CHAPITRE XLII
Fondation d'un couvent de Colettines à Amiens.
Le 15 mars 1443, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, signait à Gand l'acte suivant en faveur de sainte Colette.
« Philippe, par la grâce de Dieu, duc de Bour- « gogne, etc., à tous nos connétables, barons, « officiers, etc., salut et dilection.
« Comme la religieuse et dévote (notre bien- <( aimée en Dieu) sœur Colette, de l'ordre de « Saint-François, nous a fait exposer que pour <■■ peupler les nouveaux couvents que naguère « elle a fait construire en notre ville d'Amiens « et autres villes de nos Etats, pour y mettre et « instituer des religieuses de sa règle et obser- « vance, pour y demeurer et vivre en pauvreté, « et nuit et jour insister et vaquer en prières et « oraisons et au divin sacrifice, et pour aucunes « autres affaires de sa dite règle et observance, « elle ait intention de venir de nos pays de « Bourgogne où elle est de présent, jusques à « notre ville d'Amiens et ailleurs en nos pays « et seigneuries, en ses maisons et couvents et « d'y mener à ces effets un certain nombre de « religieux et de religieuses, etc., etc. »
Ce sauf-conduit ou passeport était donné pour 40 personnes.
Le cœur de sainte Colette, animé par l'amour fraternel, goûtait donc enfin une consolation bien douce ; il obtenait la réparation des échecs éprouvés au début de sa mission dans sa patrie. Ce n'était pas un misérable sentiment d'amourpropre satisfait, triomphant, qui réjouissait la grande âme de la réformatrice. Elle était heureuse de voir réparer le scandale et disparaître en partie les maux produits par un aveuglement obstiné. Au centre même de la Picardie, dans la capitale de cette province, s'élevait un monastère que ses religieuses pourraient bientôt habiter.
Parmi les seigneurs de la cour du duc de Bourgogne et les conseillers les plus intimes de ce prince, se distinguait alors un noble et pieux gentilhomme, Philippe de Saveuse, gouverneur d'Amiens et d'Arras pour le duc de Bourgogne, à qui ces villes avaient été cédées par le traité d'Arras . Sincèrement chrétien Philippe de Saveuse ne pouvait rester indifférent à l'œuvre tout à la fois catholique et sociale, entreprise par sainte Colette. Heureux de voir enfin à Hesdin celle dont la renommée racontait de si grandes choses, il lui offrit ses services et mit à sa disposition sa fortune et sa personne. Il fut convenu que sa première œuvre serait pour Amiens. Il obtint d'Eugène IV une bulle d'érection datée de Florence le 7 juillet 1442. En
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même temps, il achetait une propriété convenable pour son dessein, en face de l'église paroissiale de Saint-Sulpice et de l'hôpital Saint- Jacques, dans le quartier rapproché de la citadelle.
Dès le mois de janvier 1442, à la requête de sainte Colette, le roi Charles VII avait accordé de Montauban des lettres d'amortissement et par une lettre spéciale, il avait recommandé aux autorités civiles et militaires de traiter la vénérable Mère Colette avec les égards dus à sa vertu qu'il louait beaucoup.
Dans l'acte officiel d'amortissement qui est en latin, quoique dans ces pièces on soit ordinairement bien sobre d'éloges , il parle ainsi : « Pour nous, marchant sur les traces de nos « prédécesseurs, à ces frères et sœurs et reli- « gieux très-dévots, loués de tous, comme nous « le témoignent plusieurs personnes dignes de « foi et qui attestent leur vie pure, leur dévotion « fervente et leur haute contemplation, nous « accordons...
La reine avait uni sa recommandation à celle du roi, elle disait : « Nous avons su que puis « trente ans et plus, par le moyen d'une dévote « religieuse, nommée sœur Colette, plusieurs « couvents de l'ordre et religion de Sainte-Claire c ont été réformés au pays de France et autre « part, à la gloire et louange de notre Créateur « et à l'exaltation de notre Mère la sainte « Eglise... »
En même temps que ces lettres, dans l'assem" blée de l'échevinage du 13 juin 1445, fut lue aussi celle du duc de Bourgogne ; avec un ton plus accentua de maître, elle exprime des pensées très honorables pour sainte Colette et pour ^e prince chrétien qui l'adressait aux habitants d'Amiens. La voici tout entière.
« Notre amé et féal con-eiller et chambellan, « le seigneur de Saveuse fait édifier un couvent « pour dévote religieuse sœur Colette et ses « pauvres sœurs et pour ce que nous avons af- « fection singulière aux dictes religieuses d'i- « celle et que désirons le bien et augmentation « d'icelle, nous escrivons par devers vous. Man- « dons et requérons et arrêtons que, en tant « que elles auront (rapport) avecques vous ou « aucun de vous pour le bon soustènement et « entretènement de leur dict couvent, vous les * vouliez aider soustenir et favoriser de vos « pouvoirs pour l'amour et révérence de Dieu, « principalement comme aussi pour l'amour et « contemplation de nous. Car avecques le mé- « rite que pouvez vous acquérir vers Dieu vous « nous ferez un singulier plaisir. » Dijon, 5 décembre.
L'achevinage d'Amiens n'accorda point immédiatement ce que lui demandaient de si hautes et si puissantes autorités. Nous ne l'en blâmons pas. On aime à trouver dans ces siècles calomniés une grande indépendance municipale .
Quelques mois plus tard, 4 février 1443, le sei-
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gneur de Saveuse rappela cette affaire à l'attention des magistrats, ils remirent encore la décision à un autre jour. On voit dans le procèsverbal de la délibération que le couvent était dès lors bâti.
Enfin, le 20 février, ils acquiescèrent à l'arrangement proposé par le seigneur de Saveuse. Ils consentirent à l'amortissement, mais ne sacrifièrent point les intérêts de la cité. En effet, ils stipulèrent en leur faveur une rente de 47 livres au lieu de 27 à 28 livres que produisaient les biens amortis. Voici ce qu'ils disent :
« De tous nos cœurs désirons l'augmentation * du service divin en la dicte ville et habitation « de bonnes et religieuses personnes qui dévot tement prient Dieu pour le Roi notre seigneur, « la Reyne et leur noble progénie, pour notre « seigneur le duc et madame la Duchesse, pour « le bon état du royaume et le bien de la dicte- « ville et des habitants d'icelle et non? incli- « nant à la dicte requeste. »
On vflit que ces bourgeois du XV* siècle, pour être pleins de foi, n'étaient pas moins bons gardiens des intérêts temporels de leur cité (1).
Il survint d'autres difficultés. Le curé de Saint - Sulpice, le chapitre et l'évèque lui-même, Jean Avantage, élevèrent quelques réclamations et firent opposition pour sauvegarder les droits qu'ils avaient.
(1) Ces faits et ces citations sont tirés des archives municipales d'Amiens.
Le curé de Saint-Sulpice se croyait lésé dans ses droits curiaux et pensait que la présence de pauvres volontaires causerait un détriment aux pauvres de sa paroisse. C'était le raisonnement de la sagesse humaine ,1a solution d'une question de charité par l'arithmétique. Il est vrai qu'une quantité limitée produit des portions plus ou moins petites selon le nombre des ^partageants ; mais rien de plus puissant pour faire affluer les aumônes sur un point et accroi^a charité, que la pauvreté volontaire. Elle > distri bue les biens qu'elle abandonne et accroît le détachement et la générosité des riches qui restent dans le monde. -
Les intérêts du curé de Saint-Sulpice furent sauvegardés, et il comprit mieux ceux de ces pauvres. C'est pourquoi un acte réglant cette question fut dressé en 1443.
Le chapitre avait quelques droits seigneuriaux qu'il devait défendre ; il n'en était que le
^évêquedAmiens se préoccupa des questions de juridiction, surtout pour l'avenir. On ne se trouve pas toujours en présence des saints. Ils ont pour successeurs des hommes infirmes comme le reste des mortels. Des faveurs trop facilement accordées ouvrent, quelquefois la porte .-. -les abus déplorables. Les questions pendantes entre l'évèque et le nouveau couvent furent terminées par un acte solennel, dans lequel 1 abbesse et les sœurs, tant en leur nom personnel
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ou'au nom de celles qui devaient leur succéder promirent de ne rien faire qui put léser es droite ou l'autorité du prélat. Ainsi : 1» on n admettra à l'inhumation dans le monastère que ceux qu auront élu leur sépulture sans fraude; 2 les père3 députés au service du couventne pourront administrer les sacrements de 1 autel, du mariage, de l'extrème-onction à ceux qui son étrangers au monastère ; 3- on respectera ^ les interdits de revenue d'Amiens. Ces pointe avaient été disentés avec tout le calme et a charité désirahle, car le litige £«™*£»£ marche des travaux. Les parties étaient s. assu rées de s'entendre qu'avant la solution définitive l'évêque d'Amiens bénit le cloître, consacra l'église, et le chapitre prit part à ces soleu-
n Outre ces oppositions de la part des autorités de divers degrés, il y en eut d'antres venant de reli-ieux déjà établis dans la ville d Amiens. Elle°s contribuèrent beaucoup à fortifier les premières. L'homme se retrouve partout avec ses faiblesses et ses petitesses, hélas ,. trop peu réformées, trop peu combattues. PI» ^ou moins déchus de leur règle primitive, les Frères-Mineurs, les Dominicains, les Augustins ne pouvaieu sans un certain déplaisir voir arriver des penses, dont l'austère régularité serait pou eux un reproche continuel. L'élan qui allait porter vers elles la population catholique pouirait diminuer leurs moyens de'xistence. Ils firent
circuler des libelles défavorables. Le confesseur de sainte Colette se vit obligé de répondre par un écrit plein de charité et de modération, mais solide et vigoureux qui est conservé au monastère d'Amiens. Le commencement en ayant été rongé par le temps, on l'a attribué par erreur au P. Henri qui était mort depuis plusieurs années. C'est donc le P. Pierre de Vaux qui l'a écrit. Nous avons puisé dans ce document si sûr les renseignements précédents et ceux qui suivent.
Or, en ce temps, les erreurs fourmillaient ; les Bohémiens et les Hussistes se répandaient partout pour semer leurs hérésies . On exploita donc facilement contre sainte Colette et son. œuvre le danger des nouveautés. Mais Pierre de Vaux répondit à ces insinuations malveillantes ; et pour démontrer à tous, même aux moins bienveillants, que l'entreprise de la vierge de Picardie, loin d'être téméraire et dangereuse, était l'œuvre de Dieu lui-même, il rappelle la soumission profonde de sainte Colette à l'Eglise et à ses pasteurs ; la mission qu'elle en avait reçue, la faveur dont l'honoraient les prélats et les princes ; l'empressement de tant de cités chrétiennes à bâtir des couvents ; les vertus héroïques qui se pratiquaient en ces nouveaux monastères. Qu'on ne craigne pas la diminution des aumônes. Tous les religieux dans les villes où sont déjà des couvents réformés, pourraient attester qu'elles augmentent plutôt que de diminuer.
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A la fin de 1443 ou dans les premiers jours de 1444, sainte Colette, profitant du sauf-conduit du duc de Bourgogne, emmena de Besançon une nombreuse colonie composée de religieuses choisies dans les monastères voisins . Parmi elles se trouvaient les filles du roi Jacques de Bourbon et sa petite-fille encore enfant, que Bernard d'Armagnac avait confiée à ses tantes pour l'élever dans la pratique des vertus chrétiennes. La pieuse caravane arriva à Amiens à la fin de janvier 1444. En effet, le 26 de ce mois, fête de saint Polycarpe, l'évèque d'Amiens, sans être arrêté par les contestations à résoudre , bénit solennellement le cloître et mit les religieuses en possession de leur demeure. Ce fut une fête pour la population et un triomphe pour la réformatrice. L'autorité municipale, animée de sentiments chrétiens, voulut prendre part à la fête et y contribuer ; on voit, en effet dans les comptes de cette année pour la ville d'Amiens, cette mention curieuse : « Au Saumon d'argent, « le cinquième jour de mars, deux kaines de vin « à dix-huit sous le lot pour sœur Colette qui « était nouvellement venue en cette ville, pour « ce neuf sous, au double Chercle, le dit jour, « deux kaines de vin à seize sous le lot, pour « elle comme dessus, pour ce huit sous. »
Il est probable que ce ne fut pas le seul acte gracieux de la municipalité d'Amiens envers l'illustre abbesse qui venait se placer sous sa protection. L'éclat de ses vertus, qui avait triom-
phé de l'obscurité de sa naissance et des ténèbres où elle voulait se cacher, les merveilles par elle opérées et racontées par la renommée, l'appui des grands de la terre, la noblesse des disciples qu'elle conduisait avec elle, tout devait concilier à sainte Colette la vénération, le respect, la sympathie et le concours de la capitale de la Picardie.
Jeanne de Bourbon, l'aînée des filles du roi Jacques, fut chargée de gouverner le nouveau monastère en qualité d'abbesse.
L'année suivante, le 23 avril 1445, l'église fut enfin consacrée sous le vocable de Saint-Georges et de Sainte-Claire.
Des auteurs récents, trompés par quelques notes manuscrites d'assez fraîche date, prétendent que ce ne fut qu'en cette année 1445 que sainte Colette introduisit ses religieuses dans le monastère. Il serait assez étrange que la bénédiction du cloître et de tous les lieux réguliers eut été faite un an avant la prise de possession, et que sainte Colette n'ait usé du saufconduit du duc de Bourgogne, valable pour un an, que dixhuit mois après sa date. D'un autre côté, ces auteurs, n'ayant pas sous les yeux le document tiré des archives d'Amiens, font voyager la réformatrice dans d'autres provinces, alors qu'il est indubitable qu'elle était en Picardie. C'est l'ignorance d'une date qui les a induits en erreur. Mais ils étaient disposés à y tomber par une circonstance qu'il est bon de remarquer.
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Il paraît que sainte Colette est retournée en Bourgogne, en 1444. On l'affirme d'après une procuration signée à Besançon le 14 juillet de cette année , pour terminer les contestations concernant le couvent d'Amiens. Quoique nous n'ayons pas été assez heureux pour retrouver cette pièce, elle est mentionnée trop exactement dans plusieurs inventaires, pour qu'elle n'ait point ici une véritable autorité. La réformatrice aura fait ce voyage pour terminer certaines affaires et pour ramener encore de la Bourgogne quelques religieuses, nécessaires à la bonne constitution des maisons qu'elle venait de fonder. Elle aura introduit ces nouvelles Clarisses à Amiens, en 1445. C'est ce fait qui aura été confondu avec le premier établissement qu'il faut nécessairement faire remonter à la bénédiction du cloître, le 26 janvier 1444.
Une autre preuve de la vérité de ce système de chronologie, c'est le langage même de la bulle dont nous allons parler. Déjà, depuis quelque temps, dit-elle, les religieuses habitaient leur monastère, lorsque des difficultés s'élevèrent entre le chapitre et l'évèque d'une part, les religieuses et les pères faisant fonction d'aumôniers de l'autre . 11 y avait litige sur les droits funéraires, sur les droits de sépulture, sur l'administration des sacrements et autres actes de juridiction. Ces différents s'aplanirent; on convint de quelques articles qui furent soumis à l'approbation du souverain Pontife. Mais,
trop éloigné pour juger par lui-même, comme il le dit, le Pape, par une bulle du 15 septembre 1445, commit Raoul, abbé de Saint-Martin d'Amiens, pour examiner, juger et ratifier les conventions arrêtées entre les Clarisses d'une part, et l'évèque, le chapitre et le doyen du chapitre de l'autre. L'abbé Raoul exécuta sa commission le 27 septembre 1446. Ces faits, cette affaire déférée à Rome, la bulle expédiée, ce qui exigeait un certain délai , prouvent que le monastère d'Amiens était habité dès 1444 et même auparavant.
On vient de voir que sainte Colette était retournée à Besançon dans l'été de 1444. C'est à la fin de cette année qu'elle dit un adieu définitif à cette ville et à la province qui lui avaient été si hospitalières. Ce ne fut pas sans une émotion profonde qu'elle quitta ces maisons où elle laissait des sœurs qui lui étaient si chères. Au moment de se séparer définitivement de ses filles de Besançon, elle fut saisie par l'esprit prophétique, et elle leur annonça deux fâcheux événements, afin que ces afflictions ne jetass nt pas dans le découragement celles qui en seraient victimes. « Un incendie, dit-elle, dévorera cette « demeure, et ensuite une peste la rendra dé- « serte. On sera obligé, pour la repeupler, de « faire venir des sœurs des maisons voisines, « fondées par des enfants sorties de son sein. « Quand ces événements arriveront , aucune « de celles qui l'écoutent ne sera vivante . »
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C'est pourquoi elle commande que l'on consigne ses avertissements par écrit ; ce qui fut fait immédiatement (1). Dans l'enceinte formée par les cloîtres, était la sépulture des sœurs ; au milieu des tombes s'élevait une croix de pierre d'une assez grande hauteur. Sainte Colette, l'apercevant, ajoute : « Vous voyez cette croix, quand « elle tombera, sachez que l'incendie est proche; « que les sœurs portent tout ce qu'elles pour- « ront déplacer à l'extrémité du jardin où le feu « n'arrivera pas. » Or, soixante-six ans après, en 1510, une religieuse aperçoit de grand matin la croix renversée. Elle se rappelle avec effroi la prédiction dont les sœurs s'entretenaient quelquefois entre elles, et dont elles gardaient précieusement la preuve écrite. Elle donne l'alarme ; on s'empresse de se mettre en garde et de préserver tout ce qu'on peut emporter. Ne sachant d'oùpeut venir le malheur qu'on attend, on éteint les feux dans toute la maison, jusqu'à la lampe du sanctuaire, et on persévère dans la prière. Mais toutes les précautions n'empêchèrent pas la réalisation de la prophétie. Le feu se déclara dans une rue voisine, la rue Saint- Vincent, et bientôt, gagnant de proche en proche, triomphant dt> tous les obstacles et de tous les e.ïbrts, il atteignit le monastère lui-même; qu'il consuma entièrement avec l'église, sauf le
(1) L'abbe de Saint-Laurent a encore vu cette pièce au monastère de Besançon, au siècle dernier.
petit oratoire de la Sainte et la chapelle de Jacques de Bourbon.
Il fut rebâti. La peste vint quelques années plus tard, en 1544, réaliser l'autre prophétie. Elle frappa sur toute la ville, mais elle trouva des hosties pacifiques dans le cloître toujours animé de l'esprit de sainte Colette. Ces victimes choisies apaisèrent le courroux du Seigneur. La maladie cessa et épargna le reste de la cité. Le monastère était tellement dépeuplé, que pour remplir les divers offices nécessaires dans une maison religieuse, on fut obligé de faire appel aux monastères voisins. Peu de temps après, de nombreuses novices avaient repeuplé l'asile de la prière et de la mortification.
Dieu lui avait encore communiqué des lumières qui consolaient et réjouissaient le cœur de la réformatrice. « Par la protection de la sainte « Vierge, dit-elle, la réforme durera dans les « monastères de religieuses, jusqu'à la fin des « temps. Ni les révolutions, ni la corruption « du siècle, ni la diminution de la foi dans le « monde, ne pourra éteindre ce flambeau allua mé par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Chez les « religieux, il n'en sera pas tout à fait de même, c Le nom de Colettin, leur existence séparée « cesseront dans le siècle suivant, mais, grâces « à Dieu, pour se fondre dans une réforme gé- « nérale du premier ordre. Ainsi, les religieu- « ses trouveront toujours dans de dignes en-
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« fants de saint François des directeurs animés « de l'esprit séraphique. »
En effet, dès les premières années du xvime siècle, le mouvement commencé par sainte Colette, et qui n'avait pas cessé de s'accélérer, produisit un ébranlement général . Presque tous les monastères revinrent à la stricte observance, et l'ordre de Saint-François se prépara à soutenir l'assaut du protestantisme par le renouvellement de son incomparable jeunesse.
Sainte Colette, pour consoler ses filles de son départ, laissa au couvent de Besançon ce qu'elle avait de plus précieux sur la terre, la parcelle de la vraie croix enchâssée dans l'or, qui lui avait été apportée du ciel, la croix de saint Vincent Ferrier et le bréviaire qui lui avait été donné par le Pape après sa profession. De quelle profonde vénération furent entourés ces monuments si précieux, il n'est pas besoin de le dire. Ils attestaient d'une manière si saisissante et la condescendance de Dieu pour sa servante et l'estime que le ciel et la terre faisaient de sa vertu.
Ayant affermi ses enfants dans la pratique des vertus héroïques, ses dispositions testamentaires envers elles étant terminées, l'illustre réformatrice quitta définitivement la Franche - Comté et la Bourgogne et revint en Picardie.