éprouvé en entendant crier la TeiHe au matin : yipe lelhic de Bordeaux ! dans une pelîte ville qu'ion avait traversé ; c'est je crois Montte- Eoui^. Le changement de^ fortune n'avait altéré en rien le caràcicre dû jeûné prince ; toujours la même gaîté. Pendant les 3 jours ^è je le vis à Valôgnes, il lié lui échappa ni plainte, ni regret, ni récrimination. Sur dix-neuf doteestiques allachés à son service -à Paris , oh n'^n avait
amené que trois, quoique' tous voulussent suivre à pied.
M. de Damas rentra deux heures après de chez le Roi; ma vue lui cauisa un mou*-
V^tneiit trè^vif/dc sfttisfaclion. 8a non* v^lle sitùMiOfii ti'dvftit influe en rien sur \t ton de «a phyêionovnife. Toujours sëvèfé , 4:oujo«nfs bon. Ap^èfe âioiV<:ausé avec moi quèAques^ms^ns^ il lio^s eottgédia tous^ attendit rbeuft} ^âu coudier du j^rînce.
4x Soyee; id à dttq heures du liiatin, test noùsaroné beaucoup a travailler » «me
Le ikâ avâ^t cWg^ M>. dé t)kiMtÉ de «ou^ les décafls adthîiiistrafi& pehdAtit ce tmie voyage; il^àk en (^ore ministre, et j'aUaîis étfe eitebre lé ifec^élàire d*iin mtmstère iitn court t ë paratt que c'est dsiM •nba^destiiiëe.^ ., - -- ! ■•'
CoiuTtie toutes le«^ttwriisdnsatàîMt Aé enuhies avant M(Mi aittkéè^jé tné ixrrii^ vaî fort heûa^eu^s^ de pôuiirôir me ebiiehef dons 1V1 gré<nier à fôi^ ^ fen Sortie le len* deniaiffà eii^beat^e^ dii nïàtin, le d^an^ cbe. le me rMdis cheft llf . dé Damas; je le iraatai lève et occupé 4 écrire. II m^àn^
nonça que M. le duc de Bordeaux voulait absolument m' emmener avcq lui. « Vous conviendrait-il de vous attacher à sapersonne. — Très-fort , lui rëpondisrje ; je ne recule jamais devaiit le dévouement ^ M. de Damaâ me dicta plusieurs lettres ^i nous occupèrent jusqu'à, sept heures.
Dans ce moment le jeune prince s'éveilla, ett d'une voix éclatante, appela M. de Damas : j'allai ouvrir la porte du catnnet.
En me voyant, renfapt se tnit à rire, et m'accueillit, avec la phrase qu'il^^mplayàit toujpurê) à n^n égafd i GofUez^moi une histoire. }A.,^^e DaiBas avait aidopté la bonne manière de partaget rintehraUe des leçons^, ^oit p^ides; jeux , soit par des instructions orales : ai^si mtettait.r- on à cqnliibplii^p les pf^rsooines.attachces \ F éducat^on , pour raçQi)tçr'4i^ histoi^ss prdj^res, à inçtrajrç^ le jftune prince; J!ftais;eu quelque, suc c^ ^asc)iies; narrations. : je niai garilp d'^ybti^t* le smjel.de cette hûSr.
toîre,, hélas ! la dernière cpie je lui contai : c" était le trait de cet Isma'ël - Bailla , le bossu , Esope oriental , qui, par un apologue ingénieux raconté au' sultan Soliman , saura la ville d' Ancyre , sa patrie $ canclamnéc à la destruction.
Mon réq^ divertit beaucoup le prince , qui ^ me prenant par le cou , voulait mettre nia tête sur son oreiller. En me retirant pour me dégager, je sentis dierrière moi. une résistance; je me retourne^ je vois le Roiquinous regardait jouer. « Ah!
bbn papa, etécriaTenfant, allez vous-en, il y a des puces ici , mais il y en a! ^ En ,pf£et, son lit était un vrai chenil. « Que yeuxrti>y mon enfaiit, répçndit le ïloi i taeïL sentiras hien^d-'aûtrés. .
. . Madamç lad^ucbesse'dëBerry, madân\é U Dauphine et M. le Dauphin vinrent successivement s'informer de la $anté du duc di^!^rdeaux, contre/ la règle accoutuniée, ci^ àrParis ou à Sàint-Cloud , le jçunç
2ta prince se rendait le matin cher ehacon de ses pfttents poux: leur offrir ses devoirs } m^i» i dans ce moment^ un incident sur»
vcSnnU Yeille» avait change Tordre accoo'* tuDÎié dea choses : k duc de Bordeauxâvail mangé dans ja jciiirnée précédente deê fvuifà verts ; il s'en était sm% une petitb 4ys€ienteprie et, des rènû^èmenls qm aldât^ mèreot . s|0gulièrenRent l'anguste famiHé4,* Le rep<)6 de la nui^fit disparaître enliè^e^ ment <:es désordres ^ et l'équilibre se rétablit J(e me remis à Vtmxr^ au milieu de9 aUaots 4t yenailts : eafin Viieure de la messeî ét^9t venue » M. àe Damas n<>us quitta, mais n'amexia pua le jeune prince, çcMidaakné à garder la èhaoibre ca»jo«Br-là.
Mademoiselle aaivaTcpGBdqttes m0ai»en<s apfèa avec M*^^ .Yachûn, sôusi^gouyernuiite; eUedéskait tanii: compagnie» à S(xi frèi3Q< Jamais je ne Tai vue àuitôi i'dtis^ $ante ; c'était le type de la gràtefirançaise ? elle portait uœ petite robe d'Aé rayée ^e
rose et blanc ; ses cheveux MondB noués négligeiDnlenl mr le sommet de la tête ^
rendaient ^a physionomie eilcore pluspîqualité, II y «vaîtpour le moment dans cet appartemeht M. le duc de Bordeaux ^ Madefnoiselki r mademoiselle Vachon , M. Barande ^ M. BervàT^r, M. de Fajac, une autre personne ddnf je ne raé rappelle pas le nom> einfioi MadèmoiseUe se mit • à parler avec une aisance admik*able', toiir" à toifr langiais, ritalîen et le français, suivant les interlocuteurs , et souvent en sllnterrompant brusquement d'une langue à Tautre, Elle pMait l'italien principalement avec madômoiseUe Vachon; cette langue si gracieuse dans la boucan d'une femme rendait encore plij^ cbarmlamte 1^ îeune française.
Les deux enfants déjeunèrent ensemble, Louise avec du chocolat , et Henri avec' du bouillon , lun et Taulre debout devant une petite table à demi cassée , et
^ont un pied était plus court d*un pouce que les trois autres » ce qui la faisait clocher très-fort; chaque fois que ces enfants appuyaient sur ce meuble, ils le mettaient en mouvement; et la secousse dérangeait l'économie de leur déjeunet*.
Henri et sa sœur paient beaucoup en dî-* saut : Oh , la singulière table ! Il est vrai qu'ils n'en avaient jamais vu de semblable chez leurs parents. Ce petit repas^ étant fini , M. le duc cle Bordeaux^m'arrachà mon papier et ma plume et ih' obligea de causer avec lui ; il s'assit entre mes jambes, la conversation devint générale ; les deux enfants possédaient l'art de Panim^. J'ignore ce qui donna lieu à agiter la question de savoir combien de * temps durerait le nouvel exil des Bourbons, tf Je suis sûre , dit Mademoiselle, que nous reviendrons^ dans deux ans. y»
« l)ans deux ans! dit M. Bervanger, je ne doute pas, Mademoiselle^ que nous
ayons le bonheur de vous revoir au bout de six mois. » Dans ce moment , le duc
de Bordeaux fil un mouvement très-brusqùe d'impatience pour marquer son incrédulité. M. Barande s'en aperçut ; et vous, petit seigneur, lui dit-il^ quel est voire avis ; vous abonneriez-vous à revenir vers la fin de l'olympiade ? « L'olympiade! répondit le prince, après avoir rêve un instant; ah! je sais , cinq ans. Eh bien , oui , je serais on ne peut pals plus content si j'étais sûr que nous devons revenir dans einq ai^s. » C'est de la raison» j'espère^
ir faudrait un volume tout entier pour rendre un compte détaillé dé cette journée de dimanche i5 août,. passée à Valognés. Il ne pleuvait plus depuis trois heures du matin , le temps était de^nu
«ncombrée de pay$aofi oçcoiifii9 d«$ \îlrp
lageg eavii^rinapts. Si quelque cbo$e av^
pi^ consoler la fgmille royale , c'eût été
V^ttit^de 4c ces hrayes gens; Yétdûikn-^
laçqt et le regret prii|ucipaleiiicîit p^raû-i^
savent cm* (ou^ le3 vj^ages; past le sioIIq^
dipç^pcopo9.desag0éabld. QueUei^fStresiee
^i^ti« ^ physionomie douce et càfatio de
cça bon3 NpnoaM^. et la figuré ten^kuree
des Parisieps! ; ^
Toys le/iMbitants de Yalogoès , depuis
le ply? riche jiis<]ij('au moins aisé , se ^-^
putèrcnt le plaisir de loger, de nourrir
• les gardes- du-corps et les personnes de
la suite du roi ; on ne voyait dans la TÎUt
entière qu'un seul drapeau tricoIoi['e , celui
qpi flottait devajnt la fK>rte de la mairie :
il ne. faut pa^P attribuer à la délicatesse
deS; libéraux. Si la i?ille de Valognes ea^
eût renfermé beaucoup, ils nese seraieate
point gênés. pour n^anifester leurs sentir
ntent^ ^ cogune ils le fa-eot à Dreux , âr Veroeuil et à Condé.
I!«e9 £ènétites et iea toib dès miakdiii^
Tabmea de lliâtël où logeait la Emilie
Fôyale , refluaient de femmes ^d'honimef
fort deàireiuc de f oir les princes et smv
tolit le duc de Bordeani. J*ai tenu té
ptibce debout piUmeurs heures sur le de<^
xHnt d'ulie^lmétre qui formait Tangle de
la rue la ^lus fréquentéie de la Ville. Ce#
eDspressemenC j^Ûbait beaucoup à Ten*
Cant A clique ntiuute il arrivait dés d^
^utatioaa de hait ou dU persouues' dé-
maàndant la faveur d^étre préstntées au
jeune Henri et à sa sœur; chacune de ce»
visites devenait Toccasion d'une scèned'at*
tendrissement.
Je in*<^chappai un instant pendtfnt ces nombreuses réceptions, et je descendis dans la cour de Thâtel ; il s*y trouvait beaucoup de foionde : aes oOficiers géné^ F^ox y des colonqls , des officiers de toute
arme. J'ai su qu'il en était vécu en poste des eaux de Barrèges , pour avoii^ rhônneur de suivre les princes. Je fus étonné du nombre considérable des personnes qui accompagnaient le Roi ^ et je m'en ré- ^ms pour rhonnéur de mon' pays. J'aperçus parmi ces nobles courtisans du malheur, M. d'Ëstourmel, préfet du département de la Mandhte y mais il ne portait pas Tuniformè 'administratif , car il abandonna ses fonctions à la nouvelle de l'abdication du Roi. M. d'Estourmel portait alors l'habit de gentilhomme ordi-* naire de la chambre , bleu-clair. Auprès du péron^ se tenait un militaire qui fixait tous les regards , à cause de son uniforme , mais il méritait bien qu'on le remarquât pour lui-même. Cet officier 4ont }e regrette de ne pas savoit* le nom , sans doute gentill^omme ncNrmand , était en tenue de volontaire royalislei de i8i5, verd et passepoil blanc» avec épaulette de chef
tl'escadron; il venait pour offriif ses seryices à la famille royale. On àait qu'en 1 8 1 5 , M. le duc d'Aumont (H'ganisvdans la Normandie une légion de volontaires royalistes iqui montra beaucoup de zèle ; cet officier venait apr^s quinze ans , étaler la livrée d'une fidélité constante. A Tépôque du retour de Bonaparte de Tîle d'EUbe ^ les légitimistes eurpnt vingt jours devant eux pour se préparer à donner des témoignages de leurs' sentiments. Aussi se forit|a-t-il des volontaires royalistes à Paris^ au sein de toutes les écoles ; ii s*en forma également dans la Normandie", dans la Bretagne et dans tout le midi; Ton pûl ainsi lutter pendant quelque temps (Contre lai puissance magique du nom de Bonaparte ; il y eut encore à Gand^ en comp-^ tant la maison militaire du Roi, près de six mille Français , et cependant les Bourbons ne régnaient en France, que depuis neuf mois. Si le roi Charles X, en pu-^
bilan t les ordounancQS d^ juiHet 1 83o, ara ir yéritablemeût eu la p^n$ée d^attenter à la eons|^utiou |. il nen aurait pas forrné le projet san» coniprendre qu'U aBait trou^ Ter unç résistance <^iniâtre;et^ dansce caS| il se serait préparé à soutenir h lutte d'qnç manière vigoureuse: il aurait fait datance iiu ^pel au Tieiix . royalismCf.
qui se servît réTeiUe à sa yoix. Les royalistes eussent surgi en tous licux^ Tamice n'eût pAs été prise au dépourvi^ et battue sans avcHr ùit usage de ses armes ; il serait devenu facile de remonter son moral y de la soiliitraire aux influences du parti libéral : inais dciiV heures a^vant Tap- * parition de» c»rdônnances y personne au ministère de la guerre ne se doutait qu'elles allaient voir le jour. «La réserve ëoM le Roi et ses ministres usèrent à cet égard atteste qu'ils regardaient ce coup d'état c(»nme un acte parfaitement légal et confornie à Fesprit de la constitution ;■
ils ùe reavelc^pèreot^ mystère q«e d^ns la seule pen&ée ût rentontrer moîiç d -«rf»lâclos dans Texécation ; aioéi le secret ^lui e3t Gordiiutifentent , de k part des goa.Twî^^at$, wiû yéiittble babileté» perdit, eà cette circoiistaoce, le Am etlamobàrdMcL P$u*mi les personnes i^ùi se proœenaieii^ 4aii6 lac^ur de rh6tâl4e M^DuMenildat^ f aflêrçua M. le général Kiotmngtfc, ii^rcc qoi j'étais très«]ié ; naiis seôliîDes vire^ ment run <t 1 autre l6 plaisir de taooa re^ ti*ouver. M. le cOlooel rontciiiUes , ià. le ^odral Crosaard (i) et d'aottea pffîeievs
(i) J^ai dit dans ks pre»Mi«s jtttge» de. ces mé^ moires que je trouvai M. le général Crossard à SU Cloud , le mercredi 28 juillet : j'i^Qrais ^ ^n'U éi^ît devenu. Cet officier, général,. aysûl foU ^oi^tçs het campagnes de réougr^'on avecuoe disttfictio» p(f u <:oinii]une; il publia, en 1819, de;» Uhnojirêfi mUh taires. Le dernier volume de cet ouvrage parut ea id3o, au ipoment des événements. M. le baron Crossard diirait dans son discours préliminaire :
supérieurs Tinrent bientôt nous aborder ; il se forma autour de moi un cercle assez nombreux ; Ton me questionna avec beaiit- CQup dlntérét sur Tétat de Paris et sur les dispositions dans lesquelles j'avais trouvé la ville de Gierbourg , de laquelle je sortais ; je satisfis à toutes ces questions, let à mon tour je mUnformai avec beaucoup de soin des incidents remarquables du voyage du Roi, depuis son départ de Saint^Cloud jusqu'à son arrivée à Va- Ibgnes,:. voici le résumé des renseignements, que tous ces officiers me fournirent en masse.
« MainteDant que Tabime des révolations est cornttblé, qae nos print)es sont pour toujours assis sur » le trône de leurs aneélres , je puis suspendre mon » épée devenue inutile. »
En quittantiSaiiit-^Cloud , le Roi se rendit à Trianoh, où il arriva vers cînq heures dû matin ; la marche fut très-lente à cause des embarras inséparables d'^un tel départ, l^e château de Saint ^Cloud offrit dans ce.moment le spectacle le plus triste et le pliis hideux Aa fat^ille royale se tint, durant tout le trajet au milieu des oscadrons des gard^s-du-corps.
Le^ parisiens , après avpir occupé fiou-
)ogiie> Saint- Cloud. et Sèvres^ contiufûèrent à suivre Tarrière-garde soutenue par le Dauphin , à 1 jt tête d*un corps d*é' lite. L'approche des Parisiens propageait l'insurrection ; les paysans des environs de Versailles vinrent tirailler avec les avant -postes: quelques balles tombées
•dans les allées de Trianon blessèrent des chevaux et des palfreniers. Cet incident fit prendre au Roi la résolution d'abandonner Trianon pour gagner -Rambftiillét. Dès que cette détermination fut connue t le peu de coiûtisaw qâi ataient pons&é le deirouetneàt jusqu'à! suivre h Aoi péadaitt cjluelqûes heures, 4îs{iar«h rent; pl^euts d'entre eux |»ssèr«ât là nuit» cachés danb ks t^âllis db parc, ils gagnèrettt ensuite Pàris^ lelenderaam, dû M Iffs vit S6 prbmeiAoA daiis lespiiilcipakfc niesi atee de» floches de ïldianÀ tliéèlo^ res (i). M. de P^Ugn^ quitta ^lemoat
IRm à Trianon^ mais par un autre motif.
A}raiil appris que sa pfesentë aupi^s du Monarque pouvait devenir un oèslaeh
(i) L'on me dît lie nom de plusîeats de ces mes*- ^eurs, et je me rappelai fort bien d'en avoir ^per^ Aeux ou (fois tel t^ août, ridant autour dû Luxem- >»<w»g » et: paris dw mt Êt un t t tutidnal^:
âUj( ^rrangemept» entamés ; il se relira
Quoique le Roi youlût le garder pour le [
g^r^fttir des danger» qui allaient menacer f
$a tête. ÏA noblease^de celte coiiduite n*a
pî^s besoin de commentaire.
he Roi et $a famiUe aortîrent de Triapon vers le$ 4^^u>^^ du&oir, le 3 1. juillet* ïl^ trouvèrent^ auprès de Saint-Cyr, rangés ^n bis^taille^ çept cents homn^es de la gen* datmede de Paris ,. ayant à leur tête leur CplQueUM.de Joucault: ces bravies &oId:at$, qpi Avaient fait, pendant i5 an$, da;ns là capitale le service le plus pénible et le plus ^jtif, devinrent le principal objet de 1^^ fureur populaire dans la lutte des trois jours. En apercemnt le ciortége 4u Roi ils lui rendi|:^nt les hoBueurs militaires ^ en poussant desai^clamations ded^vouementi ce» cris ^ proférés par les voix graves de eesrvieux guerriers, produisirent un effet kigubre et solennel. Le Roi avait insisté
fortemeAt at^rèa do M. le c&loael Fou*>
cauid , pour que ces braves gens , la pla^ part mariés, ne raccompagnassent point, et qu^ils rejoignissent leur famille. Comme le Roi avait conservé une partie de ses chevaux, et que son escorte se composait des gardes-du-corps et des gendarmes de chasse , il put h^er sa marche. En effet, il arriva à Rambouillet vers les neuf heures du soir , 3 1 juillet ; mais la garde et les débris des régiments de ligne compo^ sant Tarméc sous les ordres de M. le Dauphin , ne purent opérer leur mouvement avec la même diligence : ces troupes se mirent en marche à la tombée de la nuit ; il régna un grand désordre parmi elles jusqu'à Trappes, où Varmée fit halte vers minuit. Le lendemain matin, i*'aout, la garde, abandonnée entièrement par la ligne, se remit en marche pour Rambouillet. Son passage dans ce pays n'avait été signalé par aucun désordre, et cependant plusieurs soldats français, s' étant
(i)Toa& les régiments d*infanterie de la garde se trouvaient rassemblés à Rambouillet , sauf le 5% en garnison à Rouen , trop éloigné pour suivre le mou-> ▼ement. » "^
écartés pour aller acheter du pain dans les fermés, furent assassinés impitoyablement par les paysans, qui agissaient envers des ^
militaires, leurs compatriotes, comme les ^
Espagnols en usaient à T égard des Fran- ;
çais en 18 10 ; les Espagnols ponvaient du i
moins invoquer pour excuse ladcfeiise de !
leur pays^ et les excès souvent bien abominables de nos soldats et de nos officiers.
La colonne de la garde arriva en assez bon ordre à Rambouillet. Le 6*^ régiment, d'après son rang de bataille, fermait la marche. Tous lés colonels étaient présents , ainsi que les deux aides majorsgénéraux , M. le général Gréssoit et M. le général Auguste de Chôiseul(i). Ces trou-
pes aniTerent à Rambouillet dans la soi* fée. La cayalerie prit des cantonnements dans les yiHages environnants, et 1 infan* terie établit ses bivouacs dans le parc tét dans les jardins. Lé matin de ce dimanche fut signalé p^ un incident qui resta couvert d^un voile mystérieux pour beaucoup * de monde. L'ambassadeur d'une des
grandes puissances de FËurope arriva h Kamboiiillet vers les six heures du matiii»
#t demanda à ^tr^ introduit auprès du ]^oi; n'ayant pu étrp admis sur-le-^champ, il se retira et disparut à tous l^s yeui^ : oq ne vit fli ses çhevaujj: ni sa voiturÇ' L'extrême simplicité de sa iqisç semblait avoir été adppté par Itti comm<e uq moye^ d'arriver sans être aperçu. |1 revint iin?
heure après, et fut reçu ; il resta enfermé avec le Roi près de troîs-quarts d'heure ; en se retirant, il gagna les bivouacs de , la garde et disparut une seconde fois.
L'entretien secret que le Roi eut avec cet
*^9 ambassadeur fut-il de quelque poids dana
la résolution prise parle monarque d'abdiquer i l'en sait que cette résolution fut arrêtée dans cette m éitle journée Xe lundiy Térs g heiires dd matin j l'on rit arrivera Ratnbouillet madame laDahphirie^Tenaiif des eaux deVichi ; Tapparitioti de cette auguste ^iileesôe produisit un effet nlagique sur les troupes. Officiers ^ soldats 4 dccôu-* raieht sur son passage, pendant qu'elle traversait les bivouacs^ et par leurs acclamations témoignaient le vif attacbement que ses vertus et ses malbeurs savaient su ifispirer à tous les bons Français- Madame la Daupbinc avait cotlra de grands dangers pendant so^ voyage; elle fut pi-ôtégéé d'abord à Dijort par le corps d'officiers du ïi" de chasseurs, et puis vers TonrierrepârM. le duc de Chartres, venant de Joigny atec sôt< régiment de hussat^à. Madame la Dauphitié se plaisait à Itmèr la conduite cheValeresqiM que le
jeune prince avait tenue à son égard dans cette circonstance.
Aussitôt après Tanivée de madame la Dauphine , la famille royale se rassemjila pour tenir conseil, auquel fut admis M. de Damas et le duc de Luxembourg. L'on agita dans cette réunion la question de savoir si Ton devait envoyer sur-le-champ M. le duc de Bordeaux à Saumur , comme M. de Mortemart Tavait conseillé dans ses messages. Madame la duchesse de Berry déclara qu'elle accompagnerait son tils en tout lieu. Un détachement de gardes-du-corps fut composé : on choisit à; cet effet des hommes d'action montés sur les meilleurs chevaux des compagnies ; on devait leur adjoindre des cavaliers de la garde. Il fut décidé que le jeune prince serait porté en croiçe ou sur le devant de la selle , soit par M. de Damas , soit par M. de la Villatte, soit par un officier sun périeur. On se-hâta de dépêcher à San-
muF vers le commandant de la citadelle un officier d'état-major fort intelligent, qui devait en m^éme temps s'assurer des dispositions de l'école de Saumur.
A la fin du lundi, 2 août, une malle^ poste venant de Paris traversa Rambouillet , portant sur le haut de la voiture un énorme drapeau tricolore : ces couleurs offusquèrent tout le monde. On arrêta la malle-poste, et un personnage très-éminent , en rendant compte au Roi de cet incident, lui proposa de s'emparer des dépêches du gouvememen^ro^asoîre^ ainsi qu'on en use en. temps de guerre; mais le Roi repoussa cet avis avec une sorte d'indignation, en disant que ce serait violer la foi jurée ^ et qu'il fallait attendre le résultat des négociations suivies par M. de Mortemart , dont il venait de recevoir des nouvelles directes et fort imr portantes.
Dans la nuit du dimau^e au lundi , la
division de grosse cavalerie de la garde partit par escadrons sans en avoir reçu V o^ dre du Roi ; et , chose extraoï'dinàire , la division de cavalerie légère , dont les grenadiers cl les cuîrassiert traversaient les bivouacs , ne bougea point : pas uii seul
homme ne manqUa à FappëL La journée du lundi s'était passée fort tranquillement; celle du mardi, 3 août, ne fut marquétB d'abord que par la mort de M» Làiné^ Cet officier, ancien lieutenailt-colottel dé la gendarmerie de Paris, avait été persécuté de la manière la plus atroce par M. De-* cases et par M, Atiglès , qui lui enlevèrent violemment son emploi. Profondément dévoué à nos princes , il voulut les ac-* compagner ; il sortit le 3 août de Rambouillet > monté sur un cheval très-^rétif^ et se dirigea vers le village duPerey, qu'uu régiment de la garde venait d*abandon* ner. Son cheval s' étant cabré Je jeta à terre devant dêp paysans armés. Ces hom-
mes 9 au lieu de Taider à se l'élever^ le tuè-» rent à coups de fuBil (i). YérB sept heures du soîr> à rissue du dîner de la famille royale , le mardi , artira en toute hâté utié estafette apportant la nouvtglle de la inat^ che des Parisiens sur Rambouillet. Dit eiïxojé annonça que trois cx^mmissaires du gouvemenient provisoire précédaient de quelques lieues la colonne des Pari* sienjs ; en effet, à neuf heures arrivèrent MM. Maison 9 Schonen et Odillon Bârroti La nouvelle de rapproche des Parisiené
(i) Comme dans ta gouyernemeht représentatif le monarque se trouve impuissant pour réparer les injustices de ses miolstres, Louis XYIII ne put faire rendre â M. Laine son gradé de liéutenatii-colonel ; ràlils, Voulant i^côniiàttré le âéVôu^pieht de ôe fidèté aertiteur^ il lé nemiba héraut d'armes ^ emploi rétribué par la liste civile. On assure que les enfants de M. Laine reçoivent actuellement une pension de la famille tbyàléy qUi^datis tk gëtlè extréûle, H*a e^^èn-^
dciiitpâs voulu abatsdobtie^ eés malheuteux^
fut reçue par les troupes de la garde avec une vive satisfaction et avec, une grande terreur de la part des hauts employés civils de la maison du Roi. Ceux qui avaient eu l'héroïsme d'accompagner le prince jusqu'à cette résidence , disparurent comme par enchantement. Dans leur précipitation y plusieurs oublièrent leurs chapeaux
montés à plume blanche avec ganse pirate brodée sur velours noir : ceci est trèsexact. Ayons assez de pudeur pour taire le nom de ces messieurs ; Thonneur national nous fait un devoir de tirer le rideau sur ces turpitudes.
Immédiatement après son entretien avec les trois commissaires , le roi prit la résolution d'abandonner Rambouillet et d'aller s'embarquer à Cherbourg, sans cependant perdre Tespoir de voir admettre le principe de légitimité représenté par son petit-fils le duc de Bordeaux, La défection subite de la division de grosse ca-
valerîe , jointe à la nouvelle de rapproche des Parisiens, rompit le projet formé par la famille royale d'envoyer M. le duc de Bordeaux à Saumur. Ce projet avait-il transpiré? les princes furent-ils trahis?
les Parisiens se mirent-ils en mouvement dans le but de s'opposer au départ du jeune prince? tout cela est croyable (i)?
Lie roi laissa le gros de ses équipages à Rambouillet et ne prit que deux voitures pour son service personnel ; il partit à neuf heures du soir, escorté par les gardes-du-corps et les gendarmes-des-chasses. 11 insista vivement auprès du mare-
(i) Il parait que Tofficier d'état-major envoyé à $aumur y parvint sans obstacle, après avoir bien exploré le chemin que le Duc de Bordeaux et son escorte devaient tenir. Le commandant de la citadelle, loyal militaire autant que sujet fidèle , M. Demo-> rand, se montra tout disposé à servir la cause du Roi ; il s'occupa sur-le-champ de ramasser des vivres; mais son zèle devint superflu. Il fut un des commandants de place que Ton remplaça les premiers. '
chai Martiiofati t)oiir qu^l prk le premier rang pairbi les offieiers qui Tâceottipaghaiebt ^ lui faisant seàtir le dangisr (Ju'il pouTait courir en FraïKe après les éyémeifteiits de Paris ; dès ce moment ^ 11 fut convenu qiie le âfiaréchal d'embarqùerait avec les princes. Le Roi arrirâ tors deux heures du matin au château àë Maintenoii 9 appattenant à M. le duc dé Noailles; sur la route qu'aràit tenue là famille royale depuis Saint-Gloud ^ il s'ctait trouvé quantité de châteaux dobt les maîtres occupaient à la cour des placej»
étninentësi ou qui tenaient leur fdîtune de la restauration , toutes leurs portes restèrent soigneusement fermées ; personne tle parut sur le seuil pour offrir quelque hommage ; ainsi n'agît pas M. le duc de Noailles : il accueillit le monarque fugitif, comme si le prince eût été entouré dés pompes royales , enfin , comme on avait jadis reçu Louis XIY dans ce même ehâ*
a37 teau. M. de Noailles ne fut retenu par au-^ eune de ces considérations qui arrêtent 1^6 hommes vulgaires ; il avait cependant à craindre de payer cher sa magnanimité ; rinsurrcctiôn se propageait , les paysans montraient depuis quelques jours les intentions les plus malveillantes { les Pârisiensi arrivaient , et ils poiivaient laisser 4an9 le magnifique château de Maintenon dça iraees de leur passage plus si|^ifiea« tives qu6 celles du Roi (i).
Lits princes et leur suite trouvèrent ^ans
(l) M, Iç d^ç 4^ TTpiiiU^ p'^çcuf^U ^^e^J^ eçuploî à la ç<)ur, et n'en peçut jamais auçupe grâce ^ il y te-r naît le rang auquel lui donnaient droit sa naissance et $a fortune; il avait fait la caitipagne d'Espagne de ](825, €n qualité d'offîcîer. d'ordonnanca; 9 siégeait 4 }^ pb^^^re dp5 paif^ depujs 1^ mprl d^ sçiq gr^ndr père; son âge Tempéchait de voter, mais peureusement qu'il lui permettait de parler; et quelques mois après 9 il en usa pour défendre avee une rare éle-
hôte pendant un jour.
rhabitation de M. de Noailles les res* sources qai leur maniquaient depuis Saint- Cloud, maïs ils ne purent y rester que huit heures environ ; les commissaires surent déterminer Charles X à se séparer de sa garde , et à ne conserver pour es*corte, jusquà Cherbourg, que sa maison militaire. La présence des commissaires avait altéré les sentiments des soldats ; le Roi jugea convenable de suivre ce conseil. On adressa un ordre du jour aux troupes ; le roi y exprimait sa satisfaction pour le dévouement et la noble conduite de la garde ; il lui ordonnait de se rendre à Paris pour faire sa soumission au Ueiîtenant- général du^ royaume.
Le 4^oût, vers lo heures du matin, les princes quittèrent le château de Maintenon ; la jeune duchesse de Noailles versait d'abondantes larmes en accompagnant ses hôtes illustres jusque sur le seuil de sa porte.
Toute la garde se trouvait rangëe en bataille sur le chemin de Dreux. Le Roi et les princes lui firent leurs adieux d'une manière extrêmement touchante. Il y eut, dans ce moment, parmi les soldats une explosion d'enthousiasme dont les commissaires eux-mêmes'parurent fort émus. Beaucoup d'officierss'approchèrentdes voitures pour baiser la main des princes. Plusieurs d'entre eux brisèrent leur épée sur des bornes, en jurant de ne jamais servir d'autre souverain. Madame la Dauphine ne pouvait retenir ses pleurs. Soyez heureux, mes bons amis , disait-elle à plusieurs reprises aux officiers qui se pressaient autour de sa voiture (i).
(i) Voir les pièces justificatives.
a4o M. le Dauphin voulant laisser un souvenir à M. le barçn Revel, colonel du 6' de la garde, qui s'était fait remarquer jusqu'au dernier moment par sa tenue et son dévouement absolu, lui fit présent d'un beau cheval blanc, que le prince avait longtemps monté 4^na le^ JQW3 de pa-
rs^de (i).
lift çortQge prit U rPUte 4e Dreux ; il
(i) La garde fut licenciée par une ordonn%pce de Louis-Philippe» en date du 1 1 août. Il est certain que le parti ^e l'Hôlçm^YiHe, alore le plus puissant, de^ianda violeoimçat le UceQcieio^it de la garde^ contre le gré du nouveau roi et du maréchal Gérardj ce dernier présageant que la guerre allait avoir Uea contre u«6 partie de l'Europe, regardait comme fo^ dispjeps^tllf 4^ Pi^t^i'Q ^ la tête de Taminée de« corps d*élite, doçt Futilité est ipcontestable eb cam|ia^|ie; le projet du maréchal Gérard était de conserver la gtpde, la eavalerie*prîncrpalement, en faisant subir quelques changements à Tuniforane, et en défendant aux régiments l'entrée de Paris pendant plusieurs années; mais les exigences du parti exalte Tobligèrent à y renoncer.
arriva aux portcs^^ de cette ville vers Jes quatre heures du soir. Les habitants, pares avec profusion de rubans tricolores , sortirent au devant des princes , et annoncèrent hautement vouloir s'opposer au passage du Roî. Il fallut entrer en pourparlers avec eux : les commissaires firent entendre leurs voix ; M. le maréchal Maison ne put contenir son indignation ,en voyant élever de pareilles difficultés; il traita fort militairement les gardes nationaux qui paraissaient les plus récalcitrants : enfin on s'apaisa de part et d'autre. Il fut permis au Roi de passer la nuit dans la petite ville de Dreux. Les gardes- du- corps bivouaquèrent autour de la maison où fut reçue la famille royale; le service intérieur se fit par eux avec^n zèle aussi* fervent qu'au château des Tuileries.
.Les désagré|menls essuyés parle Roi à son arrivée à Dreux faisaient pressentir
qu'ils se reproduiraient dans d'autres vil-
Ses , ce qui aUait rendre le Toyage fort pénible. Cependant ces craintes ne se réali^ sèrent pas les cinq premiers jours. Le cortège logea le S à Yemeuil, le 6 à Laigle , le 7 à Melleraut Les habitants de ces trois petites villes reçurent les princes avec des visages hostiles , mais la sagesse des magistrats et plus encore Tattitude imr posante des gardes-du^corps empêcha les avanies. A Laigle , pendant la nuit , des gens fort mal intentionnés abîmèrent, sans qu'on s*en aperçût , les panneaux de la voiture du R(û , dont on essaya de gratter les fleurs de lys : c'est un exploit Uen digne de figurer dans l'histoire d'une cité aussi importante que liiaigle*
Jusqu'alors il avait fait une chaleur ia^ supportable : deptiis six semaines on était privé d'eau dans les provinces qui en manp quent le moins ordinairement. Le 9 août il plut à veï'se toute la journée. Que ne pleuvait-il ainsi à Paris, les 27, 28 et 29
juillet! tiu incident aussi simple aurait pu calmer les têtes et changer la direction
des écrits.
La ville d* Argentan reçut fort bien le ïldi et sa suite. Les gardes-du-corps furent accueillis avec beaucoup de bienveillance.
LéÀ boilnes dispositions que montraient tes habitants déterminèrent le Hoi à séjourner parmi eux le 9 août , afin dé doilàer quelque repos à Tescorte , qui en avait im extrême besoin. Un courrier arrivé dans la nuit du 9 au 10 , apporta la nouvelle de révénement le plus important de r époque ; il annonça aux magistrats que le duc d'Orléans avait été proclamé roi par les chambres , sous le noni de Philippe i". hes habitants d'Argentan manifestaient un vif chagrin de ce que la famille rdyale eût appris dans leur ville un semblable événement. On était curieu* de voir sur le visage des princes l'impression qulllcur avait causée; aussi Ta foulé
se pressa-t-eUe sur leur passage lorsqu'ils montèrent en voiture ; mais elle put se convaincre par ses propres yeux que la physionomie de Tauguste famille n en était point altérée. M. la duchesse de Berry était la seule dont les traits paraissaient contractés par le déplaisir : tous ses mouvements marquaient une impatience chagrine.
Les scènes qui avaient eu lieu à Dreux se reproduisirent avec plus de violence lorsque le Roi arriva devant la petite ville de Condé-sur-Noîreau. On craignit un instant un mouvement populaire. Les gardesdu-corps j les gendarmes des chasses et les officiers isolés qui accompagnaient les princes déclarèrent avec énergie aux commissaires du gouvernement provisoire qu'ik se feraient tous tuer jusqu'au dernier plutôt que de permettre que le Roi et sa famille eussent à essuyer la moindre insuite. Les commissaires parlementèrent ;
les gardes nationaux consentirent à laisser entrer le cortège ; mais ils annoncèrent fièrement y mettre pour condition , que la garde nationale resterait l'arme au pied sur le passage du Roi , et qu'elle ne rendrait point les honneurs militaires. Un officier des gardes-du- corps qui s'était avancé arec les commissaires , M. de la Maisonfort, dit aux parlementaires : C'est précisément ce que le Roi apous demande.
i.2 Le Roi prit gîte avec sa famille dans une fort belle maison. Le propriétaire s'était empressé de l'offrir ; mais il croyait que ses hôtes illustres se trouveraient fort mal chez lui , parce qu'il était de la religion réformée ; il en témoigna même sa crainte au Roi en lui disant : « Sire, je suis protestant. — Mais Henri IV le fut » , répondit le prince avec son amabilité accoutumée.
A peine le Roi fut-il établi dans son lo* gement , qu'une violente rumeur se fit en-
tendre au $én de la vUle. Sn voîd la cause : M. l(e maréchal Marmot venait 4'étre recoiMiii dans la rue par «a andea mUitake qui avail étë bleasé (i) à la bar
(i) Le maréchal Mannont avait été. lainviéipe blessé très-gBrèyemeDt dans cette bataille^ qu'il perdit par Qin coDco;m.dê ctrcoBStaiice& malheuvéufiés^ ^lull ne pottTait prévo^> car il avait mt^Bpevfwr^ pendant liait jours d'une m^pière fprt habile pour rejeter les Anglais au-dela des frontières du Portugal.
Un an après ta fiormation de la garde, le marédial VioeBiont» sa tcpiixant de si^vTkre, pa^a ^fei;ueai^ Çhamp-derMars. les deux- régimet) ts d'infanterie, désignés pour rester à Paris pendant les trois mois. Après «Toir TU en détail les soldats, il questionna les officiers si^ lenr po^^ion tespecti've. Q it'ajdressa an capitÉônn de ls| première, çoqiy^agiiie de grenadiers* -«- Depu»! cpmbiep de temps senrez-Tom^ — Deyub tant d'années. — Combien de campagnes ? •— Tant. — Avez- TOUS été blessé ? — Oui , BJL le maréchal. — A qneUe ilffidre? «-f- A. la bataille de Salamanq^e. M. le maré^ chai fait un léger mouvement de tête. Il passe a un autre officier ; mêmes questions, mêmes réponses. Enfin le hasard voulot que sur douace officiel qu'il
^|ii^<tî9|i^ ^;bi;SfiMje l'un di^ Vtmut^ bpii tfmmkM^,
a47 taiUe de Safa^oiaitqoc. L'oft sait (]ue M, te i^c de Aagyse commamlait Farmee ùançai^edla^od celte m^^ettieusejourBéc. Une fbuIecoBsidéisble s'ameuta devant la mai- 9fm oèt logeait> nmrëcfaal; elle roulait j miettre le feu. Quelques hommes criatient qa^il fallait traiter le duc de Raguse comme Ton âfvaît tra^ité Ip maréchal Bi^uae : la positi^it devëEradt ideti^ueiiieut la même»
L'onik sortir secrètement le maréchal de ^ou iQQ^tn^X, Le msHTqnis Maison par^ Tint, av€c beaucoup de peine , à disâpcr ce fassemhletnetït^ H ré^a cependant ^ut0 la^fïuit une grande fermentation ^tm la populatipn : les gaides-du-corps demeurèrent sur pied jusqu'au jour.
Le lendemain-, les coibmissaires du go^vemen^^nt s^nnOncèrent ait Boi que le cortège allait traverser wt pays ^[ui Tenait
Bkttmé» à Salftmanqae.. Sf. le tbtfréclial IKTaritirânt
d*étre désolé par les incendies, et que les habitants , fort exai^érés , montraient les dispositions les plus hostiles; ils Teshortèrent à prendre plusieurs mesures de précaution , par exemple , celle de faire quitter aux gens la livrée galonnée dont la vue pouvait offusquer les paysans; d'après cette observation, les domestiques quittèrent l'habit qu'ils portaient depuis quinze ans , et se procurèrent avec beaucoup de peine des vêtements bourçeois avec lesquels ils arrivèrent à Valognes.
. Le Roi sortit de la ville de Condé le 1 1 au matin ; l'escorte marcha d'abord par peloton et dans un ordre serré ^ pour êfre plus à même de repousser toute espèce d'a^essîon dirigée contre les princes.
Vire ne manifesta point de sentiment; il n'y survint aucun incident remarquable.
Le cortège passa devantla magnifique terre de Thorigni , appartenant à M. le prince de Monaco ; personne ne parut aux grilles
du parc pour rendre quelques hommages au monarque que Ton adulait naguère dans son palais avec tant d'obséquiosité.
Tous les grands seigneurs ne sont pas des ducs de Noailles!
Le 12, le Roi arriva à Saint-Lô» après une journée extrêmement forte , et qui fut la plus pénible de toutes. Il paraît que le projet d'envoyer le duc de Bordeaux à Saumur avait été ébruité ; aussi les commissaires alarmés , pressés même par les hommes du mouvement qu'ils retrôuvaient à chaque pas , reçurent l'ordre d'accélérer la marche des princes ; en conséquencCi, ils firent doubler les distances marquées sur Titinéraire.
. La famille- royale fut logée à l'hôtel de la préfecture ; M. d'Estourmél , qui venait de donner sa démission, la reçut en habit de gentilhomme ordinaire de la chambre ^ et déploya un zèle d'autant plus remarquable , qu*il contrastait avec l'attitude
presque menaçante des habitants de Sainte hà, dont plufiiens eorent la générosité de Tenir faire entendre sons les Cenêlases des pr^ices des cris propres à leur déchirer le cœur. Ceci était d'autant plus e^-^ taacMrdjnaire ^ que Vannée précédente, Madame la Bauf^mie ayait fait un voyage à $aint-LÔ et; qp'die y strait été reçue aa mitieu dies pl«s ^ves' acclamations; chacun montrait bçauc^op d'empressement:
le^ notables de la ville accouraient à chaquj^ iajstant du. jour pour of&ir leurs l^ni]JD)ages ; c'c^t q.u'alocs la. Fille de France 4tait hetireuse et pju;issante y qw sa recotnmandation. était utile^ et qiie cfi^ prévenances pouvaient obtenir enécbange quelque faveur ^ quelque bien&it Quoi- ^e Madame la Dauphîne ne se fît point illusion, sur le dévouement des.homnies> çep^ndan^ tm changement si subit dyam WdisposîHons (ïesfaalutants 4^ SaintLô^ Vétonna: sing^i^ement;^ejJe aeput, s'em-
pêcher d'en témo)gii€r «ne affliction pro^ fonde^ A quoi attribuer ces vamâcoâ si subites q»e nous Toyons depuis 3a ans cbez^ les Français , )adis réputés pour leur désintéressement? 1 altératicm du caractère national tient-eUe à la nouireBe édueatioQ? Est-ce, une infirmité de Tèspècei humaine?
Lie Roi et 9^ &jmUè furent logés très^ commodémeâit i là préfecture. M. le comte Hoquart , le seul maître-d^hâtel qui Teût SMwi, réglait les détails du ser^ \ice de la table ; il j mit le même soin) que. si le Roi eût: été au ciseau de»
Tuileries (i).
Les gardesHlur-c^rp ne forent point
— — — ^-'^ ■ -I I ij I ^ - '
(i) M. le comte de Cossé prenait les enuxà Plbin- Mères aa moment des évétieineutà d& juillet ^ Pincertitade où tout le monde se trouvait à l'égard de la route tenue par le Roi , Tempécha de venir prendre «on service ; s'il eèt été présent, il n'aurait pas cédé à un antre Hionnenr de rempHr une telle dbUgation.
accueillis dans la capitale de la Manche \ comme ils venaient de Fêtrè à Argentan (i) ; ils s'en affligèrent pour les princes qu'ils escortaient, mais point pour eux, car ils se livrèrent à toute la gaîté de leur âge. La bizarre disposition des rues de Saint*Lô leur causait des rires înexliti-' guibles ; cet air joyeux étonna singulièrement les habitants de Saint-Lô , trop matériels pour comprendre que les militaires français éprouvent une vive satisfaction lorsque l'accomplissement de leurs devoirs est mêlé de quelques rigueurs et de quelques périls. De nouvelles inquiétudes vinrent augmenter le chagrin que causait déjà aux augustes voyageurs l'attitude hostile de la population de Saint-Lô. Les commissaires eux-4némes , fort alarmés , vinrent annoncer au Roi que tous les
(i) Ils s'en Tengèrent noblement quelques jours après ^ nous le dirons en temps et lieu. ^
gardes nationaux du Cotentin se levaient en masse et marchaient avec du canon au-devant des princes pour les obliger à rétrograder, ne voulant jpas leur permettre de 8*embarquer (i) à Cherbourg. Le Roi s'informa avec . soin de la manière dont s'était formé ce rassiemblement et du
(i) Les gens du parti exalté de la Basse-Nor« mandîe se rëuDÎrent à Caeo ; les principaux chefs tinrent des conciliabules ; M. de la Po'mmerayé y assista ; on agita dans cette. assemblée le projet d*ar« r^ter la famille royale , et en même temps d'envoyer à Paris une députation pour engager le gouvernement de Louis-Philippe d'enfermer dans une forteresse les princes comme prisonniers, pour qu'ils ser- Yissent d'étages en cas d'agression étrangère ou de guerre civile. La nouvelle courait que le général Avîzard, commandant le département du Finistère, tenait encore à Brest avec le drapeau blanc ; ' ceci inquiétait, singjilièreraent les libéraux. La proposition fut accueillie avec chaleur; mais la fermeté des commissaires empêcha que ce projet n'eût un commencement d'exécution. Des' patriotes normands l'ont reproché maintes fois à M. de^chonen.
nom dé ceux' qui ravaietit provoqué: on lui désijgna le général Hulot comme diri^ géant le mouvratient; c^est, je arois^ dit le prince, le frère dé madame la maréchale Môreau, que nous aimions l>eaucoup : Il tie témoigna* ni sniprise ni chagrin, u Je vous laisse le soin, <;ontinua-t-il \ en sV dressant à messieurs les commissaires , d^acheveravec honneur la tâche que vous avez commencée ; je ne puis croire que mes enfants et moi soyons en péril an milieu de Français. >» Il parait que ces paroles touchèrent les commissaires. M. le maréchal Maison principalement se mon- * trait indigné que les ré.giments de ligne eussent été mis en mouvement sans eii avoir reçu le commandement du ministre de la guerre.
Usant de l'autorité ique lui donnait |^ur les militaires la dignité de maréchal de France , il intima au général Hulot Tordre de faire rentrer les régiments dans leurs
^amisons^ respcc^ves ; de &O11 côté , M. Odiilon-BaiTot , représentant la garde nationale^ porteur des pouvoirs revêtus de la signature de M. le, g^néral^ La* fayette ^ empêcha que la garde nationale <le Saint-Ld allât joindre à Carentan le nssemblement ; il envoya' plusieurs officîers de la toîlîcç citoyenne vers les chefs supérieurs des autres gardes nationaux du Cotentiny poi:ir les inyit(»* à reconduire leurs éamarades dans les villes et villages.
Ces diverses dispositions occupèrent les commissaires toute la nuit ; comme il est très-agréal)le de rendre justice aux hommes lorsqu'ils le méritent , il faut ajouter que MM. Maison , Schonen et OdîIIon-Barrot, redoublèrent de soins et de prévenances chaque fois que Teffervescence des populations rendait la position de la famille royale plus critique.
S' étant assuré par eux-mêmes que
le passage de Carentan ne se trouvait plus occupé par les gardes nationaux, ils vinrent l'annoncer au Roi , qui donna Tordre du départ. Le monarque, craignant qu'il n'arrivât quelque chose de fâcheuiR au duc de Raguse , voulut qu'il fût logé dans la même maison que la famille royale.
Le cortège arriva à Garentan, petite place forte, la clef du Coteqlin. Le commandant de la pl?ice , M* le capitaine de Busselot , fit mettre sous les ^trmes le dcta-i chement d'infanterie de ligne composant la garnison, et atlav.rei^dr^ personnellen^ent ses devoirs à la famille royale. M. le P^uphin le recoriout ; pour être un des serviteurs les plu$ zélés de la maison de ]^purhon. Hélas ! sa fidélité lui avait été fatale comme à tant d'autres. Depuis longues annéqs]il^, vivait relégué dans un des plus minîiQ^srCopimandements du royaume sans avoir j^m,ais pu obtenir de l'ava^ncepient. Des ipjirgues de petite vérole fort
prononcées et plusieurs cicatrices proYeuant du métier des armes, rendaient trèssévère le visage de cet officier. M. le Dauphin lui adressa quelques paroles d'amitié en le louant de la persévérance qu il mettait dans sa conduite. U y répondit modestement et par des protestations de dévouement, tenant constamment la main k sa croix de Saint-Louis. Plusieurs officiers attaches à la personne du Dauphin voulurent joindre des louanges à celles du prince , en disant qu41s le connaissaient depuis long-temps M. de Busselot , et qu'ils n'avaient jamais douté de son honneur. Alors celui-ci changea de ton , et , prenant l'accent de Tindignation, il dit d'une voix terrible : vous me reconnaissez donc. Messieurs, au jour de Tinfortune! Puisque votj^ n'ignoriez pas les droits que j'avais à la bienveillance de M. le Dauphin , pourquoi m'avez-vous constamment repoussé lorsque je me suis
présenté aux Tuileries pour faire valoir mes services ? Pourquoi n'ai-je pu obtenir de vous la faveur d'approcher le prince?
Il ajouta d'autres paroles fort dures , et finit par accuser les courtisans de tous les malheurs qui venaient de fondre sur la famille royale. Cette scène fit frémir tous les spectateurs. M. de Busselot eut la délicatesse d*agir de manière à ne pas être entendu du Roi, dont le cœur eût été déchiré par de telles plaintes. Quelle leçon, bon Dieu (i)!
Après avoir passé Carentao, les princes rencontrèrent une population bien différente de celles dont ils avaient traversé le pays: une foule considérable de villageois accourus de cinq lieues à la ronde les attendaient à Montcbourg , , et leur firent
(i) M. de Busselot ^ ayant été conservé pendant quelques mois dans son commandement de Carentan, fut ensuite remplacé par M. le capitaine Allissant.
Taccueil le plus cordial. Le respect et la bienveillance.se mêlaient à leur curiosité ; ils se pressaient autour de la voiture des princes; quantité de ces braves gens pleuraient à chaudes Jamres : les deux princesses en fjurent extrêmement touchées..
Chacun de ces villageois voulait surtout voir et toucher les mains du duc de Bordeaux ; ils criaient : On nous a dit quil fallait bien se garder de crier viçent les Bourbons ; mais nous nous en moquons ; et viçent les Bourbons , vice le duc de Bordeaux, B£çenez bientôt, mon bel enfant, disaient les femmes. Cette scène causa un extrême plaisir au jeune Henri (i) ; elle dédommagea la famille coyale des désagréments éprouvés en d'autres lieux.
Pourquoi cette différence chez les hom-
(i) On a vu qu'il en témoignait sa satisfaction avec beaucoup de joie le lendemain, dans le petit entresol de Valognes. *
aGo mes ? On en devine la cause facilement.
De quelles gens se composait ce rassemblement formé à Montebourg ? de paysans qui avaient vécu heureux sous les Bourbons , qui , ayant Vu prospérer leur pays pendant tout le règne fortuné de nos princes, se croyaient obligés de venir leur eh témoigner de la gratitude au moment où l'adversité pesait sur ces têtes royales.
Il est vrai que la lecture des journaux ne formait pas leur principale occupation, tandis que les habitants de Dreux, de Condé , de Laigle et de Saint-Lo étaient de gros bourgeois, politiques de café , lisant régulièrement cinq ou sii^ journaux par jour , dans 'lesquels ils avaient sans doute appris que , pour être bon patriote, il faut bien accueiller les princes lorsqu'ils arrivent entourés de toute la pompe de la puissante , et leur prodiguer des insultes quand ils arrivent sous l'escorte du malheur. " • •
Enfin le Roi parvint à Yalogncs le i4t vers deux heures après midi.
M. de Kintzinger et les autres officiers qui venaient dé me conter ces détails intéressants^ajoutèrent que, lorsque letenips le permettait , les deux princesses marchaient à pied y et qu'alors la plupart des gardes-du-corps descendaient de cheval ; madame la Dauphine et madame la duchesse de Berry causaient , en marchant , avec les officiers de différentes armes; elles riaient les premières de la négligence de leur mise , avouant que les gens de leur service n'avaient pas trouvé le moyen d'emporter du linge et des vétetnents , qu'elles en manquaient totalement, de sorte qu'il fallut à chaque ville acheter quelque petite chose en objets fort sim-
pies. Des domestiques chargés de leur apporter une partie de leur garde -robe , arrivèrent à Vadognes le samedi soir.
Ce que mes amis me racontèrent de la prudence d'une foule de dignitaires de la cour, qui se hâtèrent d'abandonner le Roi pour aller saluer Tastre nouveau , alluma mon indignation. Mais enfin , leur dis-)e»
sans doute les princes trouvèrent de loin en loin, sur leur route , des fidèles qui venaient les remercier de leurs bienfaits.
— Aucun , me répondirent-ils.
« Il y avait assurément, ajoutai je, quelques-uns de ces honunes suffisants et insuffisants, que les Bourbons tirèrent de la poussière pour les faire ministres, pairs, ducs , pour les combler d'honneurs et de biens.
j> Il n'y en avait pas un , me dit-on.
» Mais vous ave?, vu au moins quelquesuns de ces pairs à qui les Bourbons donnèrent en belles espèces» de leur liste ci-
vile , 4^0 , 5oo mille francs pour former dçs majorais?
» Pas lin.
(( La reconnaissance aura sans doute amené sur cette route de Texil plusieurs de ces chefs de fabrique à qui M. de Labouillerie envoyait, par ordre du Roi ,^ 200, 4^0 niille francs pour empêcher leur ruine et soutenir l'honneur de la maison.
» Pas un.
» Avez-vous aperçu quelques-uns de ces barons ou vicomtes plébéiens qui avaient sollicité, pendant plusieurs années de la manière la plus pitoyable pour obtenir du Roi un titre féodal , dont ils sont encore si fiers?
» Pas un.
» Yous m'accorderez , au moins , que vous avez vu quelques-uns ^e ces artistes ,
peintres, ipasiciens, composite ws^sçu^^ teurs, graTeurSf à qui M. Sostfaènes de La-* rochefoucaud prodiguait les trésors de la liste civile , à qui le Roi donnait avec pro* fusion des croix de la Légion-d'Honneur et des cordons de Saint-Michel ; les beauxarts disposent Fâme aux sentiments ge-
néreux; tous ces grands artistes seront demeurés fidèles à celui de la reconnaissance.
» Quelques-uns de ces hommes de lettres pensionnes par le Roi avec tant de munificence^ se sont, j'en ai la conviction, se sont joints , dis-jc' , aux artistes pour grossir le noble cortège.
» Pas un artiste , me répondît-on, pas un homme de lettres, pas un poète n'a paru sur la route pour saluer le petit-iils de Louis XIV , le prince qui s'était montré aussi généreux dans ses encouragements que le grand roi, son aïeul; mais ne les condamnons pas : ces hommes livrés à
dea habit^ades douces et paisibles , tout ^ourdis du fracas de la tempête , n'ont pu, au milieu de» clameurs populaires, manifester encore leurs véritables sentiments ; dans peu vous les entendrez élever des voix généreuses pour chanter la grandeur des bienfaits. Aux époques les plus malheureuses, notre pays a vu le# hommes de lettres , les poètes surtout, rester fidèles au malheur, leurs chanta s*en sont même anoblis. Les accents de Delille et de Ducis retentissent encore à Toreille de leurs élèves , ils les échaufferont ; et les plumes se briseront plutôt que de produire des écrits flétris d'avance par l'ingratitude.
» Ainsi, dis-jc , tout attristé, pendant ce long trajet nul français ne s'est présenté pour présenter de pieuses offrandes capables de consoler les cœursde nosmalheureux. princes !
Ne vous affligez pas , il s'en est pré-
sente ; réjouissez-vous , au contraire , car les seuls hommes qui sont venus ofïrir quelques hommages , portaient Tépëe au côté : des militaires enfin. Ne nous en étonnons pas, car s'il^ne restait dans notre malheureuse patrie qu'une parcelle d'honneur, on la ti^ouveraît encore dans le cœur d'un soldat! •
» De distance en distance , on voyait arriver des officiers tout haletants , revêtus de leur ancien uniforme , qui accouraient saluer le monarque et sa famille ; le chagrin le plus amer paraissait peint ^^ sur leurs visages. Hier encore , au dernier jour de marche, il en parut deux auprès de ,Çarentan , M. d'Argenton et M. de Parfourru , l'un et l'autre chevaliers de Saint-Louis ; le premier , vieil of&cier de l'empire» A la nouvelle que le Roi pouvait courir quelque danger par suite du rassemblement tumultueux de Carentan, MM. d'Argenton et de Parfourru
étaient accourus de dix, lieues, à cheval, afin de grossir Tescorte des princes et les défendre au péril de leurs jours. Ds s'approchèrent de la voiture du Roi et ofîÉrirent leurs hommages au monarque avec celte chaleur que de loyaux militaires mettent à exprimer leur dévouement. Le Roi fut touché des paroles de M. d'Argenton , et lui dit , en serrant sa main :
« Messieurs , gardez , gardez ces bons sentiments pour ce jeune enfant, qui seul peut vous sauver tous. t> En disant ces mots , il montrait le jeune Henri , qui passait sa jolie tête blonde par la portière d-unç autre voiture.
Quelles paroles! quelle portée n'ontelles pas ? Ainsi ce prince , sur le seuil de Texil, oubliait sa propre position pour ne s'occuper que de lavenir des Français qui Texpulsaient de sa patrie; les événements qui se sont passés dans notre pays , depuis deux ans , ont siu-
goUèrement grandi Charles X et la res-
tauration.
Mon entretien ayec M. le général Kintzinger ; le colonel Fontenilles et les autres officiers durait encore lorsque les gendarmes-des-chasses , qui faisaient le service à la porte extérieure , ouvrirent la grille (assiégée par les paysans du Cotentin ) pour laisser entrer une colonne de gardes'du-corps , marchant par quatre , les officiers et les étendards en tête ; leur tenue me parut aussi sévère qu*aux plus beaux, jours de leur service à Paris lorsqu^ls traversaient la cour du Carrousel pour monter dans les appartements du Roi ; nous nous rangeâmes avec respect.
Les douze plus anciens gardes de chaque compagnie ^ joints à tous les offi-
ciers , Venaient remettre leurs étendards au Roi; M. le duc de Luxenibourg et M. le prince de Croï marchaient en tête de la colonne , la canne de commandement à la main. Je distinguai parmi le groupe d'officiers supérieurs (ï) M. de Bonneval , M. Ducosquer^ M. du Roure, M. de Montmort , M. de Sainte-Aldegonde , M. de Naylies^ M. de la Maisonfort, M. de la Bretonnière, M. de Fraguîer, M. le prince de Lucinge j M. de Bkemont et le vénérable comte de PeUan, Tun des doyens des officiers des gardesdu-corps « et qui , malgré son grand âge , avait voulu accomplir son devoir jusqu*au bout. L'étendart de la compagnie de Croï
(i) M. le duc de Grammdiity dapgereiisemeot malade aux eaux, se trouvait éloigné de Paris.aa moment des événements, bien d'autres officiers des gardes-du-ebrps se troUyaient en congé, et voyageaient kors de France, ce qui les empécka d'accompagner le Roi.
ëtait porte par M. Dumesnil , celui de la compagnie de Grammont par M. de BrantioA , celui de la compagnie de Noailles par M. de Chabrignac, celui de la compagnie de Luxembourg par M. de Suze.
Connaissant le molif pour lequel les états-majors des gardes-du-corps se rendaient chez le Roi , Je désirais vivement savoir comment la scène allait se passer ; je me mis à la queue de la colonne pour monter dans Les appartements ; personne ne me repoussa , quoique je ne fiisise pas en uniforme ; à quoi pouvait servir les règlements vis -à -ris d^hommes fidèles comme nous.
La colonne parcourut l'étroit couloir qui conduisait au grand escalier, elle monta silencieusement les degrés dans le plus grand ordre ; on n'entendait que le bruit des talons des bottes frappant sur les larges dalles. La colonne se déploya par portion dans deux grands salons tendus
en jaune ; je ne pus pénétrer que dans le second ; mais , à Taide d'un tabouret sut* lequel je montai , je trouvai moyen de voir un coin du tableau; je vis 1resdistinctement la vénérable tête du Roi ; le monarque avait quitté Tuniforme bleu qu'on lui avait vu pendant si long- temps ; il portait un frac de la même couleur avec des boutons de métal, sans plaque ni décoration; il tenait par la main M. le Duc de Bordeaux , dont je n'apercevais que le sommet de la tête. Madame la Dauphiné se trouvait placée à la droite du Roi ; je ne pus voir ni M. le Dauphin ni Madame la Duchesse de Berry ni Mademoiselle , quoiqu'ils fussent tous présents.
Je pus distinguer dans le groupe placé derrière le Roi , le maréchal Marmont , le baron de Damas, M. de La Rochejaquelin , les généraux Gressot, Choiseul,
Trogoff ; MM', de Ogherty et de Beaufremont.
La dépuUtion des gardes -^ du • corps n'aborda pas le monarque avec de ces allocutions fallacieuses dont on ayait*|^dgué ses oreilles pendant quinze ans. Lors~ que cette députation et la famille royale furent en présence, il se fit un instant de silence : ce moment fut immense; je retenais ma respiration dé peur d*en troubler la solennité. Tout-à-coup les sanglots éclatèrent parmi les gardes-du- corps, les rangs se rompirent, et cbaque garde se précipita sur les mains des princes pour les arroser de larmes : la yue de tous ces casques s'incliriant devant un vieillard, devant des femmes et des enfants, me mit dans un véritable délire. Je chancelai et je tombai à terre, honteux d'être si élevé, lorsque tout se courbait autour de moi.
« Allons, mes amis, dit le Roi, cal- » mez-vous ; faudra-t-il que ce soit moi » ^ui vous console. »
Après ce premier mouvement d'émo*
tîon, les gardes reprirent leurs rangs; chaque porte-étendart s'avança l'un après Tautre çt remit entre les mains du Roi le drapeau de la compagnie ; le Roi en toucha la soie , et un officier, que je ne distinguai point assez , les soutint tous les quatre. Le Roi, élevant la voix, dit:
« Messieurs, je prends ces étendards, vous ' » avez su les conserver sans tache; j'esi> père qu'im jour taon petit - fils aura le » bonheur de vous les rendre ( i ) . »
(i)On décloua la soie des bâtons, on les roula ^ elles furent placées le lendemain dans la propre voiture du Rou
Aussitôt que la remise des étendjàràs eut été effectuée^ les rangs se rompir^st de nouveau; les princes se virent entourés de toutes parts ; il régna en un clin d*œU autour d eux une cc^afusîon qui certainement ne leur déplaisait pas. Les voix s'élevaient ; on entendait des écbanges de témoignages, de dévouement et de félicitations sur la belle conduite que les gardes-du-corps avaient tenue jusqu'alors, et qu'ils promettaient de tenir toujours.
Quel touchant spectacle de voir cet enfant, l'héritier de tant de Rois, passer de main en main , recevoir les étreintes de bras si fidèles! Le duc de Bordeaux ne perdra jamais le souvenir d'une pareille journée; car sa jeune raison était déjà trop formée
pour quUl ne fût pas sensible à de pareils
transports. Le Roi , M. le Dauphin , les
detpc princesses j trouvaient pour chacun
de ces gardes un mot affectueux, empreint '
de sensibilité ; j'entendis Mademoiselle
dire à un officier des gardes-du-corps d'un certain âge , que je ne connaissais point (i), j'entendis cette charmante personne demander à ce vieux soldat qui «'indiiiait pour Técouter : Prenez -vous açec nous? Cette question fit crisper le visage de l'officier, il resta interdit ; je ne pus saisir les mots qu'il murmurait.
(i) L'on aura remarqué daus le cours de ces Mémoires iies omissions de noms et de lieux; ces omissions sont naturelles. L'auteur ne s'attendait pa« à publier ce livre. Lorsque, par les circonstances, on se trouve placé dans une situation à voir les cboses qui se rattachent aux grands événements politiques , on se trouve dan^ l'iiiipiiissfii^ de saisir Içs 4!ét^ils accessoires, on ne peut a^ir comme les journalistes qui vont au théâtre dans l'unique but de faire le feuilleton du lendemain au sujet de la pièce nouvelle.
Au bout d'une demi-heure environ, les officiers des gardes-du-corps firent former les rangs , et la députation se retira ; mais elle ne garda point un ordre aussi sévère qu'à son arrivée. Les imaginations , enflammées par un spectacle aussi solennel, erraient librement ; on entendait dans ce grand escalier de Thôtel du Menildot un tonnerre de paroles incohérentes.
Les gardes-du-corps représentaient en quelque façon l'armée , puisque sur vîn^ d'entre eux quinze provenaient des sousofficiers de Tarme de cavalerie ^ et même des régiments d'infanterie ; il aurait été difficile de trouver des hommes qui soutinssent avec plus d'éclat l'honneur militaire.
La députation des gardes-du-corps qpitta les appartements vers deux heures après-midi ; après son départ, le Roi et les princes reçurent individuellement les officiers de différentes armes que le dé-
vouement avait conduits jusqu'àValognes»
à la suite de la famille royale : on en voyait de tous les régiments, çt, quoique la division de grosse cavalerie eût quitté en masse le Roi à Rambouillet, cependant plusieurs officiers de grenadiers à cheval et de cuirassiers voulurent le suivre jusqu'à Cherbourg : je citerai plus particulièrement comme étant de ma connaissance M. Laroche-FontenîUe, colonel du i*' de grenadiers; le comte Alfred de Damas, frère du baron y chef d'escadron au 2® de grenadiers ; MM. de Laigle et de Fontenay, capitaines au même régiment. L'on me montra un officier-supérieur d'infanterie légère arrivé la veille de Nanci.
Il n'y eut pas jusqu'à cette Ecole polytechnique, dont les élèves avaient dirigé les barricades de Paris,qui ne fût représentée à Yalognes ; l'apparition de cet uniforme, au milieu de tant de gardes-du-coips, fut singulièrement remarqué ; mais plus il
surprenait, plus celui qui le portait devait paraatre respectable. L'élève qui en défendait rhonneur était le jeune Barandc, frère du sous-précepteur de M. le duc de Bordeaux. Après rembarquement des princes, il quitta la France et alla prendre du service en Bussie ; au reste , il ne fîit pas le seul de toute TEcole polytechnique qui fit scission avec ses camarades; trente élèves environ déclarèrent pendant les trois journées ne pas vouloir sortir du quartier ; la pluparlretoumèrent dans leurs familles.
M. de Damas, m 'ayant aperçu dans le grand salon du Boi , mêlé avec les gardes-du-corps, ne put s'empêcher de rire; il m'annonça que nous aurions beaucoap à travailler dans la soirée , et qu'il était
^79 nécessaire que j^allasse reprendre surJechamp mes fonctions de secrétaire. Je me rendis en toute hâte dans le petit entresol composant l'appartement du duc de Bordeaux; ce jeune prince rentra quelques instants après moi, accompagné du baron de Damas et de M. le vicomte de Fraguîer, officier dés gardes-du- corps , encore tout ému de la scène touchante dont il venait d*être le spectateur, et où il avait aussi figuré par l'expression chaleureuse de son dévouement et de ses regrets.
Le duc de Bordeaux refusa de descendre dans le jardin de l'hôtel , où l'appelait sa sœur ; il préféra examiner un dessin fort beau représentant le débarquement de l'armée d'Afrique à Sidi-Fcruch; M. le baron d'Hausscz , ministre de la marine »
le lui avait offert deux jours avant les événements de juillet ; ce dessin , emballé par hasard, échappa ainsi à la dévastation.
Pendant que l'enfant royal faisait un si
noble usage de ses loisirs, M. de Damas se mit à travailler;!! m|e remit une épreuve imprimée pour la corriger. Elle contenaîf Tordre du jour publié parle major-général, en rhonneur des gardes-du-corps.LeRoi voulait qu'on en remît une expédition à chaque garde (i); cette disposition occasîona des allées et des venues. Les deux capitaines présents, M. le duc de Luxembourg et M. le prince de Croï-Solre, vinrent plusieurs fois chez M. de Damas; le Roi y parut également, et chaque fois il donna quelque nouvelle caresse au Duc de Bordeaux , qui la recevait avec une expression dé gratitude angclique et un ton de douceur qull ne conservait qu'à l'égard de son auguste aïeul , et de Madame la Dauphiiie, sa tante, qu'il aimait singulièrement, et dont il était chéri à un degré extrême. Madame la Dauphine ne
Çi) Voir les pièces justificatives.
Je tutoyait pôînt^ quoique tous les autres membres de la famille en eussent contracté lusage. L'ordre du jour composé par M. de Damas fut tiré à mille exemplaires : il aurait été difficile de parler un langage mieux approprié à la circonstance; le Roi en fit remettre un exemplaire à chaque garde-du-çorps.
L'affaire de l'ordre du jour étant parfaitement terminée, M. de Damas me donna à transcrire des lettres et des pièces de la plus haute irtiportance. Il me fit sentir que la confiance qu'il me montrait en cette circonstance devait suffire pour payer mon dévouement et me dédommager de mes fatigues. Je ne croirai point manquer à mon devoiren pariant d'une particularité dont je garderai le souvenir toute, la vie.
l^e baron de Damas plaça sur ma table deux lettres autographes du Roi , avec ordre dg, copier l'une et l'autre le mieux possible. Elles étaient adressées» au roi d'An-
g^eterre et à Tenipereur d' Aulriche ; elles remplissaient ea entier la page d'un grand papier .Une simplicité antique régnait dans toutes les expressions ; il ne s* y trouvait ni plainte contre la fortune ^ ni regret du passé. Dans celle^adressée à S. M. Guillaume lY, le Roidenfiandait un asile temporaire pour lui et sa famille; il parlait dl^ ses pauçres petits enfants d'une manière si touchante « que j'en fus ému au plus haut degré. Tout en écrivant , je laissai couler quelques larmes sur la pièce originale ; je séchai le papier de mon mieux, cependant d'une manière assez imparfaite , et lorsque le Roi de la Grande-Breta^e aura ouvert la lettre de son frère , il aura pu voir encore la trace des pleurs d'un Français fidèle.
Il est dans Tordre que la personne éminente chargée de remettre à un prince la lettre autographe d'un autre prince, pour des affaires jiussi graves, soit porteur
d'une copie de cette lettre, qu'il remet ordinairement au premier ministre du roi vers lequel il est enyoyé. M. le général Kintzinger avait ëté choisi pour remplir cette mission iipportante auprès de S. M.
l'empereur d'Autriche (i), M. le général Auguj^te de Choiseul , aide-major général de la garde , allié par sa femme à une famille considérable de l'Angleterre, fut chargé de présenter la lettre duRoià S. M.
Britannique. C'est un homme très-bien- Teillant , de formes polies et d'un trèsbeau caractère. Il était convenu qu'il partirait avant la famille royale pour qu'il arrivât à Londres en même temps que les
(i) M. legéD. de Kintzinger a un frère^M. Tabbéde Kintzinger, ancien chanoine de Saint-Denis, l'un des . hommes les plus remarquables du clergé français par son éloquence et son vacte sa!Foir , et qui a été le précepteur pour les hautes études de M. le prince de Metternich. MM. Kintzinger frères jouissent à la cour de Vienne d'une grande considération.
princes aborderaient en Angleterre. £n conséquence , il avait frété un petit navire à Cherbourg, et depuis le matin il faisait ses préparatifs de départ.
M. de Damas m'avait quitté pour aller embrasser sa mère qui venait d'arriver; il rentra » prit les copies que j'avais terminées ; il revint une demi-heure après, rapportant la lettre pour S. M. Britannique et la copie cachetée séparément avec de la cirenoire et les armes de France. La suscription de la première, écrite de la main du Roi , portait : au Roi d'Angleterre.
M. de Damas me les remit avec ordre d'aller les remettre sur-le-champ à M. de Choiseul, en m'indiquant le lieu où je pouvais le, trouver, me recommandant bien de ne laisser ces deui plis qu'au général lui-même, que je connaissais depuis long-temps. Je sortis aussitôt, et, après quelques courses, je parvins à joindre M. de Choiseul , entre les mains de qui je dépo-
sài les lettres. Il partit une heure après pour Cherbourg ; il fit une telle diligence , qu'il arriva à Londres et remplit son message auprès du roi d'Angleterre et de lord Wellington le lendemain de Tarri vée des princes à Tîle de Wight
M'étant acquitté de ma commission auprès de M. de Choiseul , je revins en toute
hâte chez M. de Damas. J'y trouvai réu-
nis, M. le duc de Bordeaux, Mademoiselle , la gouvernante de celte princesse, MM. les colonels deMaupas et de Barbançois, sous- gouverneurs. M. de Damas m'ayant donné d'autres écritures à expédier, se rendit chez le Roi; et/ comme notre modeste chancellerie ne pouvait être établie que dans cette pièce , attendu que
nous n*en avions pas d'autre , je me voyais rëduit à travailler au milieu d'une conversation générale, et j'étais souvent heurté par les deux enfants qui jouaient autour de ma table. Il s^éleva entre eux une discussion assez vive au sujet d'un fait dont je pouvais être juge aussi bien que les autres personnes présentes. Il s'agissait de savoir l'époque précise de la fête donnée à Bagatelle par les enfants de France aux élèves de la Maison royale de la légion d'honneur de Saint-Denis (i). Mademoiselle
(i) L£8 enfanU de France avaient yîsîlé la maison royale de Saint-Denis au commencement de juillet iâ5o. Pour reconnattre le bon accueil qu'ils j a raient reçu , on donna une fête à Bagatelle pendant le jour; on y inrita la sorinAeodante, les prôfcipalçs (famés et vingt demoiselles de chaquç s^tion ; on pria également deux cents personnes do la cour; M. de Damas reçut un nombre considérable de lettres écrites par des gens qui le priaient de les porter sur 1^ bienhenr^uaye liste, Je fus chargée d^ la
soutenait qu'elle avait eu lieu le 1 5 juillet, etM.le duc de Bordeaux disait avec raison que la fête avait été donnée le samedi, c'està-dire un mois complet jour par jour arant l'arrivée de la famille royale k Valognes.
Au reste , ces enfants parlaient de cette circonstance sans regret, sans amertume , 4|uoique Louise répétât plusieurs fois qu'elle s'y était fort amusée en jouant avec toutes ces demoiselles. Hélas 1 il avait suffi d^un mois pour passer du riche et sompiMeux pavillon de Bagatelle au petit entresol de Yalognes. Quelles réflexions cet incident ne faisai^U pas naître! Quel e^ rheureux de la terre qui , ^u récit de tels revers ^ ne soit disposé k rhomilité ! Le moindre moi proaoncé V9^ ces enfanls
éresser. QimIs liotnmages je Vis rendre wbsl enfants 4a France ce jq^'^Vsl 4»w le p9fc de Bagatelle! quelles ^ulations ! Je gagerais qu9 ^ des deux cents personnes inscrites sur la liste de Bagatelle ^ il ne «l'en trouvait pas stx à Valogne,
aurait pu servir de leçon: chacune de leurs réflexions me torturait en me causant des distractions dont je ne pouvais me dé-^ fendre.
L'arrivée de Madame la Dauphine vint encore les augmenter; je me levai avec respect. <c Ne vous dérangez pas , Monsieur, me dit-elle , les affaires avant tout , comme on dit ; vous avez beaucoup écrit depuis ce matin.. » Cette princesse questionna avec beaucoup de sollicitude le duc de Bordeaux sur sa santé ; elle s^informa auprès de M. de Barande et des autres personnes attachées au jeune prince si les désordres qui, la veille, avaient causé tant d'inquiétude à la famille royale duraient encore ; elle apprit avec satisfaction qu'il n'en reistait point la moindre trace.
Madame la Dauphine causait à voix basse avec le duc de Bordeaux , sans doute pour lui donner des conseils relatifs à sa santé, lorsque U, de Lavillate entra
Vivementdans l'appartement , tenant soifô le bras un paquet bien enveloppé ; les enfants raccueillirent avec ce bonheur qu'ils ressentaient à Tappariticld du digne ami. L^un et l'autre lui reprochèrent d'être resté absent aussi long-temps ; en même temps ils voulurent prendre ce qu^îl portait sous le bras ; mais ils ne purent s'en rendre maîtres, car» lorsque M. de Lavilatte tient quelque chose, il n'est pas facile de le lui ravir de force; enfin il fallut qu'il montrât ce qu'il cachait :
il fit paraître à leurs regards une grosse paire de souliers. Les deu^ enfants écla-^ tèrent de rire. « Vous riez , mais je viens de courir toute la ville pour me les procurer, je n'ai piirien emporter de Saint- Cloud (i), et je manque de chaussures : »
(i) Voici comment on petit expliquer celle particularité. Il régna beaucoup de désordre au départ de Saint-Gloud dans la nuit du yendredi au samedi;
k duc de Bordeaux et Mademoiselle ai* saient à plusieurs reprises : Comment , vous n^avez pas de souliers? ils ne pôutaieht pas i^bmpFendre.qu'on n'en eât]pas.
M'^laDauphine contemplait ccttescène en silence^ Tëtonnement de ces enfants la faisait sourire; .pour sa propre part^ elle comprenait fort bien qu'on n'eût pas de souUers; la petite-fille de Maric-Tïié* rèse avait /ait de bonne heure , dans la tour du Temple « Tapprcntissage de la gène (i) ; et quelle est la femme qui,
et, en cette ôceuFrènce, M. de Damàs^, M.dèLa^ vitatte et les autres officiers attachés à la personne du jeune prince ne furent occupés que d'une seule pensée, celle de veiller sur un dépôt aussi précieux; tout entiers à ce soin , ils ne songeaient' à rien do ce qui leur était propre : leurs gens n*y pensèrent pas, ou les abandonnèrent', de sorte que tous ces messieurs n^ânquaient des choses les plus indispensables. (i) r^aguère encore, Madame là Dauphi«re était arrivée à Rambouillet dans le plus grand déhùment.
lions involontaires; fe l'ëcoutaîs attentivement parier ; les mots qu'elle prononçait étaiei^ choisît quoique Êimiliens. Lorsque cette printesse cénifeencè «n discours, une question ^ elle Surprend à son début par la gravité de son organe, mai^ peu à peu sa vdi?t ^adoucit , le timbre en
devient plus clair^ et sa coiiversâlion, pour peu qu elle soit Isoutenue , offre beaucoup de charmes.
Une Uùtré dame vint bietitôt après remplacer soaddnie la Dauphihe dans cette r^éuniôh/, te fut ttiadàme 1^ baronne de Dànias^ teëré dû gôttvfet-nietir du duc
après un tel exiemple, ne se consolerait \
pas d'être obligée^ dans iin revers de fortune , de se servir ^elle-même. Les Bourbons ^nt tout illustré jusqu'à la pauvreté. . ^ Madame la Bauphinenoû^ quitta au
bout de quelques instants à mon grand if
regret, quoiqu'elle mie causât des distrac- |
de Bordeaux ; madame de Damas venait d'arriver à Valognes ; elle se trouvait dans une de ses terres au fond de la Bretagne lorsque le mouvement de Paris éclata. Tremblant pour ses deux fils , elle partit aussitôt pour venir les joindre , sans trop savoir où elle pourrait les retrouver ; enfin , ayant acquis la certitude que la famille royale allait s'embarquer à Cherbourg , madame de Damas se dirigea vers le Cotentîn, et entra dans Valognes un jour après les princes , heureuse de pouvoir embrasser ses deux fils partant pour un nouvel exil.
Madame la baronne de Damas était une des personnes de son sexe que M. le duc de Bordeaux voyait avec le plus de plaisir aux Tuileries ou àSaînt-Cloud. Aussi la reçutil d'une manière toute particulière dans son petit entresol de Valognes; il la pria 4e lui raconter comment elle avait pu venir de si loin, ce qui lui était arrivé; il fit
à son tour une petite narration de ce qui le regardait, avec une retenue et des formes parfaites, sans plaintes , sans irritation.
Il était plus de cinq heures du soir ; M. le baron de Damas rentra. Je lui soumis ce que j'avais fait ; il me donna la permission d'aller dîner , en me prescrivant de revenir aussitôt après mon repas.
Mais, comme dans ce moment je paraissais peu emptessé4e Jouir de ma liberté, madame de Damas voulut bien me proposer de l'accompagner dans l'intérieur de Thôtel pour faire quelques visites aux prinxesses et aux dames de leur suite. On conçoit que je me trouvai trop heureux qu'elle m'eût donné la préférence. Madame de Damas fut la seule dame française
n'ayant aucune fonction à la cour, qmyînt prësentclr seshommages àis^familleroyale.
Nous allâmes d'abord chez madame de Saint-Maure, qui conduisit madame de Damas chez madame la Dauphine. Je n'entrai point dans le salon où se trouvait la princesse. Madame de Damas en sortit après une assez longue visite, et désira se ref idre chez madame la duchess ede Berry.
Nous trouvâmes Son Altesse Royale sur le seuil de la porté dé soiî appartement ; eille venait de reconduire madame de Charette , qui était accourue lui présenter ses devoirs, accompagnée de son mari.
Apercevant madame de Damas, là duchesse de Berry la pria d'entrer, et eut ^a bonté de me faire la même îrivifation» Il i^égnait dan^ la chambre oà nous reçut Madame un assez grand dés-^ ordre, fqrt naturel au moment d'un pareil départ. Une table ronde qui occupait le milieu de la pièce était couverte cja
mille objets divers , et sur Iç bord de cette table se trouvât posé un sac d*argent dé«^ noué. Madame la D4iehe$se, tout eii parianl; à madame de Damas pour lui demandcç des détails sur les dîfficfultés qu*eUes avaient éprouvées avant d'arriver à Valognes v^ marchait dan^ son appartéimèM ; elle heurta par mégârdé ce sac d'argent qui baillait, et en fit tomber quelques pièces dc^ cinq francs. Je me précipitai pour 4c5 ramasser ;. Son Altesse Royale en releva «UêinèBie plusieurs.. « Il ne faut- pas les perdre /dit^elle en riant, nous n*en avons pas trop. Combien croyet^-votfô , Madame de Damas ^ 4]ue les botirséè réunies de la famille royale peuvent foitner eh tnassé ? »
Madame de Damas répondit eh désignant une somme de plusieurs centaines de mille francs. Madame la duchessede Berry sourit, et dit : « Nous possédons tous ensemble
quarante mille francs environ » ( i ). Grande
(i) £a arrivait à Cherbourg, les princes trou-
fut notre surprise. Cet aveu pénible ne changea en rien le ton agréable de Son Altesse Royale : elle parla des événements avec vivacité , mais sans amertume. c< Je voudrais bien savoir, disait-elle, comment on se trouve actueHement à Paris ? £t mon pauvre Rosni! J'espère qu'il ne lui arrivera pas de malheur ! » Madame de Damas se retira après une visite d*un quart d'heure. Je la reconduisis à son logement situé à l'extrémité de la ville. Un riche habitant de Yalognes\ chevalier de Saint- Louis , s'était empressé de lui offiir un ap- • partement pour elle et pour son (ils Alfred. J'allai dîner dans une bonne auberge totalement envahie ou par des gardes-ducorps ou ^ar des propriétaires des envi-
vèrent six cent mille francs , apportés par M. le général Girardin ; le nouveau gouyemement faisait an Roi cette avance sur la vente de ses bois ; mais il y mit la condition de n'effectuer la remise de cest fonds qu'au lùoment de l'embarqueroetit.
^97 rons, accourus pour voir la famille royale.
J'eus beaucoup de peine à trouver une place ; enfin on mit mon couvert sur une petite table occupée par M. Weyler de Navas, sous-intendapt de la maison militaire du Roi, le seul du corps des intendants qui accompagna partout le Roi; il accoiïiplit ses devoirs jusqu'au bout (i); il fut le seul , je le répète, de ce corps des intendants militaires qui englobent tout, qui dévorent tout, qui embrouillent tout, enfin les doctrinaires de Varmiéc. M. Vi^eyler de Navas était uqc
(i) M. le baron de Clarao, intendant de la maison militaîre du Roi et député des Basses-Pyrénées, se trouvait dans son département par l'effet des élections, au inoment de la révolution de i83o. Certes ij eût fait exception, de même que M. Weyler de Navas, s'il eût été à Paris; il accourut à la nouvelle des événements de juillet, vint prendre sa place à la c^ambrcL des députés, et défendit avec zèle les droits de la branche aînée des Bourbons.
f ëtitakie pla#ite exotiqoe poussée par hasard daas le jardin de ('intendance mililaire;'}! déploya un zèle prodigieux pour les intérêts, nôn-seulOTient àes gardesdu-eorps,' mais encore de tous les officiers qui avaient accompagné la famille royale.
Bans le courant du yoyage dès princes, d se rendit à Paris , et sut exposer si bien Id situation pénible des gardes , privés de là sdWe de juillet , qu'il obtînt du mare* Aa\ Gérait une somnié assez forte pour acquitter une partie de Tarriéré. Les soins et les^ peines infinies que prit M. dfe Wey* 1er, stimulé par l'amour du devoir, ne peuvent être appréciés que par les militaires qui ont été assez malheureux pour élre mêlés à des commotions politiques.
Je me rendis chez M. de Damas vers les sept hçures du soîr. Des officiers de toute arme remplissaient la chambre qui servjait de salon; "la conversation était générale, elle avait pour sujet la remise des éten-
^99 darts des gjardes-du-cprpd. M. le duc dé Bof de^qx rectifia le^ e^pjfessions que quelques personoas pr^taiept au Roi» dans le discours qiip le n^onarque avait adresse à la deputafioff dç^ ççoipiagoies. M. de Bar* bançois/ qui remplaçait M. de Daaias^ absent pour le BDqiiieot, aunonça qiie Fhçure d« cQucher 4a prîjace apfirachaite peu à peu tout le monde se retira ; îl ne resta qjLie les personties attachées à S. A. Bj. Je ^'éMtîs^^ a^sî^ wr U» vi^uiç fauteuil dal-
masse ; M^ le duc de Bordeaux rint. se placer k cheval s^r mes geuoux pour se faire hs^àncer; je me, prêtai h cette fantaisie, qui me rappelait des jeux que jp n'ai plu^ revu. Pendant que je tenais le j^une pripce wr ri^î^ gçAôux, je lexiquestîouiwii pour sa vQir,® h VQyftgfs <iu'itTer i^ait (Je f^ire depu^ gaint-Clij^d avait 4?'rjing^ l^. babiftidie^ di5 sa vie; Il ntap^ prit que ses étudç^ «'^yi^i^oJ jlimfcis «té ipte^roin^nue^ ; c»M M. Barauide continuait
3oo
à lui donner des leçons , non-seulement au moment des haltes , mais encore dans la voiture; mais tous n'étef point astreint, lui dis*je, à ces visites de rigueur, que vous rendiez à différentes heures de la journée au Roi , à M. le Dauphin , à Madame la Dauphine et à Madame la duchesse de Berry, et je sais qu'il fallait être exact. Certainement il fallait Têlre, répondit le duc de Bordeaux; d*abordchez le Roi, c'était toujours à l'heure fixe, chez ma tante un peu avant, et chez maman un peu après.
Je restai ébahi en entendant cette réponse, qui peignait d'une manière admirable le caractère des trois augustes personnages ; l'enfant n'y mettait pas d'afiTectation , il y avait en lui trop de naturel. Je n'eus gsg^e de commenter ses paroles , et l'enfant ne se *douta point d'avoir dit un mot des plus spirituels.
Notre petit à parte fiit interrompu par
3oi Tarrivée de Madame la duchesse de Berry et de Mademoiselle , qui sortaient de chez le Roi. Madame la duchesse de Berry vou»
lait voir son fils avant de rentrer chez elle ; elle lui roula la tête dans ses mains,et l'embrassa d'une manière passionnée. Allons, je suis bien contente , tu te portes mieux (]uc hier matin ; mais demain , mon pauvre enfant, tiens-toi bien, car la mer va te secouer. — Maman , M, de Danias m'a dit que, pour résister aux secoures, il fallait vouloir ne pas 'être malade et rien ne m'empêchera de ne pas vouloir être malade. — Je te le souhaite, Bordeaux, nous Verrons. — Dans ce moment , Madame la duchesse de Berry adressa à Mademoiselle , je ne sais pour quel motif, quelques mots en italien ; la jeune prin" cesse répondit dans la même langue^ en Fentendant , sa mère fit un geste d'impatience : « Ma fille f vous ne pourrez ^onc jamais prononcer ce %iot » M. Barande
3a2 pitAânt alors la pdrole : c Je crois , Madame^ qu'il y a dans la langue italientie plusieurs mots fort difficiles à prononcei*; il ékï existe un bien célèbre à cause des V^pes Siciliennes ^ Ciceri , je crois. — Coinmen} ^ dites-vous , reprit Son Altesse Royale, en riant. — M. Barànde répéta le mot. —Ce n'est pas du tout cela : voyons M» de! Barbançois , prorioncei - le. — Ci* cm, dit M. de Barbançois. — Oh, que vous en été» loin. » Mon tour vint également, et |e ne fus pas plus hieureùx que les autiresL k Voyons , toi , Boivl eaux.— Crcm.
-^-Commfeut ^ Ciceri *— Il u le dis plus mal que tous ces messieurs. — Eh bien c'est égal, dit te jeune priûce en frappant* du pitd , <'edt un vilain rtiot— Oui, certes , nion fils^, c'est un vilain mot ,^ nu taîot afi*reùK, câril àèi?vit de .Signal p5ur massacrer Ae^ Ibmçàis. » Madame là dùchessé do Berry prjDôon^ <fetté phi-aèé d'iihe niantère solennfelleT^eèrtttti* rauraît' dite
BlËinche de Castille. Eh ! dans qnel mo-' mcnty bon Dieu I *
Les belles paroles que la duchesse.de Berry venait de prononcer retentissaient encore, lorsque M. de Damas arriva. Les deux princesses se retirèrent chez elles.
M. de Damas me ditrccMon cher Ma^as, je vais vous dire une chose qui vous affligera sans doute ; nous ne pouvons vous emmener : les deux paquebots sont beaucoup plus petits que nous l'avions d*abord imaginé,, de sorte que la liste des personnes qui doivent s'embarquer a été diminuée de la moitié, et vous avez été compris dans la suppression, com%ie n'étant pas pour les princes d'une utilité absolue. » Je m'en affligeai ; car, ayant déjà fait le sacrifice ,
3o4 î'aTais écrit à ma famille que je suivrais les nobles exilés. Le duc de Bordeaux témoigna des regrets avec une vivacité qui me dédommagea en partie de ma disgrâce.
L'heure du coucher étant venue , Ton se mît à la prière du soir, comme aux Tuileries et comme à Saint-Cloud. Le jeune prince la fit à haute voix : nous étions rangés à genoux autour de lui. La simplicité de cette prière , dans un pareil moment , aux portes de Texil^me toucha mieux que la plus pompeuse cérémonie : je ressentis une profonde émotion. Le duc de Bordeaux se déshabilla, et alla se coucher dans son petit réduit , en disant plusieurs fois : M. de Damas , Je né veux pus être malade sur mer^ vous verrez. M, de Damas m'ordonna de revenir le lendemain gr.ndm.tfa. '
Je me retirai et allai passer le reste de la soirée <Aez M. le comte de Trogoff. Je
iv'
trouvai chez lui plusieurs officiers généraux, MM. Crossard, de ttîntzinger, Gressot , etc. La conversation était fort animée; elle avait pour objet la conduite tenue, dans les circonstances présentes^ parles hommes de la cour. M. de Trogoff^ avec sa verve pittoresque,foudroyait,en les désignant par leur nom , les personnes qu'il jugeait ne pouvoir se dispenser de se trouver à Valognes , soit par leur naissance , soit parleur emploi , soit par les bienfaits dont ils avaient été comblés. « Je' conçois, disait-il, que Ton n' émigré pas, mais au moins fallait-il accompagner le monarque et sa famille jusqu'au navire qui nous les ravira demain : l'amertume du calice eût été adoucie par ce pieux empressement. » Alors tous ces messieurs passèrent en revue les hommes de la cour, que la prudence avait retenus à Paris.
Chaque nom provoquait un déluge d'épi-
thètes plus mordantes les unes que les au-
très ; enfin on prononça le nom d*un pei*-" sonnage fort connu, a Ah , reprit M. de Trogoff^ il est si plat , si plat qu'une punaise est relevée en bosse en comparaison de lui. » Ce singulier parallèle nous arracha des rires immodérés : la comparaison était d'autant plus désespérante que l'homme dont on parlait était fort gros.
Je sortb vers dix heures de chez M. de Trogofif , et je pris le chemin d'une auberge dans laquelle j'avais pu me procu^ rer un lit avec bien des difficultés. En traversant la principale rue, je vis tous les cafés remplis de gardes-du-corps et d'officiers de toutes armes. L'on entendait, dans chacune de ces maisons, une vive rumeur causée par les conversations particulières. L'envie me prit d'entrer, quoique mes habitudes m'aient toujours éloigné des cafés ; mais j'étais curieux de connaître Tesprit général qui dominait dans ces conversations* J'espérais y trouyer des personnes de
fna connaissance ; en effet, à peine fus-jé entré, que plusiëiirs officiers et gardesdu-corps vinrent au-devant de moi ; je m*assis avec eux. Il régnait dans cette assemblée une exaltation extrême, non qu'elle fût causée par Tintempérance ; ces officiers ne prenaient rien, ou à peu près ; mais chacun raisonnait sur les événe*^ ments, et comme j'étais avide de détails, je prêtais une grande attention; comme tout ce qu'ils disaient se rapportait à Tobjet qui m'occupait le plus , le moindre mot devait m'intéresser. Je sortais d'une maison où j'avais vu des hommes d'une position élevée; dans ces cafés, je retrouvais le peuple de la fidélité, si je puis m'exprimer ainsi; il faisait pleuvoir les sarcas-* mes sur les absents de Yalognes , mais en termes fort crus ; ces mouvements d'indignation s'adoucissaient cependant par le récit de quelques traits touchant, relatifs au Roi et aux princes : la remise des
drapeaux avait remué au deraier degré les corars les plus froids.
J'entendis rapporter une seconde fois des détails qui avaient trait au projet non exécuté , de conduire le due de Bordeaux k Saumur ; on cita même plusieurs officiers des gardes-du-corps désignés pour escorter le prince ; j'ai conservé le souvenir de deux noms : celui de M. de Courbon et celui de M. de Naylies ; au reste ^ personne ne disait comment Texécution de ce projet avait manqué. Un of* fider raconta qu'un autre parti fut pro^ posé au Roi avant son départ pour Rambouillet; M. le duc de Laval-r]\fbntmDrenci, axnbassadeur à Londres ^ regagnait le pcHt de Calais lorsque les ordonnances virent le jour. Ayant appiis le soulèvement des Parisiens , au moment de s'embarquer j il revint précipitaonnent sur ses pas j arriva dans ia capitale au moment où la retraite des troupes royales assu^
rait le triomphe des Parisiens ; il se ddguisa et parvint à gagner Trianon dans la journée du samedi; il proposa au Roi de conduire àParis là duchesse deBerri et son fils 9 mais seul , sans escorte et sans gardes; le Roi s'y refusa> malgré les vives sollicitations de M. de Laval , que madame la duchesse de Berri elle-même ap* puyait : le Roi agit prudemment Dans ce moment d'effervescence , les Parisiens eussent écraséde pavés Tenfant royal, sa mère et leur noble conducteur. M. de Laval disait que c'eût été d'un bel effet que de voir un Montmôrenci ramener le duc de Bordeaux dans la capitale de la France. Sans doute ce spectacle aurait touché quelques âmes , mais ce rêve brillant honorait celui qui venait de le faire et prouvait qde M. de Laval connaissait rhistoire de sa famille: chose qui n'est pas commune chez les grands^ Il se représentait le connétable Matliieu de Montmo--
3io renci , ramenant , d^Qrléans à Paris , le jeune Louis IX, qu'un rassemblement formidable de barons rebelles voulait enlever sur la route ; mais à cotte époque (1227), Mathieu de Montmorenci avait cinq cents vassaux ou arrière - vassaux qui tenaient toujours à son service cinq ou six mille hommes bardés de fer ; au-* jourd'hui tous les Montmorenci réunis ne feraient pas mouvoir un homme ; le maire du plus petit village de France a plus d'autorité que les derniers rejetons de cette race illustre : les siècles ont marché. Un Montmorenci ne paraissait jadis que revêtu d'une cotte d'armes, et la têle chargée d'un casque d'açîer; maintenant il porte le même frac et le même chapeau que son valet.
Dans un autre groupe , placé à l'extrémité de la salle, je distinguai un gardedu - corps d'une taille fort élevée , qui parlait avec beaucoup de chaleur; ceux
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qui Tentouraient semblaient récoulcr avec enthousiasme; nous nous approchâmes de lui pour grossir le cercle. Ce garde-ducorps se trouvait en congé au moment clés événements ; il accourut et arriva à Paris quelques jours après le départ du Roi ; il avait rejoint l'escorte à Saint- Lô, et pris rang dans sa compagnie ; il racontait à ses camarades ce qu'il avait vu à Paris depuis la conclusion des événements. Lorsque je m'approchai, il parlait de l'héroïque conduite du marquis de Latour-Maubourg , gouverneur des Invalides, ancien liiinistre de la guerre. Ce brave général , disait ce garde- du - corps , a reçu quatorze sommations pour descendre son drapeau blanc ; il l'a conservé jusqu'au départ du Roi pour Rambouillet.
Le Roi suivait avec un télescope le mou-r vement des pavillons ; enfin il vit tous les drapeaux blancs disparaître successive-»
ment des divers monuments ; on les rem^
plaçait aussitôt par la flamme tricolore ; na seul restait , celui des Invalides : les vétérans de Tarmée devaient donner cet exemple. Le Roi, pénétré d* admiration ppur une* telle conduite-, écrivit au gou^ verneur une lettre daias laquelle se trou^ vait cette plirase touchante : «c Votre dra^ peau seul me console , car il reste sans tache. » M. de I^atour - M aubourg avait recueilli dans Thôtel des Invalides les élèves de Fécole d'état-major et leur digne commandant , M. le général d'iiautpoul :
ces jeunes gens montrèrent beaucoup de dévouement , et lorsque les insurgés du faubourg du^ Gros -Caillou, joints à des masses de parisiens, eureqt forcé les grilles de l'hôtel, les élèves de l'école d* état-major se groupèrent autour du gou-* verneur pour le défendre. Les insurgés, irrités de la longue résistance du commandant des Invalides, pénétrèrent jusque dans l'intérieur des appartements pour le
chercher et le punir de son couiage. M. de Latour-Maubourg , se traînant péniblement sur la seule jambe que les boulets russes lui avaient laissé^vînt au-devant des faubouriens, et, comme un nouveau Gbr ligni , les retint par sa noble assurance , en bravant leurs cris fëroces.M. le général d'Hautpoul, craignant pour la vie du ^ gouverneur, se plaça devant lui pour le couvrir de son corps : Approchez, misérables, leur dit-il, vous me briserez avant de le frapper. Enfin , le concours d'une masse d'officiers des Invalides et des élèves d'état-major garantirent l'un et l'autre; Ton n'eut pas à déplorer un crime. Les chefs de ces rassemblements d'hommes armés, înterpelèrent vivement M. le marquis de Latour-Maubourg. On vous accuse, lui dirent-ils, d'avoir livré vos
provisions à la garde. Oui, certes, je l'ai fait, répondit le gouverneur, le seul regret que j'éprouve c'est de n'avoir pu lui en
3i4 fournir en plus grande quantité. — AUona, ajoutèrent ces chefs populaires , vous êtes pardonnable ptdsque vous navez pas tire sur les parisiens. —Certes, je l'eusse fait si j'en avais reçu Tordre du Roi- M.Iiatour- Maubourg se retira immédiatement après que la force matérielle eut placé le drapeau tricolore sur le dôme, il cessa ses fonc-^ tions et quitta ThOtel des Invalides.
Le récit du garde-du^corps transport^ d'enthousiasme tous les auditeurs : les belles actions sont toujours fort bien ap-^ prédées par les ma$ses.Personne n'ignore que M. de Latour-Maubourg abandonna cinquante mille francs de traitement, quoiqu'il ne fut pas riche, pour rester fidèle à ses serments. L'on sait aussi qu'il se condui-r sit à la chambre des pairs comme à Vhôr tel des invalides.
Au reste , M. Latour-Maubourg ne fut pas le seul qui garda quelque temps son drapeau. Quoique prise au dépourvu »
Tannée n'offrit pas de ces défections notables qui impriment à Thonneur national des taches ineffaçables. M. le général Despinois conserva son drapeau blanc plusieurs jours à Nantes ; M. Donnadieu agit.
de même à Tours , M. le général Partouneaux le conserva à Marseille jusqu'au 7 août , M. Petitjean , au fort Lemalgue , jusqu'au 9 ; M. de Saint-Belin , colon^ du 3* de cuirassiers (}e régiment dont le duc de Bordeaux portait l'uniforme ) » se défendit long-iemps à Lille dans ses casernes , ne voulant pas quitter son étendart M. de Bruc , chef d'escadron au 4* de chasseurs , en fit autant à Verdun. Cet officier-supérieur, aussi déterminé que fidèle, s'enferma dans ses quartiers avec deux escadrons, et conserva pendant plusieurs jours sur sa porte le drapeau blanc malgré toute la population soulevée. Dans la marine , plusieurs officiers se conduisirent avec fermeté. Je citerai, parmi ceux
que je connais i M. Duplessis-Pascau » parent de M. le vicomte de Ghâteaubdant, ca-»
pitaine de vaisseau , qui brisa son ëpée ; et Mk de Flotte» petit-neveu de l'amical de Suffren; H. de Flotte était en mer lorsque Tordre fut porté à son bâtiment d'arborer les couleurs tricolores. Il se démit sur4ech^mp de son emploi/ et ne consentît â aid^'de ses lumières le commandant ^ dans la conduite du vaisseau , qu'a condition que le drapeau tricolore ne serait
pas hissé tant que M. de Flotte serait à
bord.
Le récit des belles actîcms de M. de I^atour-^Maubourg fut suivi d* un autre moins agréable; la mort tragique d'un gardedu-corps était devenu le sujet d'une nou-^ velle conversation. Ce militaire , nommé Pichon, le plus ancien de la coii]q[>agnie de Luxembourg , se laissa tellement frapper de la gravité des événements de juillet, que son moral s'en affecta au point qu^il
3i7 mit dans sa conduite une certaine fai^ blesse. Cependant il suivît jusqu'à Rambouillet, et, s^maginant que ses camarades le voyaient d'un mauvais œil , il se crut déshonoré pour toujours , et se brûla la cervelle. Il fut enterré à Rambouillet , et les gardes de sa compagnie, sensibles à son malheur, accompagnèrent tous le convoi.
Je quittai ces braves jeunes-gens , et je gagnai mon gîte. Pour clore le récit des événements d'une journée aussi remarquable que celle du i5 août, je dirai que dans la soirée nos princes ^reçurent deS nouvelles directes du Palais-Royal. M. le maréchal Maison eut connaissance de ce fait, mais Içs deux autres commissaires rignorèrent entièrement. Il viendra sans doute un temps , où , dans Tintérét de la vérité historique, il sera permis de lever le voile qui couvre encore le drame de i83o.
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